BUDGET 2026 : EN FINIR AVEC LA DETTE [ARGENT MAGIQUE]

Alors que la France peine à voter un budget, notre dette atteint des montants records. D’où vient la dette ? Comment a-t-on réussi à survivre malgré elle toutes ces années ? Et comment faire pour continuer à financer notre modèle social ?

TEXTE INTÉGRAL

M – Ohlala quelle cata le vote du Budget… T’as vu qu’il y a quelques semaines la proposition a été rejetée par la quasi-totalité de l’hémicycle ? Il y a eu qu’un seul vote “pour”. Première fois qu’une proposition de budget est rejetée à ce point. 

G – Oui m’en parle pas j’en dors pas la nuit.

M – Tiens je sais pas si t’as vu passer ça :  (Afficher l’extrait Zemmour sans le son pour laisser la réplique de l’autre)

G – Ah oui aller petit extrait de Michael Zemmour, c’est vrai que c’est toujours intéressant d’avoir son avis sur la question du budget : 

BFM TV – L’économiste Michaël Zemmour analyse les pistes du budget de Sébastien Lecornu (21/09/2025)
Michaël Zemmour – Économiste 

7:09 : “et donc le maintien de ce cap là, la politique de l’offre, la réduction du déficit à ce rythme rapide, ça peut être un facteur de fragilité aussi au final pour les finances publiques.”

M – Non on s’en fiche de ce qu’il dit, regarde les chiffres qui défilent à côté de lui, c’est notre dette qui augmente en direct !! Ça fait beaucoup de chiffres là non ?

G – Non mais mettre des chiffres qui défilent comme ça, faut les rapporter à d’autres indicateurs sinon…

M – Mais, peu importe, y a pas de croissance, ça veut dire qu’on s’endette on s’endette mais on ne crée même pas de nouvelles richesses !! Si la France était une entreprise, franchement là ce serait le moment de fermer la boîte ! 

[Générique]

Partie 1 : Le Constat 

La mauvaise interprétation des choses

M – Bon la France va mal : 

Le Figaro – Dette : les chiffres records alarmants de la France (21/09/2025)

1:58 : “Autre conséquence de l’explosion de la dette, l’augmentation de la charge de la dette, c’est-à-dire le montant des intérêts que l’État doit verser à ses créanciers. Elle s’élève déjà à 59 milliards d’euros en 2024, soit plus que le budget de la défense. Et c’est ce qui correspond à 232 années de revenu du  footballeur portugais Cristiano Ronaldo, athlète le mieux payé du monde selon Forbes dont les gains annuels atteignent 253 millions d’euros.

M –  Tiens tu vois, tu voulais une comparaison, bah voilà. Rien que nos intérêts c’est 232 Ronaldo. Alors t’imagine notre dette ? Ça doit faire au moins… 3 fois 4… 9… Bon bref plein de Ronaldo

G – Alors, comparer à des Ronaldo, c’est pas forcément le truc le plus pertinent mais, c’est vrai que c’est pas la joie. On le voit sur ce graphique, la dette française grimpe depuis… Ben depuis toujours on dirait. Et puis les taux d’emprunt sont remontés depuis le COVID. Ils sont rendus à 3.5%. Avec une dette à un niveau record de 113% du PIB, forcément, la charge de la dette est une grosse dépense dans le budget..

source : INSEE (comptes de la nation 2024)

M – Pire ! Ce ne sont QUE les taux français qui grimpent autant ! Nous on est 3.5% mais l’Allemagne est quasi 1 point en dessous à 2.6% seulement. Même la Grèce, la Grèce !!! Emprunte pour moins cher que nous à 3.3%. C’est facile, personne ne fait pire que la France en Europe. Y a l’italie qui fait comme nous, 3.5%, mais personne ne fait moins bien. On est les derniers de la classe ! 

G – Re-Pire ! La note française qui a été réduite par deux agences de notation ! 

Europe 1 – Standard & Poor’s abaisse la note de la France à A+ (18/10/ 2025)

0:07 :”l’une des plus grosses agences de notation Standard and Poors a baissé la note de la France de AA- à A+ en clair de qualité élevée à qualité supérieure moyenne. “

M – Chez Moodys, la troisième grosse agence de notation, notre note n’a pas bougé (toujours l’équivalent de “double A moins”) mais, pire quand même, notre “perspective” est passée de “stable” à “négative”. NÉGATIVE ! Vous vous rendez compte ? L’opposé de positif !

G – Conclusion : il faut se serrer la ceinture ! Y a plus le choix, la dette est à son paroxysme, les taux sont hyper élevés, les marchés ne nous font plus confiance, le déficit public était de 5.8% du PIB en 2024 ! Si on exclut les périodes de crises économiques – genre le COVID, les subprimes, le système monétaire européen début 90, le déficit n’a jamais été aussi massif. 

Source : INSEE (compte de la nation 2024)

M : Nan mais là c’est très clair : on chie complètement dans la colle, la France vit au-dessus de ses moyens ! Et donc : 

FranceInfo – Budget 2026 : le Premier ministre Sébastien Lecornu s’exprime depuis le perron de Matignon (24/11/2025)

Sébastien Lecornu – Premier ministre

4:54 : “nous devons dans le cadre budgétaire global garder une cible de déficit à moins de 5 % du PIB. C’est une priorité absolue. Ça pose la question évidemment des économies notamment des économies de court terme”

M – Voilà, faut réduire les dépenses publiques. Bon, on vous a convaincu ou pas ? Parce que là, on a fait le maximum.

G – J’ai bien aimé l’emphase sur la perspective “négative” : opposée du “positif”… 

M – Ouais ça m’est venu comme ça. 

G – Quel talent… L’analyse qu’on vient de vous livrer – et surtout la conclusion en fait : le retour obligatoire de l’austérité – ça ne tient pas la route. La dernière fois que le milieu académique en économie a poussé pour l’austérité c’était pendant la crise de l’euro en 2010-2012 mais depuis, notamment depuis le mea culpa du FMI en 2013, plus personne ne la défend. Même notre journaliste économique préféré en faisait écho en 2012 : 

Le Nouvel Obs (13/10/2012)

0:06 : “En tout cas je constate que l’austérité ne fonctionne pas. C’est à dire que l’Europe s’enferme dans une espèce de piège où à mesure qu’on demande de plus en plus d’efforts fiscaux ou d’économies de dépenses publiques au pays concerné l’Europe du Sud pour l’essentiel, sa base fiscale se rétracte et l’économie plonge dans une espèce de dépression.”

G – Ce qui ne veut pas dire que l’augmentation du poids de la dette n’est pas un problème qu’il faille régler. Simplement, ne prenons pas de raccourci et essayons de bien comprendre ce qui ce passe.

La bonne interprétation des choses

Les agences de notation

M – Donc on reprend l’analyse de la situation mais sans partir dans la panique. On va commencer par ces histoires de note de la dette française, les “double A moins”, “perspective négative” et compagnie. Pour simplifier, la meilleure note, le “triple A”, c’est l’équivalent d’un 19 sur 20. 20 sur 20 ça n’existe pas et la moins bonne note c’est 0.

G – La note de la France est passée de 16 à 15 sur 20 pour deux des principales agences de notation en raison des instabilités politiques, et la troisième a maintenu à 16 sur 20 mais en rajoutant dans la marge “Attention,  essayez quand même de faire passer un budget sinon, j’aurais pas le choix que de faire comme les copains”… Voilà, c’est ça la signification de la “perspective négative”.

M – Alors, est-ce que c’est grave ?

G – Ben, non pas vraiment. Pour les marchés financiers la note plancher c’est 10 sur 20. En dessous de 10, OK, ce serait vraiment le caca. Parce que légalement, y aurait des acteurs financiers qui n’auraient plus le droit de nous prêter. Prenez l’Italie par exemple, eux ils ont entre 10 et 12 en fonction des agences… Bon ben pour eux c’est un peu chaud, ils peuvent pas se permettre de voir leur note baisser davantage.

M – Mais quand on est  à 15, 16, 17 ou 14 sur 20… On a de la marge. La note joue sur le taux d’emprunt, mais tant qu’on reste au dessus de 10, ça ne nous coupe pas de la ligne de crédit des marchés financiers.

Le niveau du déficit public

G – Ensuite, il y a l’histoire du déficit public élevé, 5.8% du PIB. C’est vrai que le fait d’avoir une grosse dette publique à 113% du PIB + des taux d’emprunts relativement élevés à 3.5%, c’est chiant. Ça pèse dans les dépenses publiques et ça creuse l’écart avec les recettes, donc ça creuse le “déficit”. Mais, rappelez-vous que depuis son arrivée au pouvoir, Macron a mené une politique de l’offre c’est-a-dire qu’il a coupé dans les recettes.

M – Petit florilège : Baisse de l’impôt sur les sociétés (coût : 11 mds d’€), le CICE qui devient permanent via des allègements de cotisations patronales (3 mds en moins), la baisse des impôts sur la production (11 mds), l’ISF qui devient l’IFI (3 mds), l’impôt sur les revenus du capital qui perd sa progressivité en devenant la flat tax (2 mds), la suppression de la taxe d’habitation (16 mds), la réforme du barème de l’impôt sur le revenu (5 mds)… Ça en fait des milliards en moins pour boucler le budget ! 

G – En tout, y a aussi quelques hausses ici et là mais c’est marginal, ça faisait 44 mds en moins en 2022 ! C’est ça la clef de nos problèmes budgétaires actuels. Pour info, avec 44 mds en plus, le déficit serait à 4.3%. Ce serait plus du tout catastrophique. Alors certes, pour justifier ces coupes budgétaires, vous avez maintes fois entendu le fameux : “oui mais la France taxe plus que les autres pays européens”. Bah oui elle taxe plus, mais elle donne plus aussi ! Nos services publics sont parmi les plus égalitaires et redistributifs au monde. C’est un choix de société. Les marchés financiers ne nous interdisent pas du tout d’avoir un tel modèle, simplement, il faut le financer par l’impôt. Ce que Macron a choisi d’arrêter de faire. Et maintenant, il veut nous faire croire qu’il faut “absolument” se serrer la ceinture. Bah non, c’est pas du tout la seule option !

Le problème de la dette publique

M – OK donc premier point : l’austérité n’a rien d’obligatoire, on pourrait remettre les impôts que Macron a supprimer, où en mettre de nouveaux d’ailleurs… 

G – J’ai entendu parlé d’une taxe “Zucman” récemment…

M – Bon mais prenons un peu de recul. Si on reprend le graphique de la dette publique exprimée en pourcentage du PIB, on voit bien que la situation de la dette se dégrade depuis que l’INSEE collecte des données sur le sujet, en 1978. 

G – Donc c’est pas que de la faute de Macron Démission. Mais alors y avait quoi 1978 ? Pas de dette du tout ? 

M – On a des économistes et historiens qui ont recomposé les données pour remonter en arrière. Ca permet de se rendre compte de plusieurs choses :

G – Numéro 1 : les deux guerres mondiales ont fait grimper la dette à des niveaux largement supérieurs. 300% contre les 114% actuels. Et puis à la fin du 19eme, le niveau de la dette était similaire à celui d’aujourd’hui. Donc voilà, la situation n’est pas sans équivalent. 

M – Numéro 2 : la naissance de l’État providence et des grands piliers de services publics en France – retraites, santé, éducation et redistribution – c’est 1945. Or vous voyez bien que jusqu’au début des années 80, la dette publique – en %age du PIB – tend à diminuer. Ce qui signifie à priori que ce ne sont pas les services publics qui nous ont mis dans la panade. Parce que visiblement, entre 1945 et 1980, on arrivait à payer pour notre modèle social sans avoir recours à la dette publique.

G – Alors pour préciser un peu… Si on regarde le détail des dépenses publiques on se rend compte que OK, si notre modèle social date bien de 1945, il est constamment “monté en puissance” au fil du temps. On le voit sur ce graphique. 

Source : INSEE (compte de la nation 2024 + Fipeco)

G – Les deux courbes qui montent significativement ce sont celles des “prestations sociales distribuées en cash” donc les allocations familiales, le chômage, le RSA, les APL… Mais en fait surtout les retraites. Parce que ben voilà, ça fait partie d’un enjeux démographique qu’on retrouve dans tous les pays riches, les babyboomer arrivent à l’âge de la retraite et l’espérance de vie tend à augmenter, donc les retraites prennent de plus en plus de place. On le voit sur cet autre graphique, si les plus de 65 ans représentaient à peine plus de 15% de la population en 1978, ils sont aujourd’hui 50% de plus et représentent 22% de la population.

M – Et puis l’autre courbe qui grimpe c’est celle des remboursements de santé là aussi en partie causé par le vieillissement de la population. Tout le reste, les salaires des fonctionnaires, les intérêts de la dette, les transferts et subventions entre administrations, les investissements publics… En pourcentage du PIB, c’est plutôt stable.

G – Cela signifie-t-il que notre modèle social est insoutenable ? Non. Simplement il faut le financer par de l’impôt sinon… Et ben on fait du déficit année après année et ça fait de la dette. 

M – Allez hop, encore un graphique ! Ici on voit les recettes publiques en % du PIB. Vous voyez que ça monte, signe que les politiques ont bien voté des lois pour augmenter les impôts, taxes et cotisations, justement pour financer notre modèle social. Mais, si maintenant on fait apparaître les dépenses publiques, et ben là, vous voyez que ça monte aussi, mais plus vite que les recettes. Notamment depuis 1974.

G – L’écart entre les recettes et les dépenses, c’est la dette publique qui se construit petit à petit. Si on zoome sur la tendance depuis 2017, donc depuis que Macron est au pouvoir. On voit bien les recettes reculer assez nettement. 

source : INSEE (compte de la nation 2024)

M – Pourquoi est-ce que Macron fait ça ? Pourquoi réduire les recettes à ce moment-là, alors que l’écart était très faible ? Pourquoi ne pas plutôt les augmenter pour combler le déficit et résoudre le problème ?

G – Eh oui… Pourquoi ? 

M – Nan mais je suis sérieuse là… Pourquoi ? Je veux savoir ! La France veut savoir ! Si tu sais pourquoi il faut nous le dire maintenant !!!

G – Alors, je suis pas dans le secret des dieux mais Macron étant un néolibéral tout ce qui a de plus classique, y a moyen de deviner. Tout est lié au PIB et à la croissance ! Vous allez comprendre : d’où viennent les recettes publiques ? Des impôts, taxes et cotisations. Et comment tous ces prélèvements sont-ils définis ? Et bien, ils prennent la forme d’un pourcentage. L’état vous demande de verser un pourcentage de vos revenus, ou pour la TVA, un pourcentage du prix que vous payer en caisse. Or, si on fait la somme des revenus des français, ou la somme des dépenses c’est pareil, on tombe sur : le PIB.

M – Donc, puisque les recettes publiques correspondent à un pourcentage du PIB, plus celui-ci monte, plus les recettes montent. Mais attention, c’est PAS pareil pour les dépenses publiques ! C’est pas parce qu’il y a de la croissance du PIB qu’il faut payer plus de soins, de retraites ou d’allocations. C’est souvent même plutôt l’inverse. Quand le PIB monte par exemple, les gens ont du boulot et donc, ils ont plutôt moins besoin de demander le chômage ou le RSA. Ca veut dire qu’un bon moyen pour combler l’écart entre recettes et dépenses publiques sans monter les impôts c’est : la croissance du PIB !

G – Et c’est ça que Macron essaie de faire depuis 2017 ! Et en vrai, c’est ce que quasiment tous les gouvernement essaient de faire depuis 1978 mais Macron il y est pas allé avec le dos de la main morte. Parce que la mode en économie depuis les années 80 – qui porte le nom de néolibéralisme – c’est d’aller chercher la croissance par la politique de l’offre. C’est à dire : de chercher à faire plaisir aux entreprises. Donc on allège la fiscalité pour elles, ont la transfert sur vous et moi si besoin, et puis on allège aussi la fiscalité pour les plus riches parce qu’on est persuadé que c’est eux qui vont soutenir les entreprises en investissant… C’est la vraie fausse théorie du ruissellement. Donc, pour simplifier, plutôt que de monter les impôts pour rattraper l’écart avec les dépenses (ou de réduire les dépenses, ce qui s’avère être très compliqué et impopulaire), le choix politique depuis les années 80, c’est d’aller chercher la croissance du PIB par la politique de l’offre.

M – Mais quand on regarde la moyenne par décennie des taux de croissance du PIB français depuis les années 1950… On voit bien que la période “néolibérale” n’est pas particulièrement marquée par une super croissance économique. 

Stagnation séculaire 

G – Et c’est là qu’on tombe LA cause essentielle du problème pour une bonne partie des économistes : de leur point de vue, les dettes publiques (et même aussi privées) prennent des proportions alarmantes parce que le PIB n’augmente plus autant au niveau mondial comme on peut le voir sur ce graphique. 

Source : OCDE

M – Alors par contre Gilles en économie, on ne dit pas “Oh merde y a le PIB qui augmente plus”, on dit : “diantre, nous entrons dans une période de stagnation séculaire”. Et je trouve ça magnifique. 

G – Voilà alors, “Stagnation” tout le monde comprend, et “séculaire” ça veut dire : qui dure un siècle ou même des siècles. Et c’est vrai que c’est plus classe que de dire : stagnation qui dure des plombes.

M – On peut aussi préciser que “stagnation séculaire” signifie un peu plus que “faible croissance du PIB”. C’est aussi associé à une faible inflation et à des taux d’intérêts qui eux aussi sont faibles. Ca c’est parce que dans les modèles que les économistes utilisent, toutes ces variables sont liées mais in fine, ce qui intéresse tout le monde c’est le taux de croissance du PIB.

G – Bon, on a vu que notre dette s’accroît parce que nos recettes progressent moins vite que nos dépenses. Et que contrairement à d’autres périodes de notre histoire économique, on n’a moins de croissance pour faire gonfler mécaniquement nos recettes.  Donc maintenant qu’on a identifié le problème, on fait quoi ? Comment on fait pour aller chercher des taux de croissance un peu significatifs là ! Comment on fait pour que notre PIB grimpe de 2,3,4% par an ?

Partie 2 : les solutions envisagées 

M – Et bien on a grosso-modo – en tout cas si on reste dans l’économie dite “mainstream” – deux camps qui s’opposent : ceux qui défendent une solution “de gauche” et ceux qui défendent une solution “de droite”.

G – Oh nan mais Marino, tu peux pas dire ça ! Après on va encore dire que l’économie n’est pas une vraie science

M – Bah dans ce cas, retournez voir notre vidéo sur les économistes à la télé ! L’épistémologie nous apprend que toutes les sciences sont politiques, les sciences sociales plus que les autres.

G – Parce que si on cherche à conseiller nos dirigeants pour qu’ils “fabriquent une réalité économique”, qu’elle soit similaire ou différente de celle d’aujourd’hui, bah c’est bien de la politique.

1 – Solution de droite – Aghion 

M – Alors commençons par la solution “de droite”. Le problème serait dû à un manque de productivité. L’innovation c’était mieux avant : ça permettait de produire plus pour moins cher. D’augmenter à la fois la consommation, et les bénéfices des entreprises. Tout ça produisait une forte croissance du PIB qui incitait toute la population à travailler et à innover. C’était le cercle vertueux.

G – Si on regarde le nombre de brevets déposés, l’innovation est toujours là. Par contre la productivité, elle, n’est plus au rendez-vous. Alors, pourquoi c’est cassé ? 

M  – Peut être que c’est parce que l’innovation est étouffée ! Les grosses boites actuelles sont plus occupées à sécuriser leur monopole qu’à augmenter la productivité. Dès qu’une start-up pointe le bout du nez, hop, elles l’achètent et cassent la dynamique d’innovation qui risquerait de les remplacer !

G – Ces grosses boites peuvent même passer en mode prévention en déposant des brevets qui ressemblent plus à des murs anti-compétitions qu’à des inventions.  

M – Un exemple historique de ça c’est le brevet déposé par un inventeur de génie en 1997. Ce Marie Curie, que dis-je ce Galilée des temps modernes, a immédiatement voulu protéger son invention. Il s’agit bien-sûr… de « l’achat en un clic ». C’est-à-dire que quand tu cliques ça achète un truc, mais faut cliquer qu’une fois quoi… 

G – Et donc c’est Jeff Bezos le génie (image de jeff en train de rire)  

G – Eh d’ailleurs t’as cité Marie Curie, mais tu savais qu’en fait, pour la découverte du procédé de purification du Radium, elle a refusé de déposer un brevet. Parce que selon elle la recherche scientifique appartient à tous. La classe quand même ! 

M – Du coup, en mesurant l’innovation par les brevets, tu vois Jeff Bezos mais tu vois pas Marie Curie…

G – Et non…

M – Par contre, tu sais quand tu déverrouilles ton téléphone en glissant ton doigt ? Hop là glissement de doigt

G – Ouais ?

M – Bah y a brevet. Deux même  ! Apple et Google. 

G – Cette multiplication de brevets jusqu’à l’absurde permet via « l’Enchevêtrement de Brevet »(Patent Thicket) de bloquer la concurrence et donc de potentiel innovation, parce que ça coûterait trop cher à des strat-up de payer les royalties ou les procès. 

M – Autre problème pour notre productivité, l’innovation actuelle serait concentrée dans certains secteurs “moins transformateurs du point de vue de la production”. L’invention d’un moteur électrique ou à combustion peut servir à fabriquer ou à transporter des machines, c’est concret, ça nous aide à produire plus… Mais, un smartphone ou une IA, si ça sert surtout à optimiser la publicité en ligne… Bah

(https://www.youtube.com/watch?v=JWorHkPDqEg)

“C’est de la merde !” “Quoi !? Sir ?” “Attendez Karradock, soyez pas si catégorique non plus”

G – OK, alors disons que… ça produit rien de concret quoi. 

M – A ça, l’explication de « droite » ajoute un problème de capital humain. Accès à l’éducation inégalitaire et puis aussi des formations mal adaptées aux besoins des entreprises… Tout ça dans un contexte de manque de jeunes avec une baisse de la natalité. 

G – Bref, pour retrouver l’innovation du bon vieux temps et la croissance qui va avec, selon ce courant, il faut casser les monopoles, augmenter la concurrence, réduire les taxes sur les entreprises innovantes.

M – Quant au manque de jeunes, la solution serait l’immigration mais attention ! Pas en mode “accueil des réfugiés” ou “regroupement familial”. Leur objectif c’est l’immigration diplômée bac + 5 ingénieur pour participer à l’effort d’innovation ! 

G – Donc vous l’avez compris, on est sur une politique “de l’offre”. C’est le logiciel mobilisé par Emmanuel Macron depuis 2017 mais qui avait cours sous Hollande/Sarkozy/Chirac…. On est sur du : il faut libérer le potentiel des entreprises, augmenter la concurrence, travailler plus, simplifier la régulation (donc supprimer des droits), réduire les impôts etc. L’un des défenseurs de cette thèse chez nous c’est notre nouveau prix Nobel : Philippe Aghion. 

France Culture – Croissance, inégalités et IA : le prix Nobel Philippe Aghion redéfinit l’avenir du capitalisme

 Philippe Aghion – Prix Nobel d’économie 2025

14:22 : “autant je suis optimiste sur la technologie, mais je suis pessimiste sur l’aptitude que nous avons de d’adapter nos institutions.”

18 : 46 : “il y a des vertus au euh au libre commerce. Alors, ça permet d’améliorer le pouvoir d’achat. De ça dopte l’innovation. Quand on a des marchés plus gros, on innove davantage. Ça ça permet des transferts de de technologie beaucoup plus facilement. Donc, il y a des vertus au libre échange, mais il y a des gens qui ne jouent pas le libre échange de manière correcte. Voilà. Et donc là, il faut il faut qu’il y ait des règles du jeu.”

2 – Solution de gauche « Piketty »

M – En opposition, se trouve l’interprétation “de gauche” qui met l’accent sur la demande plutôt que sur l’offre. C’est la team “Piketty” qui a beaucoup travaillé sur les inégalités et la répartition des richesses. Leur thèse c’est que le néolibéralisme a fait pencher la balance du pouvoir du côté des actionnaires et des cadres dirigeants, ce qui leur a permis d’attirer à eux la majeure partie des fruits de la croissance. On peut le voir par exemple sur ce graphique qui montre que les très haut revenus, sur la base des revenus déclarés, profitent plus de la faible croissance économique que les autres ! 

G – Le constat est mondial : pendant que la majorité est plus ou moins restée sur place, les riches sont devenus plus riches voire même pour certains méga riches sa mère. Mais, que font ils de ces revenus ? Ils consomment bien sûr mais surtout ils épargnent en accumulant de l’immobilier.

M – Vous avez peut-être entendu ce chiffre : “3.5% des ménages français détiennent à eux seuls 50% des logements mis en location”

G – Sinon ils investissent en bourse aussi. Bourse qui essaie ensuite de prêter aux entreprises qui disent plutôt non… Enfin en tout cas qui ne disent pas assez oui. C’est le fameux constat du “y a trop d’épargne !”. Parce que bon, ça sert à quoi d’emprunter si la majorité des clients – les gens comme vous et moi, ceux qui sont restés sur place – n’ont pas les moyens d’acheter plus de choses ? 

M – La thèse c’est : sans hausse de salaire générale, pas de hausse de la consommation et donc, pas de raison d’investir dans de nouvelles usines. Du coup, la thune ne s’investit pas dans l’économie réelle, elle s’en va dans des bulles spéculatives comme celle des actions des start-up d’Internet qui servaient à rien au début des années 2000, celle de l’immobilier subprime en 2008, celle des crypto en ce moment et peut-être aussi celle de l’IA. Les dettes augmentent – privées comme publiques – mais le PIB lui, stagne. Si cette analyse de la situation est correcte, quelle est la solution qui s’impose ?

G – Il faut réduire les inégalités ! Il faut redistribuer la thunes vers ceux qui, au lieu d’épargner, consommeront : c’est à dire plutôt les jeunes et plutôt les bas revenus. Ce qui signifie, moins de revenus pour les riches et les vieux… Donc là, soit on force les entreprises à monter les salaires les plus bas, soit on taxe les riches et les vieux. Coucou la hausse du SMIC, la taxe Zucman, ou la réduction des retraites les plus élevées.

M – On peut aussi penser à forcer l’épargne à s’investir dans l’économie réelle. Par exemple via des politiques publiques interventionnistes du type : financement de grands travaux pour la transition écologique ou pour renouveler des infrastructures vieillissantes. Là on est sûr que ça fera du PIB. On peut aussi faire de l’orientation du crédit comme on faisait pendant les trentes glorieuses en France avec le Conseil National du Crédit.

G – Orienter le crédit ça veut dire réguler la finance, ne pas la laisser investir là où elle veut pour des rendements immédiats, parfois spéculatifs et sans vision cohérente et de long terme. Donc ça veut dire forcer les banques à prêter en priorité à certains secteurs, peut-être pas forcément rentables immédiatement. 

M – Bon… Vous voyez bien comment ces solutions sont plutôt orientées à gauche sur l’échiquier politique. On parle de redistribuer l’argent vers les moins riches; d’avoir des états investisseurs et leaders économiques avec une vision de long terme; de réduire le pouvoir du marché et de cette finance à la recherche de profits à courts terme.

Partie 3 – Remise en question de la croissance en elle-même. 

Techno Féodalisme

G – Mais au-delà de ces explications déjà bien installées, on commence à en avoir d’autres qui émergent.

M – Par exemple avec Cédric Durand et son concept de techno-féodalisme. Selon lui, la grande différence entre le féodalisme et le capitalisme c’est le “mode d’oppression”. Oppression par les armes pour le premier, par les forces du marché pour le second.

G – Le truc c’est que l’oppression par le marché tend à produire de la croissance économique. Les riches s’enrichissent en partie par la croissance. Et donc parfois, il en reste aussi pour les pauvres. Alors que la version féodale, elle, ne s’y intéresse pas du tout. Les riches s’enrichissent uniquement en appauvrissant les masses.

M – A la période féodale, la colonne vertébrale de l’économie c’était la terre. Les paysans étaient dépendant de l’accès aux terres (il faut bien manger) possédées et gardées par des seigneurs armés. Les paysans étaient donc dépendants des seigneurs. Et ces derniers ne s’intéressaient absolument pas à augmenter la richesse générale via l’amélioration des conditions de vie ou des techniques de production. Ils se contentaient d’imposer leurs sujets. Dans ces conditions, un seigneur qui veut s’enrichir : soit il augmente les impôts, soit il va conquérir les terres du voisin pour récolter plus d’impôts.

G – D’après Cédric Durand, cette extraction de rente est de retour ! Elle prend aujourd’hui la forme d’une dépendance des populations et des entreprises à la nouvelle colonne vertébrale de l’économie : les plateformes numériques et les réseaux sociaux. Les géants de la tech qui possèdent ces plateformes ne les font évoluer que dans un seul but : celui de nous en rendre totalement dépendant. Leur objectif n’est plus de résoudre des problèmes qui permettraient de faire croître l’économie mais bien d’utiliser notre dépendance pour en extraire une rente.

M – Exactement comme les seigneurs d’antan qui cherchaient à s’enrichir en appauvrissant les paysans, et pas en fournissant les conditions de l’augmentation de la production.

G – Mais attends… Je suis pas dépendant des plateformes ! Genre, j’avais un compte Facebook et j’y vais plus jamais. 

M – Et du coup t’es ni sur Whatsapp, ni sur Instagram ?

G – Euuuh… Ah si

M – Bah en même temps c’est normal. Nous aussi on est bloqués sur Google ! Il existe des alternatives, mais si on veut parler à un maximum de gens, on est obligé d’être sur YT.

G – Mais alors comment on en sort du techno-féodalisme ?

M – Ah ben ça, c’est facile ! On retourne à l’âge de pierre !

G – Non évidemment ! Simplement, attention je vais dire un gros mot, il faut “réguler” !

M – Oh nan ! C’est pire que l’âge de pierre ça !

G – Cédric Durand propose plusieurs pistes. Socialisation des plateformes essentielles pour que ce ne soit pas les GAFAM qui fixent leurs règles, interopérabilité obligatoire (pour pouvoir hyper facilement changer de plateformes, comme aujourd’hui quand on veut changer d’opérateur téléphonique ou de banque, ça devrait remettre de la concurrence dans le milieu), mise en place de communs numériques (ça c’est pour sortir de la logique d’extraction de rente, que le privée cherchera toujours à développer parce que c’est le meilleur moyen d’aller chercher le profit), limiter l’accumulation de données pour réduire l’asymétrie d’information entre les plateformes et la société. Et puis il faut des infrastructures physiques souveraines : notamment les fameux datacenter.

M – Cédric Durand ne dit pas explicitement que le techno-féodalisme est la cause de la stagnation séculaire. Mais il dit bien que la logique féodale d’extraction de rente est un frein au développement de la productivité et donc à la croissance du PIB. Il explique même que les plateformes privées mettent un pognon de dingue dans des activités qui – alors qu’elles sont pourtant comptées dans le PIB – sont plus néfastes qu’autre chose. Tous les ingénieurs payés à nous rendre accro, à construire des interfaces addictives, tout ça pour voir toujours plus de publicités… Est-ce que c’est du PIB utile ça ?

La croissance in-économique, l’essor du Wasted GDP

G – Le PIB utile ! En voilà un angle intéressant. Ca fait un moment qu’on vous parle de croissance du PIB pour résoudre notre problème de dette publique mais…  C’est ça l’objectif de l’humanité ? Résoudre un problème de dette ? Et le résoudre grâce à un indicateur qui compte tout et n’importe quoi ? Même des trucs aussi nuls que la pub ?

M – L’idée de PIB inutile ça vient notamment des économistes de l’écologie qui critiquent la croissance et le PIB depuis bien longtemps ! Herman Daly, à notamment développé le concept de croissance non-économique : il arrive un moment ou un système économique peut produire plus de “mal” que de « bien ». Donc que la croissance du PIB cache une forme d’appauvrissement. 

G – Dans les années 60, penser les limites de la croissance (trouver les failles du concept) c’était vraiment pas la priorité. Les économistes étaient en train de gérer des taux de croissance qui dépassaient souvent les 5%. Donc la plupart des critiques ont été classées en vrac dans un gros dossier nommé « vu mais s’en tape ».

M – Mais bah plus le temps passe, plus il fait chaud, plus on devrait p’tet s’intéresser à leur travail ? Aux économistes de l’écologie ? Non ?! 

G – Pour prendre un exemple de croissance non économique : Les Etats-Unis et la plupart des pays riches ont un système agro-alimentaire absurde. Une surproduction qui répond à une surconsommation alimentaire. Un américain moyen consomme plus de 3500 calories par jour, c’est 1000 de plus que les recommandations de l’OMS. Sauf que les 1000 en trop, c’est du PIB pareil. Sauf que la finalité est différente : on passe de “nourrir la population” à “la rendre malade”. Obésité, problèmes de santé chronique, diabète etc…

M – Donc une partie du PIB américain cause activement des dommages ! 

G – Mais c’est pas perdu pour tout le monde ! En 2023, l’entreprise pharmaceutique danoise Novo Nordisk connaît un succès dingue grâce à ses nouveaux médicaments antidiabétiques coupe-faim, l’Ozempic et le Wegovy. Miracle pour l’économie danoise !

M – Et oui, ça se vend tellement bien que ça a doper la croissance du Danemark en 2023 qui était de 2,5 % et dont la moitié provenait du secteur pharmaceutique. 

G – Ces médicaments viennent de la découverte du “sémaglutide”, en gros une copie d’une hormone de satiété. Une super innovation, genre qui mérite son brevet, ça va changer la vie de beaucoup de gens. Mais… si le médicament est un tel succès commercial, si il génère autant de croissance, c’est bien pour répondre à un problème causé par une surproduction et surconsommation alimentaire.

M – C’est comme si les Américains étaient payés pour se casser le dos à creuser des trous inutiles et qu’on disait que c’était bon pour la croissance ! 

WASTED GDP

M – BREF ! Une partie de la croissance sert à casser des trucs, et une autre, à essayer de les réparer ! Et on a un économiste, Morten Tonnessen, qui a tenté de chiffrer le phénomène. (Tønnessen 2023). L’idée c’est de comparer différents pays développés sous l’angle de leur Indice de développement humain mais sans la partie “PIB” 

G – L’Indice de Développement Humain (IDH) c’est un indicateur qui rassemble 3 grands éléments : l’espérance de vie en bonne santé de la population, son niveau d’éducation et son niveau de revenu. 

G – Si on regarde l’évolution de cet IDH pour différents pays riches on trouve ça : 

G – Comme on peut le voir, les états-unis sont légèrement en dessous mais dans l’ensemble, tous ces pays semblent aller dans la même direction.

M – Le problème c’est que l’Indice de Développement Humain fait intervenir le PIB dans son calcul. Enfin, une variante du PIB, le PNB mais c’est quasiment la même chose. Et si, on refaisait le même graphique mais en retirant la partie “PIB” de l’indice ? On aurait un indice ne tenant compte que de l’espérance de vie en bonne santé et de l’éducation des populations. 

G – Et voilà ce que ça donne. On voit que les états-unis sont maintenant clairement en-dessous des autres pays.

M – Sur les 27 pays qui ont un Indice de Développement Humain hors revenus supérieur à celui des états-unis, 21 ont un PIB par habitant plus faible. Et en prenant les 5 pays les plus “efficaces”, c’est à dire ceux dont la population est en meilleure santé et la mieux éduquée, on se rend compte qu’en moyenne, leur PIB par habitant est 37% plus bas que celui des états-unis. Autrement dit, il est possible de vivre mieux que l’américain moyen (environ 5% de mieux) en ayant seulement deux tiers de son PIB par habitant

G – Donc ça donne au moins 37% de « PIB gaspillé ». Ca fait quand même beaucoup d’activité économique, il semblerait bien, pour pas grand chose de positif. Et comme chaque point de PIB se paie par, du temps de travail, l’utilisation de ressources plus ou moins rares, des dommages environnementaux divers, des émissions de CO2, alors si en plus il y en a qui ne sert à rien… Bah… c’est chiant non ?

M – Alors juste un point, mais c’est aussi vrai que la raison d’être d’un état n’est pas que de maximiser le bien être de sa population. Peut-être qu’une partie de la production économique américaine sert à imposer sa puissance militaire et culturelle. Donc le chiffre de 37% est tout à fait discutable, mais ça ne remet pas en cause le concept de PIB gâché ! Du coup, l’idée quand même bien répandue de copier le modèle américain pour faire de la croissance en France… moyen.

G – Surtout que son étude là, ça ne prend pas en compte les destructions environnementales qu’il faut là aussi réparer ! On en a déjà parlé dans un épisode il y a un an, avec l’idée d’un Produit Intérieur “Net” (plutôt que “Brut”) qui cherche à identifier la partie de l’activité économique qui sert plus à réparer des dommages qu’à produire de nouvelles richesses. 

M – Finalement, p’tet que la croissance du PIB c’est pas l’alpha et l’oméga du développement l’économique. C’est en tout cas l’idée défendue par le courant de pensé “décroissant”, qui ne dit pas qu’il faut forcément réduire le PIB mais qui dit qu’il faut s’intéresser à la croissance d’autres indicateurs, peu importe leur impact sur le PIB.

CONCLUSION

G – OK… N’en jetez plus la coupe est pleine… C’est p’tet le moment de conclure, tu crois pas ?

M – La dette publique se creuse parce qu’on a plus la croissance qui permettait de d’augmenter les recettes fiscales de manière indolore, sans remettre en question un modèle social qui, c’est le jeu de la démographie, prend de plus en plus de place… pour l’instant. On a vu aussi que l’idée de stimuler la croissance en diminuant les recettes fiscales, ça fait des décennies que la France et bien d’autres pays le font, sans que ça soit un succès.   

G – En plus de ça, la croissance des pays riches se concentre dans des entreprises qui nous renvoient vers un passé pas très glorieux (en mode féodalisme) – la dépendance aux plateformes, l’extraction d’une rente… Si en plus de ça, le peu de croissance qu’on a provoque des dommages sanitaires ou environnementaux qu’on galère ensuite à “réparer” quand c’est possible… Est-ce qu’il ne faudrait pas qu’on commence à se poser un peu les bonnes questions ?

M – Alors on vous voit venir : “tout ça c’est très joli, il faudrait sortir du PIB, s’intéresser au bien-être des gens, à l’espérance de vie en bonne santé, à l’éducation, les p’tits oiseaux bla bla bla. OK les bisounours mais la dette publique on la rembourse comment ?”

G – Bah on peut baisser les dépenses publiques comme c’est proposé depuis plusieurs dizaines d’années maintenant. C’est une option mais il faut bien comprendre ce que ça veut dire. L’augmentation des dépenses publiques c’est principalement le vieillissement de la population : les retraites et les dépenses de santé. Si on ne le paie pas “collectivement” via les dépenses publiques, on va le payer “individuellement”, en mettant des sous de côté pour la retraite et en payant des frais médicaux non remboursés. Mais ça, ce sera QUE pour ceux qui en ont les moyens. Les autres, ils auront qu’à crever dans la misère. 

M – L’autre option, c’est de revoir le système économique pour qu’il ne dépende pas autant de la croissance pour être à l’équilibre. Pour le coup ça passe certainement par beaucoup de créativité fiscale avec des augmentation assez importante des impôts sur les plus fortunés, sur le patrimoine qu’il soit financier, professionnel ou immobilier. Si on ne veut dépendre ni de la dette, ni de la croissance, il va falloir réduire l’épargne… Et donc, il va falloir réduire les inégalités. Mais là on parle d’un changement radical, quasi-révolutionnaire. Alors non, ce ne serait pas du “communisme” calmez-vous. Mais quand même ça serait un changement important ! Parce que les économistes qui bossent sur le sujet sont pas sûrs que si on visait une économie en stagnation du point de vue du PIB on pourrait continuer d’appeler ça du “capitalisme”. 

G – En attendant, ce qui devient chaque année plus évident, c’est qu’un modèle économique dont l’équilibre tout entier est fondé sur la croissance d’un indicateur qui n’augmente plus, est surement voué à se transformer. Pour le meilleur ou pour le pire… 

M – Merci d’avoir suivi cet épisode. Si Argent Magique continue c’est grâce à vous et à votre soutien. D’ailleurs si vous voulez nous aider davantage, n’hésitez pas à partager nos épisodes ! Vous savez on est plus sur Blast, peut être que des gens n’ont pas suivis que Argent Magique ça existe toujours… Donc n’hésitez pas !

G – Nous on se retrouve le mois prochain !

SOURCES

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