Taxe Zucman : Ce que personne n’explique !

Comment est-ce que les ultra-riches arrivent à organiser leur fortune pour payer le moins d’impôt possible ? Et pourquoi la taxe Zucman pourrait être le premier pas vers l’équité fiscale en France ?

TEXTE INTÉGRAL

Intro : 

G – Bon bah c’est parti, on va parler de la Taxe Zucman !

M – Vous savez la taxe qui veut faire payer les riches, ceux qui sont super forts pour esquiver les impôts !

G – C’est quand même impressionnant à suivre les discussions autour de cette taxe. On se rend bien compte que vraiment les riches (en tout cas la plupart), alors que pourtant ils sont sur-blindés et absolument pas menacés dans ce blindage, si y a bien un truc qu’ils aiment pas, c’est payer des impôts. Et sur les plateaux on a bien compris que ça leur faisait peur !

FranceInfo – Tout est politique (24/09/2025)

Nathalie Saint-Cricq – Journaliste

6:26 :”Vous savez très bien qu’en disant les gens on va les arrêter, c’est comme si on mettait des guillotines. Voyez bien vous voyez bien pourquoi…

Thomas Piketty – Économiste

– Vous vous arrêtez plus là.”

M – Donc… On discute d’une loi pour les faire payer autant d’impôt – même pas plus ! – que nous là les gueux, et ça parle carrément de guillotine. Et après on va dire que c’est nous qui exagérons.

[Générique] Final en court de prod, pour l’instant mettre le temporaire ?

1 – Les riches, leurs impôts et leurs holdings

1 – Les riches ne paient pas d’impôts

G – Zucman part d’un constat assez simple : selon les estimations les plus avancées dont on dispose, les 1,800 français les plus riches, ceux qui sont au sommet de la pyramide et dont le patrimoine est supérieur à 100 millions d’euro, paient proportionnellement à leurs revenus, deux fois moins d’impôts, taxes et cotisations que le reste des français.

M – Pour la lecture de ce graphique, les auteurs ont réparti l’ensemble de la population française dans des “groupes de richesses” de ceux qui touchent le moins de thunes à gauche, jusqu’à ceux qui en touchent le plus : les milliardaires à droite. Vous voyez que le taux d’imposition total estimé grimpe petit à petit de 45% pour les 10% les moins riches jusqu’à arriver à 55% pour les 99.9% : les multi-millionnaires.

G – Alors, on va prendre le temps d’expliquer. La catégorie dont on parle s’appelle “P99.9 – 99.99”. Ça peut paraître compliqué mais en fait c’est assez intuitif. Les deux chiffres correspondent à un plancher et à un plafond. On parle de gens qui font partie des 99.9% – donc des 52,557 français les plus riches…. MAIS…

M – Ils ne font pas partie des 99.99% ! Ils restent moins riches que les catégories du dessus, celles des 5,256 français les plus riches.

G – Ce sont eux, ces 5,256 français qui commencent à payer moins d’impôts. Les 4730 premiers en paient 38%, les 473 du dessus sont rendus à 29% et puis les 53 milliardaires ou quasi-milliardaires du sommet ne sont plus qu’à 27%

.

M – Donc on ne parle ici que d’une poignée de Français. Quelques milliers de personnes dans une population totale de 53 millions d’adultes. Mais, peut-être vous dites vous que vous pourriez en faire partie ? Après tout, on a toujours du mal à évaluer sa richesse par rapport à celle des autres.

G – Alors c’est facile, pour être dans le top 0.01% – donc les 5,256 français les plus riches là –  il faut avoir un patrimoine – par personne hein, pas par ménage… qu’on soit bien clair là-dessus… Un patrimoine donc supérieur à… Roulement de tambour : 33 millions d’euros. Alors… Marino t’es dedans ?

M – Pas loin… A une vache près il me manque… 33 millions d’euros.

G – Oh bah comme moi dis-donc !

2 – Définition et objectif de la taxe

G – OK, on a donc une situation d’injustice criante. Tous les français paient à peu près pareil en impôts, taxes et cotisations : autour de 50% de leurs revenus. On a même une progressivité de l’impôt. Les moins riches ne paient que 45% tandis que les plus riches – en tout cas ceux qui n’ont pas plus d’une dizaine de millions d’euros de patrimoine – paient 55%. MAIS… Pour les quelques milliers de personnes qui sont au-dessus, le taux d’imposition diminue, ça veut dire qu’en proportion de leurs revenus, ils mettent moins d’argent dans la caisse que les autres. Question : comment on fait pour rétablir la justice fiscale ? Comment on fait pour que les ultra-riches paient leur part comme tout le monde ?

M – Et c’est là que Gabriel Zucman – économiste et chercheur spécialiste des inégalités sociales, des paradis fiscaux et des grandes fortunes – propose une taxe “plancher” de 2% sur le patrimoine de celles et ceux qui disposent de plus de 100 millions d’euros. 

FranceInter – Le débat du 7/10 (16/09/2025)

Gabriel Zucman – Économiste spécialiste des inégalités sociales et de revenus

7:40 : Parce que c’est tout simplement ce qu’elle vient faire cette proposition de loi. Elle vient dire, il faut qu’il y ait un minimum: zéro, c’est trop peu ! Alors si vous payez déjà en impôt sur le revenu l’équivalent de 2% ou plus de votre fortune, vous ne serez pas concerné par ce dispositif. Ce dispositif vient cibler, non seulement les ultra riches, ceux qui ont plus de 100 millions de patrimoine, mais ceux qui, parmi les ultra riches, pratiquent l’optimisation fiscale, ce qui leur permet de payer en impôt sur le revenu moins de 2% de leur fortune.”

G – Exemple concret : Jean-Michel Ultra-riche – fortune personnelle : 300 millions d’euros – paie 1 million d’euros en impôts divers. Bon ben, 2% de 300 millions ça fait un plancher à 6 millions. Jean-Michel devrait payer au moins 6 millions au total. Il n’en paie que 1. Avec la taxe Zucman on lui en demande 5 de plus.

M – Donc le but de la taxe Zucman, avant même de récupérer des milliards pour financer les services publics, c’est simplement de rétablir la justice fiscale : il n’est pas normal que certains français, d’autant plus s’ils sont les plus riches de France, ne paient pas leur part d’impôts. 

source : (Zucman, s. d.)

G – Et donc, regardez comme on peut tout remettre d’équerre avec une taxe zucman à 2%. Ici vous voyez comment le taux d’imposition évoluerait si on mettait en place cette fameuse taxe. Alors, ce graphique n’est pas spécifique à la France. Il montre le résultat de l’application d’une taxe Zucman pour tous les pays riches.

M – Oui parce que – avant de la proposer en France – Gabriel Zucman avait écrit tout un rapport en 2024 pour expliquer et proposer sa taxe aux G20 – euh non pas les supermarchés – on parle bien des 20 pays les plus riches du monde. 

G – Voilà ! Mais l’idée est la même pour la France. Cette taxe permettrait de venir corriger l’inégalité devant l’impôt des ultra-riches.

3 – Les holdings cassent l’impositions.

M – Et pour ça, Zucman propose de taxer – non pas les revenus des ultra-riches – mais leur patrimoine. Et surtout leur patrimoine professionnel.

Mediapart – A l’air lire – Gabriel Zucman : « Que les milliardaires ne paient pas moins d’impôts que leur secrétaire »  (28/12/2025)

Gabriel Zucman – Économiste spécialiste des inégalités sociales et de revenus

32:00 : “pour que ces dispositifs fonctionnent, il faut que l’entièreté du patrimoine, au-delà de 100 millions d’euros, soit incluse dans l’assiette.”

G – Et là ça peut faire peur ! Parce qu’un “bien professionnel” c’est quoi ? C’est la p’tite entreprise de nos artisans de quartier, c’est le four de boulanger, les ciseaux du coiffeur, le babyfoot de la start-up… Ils veulent taxer les artisans et entrepreneurs qui font la richesse de la France !

M – Alors, on se calme. Ne seraient concernés que les individus ayant un patrimoine de plus de 100 millions d’euros. Donc ton coiffeur là, à moins d’avoir un salon grand comme un terrain de foot en plein Paris, il a zéro risque d’être taxé. Petit rappel, ça ne concerne que 1 800 personnes ! Des gens qui vont en vacances (voire qui habitent) dans des 5 étoiles minimum !

G – Moi j’ai déjà dormi dans un camping 5 étoiles une fois.

M – C’est bien Gilles… Mais non tu seras pas taxé. Parce qu’en fait, c’est qui les 1 800 personnes concernées ? Si elles ont plus de 100 millions de patrimoines, mais qu’elles ne payent pas déjà l’équivalent de 2% de sa valeur en impôts, comment c’est possible ? Parce qu’on est d’accord un patrimoine bien investi, ça rapporte, et plus que 2% par an ? En dividendes, en plus-values et en loyers. On a les données : sur les 40 dernières années – en moyenne et net d’inflation – le patrimoine de nos ultra-riches a grossi de 7.5% par an. Mais tout ça normalement c’est taxé ! Alors comment ils font pour payer moins de 2% ?! 

G – Les holdings.

M – Bah oui les holdings ! 

G – Et oui je sais… Bon, les Holdings. Accrochez vous, mettez votre plus belle cravate, sortez votre stylo Montblanc, un petit carnet et dans 5 minutes on vous donne votre diplôme d’avocat fiscaliste. Vous allez voir c’est accessible à tout le monde ! 

M – Il faut partir du principe que l’imposition en France est principalement basée sur la triforce : 

G – Ah ça je connais ! La triforce d’Hyrule : Force, sagesse et courage

M  – Nan là c’est la triforce de Bercy : Consommation, Revenus et Profit. 

G – Ah oui ! Je connais aussi ! Y a trois gros “endroits” où l’état vient taxer pour se financer : la consommation : ça c’est essentiellement la TVA – à laquelle les entreprises ne sont pas soumises… Gardez ça en tête ce sera important pour la suite. Ensuite il y a évidemment les revenus : impôt sur le revenu mais aussi CSG et cotisations sociales. Et pour finir il y a les profits : ça c’est l’impôt sur les sociétés.

M – Et donc pour éviter tous les gros impôts, il suffit d’éviter ces trois choses. Mais ça n’a pas l’air évident ! Parce que moi pour vivre, je consomme, pour consommer j’ai des revenus, et si j’ai une entreprise bah… le but c’est qu’elle fasse des profits ! 

4 – La holding pour éviter la TVA et l’IR

G – Et pourtant, grâce aux Holding… Y a moyen de se débrouiller. 

M – Imaginez que j’ai hérité de la Poissonnerie de mes parents, puis que j’ai fondé un cabinet de logiciel de gestion de Poissonnerie. Pour combiner ces deux activités, je peux créer une holding, c’est une entreprise mère, qui possède les deux autres entreprises, ses filles. 

G – Cette Holding va être un genre de chef d’orchestre, elle va ordonner à ses filles de faire bouger la thune comme elle le souhaite.

M – Donc évidemment, je peux ordonner via ma Holding que les boîtes se facturent les unes les autres, par exemple la poissonnerie paie un abonnement de logiciel à l’autre boîte. Mais surtout,  je peux faire remonter les profits de la poissonnerie dans la Holding pour ensuite, combler les pertes de mon entreprise de logiciel; ou même pour investir dans n’importe quoi d’autre, genre des actions du CAC 40.

G – OK donc, la masse de thune gagnée par les deux entreprises remonte dans la Holding qui en fait ce qu’elle veut et après ? C’est quoi le projet pour éviter les impôts ?

M – Eh bah c’est simple, il suffit que je me verse uniquement ce dont j’ai besoin pour consommer. Tout le reste, donc mon épargne, je la garde en cash dans ma Holding ou je l’investis en passant par elle.

G – Et c’est tout ?! Tu laisses l’épargne dans la Holding ? Mais elle où l’optimisation là ?

M – C’est simple : toi quand tu épargnes péniblement un morceau de ton salaire tous les mois pour te constituer une petite réserve, d’abord tu dois payer l’impôt sur le revenu. Donc tu gagnes 100, tu paies disons 25% d’impôts, il te reste 75. Tu as besoin de 50 pour vivre, tu peux épargner 25. Mais moi, déjà je gagne 10,000… Et je n’ai besoin que de 200 pour vivre, donc je me verse 364, je paie 45% d’impôts là-dessus – la tranche maximale – il me reste bien 200 pour vivre. Mais tout le reste : les 9,636… Bah j’ai pas été imposé dessus. Regarde un peu : toi, ton taux d’imposition total, il est de 25%. Mais moi, en ayant payé 164 d’impôts sur 10,000 de revenus, mon taux d’imposition effectif c’est 1.6%.

G – Donc c’est ça l’arnaque ! Le gros de l’injustice il vient de là : les ultra-riches ne passent pas par la case “impôts sur le revenu” avant de pouvoir épargner alors que vous, oui. Vous êtes imposés sur l’ensemble de vos revenus : qu’ils servent à consommer ou à épargner. Alors que les ultra-riches eux : ne sont imposés que sur les revenus qui leur servent à consommer.

M – Mais on peut aller encore plus loin ! Parce que finalement, quite à être proprio d’entreprises, autant utiliser leurs activités pour servir directement mon train de vie. Comme ça, je peux encore réduire le montant que je me verse pour consommer.

G – Ouais enfin tu vas faire quoi ? Manger le poisson de ta poissonnerie ? Aller chercher tes gamins à l’école avec le van de la boîte ? Dormir dans la chambre froide ?  Ça fait quand même pas rêver cette histoire !

M – Et pourtant c’est bien ça le plan. Simplement, pour avoir un train de vie de Pasha, il te faut pas une Holding de pauvre avec deux boîtes dedans, il te faut un empire qui vaut des centaines de millions. Quelques hotels de luxe, une agence de chauffeur, une entreprise de location d’avion ou de yacht… Quand tu as tout ça, moi je dis, avoir besoin de revenus qui tombent sur son compte, c’est vraiment un truc de pauvre. 

G – Évidemment en théorie, un individu ne peut pas se servir des biens d’une entreprise pour son utilisation personnelle. Ça s’appelle de l’abus de bien social. 

FranceInter – Le débat du 7/10 (16/09/2025)

Frédéric Douet – Professeur de droit fiscal à l’université Rouen-Normandie

3:25 : “Parce que si on considère qu’une personne qui a une société Holding possède directement ou peut appréhender directement les sommes dans cette société, c’est simple c’est du pénal. C’est de l’abus de bien social et de la fraude fiscale. Vous voyez ? “

G – MAIS… Quand le big boss est milliardaire et donc super puissant et connecté, quand il mélange systématiquement déplacements boulots et vacances, quand potentiellement dès qu’il passe un coup de fil, il bosse… quand les montages qu’il utilise sont ultra complexes, masqués par 4 sociétés écrans entre lui et le service qu’il utilise… Comment tu vas réussir à prouver qu’il y a bien abu ?

M – C’est un des autres avantages de ces structures juridiques complexes. Les ultra riches sont conseillés par des experts de la fiscalité qui vont les aider à penser leur structure de façon à vivre leur vie d’ultra-riches en ayant besoin du minimum de revenus.

France Culture – La TAXE ZUCMAN expliquée : pourquoi mettre les ULTRA-RICHES à contribution (11/092025)Gabriel Zucman – Économiste spécialiste des inégalités sociales et de revenus

3:43 : “pour les milliardaires pour lesquels la quasi totalité de leurs revenus c’est des dividendes, ils ne payent pas d’impôts sur leur revenus sur ces dividendes parce que sur le papier ces dividendes ne leur sont pas versées à eux personnes physiques, mais à des sociétés holding qui n’ont comme autre fonction pour l’essentiel que de faire écran à l’impôt”

M – D’ailleurs des fois, même si c’est hyper difficile à prouver, il se font quand même choper !

G – Du coup, grâce à la Holding qui possède toutes les boîtes et qui récupère tous les profits, ton épargne n’est pas taxée, pas ou peu d’impôt sur le revenu, mais en plus… si presque tout est acheté par des entreprises, bah il y a pas de TVA non plus ! 

M – En pratique, comment ça se passe : Ma holding va créer une entreprise, par exemple à Malte. Cette entreprise fait l’acquisition d’un Yacht à 100 millions d’€ et le louer ce qui va me rapporter des thunes. Mais… Quand j’en ai envie – 2-3 semaines par an histoire de décompresser – je loue moi-même le bateau de ma boite – à un tarif préférentiel évidemment – ce qui me permet de ne pas avoir besoin de me verser les revenus nécessaires – forcément taxés – pour devoir me l’acheter.

G – Ici encore, on va prendre un petit exemple numérique pour bien comprendre. Le Yacht coûte 100 millions d’€. Si vous êtes un contribuable normal, pour vous l’acheter, il vous faut un revenu de 182 millions. Pourquoi ? Parce qu’avant de pouvoir consommer, on l’a déjà vu tout a l’heure pour l’histoire de se verser des revenus ou pas, il faut payer l’impôt sur le revenu à 45% – toujours la tranche maximale. Mais c’est pas fini. Ensuite, sur les 100 millions que vous dépensez, l’entreprise qui vend le bateau n’en touchera que 83, qui correspond au prix HT. Le reste c’est de la TVA pour le budget de l’État. Conclusion : pour s’acheter un bateau à 83 millions HT, il faut normalement payer en plus 99 millions d’€ d’impôts et de taxes.

M – Mais pas si on passe par une Holding. Là, pour acheter un bateau à 83 millions hors taxe, il en faut juste 111. Parce que même si les millions d’€ viennent d’une entreprise que vous contrôlez, il faut quand même payer l’impôt sur les bénéfices à 25%. Bon mais, 54% d’impôt dans le premier cas, 25% dans le deuxième… Je pense que vous voyez bien l’intérêt.

G – Donc d’un côté un super-millionnaire qui s’achète un yacht HT en ne payant que 25% d’impôts et de l’autre, un français moyen – disons imposé à 30% – qui s’achète un pédalo TTC en en payant lui 42%… Où est la justice fiscale là-dedans ?

5 – La Holding en vrai : cas concret de Kering

M – Bon là on est resté dans des schémas simples et théoriques. Mais comme on l’a dit, l’un des gros intérêt des holding c’est la complexité des montages financiers qu’elles permettent. Je vous propose donc de regarder à quoi ressemble une vraie holding en allant consulter Pappers, c’est un site qui collecte toutes les données en libre accès disponible sur les entreprises.

G – Voilà le graph Pappers de la Financière Pinault. Une holding créée en 1987 par François Pinault. Première chose, on voit bien que c’est une boite familiale puisque la plupart des personnes liée à cette entreprise porte le nom « Pinault ». L’autre chose c’est que cette holding est liée d’autres petites boîtes comme Garuda : 0 salarié ; ou Pinault Trustee : toujours 0 salarié. Mais la pépite là-dedans, c’est Artémis. Pas plus de 1 ou 2 salariés mais toutes les thunes de l’empire remontent ici. 

[Plusieurs screens pour illustrer le paragraphe juste au dessus]

M – Cette petite boîte quasi-sans salariés mais avec de gros bénéfices, elle investit dans et contrôle plein d’autres boîtes, et c’est ce que l’on voit ici. On va avoir des sociétés civiles immobilières, des domaines viticoles de toutes sortes… Domaine d’Eugénie, Domaine de Château Grillet. Vous avez aussi une boîte à 0 salarié nommée Ortygia enregistrée comme ayant des Activités auxiliaires de services financiers et d’assurance.

G – Donc là à priori, ce sont des entreprises qui servent de véhicule financier, donc qui peuvent acheter des actions par exemple. Un peu comme si c’était un compte titre ou une assurance vie dans une banque. Dans le même genre on a aussi Selena, CARA OBLIGATIONS, Terisam, Semirat, Kersaint… ça ressemble à d’autre véhicules financiers… Et puis au bout d’un moment… hein merde, ça devenait trop dur de trouver des noms, donc on va les appeler Artemis 42,  Artémis 29, Artémis 80, 12, 81, 24, 41.

M – Attends, 12, 81, 24, 41… Il doit bien avoir un sens caché là, donne moi un papier et un stylo faut creuser ça !

G – Marina… Ils ont juste eu la flemme.

M – Mais non mais attends : Terisam, Semirat ! C’est des anagrammes d’ARTEMIS ! Nom de Zeus, ça voudrait dire que…

[Montage/musique complot]

G – Ils ont eu la flemme.

M – Oui oui carrément, ils ont eu la flemme.

G – Bon et sinon là, SEBDO, c’est la société éditrice du journal Le Point. Et fun fact : vous pouvez acheter le numéro 2262 – pour 5€90 – et y lire que le non sens économique, c’est n’est pas d’avoir tellement d’entreprise holding que tu sais même plus comment les appeler… non, le non sens économique, c’est : de haïr les riches au point de vouloir les taxer comme tout le monde !

(extrait Sarkozy : quelles indignité !)  

https://boutique.lepoint.fr/pourquoi-la-haine-des-riches–2262

M – Par ici on voit aussi que Artemis contrôle la compagnie du Ponant spécialiste des croisières de luxe dans le pôle nord. En regardant dans Artémis 28, on voit que c’est lié avec les éditions Tallandier et le commerce de vêtement GIAMBATTISTA VALLI. Rien à voir ! SCAR, c’est une entreprise de transport aérien qui, en recoupant ces informations, gère les jet privés de la holding en lien avec Martin Bouygue. Et encore il y a pas tout ici hein, parce que Artemis détient aussi le Stade Rennais.

G – Alors les Rennais : “galettes saucisses je t’aime”… Ca vous fait quoi d’être la propriété d’un milliardaire qui paie deux fois moins d’impôts que vous ?  Ah… bah rien apparemment. 

https://www.staderennais.com/actualites/le-club/la-famille-pinault-remercie-le-public-rennais

M – Et on en a encore ! Artémis possède aussi une entreprise hollywoodienne CAA qui gère les carrières d’artistes, dont celle de la femme du patron, Salma Hayek.

G – Et puis tiens, pour couvrir leur trépidante vie d’utra-riche, ils y aussi leur entreprise « Royalement vôtre Edition » qui détient le média « Point de vue ». On peut notamment y trouver la photo de la dynastie des Pinault. François Pinault Premier, 89 ans, fondateur originel de l’empire. François Pinault 2, 63 ans qui en a hérité et l’a étendu, et l’héritier pressenti de 27 ans, François Pinault troisième du nom… 

M – Attends tu te fous de moi ils s’appellent tous François ? Sur 3 générations ??

G – Quand je te dis qu’ils ont la flemme avec les noms !

6 – La Holding et l’IS

G – Bon OK, pourquoi on vous a emmené voir la complexité de la Holding des Pinault ? Premièrement, pour vous montrer à quel point la complexité des connexions est débilissime, ce qui rend toute enquête potentielle très compliquée et coûteuse. Et encore, avec Pappers on a regardé que les entreprises immatriculées en France. Parce que très certainement qu’il y plein d’autres anagrammes d’artémis dans les registres de pays étrangers ! 

M – Ensuite, pour que vous compreniez aussi que dans tous ce qu’ils possèdent, tout n’est pas optimisé pour simplement “rapporter le plus de profits possible”. Déjà c’est toujours bien de diversifier son épargne. Mais les ultra-riches utilisent aussi leurs entreprises pour se faciliter la vie – leur rendre des p’tits services ici et là : les vignobles, les sociétés immobilières, la boîte qui gère des carrières d’acteurs – ainsi que pour orienter le discours politique dans un sens qui leur convient : leurs médias. 

G – Mais, pour en revenir à nos histoires d’imposition, on vous a parlé de la Holding des Pinault pour illustrer un dernier point : vous savez la triforce des impôts ? Consommation, Revenus et Profits. Jusque-là on a expliqué que grâce aux Holding on pouvait échapper au deux premières. Mais y a aussi moyen d’échapper à la troisième !

M – Le moteur du groupe des Pinault c’est la société Kering qui est spécialisée dans le luxe. Elle rassemble des noms comme : Gucci, Yves Saint Laurent, Balenciaga, Boucheron. Kering c’est 47 mille collaborateurs pour un chiffre d’affaires de 17.2 milliards d’€ en 2024. Mais, Kering c’est aussi 1,2 milliards d’€ d’amende en 2019 pour fraude fiscale avec sa marque Gucci.

G – Explication : Kering possède une boîte qui fabrique des lunettes bien quali en Italie avec un joli logo Gucci . Mettons que ça leur coûte 50€ la paire.

M – Les prix sont indicatifs ici, c’est pas les vrais prix, on ne les connait pas, c’est juste pour illustrer nos propos.

G – Les lunettes de luxe qui ont couté 50 sont vendues 51€ à une autre boîte – basée en suisse, à Cadempino – qui s’appelle LGI. Donc, ici, on voit que l’entreprise italienne ne fait quasi aucun bénéfice. Normal, l’impôt sur les sociétés en Italie c’est 24%… Beaucoup trop !

M – Ensuite, LGI vend les lunettes Gucci à Gucci pour – attention… 440€ la paire. Gros bénéfice là ! Normal, les profits en Suisse ne sont taxés qu’à 8%.

G – Et finalement, Gucci vend les lunettes à 450€ avec une petite marge de 10€, juste ce qu’il faut pour couvrir les salaires de ses vendeurs et les loyers de ses boutiques.

M – La question c’est : Ou est réellement située la “valeur ajoutée” dans cette histoire ? Kering dit que c’est en Suisse mais évidemment qu’en vrai, elle se situe au niveau du savoir-faire du fabricant italien. Et donc l’immense majorité des profits devrait être située en Italie. D’où la condamnation de Kering en 2019.

G – Médiapart avait obtenu un enregistrement de François Pinault qui admettait carrément, deja en 2016, que le montage risquait de leur pété à la gueule: https://www.mediapart.fr/journal/france/150223/evasion-fiscale-l-aveu-de-francois-henri-pinault

Peut etre dans le montage, montrer un screen de l’entête de l’article pour qu’on comprenne que c’est une video dans un article ? Ou alors simplement source de la vidéo : Mediapart – Article “Évasion fiscale : l’aveu de François-Henri Pinault” (15/02/2023)

Vidéo sur le site : 

0:42 : (François-Henri Pinault) « Dans des groupes cotés comme nous, le sens de l’histoire, on le sait très bien d’ailleurs sur Cadempino et l’Italie, […] c’est qu’on ne peut plus s’amuser à faire de l’optimisation fiscale dans les paradis fiscaux. Ça, ça va…
(Jean-François Palus) — Ça va nous péter à la gueule

M – Bien vu les gars !

G – Ce genre de manipulation des prix de facturation intra-entreprises, c’est un classique pour “délocaliser” les profits dans des pays qui les taxent moins et donc, pour échapper au dernier morceau de notre “triforce de Bercy”.

M – Alors OK, Kering s’est fait chopper pour ses lunettes, mais est-ce qu’il n’y aurait pas d’autres “optimisations frauduleuses” dans ce groupe ? Et même dans d’autres groupes ?

G – C’est un secret de polichinel, évidemment que ça “optimise / fraude” dans tous les sens pour échapper à l’impôt sur les sociétés ! Gabriel Zucman a participé à démontrer ce point en faisant la ratio entre “profits déclarés des entreprises” et “nombre d’employés dans ces boîtes”. L’excédent de profits se retrouve systématiquement dans des pays avec des taux d’IS avantageux comme : Puerto Rico, l’Irlande, le Luxembourg, HK, la Suisse etc. Ce qui montre que les groupes délocalisent leurs profits dans des sociétés écrans avec personne ou quasi personne dedans

Source : global tax evasion report

M – En on peut même réduire le taux d’IS sans même délocaliser les profits. On a une étude de l’INSEE qui nous montre qu’en 2022, grâce aux différentes niches fiscales bien made in France, le taux d’imposition moyen sur les “performances économiques” des grands groupes en France était de 14,3%, donc 10 points de moins que le taux officiel de 25%. D’ailleurs il était bien plus bas que le taux de 21,4% appliqué aux PME (« Le taux d’imposition implicite des profits entre 2016 et 2022 est plus élevé pour les PME que pour les grandes entreprises – Insee Analyses – 112 », s. d.)

G – Ce que tout ça veut dire c’est qu’en réalité, les ultra-riches aux commandes de leurs multinationales via leur Holding paient très certainement encore moins que les 27% estimés par ce qu’on vous a présenté en début de vidéo.

M – Oui parce que ce chiffre de 27% – qui est une estimation – est largement basé sur l’hypothèse d’un taux d’impôt sur les sociétés effectif de 25% en France. Sauf qu’avec les profits délocalisés dans les paradis fiscaux et les multiples niches fiscales françaises, en réalité les 27% sont une estimation haute.

2 – Les critiques

M – Donc, on a essayé de vous le présenter le plus clairement possible : la triforce de Bercy, pour des ultra-riches à la tête de grands groupes à base de Holding, ça s’évite très facilement. 

G – Mais, malgré le caractère franchement abusé des montages et leur capacité de casser l’égalité des citoyens devant l’impôt, dans les médias français, on a quand même pu voir énormément de critiques à propos des 2% de la taxe Zucman. 

M – Alors on va les lister les unes après les autres histoire de voir si elles tiennent la route. 

G – Première critique : Pourquoi ne pas renforcer la taxe sur les revenus des individus, ou celle sur les revenus des Holding plutôt que de taxer du patrimoine professionnel ? 

M – Arriver à un certain niveau de richesse, tout est du patrimoine professionnel. Le gros de ta fortune vient de ta multinationale et tout ce que tu possèdes à côté – tes maisons, tes yacht, hélicoptères, vignobles, tes investissements financiers… – rien n’est directement à ton nom. Tout est la propriété de multiples boîtes en cascade, elles-mêmes propriété de ta Holding. C’est pour ça que les impôts sur les revenus – qui concernent des individus et pas des entreprises – ne fonctionnent pas à ce niveau là. 

G – Donc, il faudrait plutôt taxer les revenus des Holding. Sauf que, ce que toutes les recherches de Zucman montrent c’est que : le capitalisme financier en est rendu à un tel niveau de complexité et d’interconnection entre tous les pays que… Y a toujours moyen de planquer des revenus. Il suffit de déplacer les sous toutes les 3h et on ne sait jamais où ils sont. La solution c’est donc bien : de ne pas viser les revenus mais la valeur du patrimoine.  

M – Deuxième critique : plutôt que de vouloir chercher à taxer davantage, il faudrait plutôt baisser les impôts de tout le monde. 

G – Et si on ramenait l’imposition de l’ensemble de la population française de 50% à 30% ! Comment ça, bah déjà, il y a plus d’équité fiscale, et puis vous vous rendez compte ! 50% d’impôts. C’est quand même une folie confiscatoire !

M – Sauf que… Si l’ensemble des français ne payait que 30% d’impôts au lieu de 50%, l’État perdrait quasi 600 milliards de revenus par an. Ce qui est grosso modo le budget de la sécu. Fini les retraites, l’hôpital et le médecin remboursé, les allocations familiales ou logement… Bref, fini notre modèle social. On deviendrait les états-unis, qui justement ont un impôt proche de 30%. 

G – Ah le rêve américain… On en avait déjà parlé il y a un an de leur économie cruelle, ça ne s’améliore pas. Le pays ne fait que perdre des places dans les classements d’espérance de vie, je sais pas si c’est vraiment le modèle qu’on veut suivre. (« Increases in U.S. Life Expectancy Forecasted to Stall by 2050, Poorer Health Expected to Cause Nation’s Global Ranking to Drop | Institute for Health Metrics and Evaluation », s. d.)

M – C’est comme si nos 20 points pourcent d’impôts en + servaient vraiment à quelque chose en fait.

G – Alors rapidement : quand on paie des impôts les sous ne disparaissent pas dans le néant ! Ils nous sont rendus sous la forme de services publics et d’allocations.

M – D’ailleurs, les ménages français les plus pauvres reçoivent bien plus en services publics et en allocations diverses que ce qu’ils paient en impôts. C’est ce que montre ce graphique de l’INSEE. Avant redistribution, les ménages les plus aisés (les 10%) ont un revenu moyen 18 fois plus important que les moins aisés. Après redistribution, cet écart n’est plus que de 3. 

source : (« La redistribution élargie, incluant l’ensemble des transferts monétaires et les services publics, améliore le niveau de vie de 57 % des personnes – Insee Analyses – 88 », s. d.)

G – La question d’après c’est : combien ça rapporterait ?

M – Zucman estime les revenus de sa taxe à pas loin de 1% du PIB. Donc un truc comme 20 milliards par an. 

G – Mais, vous avez peut-être vu passer une tribune signée par plusieurs économistes de renom – notamment notre tout nouveau prix Nobel d’économie : Philippe Aghion – qui disait que, n’importe quoi, ça n’allait pas rapporter 20 milliards mais plutôt 5 milliards.

M – Alors déjà, le but de la taxe zucman c’est pas les milliards, c’est – rappelez-vous – la justice fiscale. Le but c’est que les ultra riches paient – en pourcentage de leurs revenus – la même chose que tout le monde. Donc que ce soit 5 ou 20 milliards, c’est pas le débat !

G – Mais quand même ! 4 fois moins que prévu, ce serait chiant. Alors, est-ce que notre prix Nobel a raison ? Et ben non ! Pourquoi ? Parce que son chiffre vient d’une étude du CAE, qui parlait d’un autre type de taxe sur les patrimoines, au Danemark, à une époque où les données fiscales étaient plus opaques, donc c’est vraiment pas comparable. Et d’ailleurs l’un des auteurs de cette étude à lui-même expliqué que “non”, elle ne peut pas être utilisée pour anticiper les revenus de la taxe zucman.

M – Mais, notre cher prix Nobel à un autre argument dans sa manche. La taxe Zucman détruirait le potentiel d’innovation en France en réduisant son attractivité ! 

Benjamin VINCENT | Les Voix de la Tech | iWeek – Taxe Zucman : débat intégral entre Gabriel Zucman et Philippe Aghion au FDDAY 2025 (19/09/2025)

7:50 :”Moi, le seul problème que j’ai avec le dispositif que propose Gabriel, c’est que ça inclut l’outil de travail”

15:06 “Tu mets ta taxe uniquement en France en disant je mets pour pour être sûr qu’elle est payée, je vais mettre une taxe globale à l’américaine en France seulement. Tu vas transformer la France en prison fiscale et tu vas rendre la France tu vas faire tomber l’attractivité de la France.”

20:00 : “si tu es quelqu’un qui démarre une boîte et très valorisée, tu n’es pas un homme riche, tu n’as pas les revenus, tu comprends ?”

G – Nan mais tu comprends Gabriel ? Toi qui travaille depuis plus de 10 ans sur le sujet du patrimoine des grandes fortunes alors que moi pas du tout ? Tu comprends que parfois les riches sont pauvres ?

M – Bon là, c’est assez simple de répondre. Si on a des travaux en économie qui montrent qu’innovation et impôts sur le revenus peuvent avoir un lien… En gros, quand ils le peuvent et toutes choses égales par ailleurs, les innovateurs préfèrent les pays avec moins d’impôt sur le revenu… Par contre, il n’y a rien sur le lien entre innovation et impôt sur le patrimoine.

G – Et ça semble assez logique que quand on en arrive à être multi-millionnaires, c’est que l’innovation a déjà prit. La phase d’innovation difficile et incertaine, celle qu’on veut encourager, elle arrive bien avant de devenir ultra-riche. 

M – Bref, Philippe Aghion ne se base sur rien d’autre que son avis pour affirmer qu’une taxe Zucman ferait tomber l’attractivité de la France.

G – Et si ce qui vous inquiète c’est qu’un prix Nobel d’économie absolument incompétent sur la question soit contre la taxe Zucman, voici une tribune signée par 7 autres Nobel d’économie – tout aussi incompétents sur cette question – mais qui eux, sont pour la taxe : 

M – Et toc, c’est nous qu’on gagne ! Parce que 7, c’est plus grand que 1 !

G – Bon mais Philippe marque quand même un point non ? Comment on fait pour les ultra-riches aux commandes de start-up qui ne font pas de bénéfices ? Eux n’auraient pas de quoi payer ? 

M – On arrive à quelques dizaines de cas d’ultra-riches en valeur uniquement, mais pas du tout en cash. C’est le fameux cas du créateur de Mistral AI. 

FranceInfo – 20h (16/09/2025)

Arthur Mensch – PDG de Mistral et milliardaire

 1:00 : avec cette valorisation de votre entreprise qui qui dépasse les 10 milliards, vous seriez dedans vous 24 millions, vous pourriez payer ?

– Bah, je pourrais évidemment pas payer.

Vous pourriez pas payer, il faut l’expliquer aux gens. C’est que vous vous faites des levées de fonds mais vous les avez pas en fait directement. C’est vous êtes milliardaire mais virtuellement.

M – Le principe est assez simple. Mettons que j’ai créé une super strat-up ultra prometteuse. Tellement prometteuse qu’on évalue sa valeur à 10 milliards d’€. Évidemment, comme c’est moi l’actionnaire majoritaire – j’ai des investisseurs qui m’ont aidé mais ça reste MA boîte – je suis “riche” au sens de “si je vendais mes actions, j’empocherai des centaines de millions”. MAIS… Ma boîte est une start-up qui ne rapporte rien pour l’instant. Sa valeur repose uniquement sur l’anticipation des bénéfices futurs qu’elle – on l’espère – pourrait générer.

G – Ca veut dire que Marino fait partie de la minorité d’ultra-riche qui ne palpe pas une quantité titanesque de bénéfices qui remontent dans sa Holding de tête. Mais pas de panique, il y a des solutions.

M – Comme par exemple celle proposée par une des rares personnes qui a été dans ce cas de figure, et qui est concerné par la taxe Zucman, Jean-Baptiste Rudelle, fondateur de Criteo en 2005, une boite qui vaut aujourd’hui 1 milliard de dollars.  

BFM Business – Ces patrons favorables à la taxe Zucman : « C’est symbolique, tout le monde prend sa part » (26/09/2025)

Jean-Baptiste Rudelle – Président de Blue

2:50 : “il y a des solutions tout à fait pragmatique qu’on peut mettre en place comme un paiement en action qui se fait en plus en concernant les droits de vote donc il y a pas de changement dans la gouvernance avec la possibilité ensuite de pouvoir les racheter au moment où on a des liquidités”

G – Tu comprends Philippe ? Pas besoin de paniquer, même les riches qui sont pauvres en fait… ils sont riches quand même et ils peuvent payer. 

M – On a un autre argument, assez proche de celui de notre prix Nobel préféré, Aghion : ce serait absurde de taxer du patrimoine, de taxer de la “valeur”.

G – Voilà donc finalement on reste sur cette idée que les riches ne seraient pas riches. Parce qu’être riche ce serait : avoir du cash sur un compte et pas posséder les actions d’une entreprise richissime.

M – Sauf qu’on vous l’a expliqué : posséder du cash sur un compte c’est un truc de pauvre ! La réalité c’est que les entreprises des ultra-riches leur donnent accès à un train de vie de pacha, leur permet d’éviter l’impôt ET leur donne un pouvoir économique et politique énorme ! Leurs entreprises crachent des millions en dividendes ou en plus-values tous les ans. D’ailleurs, rappel, on a des infos là-dessus : sur les 40 dernières années, le rendement du patrimoine des ultra-riches a été en moyenne de 7.5% par an net d’inflation. (Zucman, s. d.)

G – Finalement ce que propose Gabriel Zucman – en rétablissant la justice fiscale – c’est la réduction la vitesse d’enrichissement des ultra-riches de 7.5% à 5.5% par an. Voilà ! C’est horrible hein ! Ils vont pas y survivre ! Et vous votre salaire, il augmente de combien de % tous les ans ?

M – Un autre truc qu’on a entendu c’est que taxer le patrimoine serait anticonstitutionnelle. 

G – L’argument est un peu technique mais pour aller vite : quand on a mis en place l’ISF dans les années 80s, les riches devaient – comme pour la taxe Zucman – payer un %age de la valeur de leur patrimoine

M – Par contre les biens professionnels étaient exclus

G – A ce moment là, la Cour Constitutionnelle avait dit “OK pour faire payer les riches en proportion de la valeur de leur patrimoine MAIS, il ne faut pas leur retirer plus de X% de leurs revenus sinon on les empêche de vivre et l’impôt devient confiscatoire”. Or, non seulement la taxe Zucman est dépourvue de ce type de “plafond” mais surtout, étant donné que les ultra-riches conservent l’immense majorité de leurs revenus dans leur Holding, et bien il y a des chances que leurs revenus imposables soient plus faibles que les 2% de la taxe Zucman ! (« Le Conseil constitutionnel et le principe d’égalité devant l’impôt | Conseil constitutionnel », s. d.)

M – OK petit exemple chiffré : La valeur du patrimoine de notre ultra-riche c’est 100 millions d’€. La rentabilité de son patrimoine c’est 7% donc il a 7 millions de revenus qui remontent dans sa Holding. La taxe Zucman est à 2% donc on lui demande de lâcher 2 millions. MAIS… Lui ne se verse que 1 million en revenu sur son compte courant. Du coup, la taxe Zucman représente 200% de son “revenu imposable” et donc… Ben la Cour Constitutionnel considèrerait forcément ça comme confiscatoire !

G – Le truc c’est que quand la Cour avait rendu cet avis – dans les années 80 et puis on en avait reparlé sous Hollande en 2013 quand il avait voulu mettre une tranche d’impôt sur le revenu à 75% – on ne savait pas que les ultra-riches payaient deux fois moins d’impôt que le reste des français. La recherche en économie n’avait pas encore tranché là-dessus.

M – Mais maintenant qu’on a l’info, si on redemandait à la Cour son avis, c’est pas du tout sûr qu’elle aboutirait à la même conclusion. Parce que comme l’explique Gabriel Zucman : notre constitution dit bien que les français doivent être égaux devant l’impôt. Or les données montrent que ce n’est pas le cas.

G – Voilà donc, non la taxe Zucman ne serait pas forcément retoquée par la Cour Constitutionnelle. 

M – Enfin vient l’argument du “si vous taxez les riches, ils vont se barrer”.

G – Grand classique ! Je vous rappelle que seuls ceux qui ont des centaines de millions et plus échappent à l’impôt en France. Donc, si ceux qui ont des dizaines de millions paient leur 55% d’impôt sans se barrer, pourquoi faudrait-il avoir peur que les riches du dessus le fassent ?

M – Eh oui, les riches qui émigrent parce qu’ils se sentent “trop taxés” c’est un phénomène réel mais marginal. On dispose de pas mal d’études économiques sur le sujet. On en avait parlé dans un précédent épisode en mentionnant le cas des états-unis où l’impôt sur le revenu est différent d’un état à l’autre. On avait expliqué que non, les riches ne déménageaient pas – même au sein de leur propre pays – pour profiter de taux d’imposition préférentiels.

G – Donc voila, on vous renvoie à cette vidéo où on expliquait qu’il y a beaucoup d’études sur le comportement des riches, que c’est pas si évident qu’ils partent, et que quand bien même ils le feraient on pourrait mettre des outils en place pour les contrer.

M – Par exemple : la taxe Zucman prévoit une clause qui rend les contribuables concernés redevables de la taxe jusqu’à 5 ans après leur déménagement. C’est déjà une bonne base ça.

CONCLUSION : 

G – Bon qu’est ce qu’on retient de tout ça ? Eh bah vous payez entre 45 et 55% d’impôts, les 1800 français les plus riches n’en paient que 27% – parce que leur épargne est bien au chaud dans leur Holding et peut-être même encore moins, grâce à l’optimisation 

M –  / fraude

G – …à l’impôt sur les sociétés

M – Si les sondages d’opinion ne sont pas toujours à suivre les yeux fermés, là on peut quandmême noter que la majorité des français est favorable à la taxe Zucman, peu importe la couleur politique. On dirait bien que les français et françaises se rendent bien compte de l’injustice fiscale dont profitent les ultra riches. 

G – Sur le plan des arguments, on l’a vu, il n’y a aucune critique qui tient sérieusement la route. La Taxe Zucman c’est juste un correctif pour avoir – même pas une progressivité – juste une égalité devant l’impôt. Même en leur prenant 2% par an, les ultra-riches continueraient de s’enrichir plus vite que le reste de la population. Donc il n’est même pas question de réduire les inégalités, on est vraiment en train de défendre le minimum du minimum.  

M – Et le fait qu’on ait à batailler autant juste pour le minimum, c’est inquiétant. Parce qu’après la taxe Zucman, il faudra aussi certainement qu’on s’attaque franchement aux pouvoirs antidémocratiques des ultra-riches et de leurs Holdings, qui détiennent des pans entiers de l’économie dans des montages opaques et complexes, qui contournent nos lois. 

G – Donc voilà, guillotiner les ultra-riches, non. On est des personnes respectables, on veut pas la bagarre

M – (Même si j’pense qu’on la gagnerait)

G – Mais les faire payer leur part comme tout le monde ça oui ! Et guillotiner leurs holdings : faudrait p’tet y penser !

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