MÉDIAS : peut-on encore leur faire confiance ? [ARGENT MAGIQUE]



Alors que l’information est considérée comme le “4e pouvoir” de nos démocraties, les médias et les journalistes inspirent de moins en moins confiance en France. Comment assurer que nos médias sont de bonne qualité ? La réponse se cache derrière deux notions clefs : leur gouvernance, et leur modèle économique.

SCRIPT

Intro

G – Bon… On a un souci : on dirait bien que plus personne n’a confiance dans les médias 

M – Bah tu m’étonnes ! T’as vu leur état !? ? Entre les milliardaires qui possèdent la plupart de la presse, les Cyril Hanouna, Pascal Praud ou encore Eric Zemmour qui racontent n’importe quoi sans aucun contrôle, au point d’en devenir millionaire en plus ! 

G – Ouais alors… A ce compte là, le service public n’a pas à rougir ! Tu savais qu’apparemment, Elise Lucet serait payée 25 milles euros par mois ! p

(Extrait sarko : “Quelle indignité” https://youtu.be/UkegJ74h88Y?t=19 0:19)

M – Oui bon de toute façon les médias servent plus à informer, on sait bien qu’ils passent leur temps à cirer les pompes du pouvoir ! 

G – Oui, et ça dîne à l’Elysée, et ça déjeune avec des politiques et la nouvelle ministre des sports est la nièce d’une des journalistes politiques les plus influentes des médias (cf Oudéa Castéra)…

M – Est-ce qu’on peut encore parler de journalisme ? On se le demande ?

G – Du journalisme ?! Ah mais moi je pensais que le but d’un média c’était juste de faire des affaires…

Sénat – Médias en ligne : audition de Frontières (17/04/2026)

Erik Tegner – Fondateur et directeur de Frontière

44:20 : “Je pense que quand on est un média comme le nôtre de base de toute façon on n’a pas le réflexe de se dire on va demander des subventions parce qu’encore une fois je veux faire une entreprise qui soit pérenne, une entreprise qui soit également valorisée. C’est quelque chose qui est important, c’est pas une association.”

M – Ah oui nan mais si c’est ça ta vision des médias aussi… Frontière, média d’extrême droite qui fait plein de désinformation, c’est sûr que la rigueur journalistique c’est pas leur truc mais au moins ils sont au clair sur leur business modèle !

G – Ah oui parce que toi tu voudrais vraiment des médias qui fassent du journalisme ? 

M – Bah ouais puis qu’ils soient indépendants ! Genre imagine si les journalistes pouvaient informer sans pression des actionnaires ni des politiques

G – Mais nan mais ça c’est comme l’argent magique ça existe pas…

[Générique]

Partie 1 – Etat des lieux : on a un problème

A – La confiance dans les médias va mal

G – Bon, quand on regarde les chiffres de la crédibilité des médias en France selon les types de média, et ben… c’est en  légère baisse mais on est très loin de l’effondrement.

M – Par contre, c’est pas non plus une confiance à toute épreuve, dans la dernière ver sion de ce baromètre t’as plus que  31% des interrogés qui disent “qu’on peut avoir confiance dans ce que disent les médias” et 61% qui disent le contraire.

G – En fait, ce que montre l’étude c’est que la confiance dans les médias en général, en tant qu’institution, elle diminue. En gros, les gens ont confiance dans leur média à eux, celui qu’il ont l’habitude de lire, mais de moins en moins dans les autres.

M – Et d’après le Digital News Report de Reuters qui analyse la manière dont l’information est consommée dans le monde entier, le score de la population française en terme de confiance dans les médias est parmi les plus bas au monde. Concernant l’affirmation suivante : “Je pense que je peux globalement faire confiance aux informations que je vois passer dans les médias ou sur les réseaux sociaux”, seuls 30% des français répondent “oui” contre 67% des finlandais ou 45% des allemands. 

G – A noter quand même que la confiance dans le service public est largement au-dessus de la plupart des médias privés. 58% de confiance dans les infos entendues sur France télévision contre 40% pour celles entendues sur BFM, CNews ou encore le Parisien. Mais bon, ça c’est une tendance qu’on retrouve dans tous les pays qui ont des médias de service publique… C’est pas spécifique à la France.

B – Pourquoi est-ce un problème ?

M – Donc, on va y aller le plus méthodiquement possible : En France la défiance vis-à- vis de l’institution médiatique augmente, et on est plus méfiants que nos voisins. OK… Et alors ? Est-ce que c’est réellement un problème ?

G – Pour le savoir il faut répondre à une première question : à quoi servent les médias ? Alors, ça peut vous paraître évident, mais vous allez voir que c’est pas mal de faire un petit rappel. Dans nos démocraties occidentales, on a tendance à dire que les médias correspondent à un quatrième pouvoir qui vient contrôler le pouvoir législatif (écrire la loi : les députés et les sénateurs), le pouvoir exécutif (la faire exécuter : le gouvernement) et le pouvoir judiciaire (vérifier que la loi est correctement appliquée : les juges et les tribunaux).

M – Parce que, le citoyen lambda, il n’est ni sénateur, ni député, ni ministre, ni juge… Il ne sait pas si les trois pouvoirs sont bien séparés, s’ils font bien leur boulot comme c’est marqué dans la constitution et dans les textes de loi. Et donc justement pour savoir si les organes démocratiques sont corrompus ou non, il a besoin d’un quatrième pouvoir pour l’informer.

G – Autrement dit, sans média indépendants – indépendants des 3 pouvoirs qu’on vient de citer –  nos démocraties ne peuvent pas fonctionner correctement. Les citoyens n’étant pas informés, ils ne peuvent pas exprimer leurs droits – voter, militer, manifester – en connaissance de cause et nos dirigeants se retrouvent libres de faire n’importe quoi.

M – Et c’est pas juste une théorie, on a des exemples concrets. Une étude américaine de XXXX a montré que la disparition des journaux locaux a des effets sur les finances publiques des territoires. Je cite : « Nos résultats montrent que les journaux locaux rendent leurs gouvernements responsables de leurs actes, ce qui permet de maintenir les coûts d’emprunt des municipalités à un niveau bas et, au final, d’économiser de l’argent aux contribuables locaux. » Pour prendre un exemple récent, sans média pour nous dire qu’un élu organise des dîners à 100 000€ pour ses amis avec les thunes de la région ! Vous croyez qu’il se passerait quoi le mois suivant ?

G – Mais là, vous vous dîtes sûrement qu’il manque un pouvoir dans ce qu’on vient d’évoquer : celui de l’argent ! Les médias ne devraient-ils pas également être indépendants du pouvoir économique des milliardaires ? 

M – Parce que OK, il faut surveiller les juges et les politiques. Mais est-ce qu’il ne faudrait pas aussi surveiller les entreprises et les grands patrons ? On commence à la connaître la petite carte du Monde Diplo, de quel médias est possédé par qui. Avec les incontournables Bernard Arnault, la famille Dassault, Vincent Bolloré, Daniel Krestinsky, Xavier Niel, ou encore Rodolphe Saadé… 

G – Et on sait bien que le but de ces milliardaires n’est pas toujours le profit. Il y a aussi bien-sûr des enjeux de pouvoir. Les grands actionnaires de ce monde possèdent des empires industriels qui sont soumis à des lois – votés par les politiques – et qui parfois aussi bénéficient de contrats publics – ici encore décidés par les politiques. Donc quand on est un milliardaire, une bonne méthode pour arriver à ses fins, c’est de posséder un ou plusieurs média qui participent à façonner l’opinion publique. C’est un excellent levier pour faire pression sur les politiques.

G – En tout cas on ne lance pas ou on ne possède pas un média pour devenir riche ! Une note d’information sur vie publique indique

« Près de 80% des médias affichent une marge inférieure à 6% et une majorité d’entre eux (56%) sont déficitaires. … Les chaînes d’information en continu, telles que BFM TV, LCI ou CNews, ont des résultats d’exploitation déficitaires. »

M – Si des médias peuvent exister malgré leur déficit, c’est bien la preuve qu’ils ont une autre utilité que la rentabilité directe, celui d’être un département de communication ! . Si on pense la famille Dassault comme une entreprise, ses médias (le Figaro ou Gala) sont d’excellents départements de communication pour donner une belle image. 

G – Mais la puissance de “communication” d’un média ne sert pas que les intérêts économiques des milliardaires. Ca peut aussi servir la vision idéologique de son propriétaire : ici on pense Vincent Bolloré qui nous met de la religion sur CNews ou encore à Pierre-Edouard Stérin avec son Projet Pericles.                      

M – Donc, on récapitule : on a besoin de médias pour surveiller le pouvoir. Que ce soit les trois pouvoirs classiques (législatif, exécutif, judiciaire), mais aussi le pouvoir économique. Mais forcément, pour que ça marche, il ne faut pas que les médias soient sous le contrôle d’un de ces pouvoirs. Dit autrement, il faut que les médias soient “indépendants”.

G – Et bien ça qu’il faut entendre par “médias indépendants”. Indépendants de qui ? Des pressions d’un politique, d’un juge ou d’un gros richou quelconque. Et c’est très certainement ce manque d’indépendance qui participe de la défiance grandissante envers les médias. D’où la question à laquelle on va essayer de répondre maintenant : comment on fait pour que les médias soient le plus indépendants possibles ?

M – Attend… Moi je pense à une autre raison qui pousse à la défiance envers les médias… 

G – Ah bon ? Laquelle ?

M – Le wokisme !!! L’islamo-gauchisme !!! La bien-pensance bisounoursienne soit disant progressiste typique du service public et de cette petite caste de bobo journalistes du 11eme arrondissement de Paris.

G – Oula… De quoi ?

M – Et bah oui ! Moi c’est ça qui me saoule aussi avec les médias et les journalistes tu vois ! Alors il sont là, à être payés 5000 balles par mois, tous à Paris, y en a pas un qui met les mains dans le cambouis… et gna gna gna, on peut pas dire ce qu’on veut… Ah-la-la notre actionnaire il est pas gentil ! Oui, bah nous aussi on a des actionnaires qui nous saoulent dans le monde réel hein ! Et pis on gagne pas 5000 balles donc hein… Voilà !

C – D’où vient le problème ?

1 ) Une caste de journaliste trop payés et bien pensants

G – Mais Marino… Toi aussi t’es journaliste. Tu le sais bien que tu gagnes pas 5000 balles par mois.

M – Oui je sais… Ah nan mais c’est pas ce que je pense en vrai… Par contre j’ai des potes qui pensent comme ça oui.

G – Ouais, moi aussi. C’est vrai que c’est préjugé assez répandu. Alors faisons un petit point : les journalistes sont ils des bobos parisiens sur payés ? Sur les 35 mille journalistes français détenteurs d’une carte de presse, 19 mille sont en région parisienne et la moitié sont en banlieue… Voilà… Parce que vivre dans Paris intra muros, ça coûte cher.

M – Première indication que le cliché du journaliste super bien payé… Ça ne concerne pas la majorité…

G – Exactement ! Et puis donc on voit qu’on a quand même 16 milles journalistes qui ne sont pas en région parisienne. Donc oui, la région parisienne est sur représentée – y a certainement un souci de ce côté là – mais non les journalistes ne sont pas tous dans le 11ème.

M – Ensuite pour les revenus, la médiane est à 4000€ brut pour les CDI et 2100€ pour les CDD et pigistes (les pigistes ce sont les journalistes payés à l’article). Sachant que le gros de la différence vient de l’âge. Plus de 50% des CDD et pigistes ont moins de 35 ans tandis que pour les CDI, ils sont plus de 50% à avoir plus de 45 ans.  

G – Et la tendance est à la précarisation du métier de journaliste avec de plus en plus de pigistes et de CDD. 

G – Je cite Jean-Marie Charon, sociologue et auteur d’une enquête de 2023 sur les condition de travail des jeunes journalistes : 

“Les rémunérations sont basses, voire très basses. Nombreux sont ceux qui sont au SMIC, ou nettement en-dessous. Les rentrées d’argent peuvent être irrégulières, aléatoires, avec des retards dans les versements.”

“Pour nombre de jeunes journalistes la précarité débouche sur « la galère » : « Là,  c’était une vraie galère. Le prix de la connexion permanente. … pas de travail, pas de salaire… nous n’avons aucune garantie quant au volume de piges d’un mois sur l’autre… l’argent tombe de manière irrégulière… il faut avancer les frais ». Les  revenus trop faibles contraignent à vivre au jour le jour, avec un stress omniprésent.”

M – Si ce métier n’est évidemment pas LE pire qui soit, il n’empêche, qu’on est loin des 5,000€ par mois dans le 11ème !

G – Et évidemment il y a des exceptions : Elise Lucet s’en sort très bien, Pascal Praud aussi… Mais les très hauts revenus concernent une très faible minorité de profils. Et le sujet aujourd’hui c’est pas les inégalités. 

M – Non ! C’est de trouver comment avoir une presse indépendante pour que nos démocraties fonctionnent correctement. 

G – Et pour ce qui est de l’accusation de bien pensance, d’idéologie ou même de déconnexion avec la réalité de certains journalistes… Là, il faut prendre le temps de bien poser le problème.

M – Si on regarde l’origine sociale des journalistes qui sortent d’une école de journalisme, on voit bien que les enfants de cadres sont sur-représentés.

G – Oui parce que pour info, les cadres représentent 25% de la population active. 

Donc, il y a un vrai sujet ici ! Les journalistes de part leurs origines sociales ne sont pas représentatifs de la population française. Est-ce que ça veut dire que ça biaise leurs jugements et leurs enquêtes ? 

M – C’est sûr que ça biaise, mais attention à ne pas non plus chercher une neutralité qui n’existe pas ! Parce que c’est important de comprendre qu’aucun journaliste, ni aucune personne dans ce monde, ne peut être neutre. En revanche, on peut lui demander d’être de “bonne foi”.

G – Il est temps pour nous de vous parler du manuel, que dis-je, de la bible des journalistes : La Charte de déontologie de Munich. C’est une charte signée en 1971 par la Fédération européenne des journalistes, aussi appelée “Déclaration des devoirs et des droits des journalistes”. Et que nous dit cette Charte au sujet de la neutralité ?

M – Ehhh bah rien. Nul part il n’y est question de “neutralité” ou de “pluralisme”. Un média peut tout à fait avoir une ligne éditoriale – qui peut tout à fait inclure le pluralisme ou non – et les journalistes en son sein ont forcément des opinions politiques. La “neutralité” n’a pas trop de sens de ce point de vue là. Par contre, le devoir numéro 1 cité dans cette charte de Munich c’est :  “Respecter la vérité, quelles qu’en puissent être les conséquences pour lui-même, et ce, en raison du droit que le public a de connaître la vérité.” 

G – S’il est tout à fait acceptable que des opinions soient exprimées de manière plus ou moins explicite, elles doivent toujours reposer sur des faits et ne jamais volontairement en écarter certains autres qui seraient dérangeant pour l’idéologie personnelle du journaliste. Par exemple, prenez Pascal Praud et le réchauffement climatique…

CNews – L’Heure des Pros (06/05/2019)

“Il est là le Réchauffement Climatique, moins 3 degré dans les yvelines, moins 1 degré à Brest…”

G – Bon ben là Pascal, à moins d’être est complètement incompétent, il est d’une mauvaise fois totale… Le réchauffement climatique n’empêche en rien qu’il puisse faire froid. C’est juste que les journées chaudes (au-dessus des normales de saison) sont de plus nombreuses par rapport aux journées froides (en dessous des normales de saison). Une simple recherche Google permet d’avoir l’info. En moquant le “soit disant réchauffement climatique” à partir d’un exemple pareil, Pascal Praud ne respecte pas la vérité. Il écarte les faits qui ne l’arrangent pas en confondant “météo” et “climat”.

M – Bon on va revenir à cette Charte de Munich ne vous en faites pas, mais pour l’instant ce qu’il faut retenir c’est que le nerf de la guerre pour avoir des médias de qualité, c’est que les journalistes puissent traiter de leur sujets en toute “bonne foi” c’est à dire non pas en étant “neutre” – il y aura toujours un biais d’opinion sur ce qu’il faudrait faire – mais au moins en respectant la vérité de ce qui est.

2) L’enjeu : la gouvernance

G – Bon, mais le journaliste, il bosse dans une prédaction. Et une rédaction c’est un modèle hiérarchique pyramidal. Pour publier quoi que ce soit, il faut l’accord du directeur de publication. Sauf que quand ce directeur a été nommé et peut être remplacé à tout moment par l’actionnaire, et ben ça peut être compliqué d’aborder certains sujets ! 

C8 – Touche pas à mon poste (10/11/2022)

Louis Boyard – Député LFI

Cyril Hanouna 

7:04 : Boyard “Ca devrait meme pas etre un coup d’éclat de critiquer ton patron sur ta chaine”

Hanouna “mais moi je crache pas dans la main qui me nourri”

M – Là il dit tout haut ce qui est souvent vrai tout bas, les médias sont des entreprises comme les autres. Il y a bien quelques règles à respecter pour être éligible au statut de “média” qui donnent droit aux aides à la presse – on va en reparler – mais ce statut n’est aucunement lié à une forme juridique particulière qui donnerait plus de pouvoir aux journalistes – qui sont en bas de la pyramide hiérarchique – par rapport aux actionnaires – qui sont en haut.

G – Comme l’explique Julia Cagé, spécialiste de l’économie des médias, et Benoît Huet, avocat au barreau de Paris, dans leur livre “L’information est un bien public” :

“La plupart des médias français, qu’ils relèvent de la presse écrite ou de l’audiovisuel, sont détenus et administrés par des sociétés commerciales, principalement des sociétés anonymes (SA), des sociétés à responsabilité limitée (SARL) et des sociétés par actions simplifiée (SAS). Ces formes sociales ont été adoptées à la fois par la très grande majorité des journaux (Le Monde, Le Figaro, La Provence, Sud-Ouest, etc.) et également par les principales radios et chaînes de télévision (TF1, M6, Canal +, Europe 1, RTL, etc.)”

France 24 – Julia Cagé veut faire de l’indépendance des médias « un sujet politique » • FRANCE 24 (19/12/2025)

Julia Cagé – Économiste spécialisée dans l’économie des médias

26:53 : Journaliste 

“On dit que les médias sont aujourd’hui un 4e pouvoir et vous dites que l’information donc est un bien public et que les entreprises privées des médias ne doivent pas être des entreprises comme les autres. Comment devrait-elle être ? “

Julia Cagé : “C’est ce que vous disiez sur le Elle devrait avoir une gouvernance qui est différente euh notamment elle devrait avoir une gouvernance qui qui garantit l’indépendance des médias.”

G – Ici il y a deux enjeux qui s’entremêlent : gouvernance et modèle économique. D’abord la gouvernance d’un média – donc la manière dont les décisions sont prises – est liée à sa forme juridique – SA, SAS, SARL, SCOP, SCIC etc. Mais également, les décisions sont contraintes par le modèle économique càd par la nécessité de rentrer dans ces frais : il faut bien gagner de l’argent pour payer les salaires.

M – On va le prendre par l’angle du modèle économique et vous allez comprendre.

Partie 2 – Un problème de modèle économique

A – Devenir payant

G – Mettons qu’on lance un média, comment on fait ? Première option : Puisqu’il y a besoin d’argent pour payer les journalistes, il suffit de faire payer les lecteurs. On pourrait imaginer des journalistes actionnaires à égalité de leur média, comme ça ils ont tous leur mot à dire dans la gouvernance, et pour le financement quotidien, les salaires toussa, et ben l’argent vient des abonnements.

M – Sauf que… S’il est vrai que, après l’ère du “tout gratuit” dans les années 2000, les journaux payants sont en train de revenir à la mode… On peut penser aux Echos, le Parisien, Le Monde, Alternatives Économiques, Médiapart, Libération… En vrai, à l’exception d’Alternatives économiques, du Monde ou encore de Médiapart tous ou presque sont sous le contrôle de riches actionnaires.

G – Alternative économique est une SCOP, donc une entreprise non commerciale, le pouvoir n’est pas entre les mains des actionnaires mais entre celles des employés. Et pour Le Monde et Médiapart, ce sont des SAS détenues par un fonds de dotation… Donc, c’est un peu technique… Et pis les montages sont pas les mêmes entre les deux… Bon… J’pense qu’il faut faire un schéma… En 20 min MAX j’vous explique comment ça marche…

M – En vrai peu importe les détails, l’idée c’est qu’ils ont réussi à créer une structure juridique qui 1/ protège leur média des rachats…

G – …voilà pas possible pour un gros richou de les racheter et de foutre le bordel

M – 2/ malgré le fait que ce sont des SAS – donc des sociétés commerciales – les actionnaires ont voté des statuts qui mettent les journalistes au centre des décisions

G – … donc les actionnaires ont volontairement accepté de se séparer de leur pouvoir de décision.

M – Et enfin 3/ les deux journaux n’ont pas pour but d’enrichir leurs actionnaires. S’il y a des bénéfices, soit c’est réinvesti dans le journal, soit ça alimente un fonds de dotation qui doit redistribuer les sous d’une manière ou d’une autre.

G – … ici encore, les actionnaires ont dû signer des papiers pour renoncer à leur droit à s’enrichir.

M – Mais donc… Pour réussir tout ça, pour mettre les journalistes aux centre des décisions, médiapart, le Monde et alternative économique ont choisi d’être payants.

G – Et le souci c’est que pour être le quatrième pilier de la démocratie, la presse libre doit aussi être accessible au plus grand nombre. Sauf que pour Alter éco et Médiapart, l’abonnement coûte 12€ par mois. Tout le monde ne peut pas se le permettre.

M – Donc avoir un média payant c’est une première idée pour avoir un modèle économique pérenne qui permet ensuite de se poser la question de la gouvernance, et d’avoir peut-être un média indépendant. Mais ça pose le problème de l’accessibilité. Si au contraire on veut offrir une information gratuite ou beaucoup moins cher pour tous nos lecteurs, comment on peut faire ?

(Habillage comme si c’était une sponso, genre “cette vidéo est sponsorisée par [INSERT BRAND]”, un petit chrono qui s’écoule pendant qu’on parle)

G – Eh bah la pub ! D’ailleurs cette vidéo est sponsorisée par… Ah merde j’ai oublié le nom du sponsor.

M – Bah non j’crois qu’il y a pas de sponsors.

G – Ah bon ?? Bah Valentin, pourquoi y a pas de sponsor, tu fais pas ton boulot ou quoi ? 

M – Comment on paie nos apparts dans le 11eme nous ?

G – Et ben voilà, on est en direct du montage, y a pas de sponso… Toute façon on n’a plus le temps… c’est la fin de l’encart pub. Merci Valentin. On passe pour des nuls là… Bon bah retour à la vidéo.

(fin de l’habillage en mode sponso avec un woosh, ou un truc dynamique comme dans les vidéos divertissement)

B – Être la bitch des annonceurs

G – Historiquement, si la presse papier a pris l’ampleur qu’on lui connaît aujourd’hui c’est parce qu’ils avaient des sponsors… eux !!!

M – Pendant très longtemps, et c’est encore un modèle aujourd’hui, les journaux ne coutaient que quelques centimes grâce à la pub. Sauf qu’aujourd’hui on a deux soucis avec elle. Premièrement, les revenus publicitaires des journaux sont en baisse structurelle depuis des décennies.

G – C’est une question d’offre. Avant la radio, la télé et surtout avant internet, les journaux avaient un peu le monopole de la pub. Mais aujourd’hui, les emplacements publicitaires sont partout, et les plateformes et réseaux sociaux captent une partie de plus en plus importante des budgets pub, au détriment des médias. 

M – Pour se rendre compte du désastre industriel que cela cause, il faut regarder ces courbes. Les recettes publicitaires des journaux, ont été divisées entre 1990 et la fin des années 2010 par plus de 6 aux états-unis et autour de 3 en France.

G – Le deuxième problème c’est bien-sûr l’enjeu de l’indépendance d’un média vis à vis des marques dont il fait la pub. Le rôle d’un média c’est de vous informer. Peut-être justement sur la réalité des produits que vous consommez. Réalité qu’une publicité n’est absolument pas conçue pour dévoiler.

M – Par exemple : imaginez un média qui voudrait sortir un article critique à l’égard de la demande de nationalité Belge de Bernard Arnault pour payer moins d’impôts… MAIS dans ce média là, une grosse partie des revenus publicitaires proviennent de LVMH ? 

G – Libération avait tenté le coup en 2012 avec cette une “casse-toi riche con” qui n’avait pas plu à l’intéressé – patron de LVMH donc – et qui avait ordonné le retrait des annonces des marques qu’ils contrôlaient chez Libération. Ça a quand même coûté 700 mille euros au journal.

M – Alors certes, Libération l’a fait ! On peut les féliciter. Mais est-ce que justement, ça ne les a pas découragés de recommencer ? Est-ce qu’ils n’ont pas “appris la leçon” : quand les recettes publicitaires sont en baisse, il vaut mieux prendre soin des annonceurs qui restent, sinon ils iront faire leur pub ailleurs ! 

G – Ce lien de dépendance entre les médias et les annonceurs, il est très problématique pour la liberté de la presse. Et pour le coup, sur Youtube c’est le festival ! 

M – Prenez Hugo Décrypte, il se retrouve dans le sommaire exécutif du Digital News Report de Reuters. J’sais pa si vous vous rendez compte mais, en intro d’un rapport international sur les médias du monde entier, y a Hugo Décrypte, qui est décrit comme le seul exemple en dehors des US où un gars a autant voire plus d’audience chez les moins de 35 ans que des médias mainstreams comme TF1 ou Le Monde.

G  – Et bah quand ce Hugo Décrypte là, faisait lui-même de la pub pour Nord VPN dans cette vidéo de 2022 , c’est une voix et une tête identifiée de journaliste, donc de quelqu’un qui doit dire la vérité, qui fait une pub…

M – Il y a aussi un souci de frontière entre contenu journalistique et communication qui à déjà été largement tranché par notre fameuse *charte de munich* dont l’article 9 dit : « Ne jamais confondre le métier de journaliste avec celui du publicitaire ou du propagandiste ; n’accepter aucune consigne, directe ou indirecte, des annonceurs. »

G – C’est pour ça que la CDJM, Conseil de déontologie journalistique et de médiation, a retoqué Hugo Décrypte et depuis, il semblerait qu’il ait changé ses pratiques. Donc super, mais tout le monde n’a pas eu le mémo ! En fait c’est même normaliser. 

M – D’autant que ce flou entre journalisme et marketing se renforce aussi par d’autres canaux comme l’a relevé la commission d’enquête sénatoriale sur la concentration des médias de 2022 : 

“De plus en plus, des « chargés de contenus », ayant davantage de profils « communication », « numérique » ou « marketing », remplacent des journalistes professionnels titulaires de la carte de presse. Cette précarisation passe notamment par un recours accru aux statuts d’autoentrepreneur ou de journaliste d’agence de presse, ainsi qu’à l’intermittence.”

France 24 – Julia Cagé veut faire de l’indépendance des médias « un sujet politique » • FRANCE 24 (19/12/2025)

32:13 : “Là aujourd’hui en France ça fait plusieurs années que en tendance longue le nombre de journalismes décroit et en fait on voit quand des médias ferment si vous prenez ce qui s’est passé à iTélé vous avez énormément de la rédaction d’itélé qui est partie faire autre chose. Et c’est un gâchi hein, c’est un gâchi de compétence et puis surtout c’est un gâchi pour nous citoyens. C’est à dire que vous aviez des gens qui étaient payés avant pour nous informer et qui maintenant vont faire des relations publiques pour des entreprises privées. Bah, on voit bien que dans l’équilibre du rapport de force entre comment les citoyens sont informés euh et puis les entreprises, bah on est en train de perdre.“

G – Et ce flou entre information et publicité il prend plein de formes différentes. Par exemple, dans la presse écrite, vous avez forcément vu passer des publireportages. Regardez ça par exemple : Ca ressemble à un article de BFMTV sur Trade Republic. Rubrique “Bons plans”, ça doit être un journaliste qui compare les différentes offres des banques en ligne. Trop bien ça ! On n’a pas toujours le temps de faire les comparaisons nous mêmes. Alors on scrolle… Et tout en bas… Oh bah alors… que c’est que cette mention chelou à la fin.

“Ce contenu a été réalisé par un expert de l’équipe shopping de BFMTV. BFMTV est susceptible de percevoir une rémunération lorsqu’un de nos lecteurs procède à un achat via les liens intégrés dans cet article.”

G – Tiens t’as entendu Valentin ? Pour le site Stup.Media ce serait un super complément de revenu non ??

M – Non mais c’est indécent là quand même ! On est d’accord que cette pub est volontairement déguisée en article de presse pour nous tromper, pour nous empêcher de remarquer que c’est en fait une publicité ! Et après on s’étonne que la confiance dans les médias recule ? 

G – Ouais t’as raison… Valentin oubli, c’est nul. Sinon, est-ce que tu connais le Brand content ?

M – Le quoi ? non c’est quoi ?

G – Alors regarde, on va sur instagram (ou sur tiktok), on va sur le compte de Brut… Media jeune et progressiste

M – Devenu depuis 2025 la propriété de Rodolphe Saadé, la CMA-CGM, les portes conteneurs toussa, il faut le savoir quand même…

G – Voilà, on scrolle un peu et pouf tient… Un reportage sur les cartes pokémon ! C’est rigolo ça.

M – C’est tellement bien le journalisme, on peut s’intéresser à tout. En plus j’avoue, j’aime bien Brut pour les contenus cool comme ça, c’est jeune et progressiste.

G – Sauf que hop, qu’est-ce qui s’affiche en tout p’tit là… 

M – “paid content” ? Mais non !

G – Eh ben si Marino. C’est déguisé en reportage mais en fait c’est une pub pour ebay.

M – C’est pas vrai ! Me suis fait avoir !

G – Et là, regarde, si on va sur la page de la régie publicitaire de Brut, y a plus d’info sur les véritables objectifs de ce média : 

“Nous pouvons vous aider à imposer votre marque dans les conversations sociales et la faire rester pertinente culturellement auprès de la nouvelle génération.”

G – “Nouvelle génération”, tu vois c’est un média de publicités jeunes et progressistes ! Valentin ca te parle mieux ca du coup ?

M – Non moi je pose mon véto, Valentin toi aussi non ? Oui bon c’est véto. 

G – Et voilà, moi j’propose des trucs mais on n’aime pas la réussite ici d’toute manière ! Bon… Mais alors attend, c’est pas fini ! Brut, ça a été créé en 2016 mais ça a explosé pendant les gilets jaunes fin 2018.

M – On se souvient de Rémy Buisine qui filmait les manifestations et les violences policières de manière très… Ben très brutes justement. 

G – En 2019, juste avant les élections européennes, Emmanuel Macron – qui en général fait très peu d’interview – propose au média en ligne sa première interview. C’est la hype de ouf dans la rédaction ! Le président veut passer chez Brut. 

M – Sauf que le rédacteur en chef de l’époque, Laurent Lucas, refuse. Parce que 1/ il comprend que Macron n’a aucune annonce à faire, c’est juste pour faire la comm de son parti avant les élections et 2/ Brut n’a pas donné la parole à d’autres formations politiques pendant la campagne des européennes. Donc, éthique journalistique, intérêt général, refus de recevoir le président.

G – C’est beau quand même ! Ca c’est la presse qu’on aime. 

M – Sauf que depuis 2019, la relation avec Macron, elle a quand même un peu changé : https://youtube.com/shorts/ZRcY_aax-iA?si=4TLWBDyGGNDHY8VP

G – Et depuis le rachat par Rodolphe Saadé en 2025, la nouvelle boss du groupe – Elsa Darquier ne s’en cache même plus, elle parle de son média comme d’une

“« love brand », une marque qui crée de l’attachement avec ses consommateurs.”

G – Et elle ajoute :

« Aujourd’hui, on nous dit : “Vous êtes le média de Macron”. Mais vous verrez qu’en 2027 on sera le média du ou de la prochaine présidente. Ils viendront chez nous, j’en fais le pari. »

M – Euuuh peut-être pas le meilleur flex pour un média. 

G – Je suis sûr que la boss de Brut connaisse la charte de Munich

M – Donc est-ce que Brut c’est un média d’information ? Informer le public pour un meilleur fonctionnement démocratique ? Toussa toussa. Ou est-ce que c’est juste l’agence de com ‘non officielle » de l’Elysée doublée d’une vitrine pour’“imposer votre marque dans les conversations sociales” ?

C – Être la bitch de ton actionnaire

G – Donc voilà, devenir payant, tout le monde n’a pas accès à l’info, et avec la pub tu peux rapidement te retrouver à faire de la comm. Bon, quelle autre solution on a pour faire rentrer de l’argent ? 

M – L’appel à un ami milliardaire ! Sauf qu’on l’a déjà expliqué, dans ce cas, au lieu d’être au service des annonceurs, le média devient au service de son actionnaire.

G – Au “service” de son actionnaire… J’te trouve bien polie, moi je l’aurais pas dit comme ça !

M – Alors là on a plein d’exemples. Prenez Science & Vie qui est un média de vulgarisation scientifique. Il a été racheté par deux entrepreneurs français Pascal Chevalier et Gautier Normand via leur média “Reworld Media” en 2019. Sauf que voilà, alors que Science & Vie était financièrement viable, Reworld Media a drastiquement changé la stratégie du magazine : On dégage les journalistes – qui sont passés de 340 à 140 – et on remplace un départ sur deux par des communicants qui vont booster les revenus publicitaires. De la bouche de Dominique Carlier, délégué syndical chez Reworld Media :

«Ils se foutent du contenu, ils cherchent en réalité à optimiser le référencement de tout et n’importe quoi pour susciter du clic sur des marques autrefois prestigieuses»

G – Mieux ! Les anciens journalistes de Science & Vie ont lancé leur propre journal : Espiloon mais… Ils ont immédiatement été attaqués en justice par les boss de Reworld Media pour dénigrement, diffamation, concurrence déloyale et parasitisme. Toutes ces plaintes n’ont rien donné mais, elles ont coûté beaucoup d’argent à un moment où des journalistes étaient en pleine aventure entrepreneuriale. De là à dire qu’on a affaire à une campagne d’intimidation… Il n’y a qu’un pas… que nous ne franchirons pas du coup… Pour éviter les procès…

M – L’exemple de Science & Vie puis de Epsiloon ca nous montre bien que l’actionnaire cherche son intérêt, ici économique, par tous les moyens. Transformer l’information en publicité pour s’enrichir, ou bien détruire la concurrence naissante pour rester en tête.

G – L’autre exemple ce sont bien-sûr les chaînes du milliardaire Bolloré : CNews et feu C8 qui sont moins utilisées pour dégager des bénéfices que pour véhiculer une idéologie alignée avec les valeurs de l’actionnaire quitte à mal représenter l’information, laisser dire n’importe quoi ou à insulter. La preuve, c’est que C8 n’a jamais été rentable et pour CNews, l’info est planquée mais voilà ce qu’on a trouvé : « Cnews a vu sa situation se dégrader en fin de période (-9,5 M€ de pertes en 2023 contre -5 M€ un an plus tôt »! Donc bon… pour certaines activités, la rentabilité pour Bolloré, c’est pas la priorité. Oh putain… J’ai fait de la ryhme là !

M – Les nombreuses amendes infligées à ces deux chaînes par l’ARCOM, le gendarme de l’audiovisuel, ne les ont pas freinés pour autant.

G – Saviez-vous que dans le top des plus grosses amendes distribuées par l’ARCOM on retrouve systématiquement Cyril Hanouna : 3 millions d’€ en 2017 pour des canulars homophobes, 3,5 millions en 2023 pour des insultes à l’encontre du député LFI Louis Boyard…  Au total, Hanouna a cumulé 7,5 millions d’€ d’amendes à lui tout seul avant que la licence de C8 ne soit carrément retirée. 

France 24 – Julia Cagé veut faire de l’indépendance des médias « un sujet politique » • FRANCE 24 (19/12/2025)

20:50 : “Mais parce qu’en fait vous avez des effets boules de neige derrière comme Bolloré fait ce qu’il veut, et que personne vient lui taper sur les doigts, bah les autres milliardaires derrière se disent pourquoi nous on va s’embêter avec des chartes d’éthique, l’indépendance de la rédaction, les droits au journalistes, on va aussi faire ce qu’on veut et ça c’est extrêmement problématique et dans l’état actuel des choses, on va continuer à à chuter assez fortement dans le classement de la liberté de la presse. On chute pas juste on chute pas parce que ça s’améliore dans les autres pays. Ça se dégrade en France. Ça se dégrade en général aujourd’hui l’écosystème médiatique ; particulièrement en France.“

D – Les aides à la presse

M – Bon mais d’ailleurs, en parlant de rentabilité… On n’a pas encore parlé des aides à la presse. Parce que, l’État est parfaitement au courant que le modèle économique d’un média est par essence compliqué.

G – Du coup les médias sont aidés par différents mécanismes. Le premier c’est un taux de TVA réduit de 2.1% pour l’argent perçu via les abonnements. Ça représente 200 millions d’€ par an.

M – Ensuite il y a les aides postales pour la presse papier qui a besoin d’envoyer ces impressions au quatres coins de la France. Ca représente environ 100 millions d’€ par an

G – Et enfin il y a des aides à la diffusion, au pluralisme et à la modernisation pour encore environ 100 millions d’€. Mais… Point important, ces aides sont associées – pour les deux premières – au statut de média que n’importe quelle entreprise peut demander. Et pour la troisième, à des critères supplémentaires dits “IPG” pour “information politique et générale”.

M – Sauf que… dans les conditions à respecter pour être un média ou pour être IPG, on ne retrouve aucune mention d’une éventuelle obligation d’embaucher une majorité de journalistes et encore moins de les associer aux décisions de gestion du média. 

G – Autrement dit, Reworld Media a pu virer deux tiers de ses journalistes sans pour autant perdre son taux de TVA réduit de 2.1%.

M – Et c’est ça qui est un peu bizarre. Les aides à la presse qui représentent aujourd’hui environ 400 millions d’€ par an, ne sont pas du tout conditionnées pour favoriser la presse libre et indépendante. 

G – Attend est ce que ça veut dire que Cnews bénéficie aussi des aides à la presse ? Ce serait grave !

M – Alors non, mais juste parce que les aides à la presse ne concernent que la presse écrite, soit sur internet, soit sur papier, soit les deux… et pas les chaînes de télévision, ni la radio. Donc non, CNews ne touche pas d’aide publique pour le journalisme.

E – L’audiovisuel public

G – OK… Bon c’est déjà ça.

M – Par contre le Journal du Dimanche et Valeur Actuelles oui.

G – Cool…

M – L’autre manière pour la puissance publique de faire exister une presse indépendante c’est de le financer en direct ! Mais comment ça s’appelle quand c’est l’état qui finance directement des trucs ?! 

  • J’appelle ça la france mademoiselle, et pas n’importe laquelle, la france du général de Gaulle OSS 117

G – Alors, effectivement attention ! L’indépendance d’un média public, n’est pas automatique, quand ça à été lancé en france ça s’appelait l’ORTF et c’était très très dépendant du pouvoir politique. Donc pas du tout une presse libre et indépendante. Et puis aujourd’hui, y a de la pub sur France télé et Radio France. Alors… Où en est-on aujourd’hui ? Y a-t-il indépendance des médias de service public ?

France 24 – Julia Cagé veut faire de l’indépendance des médias « un sujet politique » • FRANCE 24 (19/12/2025)

21:50 : “Donc en gros, vous avez un audio visuel public dont la principale source de financement est un financement public. C’est le principe d’un audio visuel public et vous allez vous voulez pas qu’il ait beaucoup d’autres source de financement notamment on est bien content parce que c’est aussi le principe de l’audiovisuel public qu’il y ait pas trop de pub par exemple vous voulez pas trop de revenus publicitaires parce que c’est pas commercial, c’est pas privé, vous voulez de l’information, du documentaire, de la fiction et cetera de qualité qui est financée justement par de l’argent public”

M – Comme l’explique Julia Cagé, le budget de France Télé + Radio France dépend très peu de la pub. Sur les 4,5 milliards d’€ par an, 4 milliards viennent directement de l’État. Ensuite il y a 400 millions de revenus publicitaires et 100 millions de revenus commerciaux, par exemple quand France Télé vend les droits de certaines de ses séries ou documentaires.

G – Donc, effectivement le service public n’est pas le gentil toutou des annonceurs ? Ou en tout cas, pas autant que les autres : Par exemple, le groupe Le Monde tire 20% de ses revenus de sa régie publicitaire, TF1 : 15%, M6 : 10%.

M – Mais bon, du coup, c’est financer par l’état, mais on en est ou niveau indépendance ?

France 24 – Julia Cagé veut faire de l’indépendance des médias « un sujet politique » • FRANCE 24 (19/12/2025)

22:15 :”On avait une redevance qui avait des imperfections mais qui avait le mérite d’être un financement fléché, donc de garantir une indépendance. Paf, le gouvernement tape dessus, supprime la la redevance et le remplace par un système beaucoup plus flou et moins stable. “

G – Emmanuel Macron a supprimé la redevance télé en 2022, qui était une taxe sur les postes de télé qui finançait directement le service public. Julia Cagé l’a dit c’était fléché, caler sur l’inflation et l’état ne pouvait pas toucher à cet argent, il allait directement dans les caisses de France télé et de Radio France. Depuis la suppression, c’est le gouvernement qui doit voter une loi de financement tous les ans. Donc maintenant, le service public doit faire attention à ne pas déplaire aux politiques qui votent son budget. Niveau indépendance : c’est pas ouf !

M – Et non ! Et c’est d’ailleurs signalé dans le suivi mondial de la liberté de la presse de reporterre sans frontière. On peut y lire que, dans le cas de la France : “L’absence de financement pérenne après la suppression de la redevance fragilise l’audiovisuel public.”

France 24 – Julia Cagé veut faire de l’indépendance des médias « un sujet politique » • FRANCE 24 (19/12/2025)

21:36 : “Alors il connaît pas alors il faut quand même vraiment dire les choses. Le service de l’audiovisuel public ne connaît pas de difficultés économiques. Il est fragilisé économiquement par la puissance publique. C’est de choses extrêmement différent.”

G – Dans l’ensemble, ce que semble dire la sociologie d’après ce qu’on a pu lire, c’est que les journalistes du service public français sont plus indépendant vis-à-vis du pouvoir économique que les journalistes des médias privés.

M – Autrement dit c’est plus facile de tailler un short à Bolloré ou à Bernard Arnault sur le service public que sur TF1… D’ailleurs petit quizz au passage… TF1 propriété de… ?

G – Pas Bolloré quand même !?

M – Non Bouygues.

G – Ah oui c’est vrai…

M – C’est toujours important de savoir qui possède quoi.

G – Bon, indépendance du pouvoir économique : plutôt check. 

M – Mais on vient de voir que le politique essaie de reprendre la main côté financement et c’est aussi vrai sur l’aspect de la gouvernance.

G – Bah oui parce que si c’est l’ARCOM qui nomme les présidents de Radio France et de France Télé, le boss de l’ARCOM – lui – il est nommé par le président de la république.

M – Et cette pression du pouvoir politique, on la ressent encore dans l’actualité. Par exemple, il y avait un projet de centralisation des 4 filiales de service public : France TV, Radio France, ICI (pour l’info locale) et France Info dans une holding (France Media).

G – Projet mené par Rachida Dati quand elle était ministre de la culture. Et projet validé par la présidente de Radio France : Laurence Bloch… Nommée par Macron… Pardon, nommé par l’ARCOM

M – L’idée c’était d’avoir une meilleure stratégie pour résister aux géants du numériques (on ne sait pas trop comment ?), mais la crainte des syndicats et de la gauche au parlement, c’était que centraliser la gestion de l’audiovisuel public l’aurait rendu plus facile à contrôler pour le pouvoir en place… 

G – Quitte à revenir aux sources, autant que ce soit clair, au lieu d’appeler ça “France media” fallait proposer “ORTF 2 : le retour”

M – Ah bah nan… si tu mets un sous-titre, tu peux pas mettre de chiffre

G – De quoi ?

M – Soit c’est “ORTF 2”, soit c’est “ORTF : le retour”, mais pas les deux à la fois ! C’est pas Alien 2, c’est “Aliens : le retour”.

G – Ouais mais c’est “Les Tuches 2 : le rêve américain”… Donc si ça marche !

Conclusion

M – Bon en tout cas, qu’est-ce qui ressort de tout ce qu’on vient de raconter ?

G – On a un problème de défiance vis-à-vis des médias. Les gens ont de moins en moins confiance dans l’institution médiatique, les opinions se polarisent, on a de l’information de partout mais le problème c’est son indépendance et sa qualité.

M – Et c’est un problème parce que – c’est parfaitement compris, théorisé et même prouvé par les sciences politiques – le fait d’avoir une population correctement informée c’est le quatrième pilier de la démocratie. Sans des médias indépendants des pouvoir politiques et économiques, pas de démocratie fonctionnelle. 

France 24 – Julia Cagé veut faire de l’indépendance des médias « un sujet politique » • FRANCE 24 (19/12/2025)

23:09 : “C’est-à-dire qu’on on a un univers médiatique qui, du point de vue des médias privés, est de plus en plus fragilisé. Ça, il faut quand même en être conscient parce qu’on ne régule pas assez, parce qu’on protège pas assez l’indépendance des journalistes et parce qu’on fait pas en sorte de la protéger. En face, vous avez un univers médiatique qui est l‘audiovisuel public qui est davantage indépendant. C’est un peu le grand retournement de l’histoire, hein. Je veux dire, historiquement, l’audiovisuel public euh dans les années 50 sous de Gol et cetera, c’était voilà l’ORTF, c’était plutôt les médias politiques et le privé devait ramener du pluralisme. Là, on a complètement inversé la situation et comme vous avez toute une partie du champ politique et en fait la droite et la droite de la droite qui est contre finalement cet audiovisuel public qui lui échappe qui échappe à son contrôle mais en fait elle veut l’affaiblir soit en fusionnant soit en privatisant et puis en commençant par couper les ressources.”

G – Donc bon la situation est compliquée, mais c’est pas impossible pour autant ! Parce que le véritable enjeu derrière l’indépendance des médias vient surtout de la “gouvernance”. Le souci c’est que les “entreprises médiatiques” ne sont légalement pas différentes des entreprises classiques. Et, dans une entreprise classique, celui qui finance est aussi celui qui gouverne.

M – Mais c’est tout à fait possible de faire autrement ! Par exemple, s’il y a bien des actionnaires derrière le journal Le Monde ou derrière Médiapart, le montage juridique – par l’adoption de statuts particuliers – fait que ce sont bien les journalistes qui ont le pouvoir. Ces journaux sont protégés des rachats hostiles et le directeur de leur publication doit être validé par les journalistes.

G – Le problème c’est que aujourd’hui, pour que ça existe il faut compter sur des actionnaires milliardaires qui abandonnerait volontairement leur pouvoir.

M – Jusqu’au moment ou ils changent d’avis quoi… 

G – … bref, c’est pas ultra fiable.. Julia Cagé et Benoît Huet l’expliquent en long et en large dans leur livre “L’information est un bien public”. Oui on retrouve quelques médias qui sont parvenus à se rendre plus ou moins indépendants de leur actionnaire comme The Guardian au Royaume-Uni, Le Temps en Suisse ou Le Monde et Médiapart chez nous mais… Cette indépendance n’est pas du tout le résultat d’un cadre juridique propice. C’est plutôt un coup de bol.

M – D’où la proposition faite dans le livre, celle de créer un cadre juridique des entreprises médiatiques. 

  • Obligation d’avoir des journalistes majoritaires au conseil d’administration, pour ne jamais dépendre du bon vouloir de l’actionnaire. 
  • Obligation de réinvestir 70% des bénéfices dans le journal, pour favoriser l’orientation vers l’intérêt général plutôt que vers la pompe à frique. 

G – Obligation d’embaucher une majorité de journalistes et aides à la presse réservées aux médias qui respectent toutes ces règles… Et puis nous on rajouterait bien : obligation d’adopter au minimum tous les articles de la charte de Munich dans la charte de déontologie du média. C’est la base de la base ça, vous avez vu elle est pas très longue hein. Mais ce serait déjà un bon début. Parce que les articles 8 et 9 là, qui disent qu’un journaliste c’est pas un communicant, ce serait pas mal de le rappeler à de nombreux dirigeants de médias ! 

M – Et pour ce qui est de l’audiovisuel public, il est nécessaire de retrouver un financement “automatique”, comme le permettait la redevance, auquel les politiques ne peuvent pas toucher. Et il ne faut pas non plus qu’ils puissent simplement imposer les chefs. Ici encore, les journalistes devraient avoir un droit de regard. 

G – Bref, le but de tout ça, c’est de faire évoluer un cadre juridique à notre époque, pour s’assurer que le 4ème pouvoir puisse remplir sa mission et que l’on puisse pleinement profiter de notre démocratie ! 

—-

M – Bon, on parle on parle, mais concrètement, on est un média nous aussi ! 

G – Eh oui, StupMedia, c’est comme le port salut…

M – Hein ?

G – Depuis 1816

M – Nous ce qu’on a décidé de faire c’est de se regrouper autour d’une charte, d’être financé principalement par vous, l’audience, tout en garantissant l’accès à nos productions au plus grand nombre gratuitement et sans publicité.

G – Quand je vous disais qu’on n’aime pas la réussite.

M – Par exemple Argent Magique, c’est une émission qui existe grâce à Stup Media. Parce qu’il y a le Ulule, votre participation, qui finance l’émission. Mais derrière, notre Média est là pour tous les coûts cachés en backstage : les frais comptables, juridiques, ça nous permet d’avoir un statut salarié et un petit fonds de sécurité…

G – Ça c’est vrai pour Argent Magique mais aussi pour toutes les autres productions Stup Media, donc toutes les chaînes des membres du collectif, des émissions comme les Pieds dans le Plat, et puis aussi tous les articles originaux publiés sur le site et écrits par des journalistes qu’on peut rémunérer.

M – En plus de ça, chez Stup Media on aide des projets qu’on considère d’intérêt général ! Par exemple l’émission de vulgarisation scientifique Sci+, ou encore un pilote d’une nouvelle émission du Diable Positif. 

G – Notre objectif c’est d’arriver à 5000€ de dons mensuel sur le média, ce qui nous permettrait de pouvoir lancer de nouveaux projets mais surtout d’assurer la pérennité du média, et participer, à notre petite échelle, à la pluralité de la presse indépendante.

M – En tout cas merci d’avoir suivi cette saison d’Argent Magique. Si elle a pu exister c’est grâce à vous. Vous avez financer 10 épisodes, là vous avez vu le numéro 9, donc on vous garde le dernier pour la rentrée en septembre. Et puis ensuite normalement on enchaîne sur la saison 3.

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