Imaginez-vous un pays entier contrôlé par une entreprise !
Où se situe la différence entre une entreprise et un état. Cette vidéo permet de découvrir que les lignes ne sont pas si évidentes que cela, l’histoire de l’East India Company est peu connue en France mais le montre d’une manière incroyable.
Imaginez-vous un pays entier contrôlé par une entreprise, là vous pensez à un truc à la Black Mirror ou un délire cyberpunk mais systématiquement abordé par la fiction. Cependant, ce n’est pas si loin de la réalité. Dans les années 1800, la plus grande entreprise mondiale n’avait pas seulement un chiffre d’affaires qui dépassait le PIB, c’était un véritable État. Cette entreprise d’État, dont l’activité principale était la vente de drogue, s’appelait la Compagnie des Indes orientales. Si cela semble trop étrange, les centaines de milliers de personnes qui protestent sur ces images connaissent très bien cette entreprise.
L’origine de la Compagnie des Indes orientales
La Compagnie des Indes orientales a été créée en 1600 par décision de la reine Elizabeth 1re. Elle obtient le monopole du commerce à l’est, du Cap de Bonne-Espérance jusqu’en Inde. À ce moment-là, plusieurs entreprises de ce type existent déjà dans d’autres pays européens. Par exemple, la VOC est une entreprise hollandaise qui est la première à devenir une société par actions, c’est-à-dire qu’il est possible d’acheter et de vendre des parts de l’entreprise et de recevoir une partie des bénéfices. En 1657, la Compagnie des Indes orientales adopte également ce modèle.
Le capitalisme et la révolution industrielle
Cette nouvelle forme d’organiser le travail, le commerce et l’investissement marque l’arrivée du capitalisme, qui encourage l’innovation technologique et mène à la révolution industrielle. Au cours de cette période, le commerce international se développe rapidement et change profondément la répartition des richesses à l’échelle mondiale. Cependant, cette spécialisation économique va causer des problèmes pour l’Inde.
De comptoir étranger à contrôle du territoire indien
Depuis l’arrivée des Portugais avec Vasco de Gama en 1498, de nombreux comptoirs étrangers se développent en Inde. Ces comptoirs, tenus par des marchands portugais, hollandais, britanniques ou français, servent d’entrepôts et de lieux d’échange pour importer des épices et du textile en Europe. Petit à petit, ces comptoirs deviennent de plus en plus puissants et se transforment en véritables forteresses. Au fil des guerres en Inde et en Europe, la Compagnie des Indes orientales finit par contrôler une grande partie du territoire indien de 1750 à 1800. Elle dispose même d’un corps d’agents chargés de lever les impôts, de contrôler les douanes et d’assurer la sécurité, formant ainsi une armée de plus de 200 000 hommes.
Le commerce de l’opium
Cependant, l’entreprise n’est pas au meilleur de sa forme. Au XIXe siècle, la crise économique en Inde provoque une baisse de l’activité commerciale de la Compagnie des Indes orientales. Pour combler les pertes, l’entreprise demande une augmentation des taxes, ce qui entraîne des épisodes de famine. Pourtant, elle a trouvé une solution : développer la production d’opium en Inde et exporter cette drogue vers la Chine.
Le monopole de l’opium
En 1673, la Compagnie des Indes orientales obtient le monopole sur la production et l’achat d’opium au Bengale, dans le nord-est de l’Inde. Elle fixe elle-même le prix de l’opium afin de maximiser ses profits, ce qui maintient les producteurs dans un état de pauvreté. Le trafic d’opium devient rapidement un enjeu majeur pour l’entreprise, qui a besoin de cet argent pour acheter du thé en Chine. Cela permet à la Couronne britannique de financer sa domination mondiale. Cependant, le gouvernement chinois interdit l’opium en 1729 et durcit les peines pour la contrebande. Malgré cela, la Compagnie des Indes orientales trouve des moyens de contourner les lois chinoises et poursuit son trafic.
La guerre de l’opium
En 1839, la tension monte entre la Chine et la Compagnie des Indes orientales. La Chine saisit et détruit 1270 tonnes d’opium britannique, ce qui conduit à la guerre de l’opium. Les troupes britanniques prennent rapidement le contrôle des villes chinoises grâce à leur supériorité technique. En fin de compte, la Chine doit signer le traité de Nankin en 1842, qui légalise le commerce de l’opium sur son territoire et lui impose de payer un tribut à la Grande-Bretagne.
Conséquences économiques et politiques
Cette histoire de la Compagnie des Indes orientales et du commerce de l’opium permet de mieux comprendre l’origine des inégalités mondiales et le développement du capitalisme. Elle montre comment les entreprises peuvent devenir des outils de domination politique et économique. Ces événements ont eu un impact majeur sur l’Asie, conduisant à une répartition inégale des richesses et à la montée des tensions diplomatiques.
- The Opium War by Brian Inglis.
La source principale. Un récit très détaillé des événements, comprenant de nombreuses citations et la description de lettres et documents d’époque.
https://www.goodreads.com/book/show/7670103-the-opium-war - Cet épisode de Notabene mentionne la suite des événements, La révolte des Taiping à partir de 1851.
https://youtu.be/i1zOsn9p8Z8 - La collection « The Opium War Museum » Dongguan Shi par Google Arts
https://artsandculture.google.com/partner/opium-war-museum
Et beaucoup plus d’œuvres ici. - https://artsandculture.google.com/search?q=east%20india%20company
- The Foreign Quarterly Review, Volumes 24 à 25
- Ça c’est le peak académique, une conférence de 40 minutes qui décrit les documents d’archives de la British Library. J’ai apprécié, véridique, ça permet d’avoir une idée de la tête des archives en question.
https://www.youtube.com/watch?v=zNO2dplXDGE - Une autre vidéo pour voir le type d’archive existantes.
East India Company: Digitising The Official Archives From The India Office Records.
https://youtu.be/vPr1pMVG1Js - Un essai très intéressant qui se concentre plus sur la guerre de l’opium et moins sur la situation indienne.
https://visualizingcultures.mit.edu/opium_wars_01/ow1_essay.pdf - Bahadur le surnom de l’East India Company
https://www.britannica.com/place/India/The-Company-Bahadur - Les entrées Wiki qui vont bien :
https://en.wikipedia.org/wiki/East_India_Company
https://fr.wikipedia.org/wiki/Warren_Hastings
https://fr.wikipedia.org/wiki/Compagnie_britannique_des_Indes_orientales
https://fr.wikipedia.org/wiki/Empire_moghol#D%C3%A9clin_de_l’Empire
https://en.wikipedia.org/wiki/Great_Bengal_famine_of_1770 - Traduction en anglais de la lettre de Lin Zexu
http://media.bloomsbury.com/rep/files/Primary%20Source%2013.0%20-%20Lin.pdf - Ça c’est le genre d’article typique sur lequel tu te mets une note pour y revenir plus tard mais en faîte non. Je n’ai pas lu ce document, je ne le lirai probablement jamais. J’aime rechercher des trucs mais pas au point de me faire du mal !
https://www.st-andrews.ac.uk/~wwwecon/CDMA/papers/wp1109.pdf - Un autre truc que je n’ai pas lu mais j’aimerais avoir la réponse à la question posée dans le titre.
Why Europe Grew Rich and Asia Did Not: Global Economic Divergence, 1600–1850 De Prasannan Parthasarathi - Pas grand chose à voir, enfin si, c’est la perception de la Chine en France dans les années 1940. Dans mes recherches je suis tombé sur Joséphine Baker interprétant « La Petite tonkinoise ». Il y aurait tellement à dire sur le sujet que je ne saurais pas où commencer.
https://www.youtube.com/watch?v=iGr3c1dCm74 - Et une chanson de Guy Béart sur les comptoirs français en Inde. C’est très spécial mais un bon rappel que la Company avait un équivalent Français.
https://www.youtube.com/watch?v=Yi_1b-gB3QM - Ce qui m’amène à l’idée touristique de la semaine : le musée de Lorient dédié à la Compagnie Française des Indes Orientales : https://fr.wikipedia.org/wiki/Compagnie_fran%C3%A7aise_des_Indes_orientales