À Pondichéry, la jeunesse fait du NEET le symbole d’une contestation plus large


En Inde, le NEET, l’examen national d’entrée en médecine, cristallise les tensions d’une jeunesse en quête d’équité dans l’accès à l’éducation. L’édition 2026 a marqué un tournant après une fuite de sujets, sur fond de soupçons d’achat des épreuves par des étudiants et organismes privés, contraignant les autorités à organiser une nouvelle session. Dans un contexte endeuillé par le suicide de plusieurs étudiants et une mobilisation sans précédent, la crise a finalement conduit ce samedi 25 juillet à la démission de Dharmendra Pradhan, ministre de l’Éducation.
Stup.media a pu suivre la mobilisation sur place à Pondichéry.

Des étudiants se sont rassemblés à la Swadeshi Cotton Mill à Pondichéry pour protester contre le NEET et la politique de Narendra Modī.

A Pondichéry, après une matinée de manifestation caractérisée par des interventions policières musclées, un nouveau rassemblement nocturne mené par  la Student Federation of India (SFI) , la Fédération des étudiants d’Inde, s’est tenu pour faire entendre leur voix.

La chaleur est étouffante. Sous les projecteurs d’une scène improvisée, des bénévoles distribuent bouteilles d’eau, biscuits et autres ventilateurs portatifs pour accueillir au mieux les participants. Si les prises de parole se font dans le calme, la colère, elle, ne faiblit pas. « On me dit souvent que je suis trop jeune pour parler politique. Mais si je ne parle pas, qui s’occupe de mon futur ? », lance une jeune étudiante sous les applaudissements. Un autre étudiant poursuit : « Peu importe combien on révise, nous n’aurons jamais les mêmes chances qu’une personne riche ». Nouvelle salve d’applaudissements. Au cœur des débats revient un sujet : le NEET, l’examen national d’entrée en médecine. Introduit en 2016, il incarne pour cette jeunesse le symbole des inégalités sociales dans l’accès aux études supérieures de santé.

Une profonde inégalité sociale 

« Auparavant, les élèves de Terminale n’avaient qu’à compter sur leurs notes de fin d’années pour espérer décrocher une place dans les facultés de santé », confie Praveen Kumar, secrétaire du SFI. Désormais, ils doivent composer avec le NEET. Un concours qui, dans les faits, impose souvent une année supplémentaire de préparation, largement dominée par des instituts privés. Pour de nombreux étudiants, ces cours sont devenus presque incontournables pour espérer décrocher le sésame.

Cette préparation a un coût. L’ancienne présidente de la SFI, Vandhana Sankar, souligne que le poids financier du NEET ne cesse de s’alourdir pour les familles. Une année de préparation peut coûter entre un et deux lakhs de roupies (900 à 1800 euros). Une somme considérable dans un pays où de nombreux foyers disposent d’un revenu mensuel compris entre 20 000 et 25 000 roupies (180 et 227 euros).

Une injustice sociale mise en lumière par le scandale entourant la fuite des sujets de l’examen de cette année. Selon The Indian Express, des étudiants issus de familles aisées ont pu acheter les sujets avant l’examen, pour des sommes débutant à 5 000 roupies (45 euros). Une fraude individuelle qui s’étendrait aussi aux institutions privées. À Latur, une ville de l’État indien du Maharashtra, le propriétaire d’un centre de formation aurait déboursé 500 000 roupies (4550 euros) pour mettre la main sur les sujets d’examen afin de préparer ses étudiants, rapporte The Hindu.

Une jeunesse qui veut se faire entendre

Derrière le scandale du NEET, la jeunesse indienne se montre prête à faire entendre ses revendications. Sur scène, Nakash, un ancien étudiant passé par l’examen, prend la parole. Diplômé en odontologie, il raconte son calvaire familial : « Tous les parents nous disent qu’il faut devenir docteur […] mais en même temps, ils ne comprennent pas pourquoi nous sommes dans la rue. Ils nous disent seulement de rentrer et d’étudier ». Il poursuit : « Aujourd’hui, je ne veux plus me taire. Je suis fier de faire partie de cette génération et de me battre pour elle. » Concernant les manifestations, il assume une position plus radicale : « Se radicaliser n’est pas une mauvaise chose. C’est parfois nécessaire pour être entendu. »

« Nous demandons avant tout au gouvernement central de prendre ses responsabilités », poursuit une étudiante. Une demande qui semble avoir été entendue. Le 25 juillet 2026, sous pression et après 37 jours de manifestations, Dharmendra Pradhan a annoncé sa démission sur X.

Un combat de longue date

Si la mobilisation a aujourd’hui pris une dimension nationale, Praveen Kumar rappelle que le Tamil Nadu avait été le premier État à se dresser contre le NEET dès son entrée en vigueur, en 2017. Cette année-là, Anitha, une lycéenne qui contestait devant la Cour suprême l’application de l’examen, s’était suicidée après le rejet de son recours, rappelle The Hindu. Sa mort avait provoqué une onde de choc dans tout l’État. 

Huit ans plus tard, alors que plusieurs milliers de suicides d’étudiants sont de nouveau associés à la pression exercée par les examens, Praveen Kumar estime que le reste du pays a finalement pris la mesure du problème. « Aujourd’hui, ils ont ouvert les yeux et nous resterons unis pour soutenir la mobilisation », affirme-t-il.

Le CJP, « Parti du Peuple des Cafards », à l’origine du mouvement contestataire présent à Delhi indique sur X avoir obtenu l’ensemble des revendications ainsi qu’une discussion sur la refonte du NEET auprès du gouvernement central.

Reste maintenant à voir quelles mesures découleront de ces discussions. Dans le Tamil Nadu, le débat est loin d’être clos. « Nous venons de terminer la manifestation, mais nous poursuivrons notre lutte jusqu’à la suppression de la National Testing Agency (NTA) [l’agence nationale responsable du NEET], ainsi que l’abandon de la NEP 2020 [la politique éducative nationale] ! », confie Praveen. De son côté, le ministre en chef de l’État, Joseph Vijay, a affirmé sur X sa volonté d’abolir le NEET afin de rétablir un examen d’entrée organisé à l’échelle de l’État, rapporte The Hindu

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