La comptabilité : l’arme secrète pour dompter le capitalisme ?

Souvent perçue comme ennuyeuse et purement technique, la comptabilité est pourtant un outil stratégique au cœur du capitalisme. Loin d’être neutres, les règles comptables reflètent des choix politiques qui favorisent certains intérêts, comme ceux des actionnaires impatients. Une nouvelle vidéo explore comment ces normes façonnent les résultats des entreprises et questionne leur compatibilité avec les enjeux environnementaux et sociaux.

Comprendre Bâle IIISi je vous dis qu’on va parler de comptabilité vous allez me dire : 

Voilà sauf qu’en fait la compta c’est super important !

Je tente une analogie : si dans indiana Jones, Indi c’est nous, le lion c’est le capitalisme… Et ben le fouet c’est la compta…

La comptabilité c’est ce qui permet de dompter le capitalisme.

Sauf que, l’objection que vous pourriez avoir c’est : comment pourrait-on manipuler quoi que ce soit avec de la compta ? Parce que la compta c’est quoi ? Des genre de maths : une entreprise produit et vend des trucs, on compte les ventes, on déduit les coûts… Et basta ! Le résultat financier d’une entreprise c’est une donnée “neutre”, apolitique, objective !

Et ben le but de cette vidéo c’est de vous expliquer pourquoi c’est faux ! Les résultats des entreprises – les bénéfices – dépendent très largement des règles comptables qu’on choisit d’adopter. En fait, la comptabilité c’est un système d’information. Et comme tout système d’information, il est au service de maîtres qui ont des intérêts particuliers. Des intérêts qui n’ont pas toujours été ceux d’aujourd’hui…

Premier exemple : compta au prix de vente vs au prix d’achat

Si vous êtes comme moi quand j’ai découvert le sujet, quand on vous parle de la comptabilité comme d’un “système d’information”  au service d’un maître, ça doit vous sembler assez flou. Alors immédiatement, un exemple :

Une entreprise souhaite acquérir une machine qui servira à la production. La machine coûte 1000. Première question : Comment cet achat est-il financer ? C’est le moment d’introduire nos maîtres.

D’abord on a l’entrepreneur fondateur et unique actionnaire de l’entreprise qui a mis 500 de sa poche. Et puis on a aussi un banquier qui lui, a prêté 500.

On reconnait là les deux colonnes du bilan. A gauche l’actif, ce que possède l’entreprise (pour l’instant elle possède simplement du cash sur un compte) et à droite, le passif, qui permet de garder la trace de ceux à qui l’entreprise doit ce qu’elle possède.

Maintenant l’entreprise utilise son cash pour acheter la machine et là, la politique s’en mèle. A la place du cash, il faut désormais enregistrer la valeur de ladite machine. Mais combien vaut-elle ? S’il y a en réalité une infinité de réponses possibles, on va commencer par en explorer deux : 

Soit on part sur une comptabilité au prix d’achat : la machine achetée 1000 vaut 1000… Soit on part sur une comptabilité au prix de revente : sur le marché de l’occasion, la machine a déjà une décote de 30%, elle ne vaut que 700.

La différence entre les deux comptabilités, c’est que dans le cas de la seconde, l’entreprise démarre par une perte de 300. En effet, entre la situation initiale et celle après l’achat de la machine, on voit bien que l’entreprise s’est appauvrie de 300. S’il s’agit d’une “perte comptable” purement théorique, celle-ci a néanmoins un impact concret très important parce que les bénéfices futurs de l’entreprise devront d’abord la combler avant que de quelconques dividendes puissent être versés.

Donc, si l’entreprise fait 300 de bénéfices au cours de sa première année d’exploitation. Elle accumule 300 de cash sur son compte. Dans le cas de la comptabilité au prix d’achat, parce que l’E est plus riche de 300, il lui est possible d’utiliser l’argent sur son compte pour verser des dividendes à Steve.

En revanche, dans le cas de la comptabilité au prix de vente, les 300 de bénéfices n’ont fait que combler la perte initiale et donc, les 300 sur le compte doivent rester investis dans l’E. Pas question de les utiliser pour verser des dividendes.

Ainsi, la comptabilité au prix d’achat est favorable à des actionnaires impatients qui cherchent à transformer des bénéfices en dividendes le plus vite possible tandis que la comptabilité au prix de vente est plus prudente, elle est davantage tournées vers les créanciers. En utilisant le prix de vente, elle simule la liquidation des actifs de l’E permettant de s’assurer qu’en cas de faillite, il restera toujours assez d’argent pour rembourser les 500 prêtés par les créanciers.

Donc… que retenir de ce premier exemple : la compta au prix de vente est une compta plus prudente : elle vise à préserver les intérêts des créanciers. La compta au prix d’achat elle, parce qu’elle permet de verser des dividendes le plus tôt possible, semble davantage alignée sur les intérêts des actionnaires.

Compta au prix de vente à la renaissance

Sauf que… C’est pas siiii simple que ça. En fait, la compta au prix d’achat n’a pas toujours été évidente pour les actionnaires.

Historiquement, la compta au prix de vente date de la renaissance. Les entreprises sont conçues pour être liquidées à l’époque, parce que le financement par la dette et par l’émission d’actions est apparue dans le but de financer des expéditions navales. On commence par créer un véhicule juridique – une entreprise – dans lequel des investisseurs divers – actionnaires et créanciers – vont pouvoir injecter des sous. Ensuite on utilise le cash pour payer un équipage, pour acheter un bateau et remplir ses cales de marchandises comme : du textile, des armes, de l’alcool, des poteries, des meubles, des outils, des céréales… On envoie l’expédition aux 4 coins du monde pour échanger tout ça contre des denrées difficiles à trouver en Europe : genre des épices, de la soie, de la porcelaine, des bois et métaux précieux. Et quand le bateau revient, on liquide l’entreprise. Càd qu’on vend la cargaison ainsi que le bateau pour rembourser les créanciers et verser aux actionnaires un surplus, s’il y en a un. 

Dans ce contexte où le but a toujours été de vendre la cargaison du bateau ainsi que le bateau à la fin de la mission : la seule comptabilité logique c’est celle de la liquidation. Donc celle du prix de vente.

Pkoi compta au prix de vente à la révo indus ?

Bon, la compta de la renaissance : OK, on prend le prix de vente, ça parait logique. Mais à l’époque des grands actionnaires capitaines d’industrie comme Rockefeller ou Carnegie – en plein 19ème siècle – on pourrait croire que la compta a eu largement le temps de passer dans le camp des actionnaires et des dividendes. Les entreprises sont désormais pensées pour durer. La liquidation n’a plus rien de normal, elle est maintenant synonyme de faillite, d’échec.  Et pourtant ! On en est encore à la comptabilité au prix de vente. Pourquoi ? A cause de la responsabilité illimitée.

Avant le début du 20ème siècle, être actionnaire d’une société par action c’est quelque chose de très risqué. En effet, si l’entreprise dont on est actionnaire vient à faire faillite, les créanciers ont le droit de vous envoyer les huissiers chez vous pour récupérer tout ce dont ils ont besoin pour que leur dette soit remboursée. Autrement dit, les dividendes reçus peuvent être repris si l’entreprise venait à couler.

Ce risque de voir sa fortune personnelle d’actionnaire s’envoler en cas de faillite façonne la mentalité des grands patrons capitalistes. Comme ils ont très peur des créanciers, ils limitent autant que possible l’utilisation de la dette pour financer leurs entreprises. Ils préfèrent réinvestir leurs bénéfices. Et donc, ils sont tout à fait pour une comptabilité prudente qui les forcent conserver une partie des surplus dans l’entreprise. 

C’est d’ailleurs cette peur des banques et de leur pouvoir qui, à l’aube du 20ème siècle, alors que les grandes compagnies ferroviaires ont besoin de financement titanesques, permet le développement des marchés financiers. Les grands bourgeois capitalistes – malgré leur fortune colossale – n’ont pas les poches assez profondes. Ils préfèrent alors lever des fonds auprès d’actionnaires venant de la classe moyenne supérieure – par le biais de la bourse – plutôt que tapper à porte des banques.

Et voilà les nouveaux maîtres du capitalisme qui entrent en scène.

Les nouveaux actionnaires impatients : prix d’achat + responsabilité limitée

Petit à petit, les nouveaux actionnaires venus de la bourse commencent à prendre de l’importance et donc à gagner en pouvoir. Or, si l’identité, la reconnaissance sociale, des grands patrons capitalistes, se confond avec le succès des entreprises qu’ils ont fondé et dont ils sont actionnaires majoritaires ; les nouveaux “petits” actionnaires eux, voient la bourse comme un simple moyen de s’enrichir. Les entreprises qu’ils participent à financer importent peu. Le risque de faillite peu être dilué en achetant des actions de multiples entreprises dans de multiples secteurs. Ce qui compte c’est de toucher des dividendes pour s’enrichir. Et également, de les toucher rapidement et de manière stable.

Donc deux choses se passent : 

D’abord, c’est la naissance et l’expension des entreprises à responsabilité limitées, celles qui sont la norme aujourd’hui : les SARL et SAS en France, les LLC ou PLC au US ou les Gmbh en Allemagne. Fini le droit des créanciers d’envoyer les huissiers aux actionnaires pour récupérer les dividendes perçus en cas de faillite. Les actionnaires ne sont redevables qu’à hauteur de la somme investie au départ.

Et ici y a détail croustillant de l’Histoire : certains des vieux capitalistes de l’époque – les grands patrons – n’étaient pas du tout d’accord pour que la responsabilité limitée devienne la norme. Parce que pour eux, le droit à l’enrichissement par les dividendes devait être associé au risque de perdre sa fortune ! Il en allait de l’étique même du capitalisme ! Pour eux, une responsabilité limitée devait donner lieu à un enrichissement limité. Les dividendes pendant toute la vie parce qu’on a investi 100 balle au départ, c’est uniquement s’il y a un risque de tout perdre : les 100 balles du début + tous les dividendes ! Gardez bien ça en tête le jour où on vous ressortira que : “gna gna gna, les actionnaires ils prennent tous les risques… “.

Bon et puis évidemment, dans la foulée, les nouveaux actionnaires pèsent de tout leur poids – essentiellement via des avocats influents qui les représentent – pour qu’on passe à la comptabilité au prix d’achat de manière accélérer mais aussi à stabiliser le versement des dividendes.

Stabiliser parce que, la comptabilité au prix de vente pose un autre problème.

Comme les variations de prix des actifs de l’entreprise affectent les résultats, plus ces prix fluctuent, plus les résultats des entreprises fluctuent eux aussi. Et donc, moins les capacités de versement de dividendes sont stables.

Donc la nouvelle norme comptable devient : si l’actif est destiné à être transformé ou vendu, par exemple le stock de matières premières ou de marchandises de la boîte, il doit être enregistré à son prix de vente, mais s’il s’agit d’une immobilisation – un bâtiment, une machine – il faut utiliser le prix d’achat.

La concession obtenue par les tenants d’une position plus conservatrice – qui ont clairement perdu la bataille – c’est que les immobilisations doivent être dépréciées de manière régulières. Désolé de rentrer un peu dans le détail comme ça mais vous allez voir, ces histoires de dépréciation – on dit aussi amortissement – c’est important pour la suite donc, il faut en parler. Reprenons notre exemple : 

Certes désormais, on considère que la machine vaut 1000 et donc elle apparaît telle quelle dans le bilan mais… puisqu’à cause de l’usure il faudra en racheter une dans… à définir mais disons ici 10 ans. Ce serait bien de mettre 100 de côté tous les ans. Pour ce faire, l’entreprise va “déprécier” – donc réduire la valeur de la machine – de 100 chaque année. Si bien que, malgré les 300 de surplus la première année, parce qu’il faut passer une dépréciation de 100, la machine ne vaut plus que 900, les bénéfices ne sont plus que de 200. Ce qu’il faut retenir c’est : les dépréciations se soustraient aux résultats des entreprises, ce qui les force à garder des sous de côté. Également, plus on déprécie vite, 5 ans au lieu de 10 par exemple, plus on amplifie le “gardons des sous de côté” et moins on permet le “versons des dividendes”.

Donc, on refait le point. Au l’aube du XXème siècle, les nouveaux actionnaires impatients obtiennent que les entreprises deviennent à responsabilité limitée : fini d’avoir peur des créanciers et de leurs huissiers. Ca permet de passer – sans risque de devoir rendre les dividendes reçus – à une comptabilité au prix d’achat plus favorables à des versements de dividendes importants, rapides et stables. La logique de la dépréciation systématique est adoptée : chiant pour les actionnaires impatients parce que ça limite les bénéfices mais compromis nécessaire qui va dans le sens de la bonne gestion de l’E. Enfin, l’effet de levier se développe. Ah oui mince j’ai pas encore parlé de ça… On reprend notre exemple : 

Mettons que la machine soit financée à 80% par de la dette plutôt que les 50% de notre exemple précédent. Les revenus des actionnaires passent de (300 divisé par 500) 60% de la somme investie, à (300 divisé par 200) 150% de la somme investie. L’utilisation d’un maximum de dette, ce qu’on appelle “effet de levier”, permet de booster les rendements actionnariaux. Ils rendent aussi les entreprises plus fragiles en cas de crise, parce que la perte maximale qui sépare une entreprise de la faillite, c’est le montant qui revient aux actionnaires… Donc moins y en a, plus le risque est grand… Mais, grâce à la responsabilité limité, les actionnaires et leurs dividendes passés sont eux, en parfaite sécurité.

Et voilà… Dans les années 1930s, la transition est complète dans tous les grands pays riches, on est passé à une comptabilité au prix d’achat. Le système d’information des entreprises est alignés sur de nouveaux intérêts : la survit de l’entreprise n’est plus la priorité. Les actionnaires majoritaires sont sans visages, ils ne sont plus les fondateurs et patrons de l’E, fini la honte d’avoir planter sa boîte et d’avoir mis au chômage des gens qu’on voyait tous les jours. Et puis également, parce que ces nouveaux actionnaires peuvent diversifier leurs portefeuilles en achetant plein d’actions différentes, la peur de la faillite d’une boîte parmi d’autres est diluée dans la masse : il s’agit donc désormais de faire pression sur les E pour qu’elles distribuent des dividendes importants, rapidement et régulièrement. Enfin, la responsabilité financière des actionnaires en cas de faillite est largement réduite. Puisqu’ils ne sont redevables qu’à hauteur de la somme investie au départ, les actionnaires sont devenus des genre de créanciers. D’ailleurs comme eux, qui attendent leurs versement d’intérêts chaque année rubis sur l’ongle, les actionnaires attendent les leur sous forme de dividendes.

D’actionnaires grands bourgeois plutôt patients et prudents – avec une identitée sociale et aussi une fortune complètement connectée à leur E – on est passé à des actionnaires anonymes, petits bourgeois, créanciers, impatients et dont la fortune n’est plus à risque en cas de faillite.

L’évolution à partir des années 1970s : prix futur

Bon… Mais ça c’était dans les année 30, il y a presque un siècle déjà ! On en est où aujourd’hui ? Depuis on est passé par les années Reagan et Thatcher, le développement du néolibéralisme, la dérégulation financière ! Qu’est-ce que tout ça a fait aux normes comptables ? Et ben je vous le donne en mille : les actionnaires-créanciers impatients ont obtenu de nouveaux cadeaux comptables pour booster leurs dividendes : on est aujourd’hui passé à la comptabilité au prix futur.

Le premier truc à dire c’est que les représentants des actionnaires sont aujourd’hui les grands asset managers. Les BlackRock, Vanguard et autres Amundi. Ce sont des entreprises financières qui agissent comme intermédiaires, elles collectent l’épargne de la classe moyenne et supérieure pour l’investir en bourse.

Maintenant, comment peut on faire mieux que la comptabilité au prix d’achat ? Reprenons notre exemple : 

Et si… La valeur de la machine correspondait à la somme des bénéfices futurs qu’elle devrait permettre de générer ?

Mettons que les managers de l’entreprise ont calculé (on se demande bien comment ?) que l’achat de la machine permettra de dégager 300 de bénéfices tous les ans pendant les 5 prochaines années. Et mettons que les représentants des actionnaires impatients exigent une rentabilité minimale de 10% par an pour les investissements de la boîte.

Au passage ces 10% c’est ce qu’on appelle le “coût du capital”. C’est un terme qu’on retrouve partout aujourd’hui et ça montre à quel point les actionnaires sont devenus des genres de créanciers qui exigent un rendement annuel pour leurs investissements. Alors que normalement la plus value c’est fondamentalement incertain, on la touche si y en a une, si y a pas besoin d’investir, etc… Bref

Pour estimer la “valeur” de la machine, on va discounter – actualiser en français – les cash flow de 300 à hauteur de 10% – le coût du capital – élevé à la puissance du nombre d’années qui l’en sépare.

(mème de calcul compliqués)

Donc, les premier 300 de bénéf arriveront dans un an : on les discount de 10% puissance 1. Les 300 de bénéf suivants de 10% puissance 2. Ceux d’après de 10% puissance 3 etc etc. Si on fait maintenant la somme des bénéfices discountés, on tombe sur : 1137 et des bananes. Ce qui veut dire qu’avec la compta au prix futur, la machine vaut 1137.

En comparant la situation avant et après l’acquisition, on voit que l’entreprise s’est enrichie : la machine vaut davantage que le cash qui servit a l’acheter. Si bien qu’on enregistre un bénéfice de 137 avant même que la machine ne soit utilisée et que l’entreprise vende quoi que ce soit. Oui mais, me direz-vous, comment verser ces bénéfices fictifs aux actionnaires alors que l’entreprise n’a pas un copec sur son compte ? Simplissime ! La dette ne faisant plus peur à personne : on emprunte 137. Le compte de l’entreprise se rempli. Et puis on verse les dividendes. Le compte de l’entreprise se vide. Et grâce à la responsabilité limitée, ces dividendes sont forever gone. Impossible d’aller les chercher même si 1/ ils ne sont basés sur aucune vente réelle et 2/ il est bien possible qu’ils mettent en danger la stabilité financière de l’entreprise.

Si la valorisation au prix futur est couramment utilisée sur les marchés financiers actuellement, sa théorisation date de la fin du 20ème siècle par des économistes qu’on appelle les marginalistes. Et il se trouve que le courant de pensé dominant en économie s’appuie sur les travaux de ces économistes. Donc, la finance de marché utilise la valorisation future. Et, la recherche en économie l’utilise aussi. Dans ces conditions, le politique – qui définit et impose les normes comptables aux entreprises – a du mal à résister. Et les grands cabinets d’audit – payés par les grandes multinationales détenues par des actionnaires-créanciers impatients – poussent pour toujours plus de valorisation au prix futur.

Comment ça toujours plus de valorisation au prix futur ?

Une enterprise s’achète – auprès d’un cabinet de conseil de type McKinsey – une étude sur l’efficacité de son système de production ? Comment doit-on valoriser les connaissances issus de cette étude ? Au prix d’achat ? Ou à la valeur actualisée des bénéfices futurs potentiellement perçus si les conseils du cabinet sont effectivement appliqués (et s’ils sont pertinents) ?

D’une manière général, tous les actifs “intangibles” – marques, brevet, base de données de clients, logiciels internes… – sont valorisés à la valeur future. Alors, pour la valeur d’une marque, c’est vrai qu’on voit mal quelle autres méthode utiliser… Mais historiquement, la comptabilité s’est toujours méfiée de ce type de valorisation qui peut faire apparaître des bénéfices fictifs. La logique était alors se servir de l’outil de la dépréciation. 

Mettons qu’une entreprise estime que – d’une année sur l’autre – la valeur de sa marque est passée de 200 à 300. Cela fait apparaître un bénéfice fictif de 100. En contrepartie, on lui impose une dépréciation de la valeur de sa marque sur 5 ans. Donc, l’entreprise doit enregistrer une perte de valeur de 300/5 = 60. Il ne reste plus que 40 de bénéfices. MAIS… Si les actionnaires font pression pour allonger la durer de dépréciation – genre sur 30 ans au lieu de 5 – alors la perte valeur de la marque n’est plus que de 300 / 30 = 10. Et là il reste 90 de bénéfices à se verser en dividende. Tout ça parce qu’on a estimer que dans le futur, peut-être, la marque permettra de gagner plus…

Voilà le genre de modification assez techniques qui permet de toujours booster la distribution de dividendes à des actionnaires de plus en plus impatients.

Et même si chaque pays a sa manière de faire, il n’empêche que les normes comptables, notamment pour les multinationales, intègrent de plus en plus l’esprit de la valorisation au prix futur.

Voilà donc où nous en sommes actuellement : les actionnaires-créanciers impatients sont les maîtres actuel du capitalisme. Et la comptabilité est un système d’information qui a évolué et qui continue d’évoluer pour servir toujours plus leurs intérêts.

Maintenant qu’on a mis le nez dedans, la question qui suit c’est : est-ce que cette comptabilité au service des actionnaires est compatible avec la lutte contre le changement climatique ? Est-ce qu’il n’y aurait pas une manière de compter qui soit un peu plus équitable ? Qui tienne compte des intérêts des actionnaires certes, mais aussi des travailleurs et de l’environnement ? Et ben, on verra ça dans la prochaine vidéo. (parlement s02e09)

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