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Dans la guerre qui sévit en Palestine, il n’y a pas seulement des Israéliens ou des Palestiniens, avec la dimension religieuse juifs vs arabes véhiculée par la grande presse. Il y a également des Afro-palestiniens, dont certains ayant la nationalité israélienne, qui sont marginalisés, invisibilisés et exposés à la répression israélienne.

La journaliste Afro-palestinienne Nisreen Salem, qui vit dans la Vieille ville de Jérusalem, en a fait les frais avec une arrestation mi-février par les autorités israéliennes, l’accusant de soutenir des organisations « terroristes », cherchant in fine à bâilloner son travail journalistique. Ce qui illustre une négrophobie institutionnelle à l’égard des Afro-palestiniens, renforcée depuis le 7 octobre 2023, et plus généralement un dédain de la part de la société israélienne envers tout ce qui ne lui ressemble pas. Interview.
Quelles ont été les raisons invoquées par les autorités israéliennes de votre arrestation, mi-février ?
La raison invoquée pour mon arrestation aurait été de fournir du matériel et un soutien à des organisations « terroristes ». Cependant, j’ai découvert plus tard que ce soi-disant contenu n’était que des vidéos de la vieille ville de Jérusalem, qui avaient été partagées par un média interdit de pratiquer le journalisme au sein de l’État d’Israël. Cela souligne la difficulté de travailler en tant que journaliste au sein des territoires contrôlés par Israël, en particulier depuis le 7 octobre 2023.
Dans quelle mesure le fait d’être Afro-palestinien expose à davantage de répression de la part des autorités israéliennes selon vous, via votre histoire et celle de votre entourage ?
Je crois que les autorités israéliennes ont un problème avec « l’autre». Imaginez maintenant que cet « autre » soit à la fois palestinien et africain, et qu’il vive dans la vieille ville de Jérusalem. La terminologie utilisée par certains soldats suggère un racisme évident, comme l’utilisation du terme « Kushi », un terme raciste se référant aux personnes noires.
Personnellement, lors d’une précédente arrestation, on m’a traité de plusieurs noms racistes, y compris des commentaires comparant ma couleur de peau de manière péjorative, ouvertement négrophobe. Il y a aussi un sentiment exprimé comme : « les Africains n’ont rien à voir avec le conflit israélo-palestinien—que faites-vous ici ? »
Je crois aussi que les expériences d’Ali Jeddah [activiste Afro-palestinien emprisonné durant 17 ans par Israël, NDLR] et de Mahmoud Jeddah [cousin d’Ali Jeddah, également emprisonné durant 17 ans par Israël, NDLR] sont des exemples puissants et illustratifs qui peuvent aider à expliquer la relation difficile et tendue entre les Afro-palestiniens d’un côté, et le pouvoir israélien de l’autre.
Quelle est la situation des Palestiniens noirs depuis le 7 octobre 2023 ? A-t-elle empiré depuis cette date et comment cela s’illustre, au quotidien ?
En pratique, la vie des Palestiniens noirs depuis le 7 octobre 2023 a été similaire à celle d’autres Palestiniens, vivant dans la bande de Gaza, en Cisjordanie ou à Jérusalem-Est. Cependant, en raison de l’emplacement spécifique où ils vivent — près de la mosquée Al-Aqsa — la pression s’est intensifiée. Cela inclut des raids dans les domiciles des habitants, des tentatives par les colons israéliens d’attaquer leurs maisons et des campagnes de police impliquant des expulsions et des interdictions de se rendre dans la Vieille ville de Jérusalem et la mosquée Al-Aqsa.
Estimez-vous que la presse mondiale se montre indifférente à la situation des noirs Palestiniens vivant en Israël et dans les territoires occupés et si tel est le cas, comment l’expliquez-vous ?
Je remarque un dédain évident quand il s’agit des noirs en général. Je ne veux minimiser aucun problème, mais regardez comment les médias mondiaux couvrent le conflit sanglant au Soudan comme s’il était « marginal ». J’interprète cela comme le résultat de la domination des puissances coloniales sur les médias modernes, qui ont tendance à considérer les populations non-blanches avec un sentiment de supériorité envers elles.
Y a-t-il une division de cette communauté noire Palestinienne par rapport à la Palestine et Israël et si oui, comment l’expliquez-vous ?
Nous nous identifions comme des « Palestiniens noirs ». Je voudrais également souligner qu’il y a des personnes à la peau noire dans la bande de Gaza qui, je crois, ont été soumises aux mêmes destructions que le reste de la population là-bas, ainsi que dans le camp de Jénine et à Tulkarem.
Estimez-vous que la solution à deux États, défendue par les instances internationales, est encore crédible de nos jours ?
Je crois que la position d’Israël sur la solution à deux États est très claire. Lorsque le Premier ministre israélien [Benyamin Netanyahu, NDLR] déclare qu’il ne permettra pas l’établissement d’un État palestinien à aucun prix, et lorsque les actions israéliennes en Cisjordanie pointent dans la même direction, cela indique une conclusion : cette solution est morte depuis longtemps.
Propos recueillis le 06/05/2026 et traduits de l’anglais par Jonathan Baudoin