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Le choc pétrolier est là. Plutôt que de se concentrer sur les mesures à court terme pour amortir les effets de la crise, nous cherchons à en comprendre l’origine : comment est ce que notre système commercial mondial nous a mené jusqu'au choc du pétrole actuel ? Et surtout : comment repenser le commerce mondial pour prévenir les prochaines crises ?
SCRIPT
INTRO :
LCP - Assemblée Nationale - Guerre au Moyen-Orient : Roland Lescure est auditionné sur les effets sur l’économie française (24/03/2026)
Roland Lescure - Ministre de l’économie
4:47: “ Cette situation constitue un nouveau choc pétrolier”
G - Le revoilà, le choc pétrolier !
LCP - Assemblée Nationale - Guerre au Moyen-Orient : Roland Lescure est auditionné sur les effets sur l’économie française (24/03/2026)
Roland Lescure - Ministre de l’économie
4:50: “ et si ce choc énergétique persiste au-delà de quelques semaines, la crise pourrait se diffuser plus largement à l’économie, et être au fond une nature plus systémique.”
G - Ah ouais crise systémique carrément !
M - Ah non mais t'inquiète ! Histoire de ne pas faire paniquer les foules il est revenu sur ce terme de “choc pétrolier” regarde :
RTL - Roland Lescure face à Thomas Sotto dans RTL Matin | intégrale (26/03/2026)
1:12 : “J’ai prononcé ce terme je parlais de la situation en Asie. Et j’ai bien compris que ça partait comme si j'annonçais un choc pétrolier en France. C’est pour ça que j’ai retiré ce terme.”
M - Donc voilà, le choc pétrolier c’est chez les autres, pas chez nous. Problème réglé.
G - Bon mais c’est quand même bizarre de faire comme si ça ne concernait que l’Asie non ? Attends ça me rappelle un truc…. Tu sais quand l’ancien ministre de l'Economie à dit que des milliers de millionnaires ne payaient pas l'impôt sur le revenu, sauf qu’en fait Amélie de Montchalin, ministre des comptes publics à ce moment-là, et actuelle présidente de la cour des comptes, a dit que c'était faux, pour que finalement on apprenne que c'était bien vrai ! C’est la même méthode : ils disent une vérité, ça choque, puis ils essaient d’effacer cette vérité.
M - Parce que pour le coup, ce qu'avait dit Roland Lescure au début était vrai: On a bien raison de craindre un choc pétrolier ! D'ailleurs le président de l'AIE, l’Agence Internationale de l'Énergie, utilise des termes similaires en évoquant "la crise énergétique la plus grave de notre histoire".
G - Eh oui dites vous que Roland Lescure a dit ces mots-là le 24 mars, et que si ça continuait encore “quelques semaines” on pouvait craindre que ça se transforme en crise systémique… Bon depuis le 24 mars il s’est passé quoi, ça s’est calmé ?
M - Heeeeu…
- Trump qui dit qu'il va anéantir un peuple
AFP - Trump menace l'Iran de destruction totale (07/04/2026)
Trump
0:17 : “The entire country can be taken out in one night and that night might be tomorrow night.”
- Cessez le feu pourris
CBS Evening News - U.S., Iran come to last-minute ceasefire agreement, Trump announces (08/04/2026)
0:03 : “A lastminute deal tonight between the US and Iran to stop the fighting at least temporarily [...]. Iran will reopen the Straight of Hormuz, that crucial oil shipping lane that has been choked off for weeks, and the US will stop its attacks for at least two weeks.”
Associated Press - US and Iran present different versions of the Iran war ceasefire deal (09/04/2026)
1:38: “Israelis are breathing a sigh of relief over the ceasefire. But Prime Minister Benjamin Netanyahu says the deal does not cover fighting against Hezbollah.”
- Extrait JT Blocus
France 24 - Moyen-Orient: Les États-Unis débutent le blocus des ports iraniens (13/04/2026)
0:01 : “Le D3 d'Ormous sous blocus dès ce lundi, c'est la réponse de Donald Trump à l'échec des négociations menées au Pakistan.”
- JT le prix de l’essence remonte
France 24 - Moyen-Orient: Les États-Unis débutent le blocus des ports iraniens (13/04/2026)
1:11 :”Si le président se montre confiant, ce n'est pas le cas du reste du monde. Les prix du pétrole ont bondi à l'ouverture des bourses de Tokyo et de Séoul. Une situation tournée en dérision par le président du Parlement iranien dans un message publié sur X. Profitez bien des prix actuels à la pompe. Avec ce soi-disant blocus, vous allez bientôt regretter l'essence à 4 ou 5 dollars.”
- Blague “le montage est fait le x ptetre qu’il manque des trucs”
G - Donc y a crise systémique là ou bien ?
M - Bah écoute, c'est ce que l'on va voir dans cet épisode. Oui, il y a un choc pétrolier et oui il y a une crise systémique. En fait, c'est plutôt que ce choc pétrolier, c'est un épisode de plus d'une crise systémique : celle du commerce international.
Partie 1 : Le commerce international efface la géographie. (La commoditisation, les avantages comparatifs et le libre échange)
1 - La commoditisation (institution place de marché)
G - Bon, on ne vous apprend pas ce qui se passe : le détroit d’Ormuz est bloqué, c’est une route très empruntée notamment par les pétroliers qui viennent du moyen orient… Donc forcément, le monde se met à manquer de pétrole. Mais au-délà de ça, pour comprendre pourquoi on peut parler de crise systémique, il faut qu’on passe un moment sur plusieurs principes économiques - auxquels on ne pense jamais - mais qui sont pourtant les fondations de notre système commercial mondial.
M - Le premier terme c'est la commoditisation. C'est un processus qui permet de transformer une matière, un service ou tout autre chose en marchandise tellement standardisée qu’on peut finir par parler de matière première - commodity en anglais - et qui peut être vendue à l'autre bout du monde sans difficulté.
G - L'exportation à travers le monde c'est vraiment pas nouveau ! Mais dans le passé, les marchandises étaient généralement associées au lieu de production. Vous aviez le fil de Rennes, les indiennes de coton ou la toile de Nîmes (Denim comme on dit aujourd'hui).
M - …. c’est pas vraaai ? Le "Denim" des américain ça vient… De Nîmes… La ville de Nîmes ? En France ?
G - Oui c’est ça !
(même de l’explosion de cerveau)
G - C'était la même chose pour le blé avec du blé de la Beauce, d'Odessa, de la Baltique. A chaque fois, grâce à la provenance, les commerçants avaient une idée du produit, de sa qualité, ainsi que des coûts, des risques et des délais liés au transport.
M - Mais bon, mondialisation, commerce mondial, toussa toussa… Depuis le 20ème siècle, la tendance a été de dépasser ces provenances, de mettre en place des normes de production pour uniformiser certaines marchandises.
G - Alors “une norme réplicable” ça ressemble à quoi ? Ben par exemple, si une usine de petit biscuit veut acheter du blé, elle ne va pas juste “acheter du blé”, elle va acheter : du Blé de MEUNERIE n°2, qui répond à des critères précis : il faut que le blé ait une teneur en protéines de 11%, et 2% d'impureté max. Il faut aussi qu'il ait un indice de temps de chute de Hagberg 220 secondes…
M - Ca fait sérieux mais honnêtement c’est pas très clair là comme ça
G - Je te rassure, ça ne me parle pas plus qu’à toi ! L’idée c’est qu’avec des définitions et des standards très précis, au lieu d’avoir des régions qui produisent des “blés” (ceux du coin), on va plutôt les inciter à produire “un blé bien particulier” (ici le Blé de MEUNERIE n°2) - qui répond plus ou moins à tous les usages - et qui permet d’avoir un seul marché et donc un seul prix “du blé”. Ce prix unique va permettre d’organiser la compétition mondiale autour du seul critère de prix.
M - Eh oui, quand tout le monde produit un blé différent, on se retrouve avec plusieurs prix. Le blé d’ici n’étant pas exactement le même que celui de là-bas, ce n’est pas la même variété, pas les mêmes propriétés, pas le même goût… Bon ben le prix est différent. Mais si on veut financiariser la production, si on veut que le seul critère de comparaison soit le prix, et ben il faut standardiser. Ca veut pas dire qu’il n’y a plus qu’un seul standard de blé, mais en tout cas, y en a plus des centaines, et quand j’en achète un, il aura toujours les mêmes spécificités.
G - Une fois cette standardisation adoptée, puisque LE blé (le même blé) est utiliser par tout le monde et peut être produit n’importe où dans le monde ! S' il y a des sécheresses en Europe de l’est, on peut utiliser du blé américain ou Français pour compenser. On peut même fabriquer du blé directement dans les silos en mélangeant d’autres types de blé (qui répondent à d’autres critères) pour en moyenne atteindre ceux du blé de Meunerie n 2.
M - Et du coup, la plupart des agriculteurs ont intérêt à rentrer dans les critères spécifiques du blé de Meunerie en 1, 2 ou 3, parce que sinon tu peux pas le vendre ! Enfin tu peux, mais au cas par cas, pas sur les marchés mondiaux.
G - Maintenant que le seul critère c’est le prix - parce que la production a été commoditisée - on peut financiariser à fond. Une usine de production de biscuit en suède peut acheter sur le marché la promesse d'avoir 50 tonnes de BLÉ DE MEUNERIE N°2 stockés dans les silos de Montoir de Bretagne en septembre 2026.
M - Pas besoin de rencontrer un seul agriculteur, pas besoin de savoir d’où ça vient ou comment c’est arrivé là. Puisque que tout est standardisé, si chaque maillon de la chaîne fait bien son boulot, le blé arrivera à destination.
G - C'est pareil pour plein d'autres marchandises. L'aluminium, qui peut être livré en 25 tonnes dans les entrepôts des ports de Rotterdam ou de Hambourg, peut répondre à la désignation Al99.70 du GB/T 1196-2018. Standardisation, donc mondialisation de la production, donc concurrence par les prix uniquement et donc financiarisation.
M - Meme principe avec le pétrole WTI, c'est du pétrole qui va être mis à disposition à une certaine date dans les réservoirs de Cushing dans l'Oklahoma. Pour connaître ses caractéristiques… il faut aller voir le "rulebook chapitre 200…"

G - Voilà, pour info il est là ce rulebook, on vous laisse le lire si ça vous passionne?
M - Toutes ces pages de normes et de description, c'est évidemment pas un truc qui se met en place tout seul. Les centaines d’autres chapitres du rulebook ne sont pas un cadeau des dieux du commerce. Pour commoditiser une production, il faut travailler dur, il faut tout réglementer, tout vérifier ! Par exemple, les marchés de matières premières que nous connaissons aujourd’hui ont été et sont toujours activement fabriqués par des institutions qui n’ont rien d’évidentes ou de naturelles. Elles portent le nom de Chicago Mercantile Exchange ou encore EuroNext. Ce sont des entreprises privées dont le rôle est tellement central qu'elles sont très très régulées par la force publique. Un peu comme les banques.
G - Pour résumer, la commoditisation est un élément essentiel de notre commerce mondial. Grâce à elle, acheter une “marchandise standardisée” peut se réduire à comparer les prix. Peu importe d’où ça vient, peu importe dans quelles conditions c’est produit, la qualité est standardisée et vérifiée par les institutions dont c’est le boulot, le seul critère de décision restant c’est : le prix.
2 - La théorie des avantages comparatifs qui spécialise
M - L'autre concept clef qui régit le fonctionnement de notre commerce mondial c'est la spécialisation des économies que l'on peut justifier par la théorie des avantages comparatifs de David Ricardo. Bon, c’est un économiste qui est mort au début du 19ème siècle, c’est une rèf un peu poussiéreuse… Mais étonnement, c’est toujours plus ou moins explicitement utilisé.
G - L’idée de Ricardo - qui reste au cœur de la logique du commerce mondial aujourd’hui - c’est que chaque pays à intérêt à 1/ ouvrir ses frontières au commerce (avec un minimum de droits de douane) et 2/ à se spécialiser dans ce qu’il sait faire le mieux par rapport à tout ce qu’il sait faire. Pour prendre un exemple simple et actuel : est-ce que vous connaissez le cobalt ?
M - On s’en sert pour fabriquer des batteries au lithium, des aimants ou pour produire de la teinture bleu. Mais… les gisements de cobalt français ne sont pas les meilleurs, pas les plus riches, pas les plus facile d’accès… Du coup, le Cobalt français est cher.
G - Alors que… en République Démocratique du Congo : on trouve des minerais à la fois riches en Cobalt et qui sont faciles d’accès. Ainsi, la RDC a un avantage à se spécialiser en Cobalt. Et donc, Ricardo nous dit que la RDC - plutôt qu’à essayer de développer d’autres industries - a tout intérêt à tout miser sur ce Cobalt - à le vendre au reste du monde et à utiliser les recettes pour importer tout le reste dont elle a besoin.
M - Bon la théorie des avantages comparatifs à la base c’est un modèle très simple, là on l’a simplifié encore plus, mais l’idée c’est qu’en partant du principe que : le commerce est libre, et que tous les pays sont accessibles avec très peu de droits de douane, et bien chaque pays aurait intérêt à participer au commerce mondial et se focaliser sur sa petite spécialité.
G - Et c'est doublement intéressant de faire comme ça parce que contrairement à la France où une des spécialités c’est un coût du travail hors de prix (quel scandale !), en RDC les travailleurs - parfois des enfants qu’on n’hésite pas à motiver à coups de pieds - peuvent être exploités au point de pouvoir être qualifiés de main-d'œuvre esclavagisée. Donc voilà, grâce à cette autre spécialité de la RDC, leur Cobalt est encore moins cher !
M - Et grâce à la commoditisation qui invisibilise tout le processus de production pour se concentrer sur le prix, et bah on le voit pas. Pas besoin de se sentir mal à l’aise avec ça vous en faites pas.
G - Et aussi, toujours grâce à la commoditisation, quand une entreprise n'a pas accès à la ressource la moins chère, elle n'est pas compétitive sur les marchés mondiaux. Conséquence, on se retrouve avec un libre échange qui favorise l'esclavage. Mais c’est comme ça que voulez vous !
3 - Conteneurisation - CO2
M - Le troisième élément au centre de la mondialisation c’est l’efficacité délirante du transport maritime, grâce à la conteneurisation. Avant les conteneurs, le transport était efficace pour les matières premières : genre le pétrole, les céréales, le sable, le gravier. Parce qu’on avait des bateaux spécialement conçus pour ça. Des pétroliers ou des vraquiers. Faciles à charger et décharger et capables de transporter le maximum de la ressource en question.
G - Mais pour les marchandises en général, c’est à dire le tout et n’importe quoi qui sort des usines (depuis des pièces détachées de voiture, des composants informatiques et des jouets en plastique)… Et ben, c’était la galère !
M - Avant les années 70, chaque marchandise était emballée dans son petit colis fait sur mesure. Quand ça arrivait au port, il fallait parfois déballer pour remballer de manière plus efficace avant de charger sur les bateaux. Et le chargement / déchargement était une belle galère parce que tous les colis étaient de tailles et de formes différentes. Et à l’arrivée : rebelote. Il fallait déballer et remballer certains colis pour que ça rentre dans les camions.
G - C’est un américain du nom de Malcolm McLean s’est dit : et si on standardisait tout ça ? Le conteneur a révolutionné le transport de marchandises sur les longues distances.
M - Les bateaux sont désormais conçus pour les conteneurs, les conteneurs ont été conçus pour être placés sur les remorques des camions et les wagons des trains… Et comme le chargement et déchargement - la partie qui coutait chère - a été simplifiée, on peut même l’automatiser. Il ne reste plus qu’à construire d’immense porte-conteneur pour faire des économies d’échelle : plus on transporte de marchandise, moins ça coûte pas cher par kg transporté.
G - Finalement, c’est la même logique qu’avec les pétroliers ou les vraquiers géants ! Le conteneur a transformé la marchandise - de forme et de taille diverse - en une matière première dont le transport a pu être standardisé. Du coup, grâce au conteneur, ce n’est pas uniquement la provenance de la matière première qui importe peu. La marchandise elle aussi - pièce détachée ou produit fini - peut être fabriquée n’importe où ou dans le monde.
M - En revanche : point important, qui dit économie d’échelle dit gigantisme ! Gigantisme des bateaux mais aussi des infrastructures capables de les accueillir.
G - Ah oui ça, c’est un truc de malade. Si vous n'êtes jamais allés en vacances dans un port international, je vous le recommande !
M - Alors… et c'est vraiment juste une question… si jamais on préfère passer des vacances ailleurs ?
G - Dans ce cas là, je vous propose une visite par une vue satellite. Ça peut vous donner une idée des ordres de grandeur. Tout ça pour dire qu’on a concentré d’énormes moyens dans un petit bout de territoire, pour pouvoir gérer des gros flux de gros bateaux qui arrivent tous au même endroit par exemple à Rotterdam.
4 - Libre échange
M - On en arrive à notre quatrième pilier du commerce mondial : le libre échange. Ou plus précisément, les accords commerciaux qui créent le libre échange.
G - Parce que tout ça : la commoditisation, les avantages comparatifs et la conteneurisation, vous comprenez bien que ce qu’on cherche à réduire, ce sont les frictions au commerce. On veut fabriquer à la fois une usine de production à l’échelle du monde - matières premières et marchandises peuvent venir de n’importe où, le seul critère de sélection c’est le prix - et à la fois un super marché mondial - le consommateur final peut se trouver n’importe où sur le globe, le seul critère de sélection c’est le pouvoir d’achat.
M - Et une des frictions majeures dont on n’a toujours pas parlé, ce sont les barrières douanières et tout autre mécanisme de réglementation, qui viennent soit augmenter le coût de transfert soit carrément interdire le passage d’une marchandise d’un point A à un point B. Et contre ça, rien de mieux que des bons vieux accords commerciaux.
G - Mettons qu’en France par exemple, l'industrie automobile veuille exporter des pièces détachées au Brésil. Pour être compétitive dans ces marchés d'exportation, elle à besoin de droits de douane similaires à ses concurrents comme par exemple l'américain General Motors. Voire même inférieur, ce qui peut lui permettre de gagner des parts de marché. Ce qui arrange l'industrie automobile française à des chances d'arranger l'état français.
M - Donc on signe un accord de libre échange avec le Brésil. Mais pour être compétitive au niveau mondial, l'industrie automobile française à aussi tout intérêt à avoir accès - pour le moins cher possible - aux matières premières dont elle a besoin, donc sans droits de douane. Par exemple, si elle veut fabriquer des batteries pour les vendre à l'exportation, elle à tout intérêt à bénéficier d'un accord commercial avec la RDC pour son cobalt .
G - Si chaque pays se spécialise, qu’on standardise un maximum les marchandises, que le transport coûte que dalle et que les droits de douane sont faibles, la recherche de la compétitivité étire les chaînes de valeur au monde entier. Les composants des marchandises peuvent venir de dizaines de pays différents. Peu importe d'où ça vient, peu importe où ça va. Et le consommateur final peut se trouver n’importe où. Le seul critère de décision c’est : le prix. Produire le moins cher possible, peu importe où, peu importe comment. Vendre le plus cher possible, peu importe où, peu importe à qui.
5 - Résultat des 4 termes :
M - Donc voilà on a nos 4 piliers de commerce mondial : commoditisation; spécialisation; conteneurisation et libre échange. Et le résultat c’est un processus de production et de vente (une espèce de grosse usine / centre commercial mondial si vous voulez) qui a invisibilisé toutes les contraintes logistiques et qui a notamment fait disparaître celle de la géographie. Nous avons construit un monde dans lequel l’origine des matières premières, des pièces détachées et des marchandises, n’est plus un enjeu.
G - Sauf que… Ce monde sans géographie, on l’a longuement rappelé ici, c’est une construction institutionnelle qui repose sur des techniques et technologies certes, mais aussi sur des lois, donc sur des accords politiques. Et notamment, et ça on ne l’a pas encore évoqué, sur la liberté de circulation en mer !
Partie 2 : La crise du commerce
1 - Armée Américaine perd de son pouvoir
M - Enfin, on vous en avait déjà parlé dans l’épisode sur la thèse de l’économiste et historien Arnaud Orain. Attention on révise un petit peu : ce qu’il nous disait, c’est que l’institution supplémentaire qui fait que ce commerce mondial sans géographie est possible c’est : l’armée américaine !
Team America: World Police (2004)
00:30 : "Amrica, Fuck yeah"
G - Eh oui ! Les piliers c’est comment ça tient mais y a une autre question : pourquoi on a décidé de faire comme ça : D’où vient l’accord politique entre les pays qui rend la mondialisation des échanges possibles ? On pourrait surement faire une vidéo juste là-dessus mais ici on peut penser à deux. D’abord, il y a la thèse de Ricardo dont on a parlé. Il faudrait que les pays se spécialisent et mondialisent leurs échanges parce que tout le monde y gagnerait. Bon, y a mille et un problèmes avec cette théorie, on vous renvoie vers cette vidéo qui en parle. Donc pas sûr que ce soit la meilleure piste.
M - Et l’autre raison possible, plus probable selon nous, c’est que le libre échange fait partie de la liste du consensus de washington, une espèce d’accord international tacite qui conditionne les aides des pays riches vers les pays pauvres…
G - Ca veut dire que si tu n’acceptes pas le libre échange, tu te mets à dos la banque mondiale et le fonds monétaire international…
M - Et en plus de ça, si t’es vraiment récalcitrant à ce modèle, tu t’exposes à la toute puissance de l’armée américaine, qui est un peu en mode :
Les inconnus
1:45 : “Vous allez finir par vous aimer les uns les autres, bordel de merde?”
1:55: “Dans le film qui à boulversé l'Amérique. - Ceci est mon corps. 50% homme, 50% Dieu, 100% sauveur.”

G - Nan mais c'est caricatural là. Puis utiliser de l’IA pour cette blague nulle, vraiment…
M - Ah non non mais c’est Trump lui-même qui a posté ça… Le chef des armées américaines. Une armée qui désormais :
- Petit 1 - est dirigée par des mecs qui se prennent pour Jésus…
- Petit 2 - malgré sa toute puissance théorique (Clip America fuck yeah) ne parvient pas à débloquer un bras de mer.
https://www.youtube.com/watch?v=fa9yRiBVxY4
31:37 Et on voit bien que la puissance hégémonique navale américaine n'est plus en mesure en fait de rétablir le commerce maritime mondial en particulier pour les grands transporteurs occidentaux.
2 - Importance de la logistique (les cartes)
M - La thèse d’Orain c’est donc que, l’accord tacite qui rendait possible le commerce mondial qu’on a décrit, il est en train de voler en éclat. Si la thèse de Ricardo a un jour fait consensus, ce n’est plus le cas. Et la peur des institutions commerciales et militaires des pays riches : banque mondiale, FMI et armée américaine, s’est érodée. Du coup, de plus en plus, pour comprendre l’économie mondiale, il n’est plus possible de tout baser sur des indicateurs de prix très abstraits comme le PIB ou les cours de bourse. Il faut remettre du concret, de la “logistique”, au centre de nos analyses. Par exemple : si vous voulez savoir s’il y aura une crise ou pas ? Et ben, commencez par vous demandez d’où viennent les bateaux et par où ils passent ?
G - Eh oui, malgré le fait que tout notre processus de commerce mondial avec nos 4 pilliers là, nous ait fait oublier que la logistique et la géographie existent, eh bien quand on remet bout à bout toutes les crises commerciales ayant eu lieu ces dernières années, cette réalité redevient soudainement très concrète. Pour rappel : Il y a eu les tarifs douaniers américain en 2018 alors que normalement… Ben la définition du libre échange c’est pas de tarifs. Ensuite il y a eu le Covid en 2020 et la découverte que la Chine était la principale fabricante de masques par exemple. En 2021, un bateau à louper un créneau dans un canal et a bloqué une route maritime pendant des jours. En 2022, c'est l’invasion russe en Ukraine qui à révélé à la fois la dépendance européenne au gaz russe mais aussi la faiblesse stratégique liée à son mode d'approvisionnement
M - Parce que oui, des gazoducs, c’est pratique, mais c’est aussi très facile à détruire. Et sans forcément parler de destruction, il faut désormais bien analyser les nombreuses tensions géopolitiques : pour réduire les dépendances au gaz russe, on est parti sur du Gaz Naturel Liquéfié (du GNL) américain, mais bah voilà quoi… On a pas intérêt à s’embrouiller avec le mec qui se prend pour Jésus.
G - Heureusement, ne vous inquiétez pas ! L'Union européenne a senti les tensions venir et a immédiatement…
M - …Pris des mesures !
G - … Pas exactement… Pour l’instant, on a surtout produit des rapports. Mais c’est un bon début. Grâce à eux on a maintenant une idée d'où viennent les choses : dans ce rapport par exemple on a une liste des dépendances liées aux métaux nécessaires à la défense européenne. Et dans celui-ci, on analyse de manière plus globale les dépendances en matériaux critiques
M - On y apprend que - alors que le problème à été identifié depuis plus d’une décennie (parce que le prix des matières premières avait beaucoup augmenté dans les années 2000) - la dépendance à des matériaux critiques à continué d’augmenter, passant de 14 ressources identifiées en 2011 à 34 en 2024.

G - Du coup… au lieu de faire confiance à la mondialisation et de se focaliser sur un prix unique fournit par un marché mondial qui aurait effacé les contraintes géographiques et géopolitiques, ben on s’est quand même remis à faire des cartes.
M - Et là on voit que y a pas mal de ressources qui viennent d'Afrique du sud, et surtout aussi de Chine. Donc bon, faut espérer qu'il vont continuer à nous les vendre !
G - Et là vous vous dites peut-être qu’on exagère… Faut arrêter de se faire peur. La Chine a tout intérêt à nous vendre des trucs pour gagner de l’argent ! D’après la théorie des avantages comparatifs, c’est la meilleure stratégie…
M - Sauf que… Et ben il y a déjà des restrictions importantes depuis 2023 et elles se durcissent. Cet article du Monde explique que la chine impose des quotas spécifiques pour obtenir le droit de leur acheter ces métaux, mais en plus de ça, les industriels européens doivent également indiquer avec des photos dans quoi les métaux vont être utilisés.
G - Oh bah… C’est de l’espionnage industriel ça ! C’est pas du jeu…
M - Et en plus, la Chine s’arrange pour ne pas permettre aux industriels de se constituer des stocks .
G - Mais… Pourtant Ricardo n’a jamais dit qu’il fallait faire ça ! Enfin ! C’est de la triche.
3 - Les goulot
M - Eh oui le libre échange c’est plus ce que c’était… Mais en plus de ça on a un autre problème. Pour le comprendre on vous propose d’utiliser un outil digital de haute précision. Gilles : démonstration.
[Montage : Tracer un petit chemin en montrant les détroits, un chouilla plus loins dans le script on a une carte avec les noms des détroits]
G - Alors : production de Phosphore et de titane du Kazakhstan, je pose mon doigt et je vais vers l'Europe. Ah… ça passe par le détroit du Bosphore, donc à priori il faut être pas mal pote avec la Turquie forcément, mais aussi - si on veut naviguer tranquillement en mer noire - avec la Russie et même l'Ukraine.
M - Vous avez vu ça marche bien comme outil !
G - On peut aussi le faire avec la Chine ou Taiwan. Je pose encore mon doigt : Hop… Là on voit que ça passe par le détroit de Malacca… après c’est l’entrée de la mer rouge, détroit Bab el mandeb… Et pis après c’est le passage en méditerranée via le canal du suez. Dis donc… C’est pas mal de p’tites routes pour aller en Asie.
M - Qu’est ce que c’est ludique ! Bon allez un petit dernier, et si on faisait l'Hélium ?!
G - Alors je pose mon doigt. 33% d'Hélium produit au Qatar et qui passe par le détroit de… Comment il s’appelle celui-là ? Ormuz. Oulah… Problème
4 - Point actu - Qu’est ce qui est bloqué en Iran :
Arte - L'Essentiel du Dessous des cartes - Détroit d'Ormuz : quel blocage ? (04/03/2026)
0:17 : “Et voici maintenant le détroit d’Ormuz dont le régime iranien a décidé de faire une arme de guerre: Verrou stratégique du commerce mondial, il permet aux pays producteurs de pétrole et de gaz de la région d’exporter leurs productions vers le monde entier, via le Golfe d’Oman, puis l’Océan indien.”
M - Dans un article de "Nature" qui analyse les différents goulots d'étranglement mondiaux, on voit que le détroit d'Ormuz n'est pas le point qui concentre le plus de flux de marchandises mais ça reste bien une route majeure de l'énergie.

G - Les décomptes publié par OilPrice.com mentionnent qu'en additionnant les exportations de gaz naturel et de pétrole c'est au total 4,5% de l'énergie globale, qui est bloquée quand le détroit est fermé. On a donc moins d’énergie pour faire tourner l’économie mondiale, donc l’activité doit être réduite et on a une hausse des prix parce que les coûts du pétrole et du gaz doivent être répercutés dans tous les produits.
M - Mais il n’y a pas que le pétrole qui passe par Ormuz, il y a aussi l'Hélium justement. C'est un produit dérivé du gaz naturel. C’est utilisé pour faire des puces informatiques ou bien pour faire fonctionner des IRM. Bref, le genre de gaz utile. Sauf que voilà, 33% de la production mondiale d'hélium passe par Ormuz.
G - Enfin le détroit d'Ormuz, c'est aussi un lieu de passage d'engrais pour l’agriculture, un autre produit dérivé du gaz naturel.
M - Dans la série 2050 de Stupid Economics, nous avions justement mis en avant la dépendance de plus en plus forte de l'agriculture française et mondiale à ces produits. Et c'est là que l'on peut revenir à la crise systémique dont parlait Roland Lescure. Il n'y a que quelques ressources bloquées mais les dépendances imbriquées et l'absence de stock d'hélium et d'engrais font que la crise peut se transmettre et avoir des conséquences terribles.
G - Le 13 avril 2026, l'Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture prévient que la crise risque d'être systémique en indiquant qu' "une crise alimentaire majeure n’est pas inévitable — mais la fenêtre pour l’éviter se referme rapidement."
M - On est le 21 avril là… Et le détroit d’Ormuz n'est toujours pas rouvert.
G - Mais en fait cette crise systémique il faut la replacer dans tous les autres chocs commerciaux des dernières années. On vous a déjà fait la liste : Avant le détroit d’Ormuz, c'était la guerre en Ukraine, et avant ça le Covid… La grande faiblesse de nos modèles industriels et commerciaux, ce sont justement les blocages et les accidents de production. Parce que le fonctionnement du commerce international qui permet de commoditiser les marchandises, de les acheter en avance à l'autre bout du monde, il n’a pas été conçu pour faire des réserves ou pour diversifier la production, au contraire !
M - A part pour le pétrole qui dispose des fameuses "réserves stratégiques", et bah pour les autres matières premières et marchandises, le commerce international fonctionne en flux tendu, c'est à dire que l'on achète pile ce qu’on a besoin, quand on en a besoin, parfois avant même que ce soit produit. Et les chaînes logistiques évitent le plus possible de stocker parce que c'est coûteux, inutile, inefficace… en tout cas quand le système fonctionne comme il devrait.
G - Finalement, notre commerce mondial hyper efficace en terme de prix est aussi hyper vulnérable. La concentration des flux, la spécialisation des productions, les incitations à ne pas diversifier l'approvisionnement, les interconnexions économiques… Le moindre petit bug logistique (une usine majeure qui ne fonctionne plus) ou géographique (un détroit ou un canal bloqué) et pouf… Y a plus rien qui marche.
M - Mais à la vue des tensions géopolitiques actuelles, surtout quand l’armée américaine n’arrive plus ou ne veut plus imposer le libre échange, et ben le système n’est plus fonctionnel. Il faut de nouveau s’intéresser à la façon dont nous nous approvisionnons.
Partie 3 : Les solutions
1 - Choc pétrolier, les solution à Court Terme
G - Bon ! Ok, geography is back. On ne peut plus compter sur la marine américaine pour obliger tout le monde à accepter le libre échange. Il faut s’attendre à ce que les pays qui contrôlent des ressources ou des points de passages stratégiques se servent de cet avantage pour obtenir des concessions alignées avec leurs objectifs politiques. Et la question pour nous c’est : qu’est-ce qu’on fait ? Comment on s’en protège ?
M - Le premier truc important à comprendre c’est qu’avec la géographie, ce n’est pas le prix qui est le souci le plus pressant, c’est la quantité. Le vrai gros risque c’est celui de la pénurie !
G - Prenez la hausse du prix du pétrole à la fin des années 2010, bon ben c’était de la spéculation. Personne n’a manqué de pétrole. En revanche, le choc pétrolier de 1973, là il y a eu pénurie. Et avec le détroit d’Ormuz bloqué il nous arrive la même chose. Oui les prix montent mais le gros souci c’est qu’il va falloir rationner les usages.

M - On a trop tendance à tout interpréter sous le prisme des prix. Quand le prix de l’essence est élevé par manque de pétrole, il ne suffit pas de décider d’un blocage des prix pour résoudre le problème.
G - Si y en a pas assez pour tout le monde… Et ben y en a pas assez pour tout le monde. Il faut décider de ce qu’on veut prioriser. Les camions qui approvisionnent les supermarchés ou les déplacements des particuliers ?
M - C’est ce qu’on a fait en 1973 lors du premier choc pétrolier. Le plan Messmer à réduit la vitesse autorisée sur les routes, incité les français à réduire leurs déplacement et à moins chauffer leurs logements, les programmes télé ont été arrêtés la nuit pour que les postes soient éteint, et il a été décidé que les bureaux devaient être éteints la nuit.
G - Dans certains pays, notamment en Hollande, il y a carrément eu des dimanches sans voiture.
M - Mais bon aujourd’hui en France on n'est pas là, on a pas de rationnement, en fait.
G - Bah sauf que la hausse de prix c’est déjà une méthode de rationnement : quand le prix monte, les plus pauvres ne peuvent plus payer et donc ils sont exclus de la consommation de la ressource en question. Donc c'est bien un mécanisme de rationnement mais qui passe par le marché plutôt que par des mesures qui pourraient gêner les habitudes de ceux qui ont de l'argent et du pouvoir.
M - Alors attention, la hausse des prix peut avoir des vertus, notamment quand il y a des alternatives et qu’on parle d’une ressource dont on aimerait se passer. Comme le pétrole par exemple.
G - Eh oui ! Le réchauffement climatique vous vous souvenez ? J’ai vérifier, c’est toujours en cours…
M - Une essence plus chère va inciter les ménages qui peuvent se le permettre à passer à l’électrique. Et ça c’est très bien ! Mais pour les ménages qui n’ont pas les moyens, c’est sûr qu’on ne peut pas juste les empêcher de se déplacer.
G - Quoi qu’il en soit, le rationnement, c’est la réponse de court terme, une manière de réagir à la pénurie en temps réel. Les prix élevés peuvent servir à dissuader certains usages, pour d’autres on va plutôt distribuer des tickets de rationnement, réglementer, voire même interdire.
2 - Les solutions à Long Terme
M - Mais il y a aussi une réponse de long terme qui consiste à trouver des moyens pour éviter ou atténuer la prochaine crise.
G - La première stratégie est celle de la piscine de Picsou : avoir tellement de thunes que si jamais il y a une crise d'approvisionnement, tu peux juste aller piocher un peu de dollars dans ta piscine pour payer l'énergie ou les ressources dont tu as besoin même si elles deviennent très chères. Pour ça - à moins d’avoir une imprimante à dollar, donc à moins d’être les états-unis - il faut développer une industrie d'exportation, donc à fond dans la compétitivité.
M - Oui parce que, la monnaie du commerce mondiale c’est le dollar. Pour acheter des trucs à l’international, il faut des dollars. Le seul moyen d’en avoir plein, sauf à être les états-unis, c’est d’avoir plus d'exportations que d’importations. On parle de balance commerciale excédentaire.
G - C’est typiquement la voie qu’a choisie l’Allemagne suite au choc de 1973. Tout miser sur une industrie d'exportation très forte. Mais cette solution fait le pari du libre échange. Or, on a vu que c’était de moins en moins à la mode. Par exemple en 2023, quand Poutine a coupé les vannes du gaz venant de Russie, déjà ça n’a pas été évident de trouver d’autres fournisseurs mais en plus, comment tu fais quand l'industrie d'exportation est elle-même dépendante de la ressource dont le prix est en train d’exploser ? L'augmentation du prix du gaz naturel après la guerre en Ukraine à casser la compétitivité des entreprises allemandes.
M - Et puis, pour être compétitif sur des produits de haute qualité, ben il faut des infrastructures publiques de hautes qualité. Travailleurs formés et en bonne santé, énergie abondante, transport rapide et fiable… Tout ça demande des investissements permanents que l’Allemagne a préféré éviter… Du coup la Chine est en train de lui passer devant
G - L'autre politique de long terme c’est celle de la maîtrise des ressources. Plutôt que de réduire les usages sur le court terme - avec nos histoires de rationnement - est-ce qu’on ne pourrait pas le faire sur le long terme ? Par exemple en visant une meilleure utilisation des ressources ? C’était pas trop la mode dans les années 70 mais on peut quand même citer une loi américaine qui est venue obliger les constructeurs automobiles à fabriquer des moteurs plus efficaces, pour brûler moins d’essence .
M - Sauf que… ! Petite anecdote au passage : la norme ne s’appliquant pas aux véhicules type Pickup… Ce sont eux qui ont été poussés par l’industrie dès que les prix du pétrole sont retombés, parce que les marges sont plus grosses pour ce type de véhicules. Et c’est des pickup américains qu’est venu ensuite la mode du SUV qu’on connaît aussi chez nous… Pickup et SUV qui sont plus gros, donc plus consommateurs de pétrole…
“meme de la salle qui se fout une baffe dans la tronche”
G - En 2026, alors que la transition énergétique est un objectif… Enfin je crois… ce genre de solutions pour économiser les usages devraient s'accélérer. Il y en a déjà qui ont été mises en place, ce sont les primes écologiques sur le poids des véhicules, la traçabilité des origines des produits pour informer le consommateur, les différents labels ou ce qui est en train d'arriver de plus en plus, les obligations de recyclage de ressources. Par exemple pour le Cobalt des batteries, en Europe, on vise 16% de recyclage d’ici 2031.
M - La difficulté avec ce genre de politique c'est qu'elles sont vues comme des mesures compliquées, décidées par des technocrates hors-sols qui ne comprennent rien à rien et qui imposent des trucs complètement en dehors des réalités du terrain.
G - Et, pour des entreprises biberonnées à l’idéologie des rendements à court terme pour les actionnaires, bah c'est vrai que c'est en dehors des réalités du terrain ! Du moment que les dividendes sont au rendez-vous, ça ne les dérange pas du tout d'avoir une dépendance à 100% au cobalt de RDC ou de promouvoir une agriculture ultra-dépendante de gaz et d'engrais dont nous ne maîtrisons pas la chaîne logistique.
M - Encore une autre solution qui a été utilisée suite au choc pétrolier de 73, la multiplication des traités commerciaux. Ne jamais dépendre d’un seul fournisseur. Bon, l’idée est bonne en théorie, mais dans un monde où les pays sont incités à se spécialiser… Ben ça ne marche pas aussi bien parce qu’il n'y a pas toujours 36 producteurs différents. Et puis il y a toujours cet enjeu géographique : plus la ressource vient de loin, plus on augmente les chances qu’elle passe par un canal ou un détroit qu’une puissance militaire pourrait bloquer.
G - La solution serait, soit de faire escorter les bateaux. Allez hop, développement de l’industrie de l’armement. On fout des missiles et des militaires sur les bateaux de commerce. Mais ça couterait une blinde…
(piouipiou - Marina clip)
M - Soit de relocaliser la production, créer des alternatives locales. Dans les années 70 ca a été la stratégie française - avec les réacteurs nucléaire - ou encore islandaise - avec le développement de la géothermie. Plus récemment c'est la Chine qui mise à fond sur l’installation d'énergie renouvelable. Alors ça coûte une blinde aussi… Mais c’est p’tet plus sympa que l’alternative des missiles sur les bateaux.
Conclusion :
G - Globalement, ce que nous apprend le blocage du détroit d’Ormuz c’est que, le bon vieux temps de l’analyse économique qui se résume à compter les milliards qui se baladent d’un pays à l’autre c’est fini. Pour n’avoir besoin de regarder que des indicateurs financiers pour comprendre l’économie, il faut d’énormes institutions marchandes, légales et militaires qui forcent tous les pays à se comporter comme c’est marqué dans la théorie économique standard.
M - Théorie qui, au passage, enrichit uniquement les pays qui sont déjà au sommet de la hiérarchie. On en veut pour preuve le plus grand succès de développement de ces dernières décennies : la Chine, qui justement, n’a pas arrêté de tricher concernant les règles officielles telle que définies par le consensus de Washington. La Chine s’est développée malgré les règles plutôt que grâce à elles.
G - Toujours est-il que l’économie, c’est tout sauf des euros ou des dollars. L'économie, ce sont des gens qui travaillent, des machines qui tournent, des bateaux qui transportent des marchandises et des gens qui les consomment. Le blocage du détroit d’Ormuz nous force à regarder notre fonctionnement économique en face : oui, l’hélium vient du Qatar. ça peut être difficile d'en produire en Europe, dans ce cas, peut-être est-il intéressant d'en avoir des réserves. Demain, une autre ressource sera bloquée pour une raison ou une autre.
M - Peut-être que ce sera le Lithium du Chili, les semi-conducteurs de Taiwan ou le cobalt qui vient de la République Démocratique du Congo. Chaque ressource demande une stratégie différente. Pour le Cobalt, si on le paie si peu cher, c’est en partie parce que les travailleurs sont exploités. Si on voulait en produire localement ça coûterait combien ?
G - Trop cher sûrement. Mais, pourquoi ? Parce qu’on le ferait en payant les gens à peu près correctement et en leur offrant un minimum de protection sociale ? Cette crise nous permet aussi de voir le véritable coût du bas prix. C’est pas cher parce qu’on a des gens sont exploités à l’autre bout de la chaîne.
M - Ce choc pétrolier de plus, il peut provoquer une crise systémique par ses implications sur les prix alimentaires, le pétrole tout ça. Mais c'est aussi une nouvelle manifestation du fait que le commerce mondiale est devenu trop vulnérable sous sa forme actuelle.
G - C'est un rappel que l'économie est basé sur des flux de marchandises physiques et des conditions de travail tout aussi "physiques". Et derrière toutes les complexités de l'économie, derrière toutes les équations et les théories se posent quelques questions essentielles à savoir :
M - Où sont produites les richesses ? Comment sont-elles produites ? Dans quelles conditions ? Comment les revenus doivent-ils être distribués pour que tout le monde puisse en profiter ?
G - Nan mais ça à l'air quand même beaucoup plus compliqué et politisé que de juste regarder si le prix monte, ou s'il descend !
M - Nan… à peine… Mais on vous laisse méditer sur ces questions. Si vous avez la réponse, n’hésitez pas à la partager avec nous en commentaire. Et nous on se retrouve le mois prochain !
