Certain-es candidat-es jouent un drôle de jeu dans cette campagne municipale. Entre plagiat de Zohran Mamdani par l’extrême-droite, utilisation massive de l’intelligence artificielle et multiplication des fakes news, les débats sont minés. Exemples avec Sarah Knafo, Rachida Dati et Jean-Michel Aulas.
À l’extrême-droite, on n’aime pas les « gauchistes », mais on aime bien leur style. En tout cas, Sarah Knafo semble adorer celui de Zohran Mamdani, le nouveau maire de New-York, démocrate et musulman… Selon plusieurs médias, la candidate d’extrême-droite aurait largement pompé la direction artistique de sa campagne sur celui du maire de gauche de la ville américaine. Principale différence entre les deux : la députée européenne du camp Zemmour mène une campagne xénophobe, mensongère, et tous ses visuels sont faits par intelligence artificielle.

L’écriture des visuels de Knafo est orange avec ombre rouge, comme Mamdani, avec une typographie vintage. Le site de campagne ? sarahpourparis.fr. Celui de Mamdani ? zohranfornyc.com. Le calquage est millimétré, comme l’a remarqué Le Parisien. Auprès du média, l’équipe de la candidate préfère y voir une « nouvelle vague » de candidats, et revendique le droit d’être « innovant »… Tout en reprenant tous les styles américains. La députée européenne LFI Rima Hassan s’en était amusée sur Twitter : « Les fachos détestent Mamdani, mais ils adorent sa DA (direction artistique) ». Même sa vidéo d’annonce de candidature, dans le métro parisien, semble tirée d’une vidéo du maire démocrate. On y voit la candidate Reconquête dans le métro, souriante, sortant à l’arrêt Hôtel de Ville… Comme une vidéo du maire new-yorkais de novembre dernier, où il sort à « City Hall ». Le slogan de Knafo, « Une ville heureuse », fait d’ailleurs penser à celui du candidat PCF Fabien Roussel en 2022 : « La France des jours heureux ».


Sur les réseaux sociaux, la candidate zemmouriste, sourire figé aux lèvres, se montre avec des artisans, des habitants… Là encore, une tentative de copier une campagne qui a fonctionné outre-Atlantique ? Se mettre en scène « proche du peuple » n’a rien de nouveau. Le montrer autant sur les réseaux sociaux est cependant assez neuf. Mais à Paris, Knafo n’est pas la seule candidate à vouloir jouer la carte de la présence sur le terrain. Rachida Dati n’est pas en reste. La candidate de droite multiplie les vidéos sur les réseaux sociaux. On la voit faire la tournée avec les éboueurs, du porte-à-porte avec ses équipes, ou échanger avec des curés catholiques. Les vidéos cartonnent. Dans Ouest-France, la spécialiste de la communication Anaïs Loubère tempère : « Ce n’est pas aussi bien fait que les vidéos de Zohran Mamdani. Il y a quand même un sentiment d’une mise en scène. On projette plus sur Rachida Dati l’image d’une femme bourgeoise du VIIe arrondissement que celle d’une femme qui veut vraiment écouter les éboueurs. »
Du Mamdani dans la DA, du Trump dans les infos
Les deux candidates de la droite et de l’extrême-droite (il y a aussi le candidat RN Thierry Mariani, qui a du mal à exister dans la campagne) ont un autre point en commun : l’amour pour une autre habitude venue d’outre-Atlantique, mais cette fois du président américain : la fake news.
Côté Sarah Knafo, on use et ré-use de l’intelligence artificielle pour tordre la vérité et montrer un Paris recouvert de détritus ou sous embouteillage, impraticable. Mais la candidate zemmouriste sait aussi propager des fausses informations sans IA. Au début de l’année 2026, elle affirmait par exemple l’existence d’une « hijab day » tous les ans à Science Po Paris. Les faits : ce n’est arrivé qu’une fois, en 2016, pour protester contre les propos de la ministre des droits des femmes de l’époque, Laurence Rossignol, qui avait comparé les femmes voilées aux « nègres qui étaient pour l’esclavage ». Elle a également affirmé qu’Anne Hidalgo « achète Place des Vosges des immeubles à 40 000 euros du mètre carré pour y mettre du logement social, c’est totalement aberrant ». En réalité, la mairie était déjà propriétaire de l’immeuble, et a transformé l’annexe d’un musée, vide et inutilisée depuis des années, en logements sociaux.
A Lyon, les fake news sont quotidiennes
Paris n’est pas la seule ville française où les fakes news sont presque devenues une norme dans la campagne. A Lyon, un collectif citoyen de débunkage, Lyon Pipeau, s’est même formé. Il se revendique « sourcé, objectif et neutre ». L’un de ses représentants, qui souhaite rester anonyme par peur des représailles des militant-es, confie : « Il y a une telle fréquence, une telle quantité, une telle répétition » de fake news, « ce n’est pas ça qu’on attend de quelqu’un qui doit prendre de décisions ! » Il enchaîne : « On est habitué à l’échelle nationale ou internationale, mais je pensais que pour la mairie, le conseil municipal, il y en aurait moins, parce qu’il y a plus de proximité, que ça favoriserait une plus grande sincérité. Mais cette campagne prouve le contraire »… Las, il confie : « Maintenant, c’est journalier ! » Critiqués, notamment pas le camp Aulas, ancien président de l’Olympique Lyonnais et candidat favori à la mairie centrale lyonnaise, « de la société civile » mais soutenu par toute la droite et le centre, il dément tout militantisme pour un camp ou l’autre. « Il y a eu un déséquilibre sur le camp Aulas parce qu’ils ont commencé la campagne plus tôt. Mais on se penche sur tout le monde. On essaie de rééquilibrer, mais on ne va pas demander aux candidat-es de mentir pour qu’on puisse le faire… »
Et de lancer un appel : « Débattons, mais pas avec des fakes news ! Débattons sur des vraies données, sur des vraies informations ! »
Parce que depuis le début de la campagne, les fausses informations se multiplient, sont utilisées comme armes, et beaucoup de médias locaux font chambre d’écho à tout cela, suivant la course à l’info et manquant souvent de recul. « L’attractivité de la Métropole est en baisse », « la dette de la Métropole a explosé », « le ticket des transports coûte 4 euros », « Les Verts soutiennent les violences urbaines », « la pollution a augmenté pendant le mandat écologiste », « une boulangerie détruite à cause d’une piste cyclable »… Dans le camp Aulas, tout est bon pour disqualifier la majorité sortante. Et avec eux, des fois, plus c’est gros, plus ça passe. Ainsi quand un journaliste de RTL dit à l’ancien président de l’Olympique Lyonnais qu’il n’est pas écolo, celui répond : « Je fais du vélo tous les samedis et dimanches matins sur les berges qu’avait faites Gérard Collomb [Ancien maire de Lyon, de 2001 à 2017 et de 2018 à 2020, NDLR ».
Si le camp du candidat soutenu par LR, Horizons et Renaissance (mais qui se présente comme la liste de la société civile) est gourmand en fake news, ce n’est pas une chasse gardée. Les Ecologistes ont été pris la main dans le sac à plusieurs reprises, tout comme la candidate LFI (Anaïs Belouassa-Cherifi) et le candidat UDR-RN (Alexandre Humbert-Dupalais). Mais, si on s’en réfère à Lyon Pipeau, à des années lumières, en termes de quantité, que le candidat archi-favori.
Si les exemples cités sont à Paris et Lyon, les autres villes et villages de France ne sont pas épargnés par les fausses informations et les coups bas. À Corbeil-Essonnes, la candidate divers-droite Samira Ketfi a porté plainte après que des publications sur Facebook aient été publiées, trafiquant par l’IA son image et la transformant en danseuse orientale, avec toutes les significations racistes que cela implique. À Strasbourg, la candidate RN, Virginie Joron, a publié des vidéos d’IA montrant des rues jonchées de détritus… Mais des rues qui n’existent pas. À Guéret, dans la Creuse, les candidat-es ont presque toutes été la cible de vidéos détournées par IA : un candidat en maillot de bain, la maire sortante et son opposant main dans la main… À Cagnes-sur-Mer, un faux sondage (mettant le candidat Reconquête en tête) a été publié, rapidement démenti par Nice-Matin, qui a débunké cette fake news.
Avec l’intelligence artificielle et la désormais habitude des personnalités politiques de faire dans la post-vérité, la campagne municipale a aussi dû se jouer en évitant les innombrables mines sur le terrain.