Argent magique, c’est la nouvelle émission d’économie de BLAST produite par STUP.MEDIA avec Gilles de la chaîne @Heu7reka, et Marino de la chaîne @StupidEco.
« L’argent magique, justement, c’est le sujet de ce premier épisode. C’est quoi au juste l’argent magique ? Est-ce que ça existe vraiment ? Qui serait en mesure de l’utiliser ? Et pourquoi cette magie et la plus grosse hypocrisie économique de ces dernières années ? »
INTRO
M – L’économie c’est compliqué, on y comprend rien.
G – Bah oui ça parle de millions, de milliards, des fois c’est des euros, des fois des dollars et on sait jamais qui croire.
M – Donc on s’est dit qu’on allait faire une nouvelle emission pour essayer d’y voir plus clair, comprendre qui dit de la merde, et qui dit.. moins de la merde.
G – Alors moi c’est Gilles, vous m’avez peut-être déjà vu sur ma chaîne Heu?reka, et je suis avec Marino, de la chaîne Stupid Economics.
On a décidé d’appeler notre émission l’Argent Magique, qui comme chacun sait… Et beh donc du coup existe ou existe pas ?
M – Justement, c’est le sujet de ce premier épisode ! C’est quoi au juste l’argent magique ? Est ce que ca existe vraiment ? Qui serait en mesure de l’utiliser ? Et pourquoi cette magie est la plus grosse hypocrisie économique de ces dernières années ?
(Macron) 0:50 : « Au fond, notre pays … aime la finance magique. »
[Générique]
PARTIE 1 : Qui parle d’argent magique ?
1:05 : « Je vous le dis ici avec clarté, il n’y a pas d’argent magique. »
G – Depuis l’arrivée d’Emmanuel Macron en politique, la formule est reprise, l’argent ne serait pas magique ! C’est ce qu’il dit par exemple à cette infirmière du CHU de Rouen en 2018 qui déplore les manques de moyens dans l’hôpital public :
Echange musclé entre Emmanuel Macron et une salariée du CHU de Rouen (Extrait 2:25)
0:14 : Parce qu’à la fin les moyens c’est vous qui les payez vous savez, y a pas d’argent magique. »
M – Et l’expression est reprise par ses ministres pour indiquer que leurs décisions sont les seuls possibles.
Macron a-t-il enfin trouvé son fameux « financement magique » ?
0:20 : « La finance magique, on peut toujours la déclarer » Darmanin
« Mais la finance magique ça n’existe pas » 1er ministre
G – Et même encore récemment, lors de la campagne des législatives surprise de 2024, ce rappel à la “réalité”, sous entendu opposé à la magie, au fantasme, à été utilisé plusieures fois par le camp présidentiel pour nous rappeler ce qu’il était possible de faire ou non
Législatives : le programme du Nouveau Front populaire est « un délire total » pour Bruno Le Maire
(Bruno Le Maire ) 1:49 – 2:15 (26sec) : “on peut toujours promettre qu’on va rincer gratis, on peut toujours promettre que le salaire moyen de 1000 euros pour tout le monde […] Et je le dis avec beaucoup de gravité, a tous les électeurs de centre gauche, à tous les sociaux démocrates, qui savent qu’il y a une économie, qui savent tout simplement, qu’il y a une réalité économique.”
M – Il y a donc d’un côté les magiciens, des gens pour qui l’argent apparaît de nul part et qu’il serait possible de dépenser sans compter, sans conséquences, et sans avoir peur d’en manquer. Et de l’autre, il y a les gens sérieux, ceux qui sauraient comment fonctionne l’argent, des gens emplis de bon sens.
G – Le “bon sens”, un terme que prononce Macron quelques secondes avant dans la discussion avec l’infirmière de Rouen.
Effet de Rewind sur l’extrait précédent. Echange musclé entre Emmanuel Macron et une salariée du CHU de Rouen (Extrait 2:15)
« Il y aura des moyens mais, mettre des moyens sans faire les choses, moderniser, accompagner, transformer, avoir parfois du bon sens, c’est pas aider les gens. “
M – Le bon sens, c’est que la magie n’existe pas. Depuis les avancées de la science, et le recul de la religion, elle n’existe plus que dans les livres, les films ou des mouvements marginaux.
Cette expression est importante parce qu’elle est beaucoup utilisée, et que l’idée est même devenue un des moments emblématiques du débat présidentiel de 2022 entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen.
(Macron) 1:24 : « Ne faîte pas Gérard Majax ce soir madame le pen, les chiffres on parle de vie derrière. De nos artisans, de nos commerçants, c’est ça la dette COVID. »
G – Pour discréditer Marine Le Pen, Emmanuel Macron invoque le nom d’un magicien que les moins de 50 ans ne peuvent pas connaître. C’est de cette manière qu’il défend les dépenses et la dette du COVID. Là encore il s’agit de dénoncer l’absence de « bon sens » et de « bonne science » de l’adversaire.
(Majax spectacle) 2:05 :
-Pas de colle ?
-Pas de colle !
-Mais alors comment faites vous ?
-Vous savez monsieur Majax, il y a un truc !
M – Vous comme moi, savez que ce billet de 20€ est réel, il a une existence tangible. Il se transforme en nourriture, en essence, en service. Ce billet n’est pas magique, son fonctionnement est simple, on sait ce qu’il permet puisqu’on l’utilise tous les jours.
G – C’est pour ça que la formule est forte. Parce qu’elle s’appuie sur une réalité fortement ancrée en nous. Nous sommes tous liés au montant inscrit sur notre compte bancaire : nos rêves, nos loisirs, notre santé, notre espérance de vie… Alors nous savons ce qu’est l’argent. Soit on en a, soit on n’en a pas. Et ce n’est pas plus compliqué que ça.
Donc l’argent sur votre compte en banque n’est pas magique !
M – Mais… Il y a un truc – à nouveau extrait Majax “il y a un truc!” –
Certains ont pu remarquer qu’il y a eu ces dernières années, ce qui s’apparente à de sacrés tours de magie. Pendant le COVID, la crise énergétique ou la guerre en Ukraine, tout d’un coup, des milliards sont apparus. Comme par…
G – Bah comme par magie !
M- Et si c’était vrai ?
G – Attention, on n’est pas en train de vous dire que c’est de la magie avec des elfes des sortilèges, on est des gens sérieux ici.
C’est que notre monde de progrès n’est pas sans mystère. « Toute technologie suffisamment avancée est indiscernable de la magie. » écrivait l’auteur de « 2001 : l’odyssée de l’espace » Arthur C Clark
(Film 2001 Odyssée de l’espace) 0:56 « What are you talking about Hal ?
This conversation has no purpose, good bye »
M – Les banques commerciales, centrales, les subprimes, les assurances vies, les fonds souverains, les caisses de retraites, les assurances, les hedge funds, les agences de notation. La technologie de l’argent s’est complexifiée, et chacun des ces éléments interagissent pour créer des phénomènes qui peuvent nous sembler magiques.
G – Même pour les économistes formés sur ces questions, il est impossible d’avoir une compréhension parfaite du système monétaire et les débats pour tenter de le comprendre sont encore nombreux.
En tant que technologie avancée, l’argent est magique. Des personnes ayant dédié leur vie à l’étude de l’économie font des déclarations dans ce sens.
M – Maurice Allais, premier prix Nobel d’économie français, avait évoqué la présence d’une forme de magie afin de la dénoncer, tout comme Karl Marx, qui conclut un chapitre à propos des moyens d’échanges par : « De là la magie de l’argent. »
Alors pourquoi est-ce que le macronisme aime répéter à tout bout de champ que l’argent n’est pas magique ? A quoi ça sert ? Et si elle existe, où se situe exactement la magie de l’argent ?
PARTIE 2 : L’argent est magique
G – « Tout ce que nous pouvons faire, on peut se le payer. » C’est un économiste qui a dit ça en 1942 et pas n’importe lequel, John Maynard Keynes.
M – Si vous n’avez pas la ref, Keynes c’est un économiste Anglais du début du XXème siècle qui a proposer une manière différente de réfléchir aux crises économiques en disant : arrêtez de vous emmerder avec les contraintes financières, ce qui compte ce sont les vraies richesses, ce que les gens produisent dans les champs, les usines et les bureaux.
G – Si on a les ressources logistiques, physiques, si on a les matériaux et les bras pour faire un quelque-chose, alors la question financière ne devrait même pas se poser. C’est ça le sens profond de l’argent magique, les contraintes financières s’effacent derrière la volonté politique.
M – C’est la guerre ? Peu importe combien ça coûte, on y va.
Il faut sauver les banques ? Leur effondrement poserait trop de problème, alors on les sauvent.
Il faut confiner les gens chez eux et les payer à rien faire pour sauver des vies et éviter que l’économie de n’arrête ?
(Macron) 14:31 ou bien 17: 11 : « Quoi qu’il en coûte »
G – C’est pour ça que l’argent est magique, les contraintes financières semblent parfois pouvoir s’effacer. Mais en même temps, vous savez bien comment votre tonton réac va réagir si vous lui parlez d’argent magique…
“Ben voyons, l’argent magique… Et puis quoi encore ? L’argent c’est pas comme les pommes… ça ne pousse pas sur les arbres. C’est du bon sens ça !”.
Alors là normalement vous avez immédiatement envie de…
M – T’en mettre une
G – Ouais… Ca c’est le “ben voyons”… Ca irrite
(Zemmour) 0:01 : Ben Voyons
M – Mais la différence entre les pommes et l’argent, c’est que la monnaie est une ressource illimitée. Même pas besoin d’un arbre pour pousser ! Sa création ne dépend QUE de nous, et c’est ce que rappelle le président de la Banque Centrale Européenne en 2016.
(Draghi) 0:10 (6sec, besoin de cut la citation pour que ce ce soit plus dynamique) « Well technically no, we cannot run out of money » Draghi
G – Alors attention, ça ne veut pas dire que ce n’est pas sans conséquences de créer ou de détruire de l’argent ! Même quand c’est magique il y a des règles et des limites. Mais en attendant il faut retenir que :
1 – S’il faut des ressources pour produire des richesses, l’argent est la seule ressource non rare de l’économie.
2 – La richesse c’est ce qui pousse dans les champs, ce qui sort des usines ou des bureaux, ce sont les soins délivrés, les connaissances acquises et transmises.
Et 3 – « Ce que l’on peut faire, on peut se le payer » c’est à dire que la contrainte financière est la dernière des contraintes, celle qui devrait être la plus facile à lever…
M – Mais forcément, plutôt que de débattre en toute intelligence sur l’utilisation de milliards sur tel ou tel programme, ce qui peut prendre du temps, on va utiliser une solution de facilité en disant de manière un peu condescendante qu’il n’y pas les sous.
Echange musclé entre Emmanuel Macron et une salariée du CHU de Rouen (Extrait 2:25)
(Macron) : « c’est vos enfants qui paient si c’est pas vous »
G – Ce graphique montre l’évolution de la quantité d’argent en zone euro. Si ça monte presque tout le temps, c’est qu’une économie capitaliste ça ne fonctionne correctement QUE si y’ a du nouvel argent qui rentre régulièrement dans le système. Cet argent, qui apparaît par magie, existe bel et bien !
Source : https://data.ecb.europa.eu/
M – Mais ça ne nous dit pas à quoi sert cet argent magique qui se crée ? Pourquoi est-ce qu’on a pas juste une quantité d’argent fixe ?
G – Là il faut un schéma.
Les gens bossent dans des entreprises. Les entreprises proposent des produits à la vente : les richesses. Et c’est parce que ces richesses sont achetées, que les entreprises font du chiffre d’affaires, ce qui permet de payer les salariés et les actionnaires. Donc, les dépenses des consommateurs et des investisseurs engendrent les revenus des travailleurs et des actionnaires. Dit autrement : les dépenses des uns font les revenus des autres. Et c’est la somme des richesses achetées sur une année qui forme le PIB.
M – Donc les dépenses font les revenus, qui font l’épargne, qui permettent de nouvelles dépenses. Mais si on veut plus de richesses produites et achetées chaque année, c’est-à- dire plus de croissance du PIB, et ben il faut forcément plus d’argent ! Et c’est qui qui rajoute de l’argent dans le système tous les ans ? Les banques privées. BNP Paribas, Crédit Agricole, Le Crédit Mutuel, Banque Populaire…
G – Vous pensiez peut-être que les banques prêtaient l’argent de l’épargne ! Votre argent ?!
11:22 : “[…] on a une dette, et c’est bien de l’argent, c’est pas de l’argent magique, si on la rembourse pas il y a bien des perdants, on a pris de l’argent à quelqu’un ‘fin…”
G – Eh ben non ! A chaque fois que n’importe qui demande un crédit à une banque – que ce soit vous avec votre crédit immobilier, le boulanger du coin pour refaire sa devanture ou même l’état français pour financer son déficit – la banque fabrique du nouvel argent.
Cette création monétaire, cet argent sorti de nul part vient essentiellement des crédits accordés par les banques privées. Plus y a de prêts, plus on ajoute de l’argent dans la machine économique. Cet argent ne pousse donc pas sur les arbres… c’est bien plus simple que ça, il est créé, comme par magie, par la signature d’un banquier sur un contrat de prêt.
M – Alors attention, avec notre schéma là on a l’impression que seules les entreprises privées fabriquent les richesses du PIB mais c’est faux. Les services publics eux aussi participent au PIB avec leurs richesses d’éducation, de soins, de ramassage d’ordures, de sécurité, de justice etc.
G – Et ces services – pour qu’ils soient accessibles à tous sans condition de revenus – sont financés soit par l’impôt, soit par le déficit public. C’est-à-dire en partie par l’argent magique.
Parce que, un déficit c’est quoi ? C’est financer des dépenses par autre chose que des recettes. Par de la dette.
M – Alors y a la dette qui vient de l’argent qui existe déjà, celui que vous empruntez à votre voisin, l’argent pas magique. Puis il y a la dette qui vient des banques, ça c’est de l’argent magique !
G – Mais de la dette pour financer un déficit, c’est un truc courant et normal. Les entreprises font ça quand elles investissent. Vous faites ça quand vous achetez un appart ou une voiture à crédit, vous dépensez plus que ce que vous gagnez.
M – Pour les entreprises et les particuliers on parle d’investissement : c’est plutôt connoté positivement. L’investissement… la croissance…
Pour l’état on parle de déficit : et là c’est carrément connoté négativement.
Mais comptablement, c’est la même chose.
G – C’est pour ça que ce que dit Macron n’est pas complètement vrai. “Soit c’est vous qui payez”, sous entendu “plus d’impôts”. “Soit ce sont vos enfants » parce qu’on s’endette, sous entendu “plus d’impôts pour eux” quand faudra rembourser. Sauf qu’en fait une bonne dette elle se rembourse grâce au développement économique.
M – Parce qu’investir dans les hôpitaux, les écoles, la justice ou la police peut permettre à la population de mieux vivre, de mieux travailler et donc de générer plus de PIB. Si c’est le cas, il ne sera pas nécessaire d’augmenter les impôts de nos enfants. L’investissement se rembourse tout seul par le développement économique. Plus de PIB, c’est plus d’argent taxable et donc plus de recettes.
(gros drapeau américain qui s’accentue de plus en plus au fur et à mesure et les illustrations qui s’affiche)
G – Et c’est l’inverse qui risquerait de se produire si on laissait nos services publics périr en n’osant plus investir dedans, là nos enfants pourraient en souffrir. Si les services publics devenaient privés, 1/ ils nous couteraient surement plus cher, et 2/ tout le monde n’y aurait pas accès.
Bon et puis aussi, on pourrait se demander si c’est bien justifier de rembourser de l’argent fabriqué par la magie des banques. Après tout, rembourser votre voisin, OK… Mais rembourser une planche à billets ?… Pourquoi on s’impose ça ? Et pis un investissement qui ne génère pas de PIB, c’est pas forcément un mauvais investissement… Sauver le climat ça ne fera pas forcément plus de PIB. Parce que c’est une question de comptabilité.
M – Alors oui, mais si tu veux bien on se garde ça pour une prochaine fois ok ?
PARTIE 3 : Qui utilise ce pouvoir de l’argent magique, à qui on le donne ?
M – Bref , Tout ça montre que contrairement à ce qui est dit et répété, il y a bien de l’argent magique (quand on emprunte à une banque), et qu’il est même essentiel au capitalisme moderne (il faut toujours plus d’argent pour acheter toujours plus de richesses). Maintenant on peut se poser la question suivante : qui a le pouvoir d’utiliser cet argent magique ?
G – Ben, tous ceux à qui le banquier est susceptible de dire oui. Donc vous et moi, sûrement pour un crédit immobilier. Mais aussi les entreprises : plus elles sont grosses, plus l’accès à l’argent magique est important. Et évidemment, ce qui va nous intéresser ici, la puissance publique.
M – Eh oui, les politiques ont la plus grosse… des baguettes magiques. Car ce sont eux qui décident des politiques publiques. Par exemple, où est ce que l’on décide d’investir, comment est ce que l’on régule les marchés financiers, ou bien qui est-ce que l’on taxe et qui est-ce que l’on indemnise, c’est ce qui va guider où va l’argent.
G – Et comme on l’a dit, la dette c’est un investissement. Décider de diriger l’argent quelque part, c’est prioriser les secteurs que l’on veut voir se développer. Mais c’est pas automatique sinon ce serait trop facile, et parfois on a beau arroser un secteur d’argent, si on le fait mal, la magie ne va pas opérer.
M – Dans une publication sortie en juillet, » La situation et les perspectives des finances publiques « , la Cour des comptes constate que le déficit public ne se résorbe pas et arrive à 5,5 point de PIB, un déficit jugé élevé et au dessus des prévisions du gouvernement.
Note de la France dégradée, impôts, Européennes… l’interview en intégralité de Bruno Le Maire
Bruno Le Maire – 4.28 – 4.35 (7sec) « Si aujourd’hui, nous avons un niveau de dette élevé, c’est pourquoi ? C’est parce que j’ai sauvé l’économie française Benjamin Duhamel, vous pourrez mettre ça aussi a mon actif. »
M – Là, Bruno Le Maire parle des dépenses pendant le covid. Il dit que c’est les dépenses et la dette pendant la pandémie qui a sauvé l’économie française. Et c’est vrai que les dépenses à ce moment là ont permis de protéger les gens et les entreprises de la pauvreté lorsque l’on ne pouvait plus travailler. Mais par contre, c’est moins vrai que notre déficit vient de là, en tout cas ce n’est pas vraiment l’analyse qu’en fait la cour des comptes.
G – Selon eux, l’augmentation du déficit en 2023 vient en grande partie des mesures de baisses d’impôts et de cotisations qui ont eu lieu depuis le début de la présidence de Macron, donc avant même le covid 19. Forcément, si les dépenses ne bougent pas, mais qu’on diminue les impôts, ben le déficit se creuse.
“La période 2018-2023 a été marquée par d’importantes baisses d’impôts, dont l’impact est estimé à 62 Md€ en 2023, soit 2,2 pts de PIB.”
G – Si en 2022, on ne voyait pas encore totalement l’effet de cette politique sur les recettes des impôts et des cotisations, c’était surtout parce qu’il y a eu un rebond économique post-covid. Un PIB qui a fortement grossi donc une base fiscale plus importante, donc plus de recettes. Mais en 2023, une fois le rebond passé, on voit que le déficit à été creusé par ces coupes de revenus.
M – Finalement, le gouvernement de Macron a décidé d’utiliser la magie de l’argent, le déficit, non pas en dépensant plus, mais en renonçant à des rentrées d’argent.
G – Et la justification derrière ces baisses de prélèvements obligatoires, c’est bien sûr de rendre la France plus attractive, créer des emplois, nous réindustrialiser.
Sauf qu’en fait…
M – Ça marche pas très bien. Les milliards dédiés aux entreprises ne suffisent pas à inverser cette tendance de désindustrialisation qui touche la France depuis plusieurs décennies. On est passé d’environ 4 millions de salariés dans l’industrie en 1991 à un peu plus de 2,5 millions en 2021, soit 34% en moins , et l’industrie ne représente plus qu’environ 10% du PIB contre 20% jusque dans les années 80.
Certes les chiffres du chômage ont diminué, mais ça ne s’est pas accompagné d’une réduction de la pauvreté, ni d’une réduction des inégalités, au contraire.
G – L’Argent Magique a servi à faire des cadeaux fiscaux aux plus riches et aux grandes entreprises. C’est une perte d’argent, sans magie. Par exemple, de nombreux rapports montrent que la fin de l’Impôt sur la Fortune et la “Flat tax” sur les revenus du capital, en gros la “flat tax” c’est le fait de moins taxer les dividendes des plus riches, ces deux mesures ont simplement eu pour effet d’augmenter la distribution de dividendes, sans signe d’augmentation de l’investissement.
M – Ah mais je connais ça, plus de sous pour les plus riches, c’est la théorie du ruissellement !
G – Oui, mais en fait c’est même pas une théorie, c’est un mythe ! En pratique, on a pas de preuve que ça marche, en France pas plus qu’ailleurs. Et pourtant, Macron s’entête. Toujours selon la cour des compte, dans leur rapport de 2022 :
“Compte tenu de la situation des finances publiques, toute action ayant pour effet de réduire ou supprimer certains impôts ne devrait être envisagée qu’à la condition d’en accroître d’autres ou d’être équilibrée par un effort supplémentaire en dépenses.”
M – Et beh oui, avec un déficit qui augmente, rien qui n’indique dans la politique du gouvernement de Macron une augmentation des impôts quelque part, et puisqu’il “n’y a pas d’argent magique”, la solution de bon sens est : il faut réduire les dépenses.
G – C’est ce qui justifie les réformes de l’assurances chômages, de l’assurance retraite, ou des réflexions sur le fait d’amoindrir certaines couvertures santé. Et malgré tout ce n’est toujours pas suffisant puisque le déficit continue de se creuser et qu’on ne voit pas de signes d’amélioration.
M – Parce que à force de dire pendant des années que des dépenses d’urgence ont été faites pendant le covid, mais que maintenant c’est fini, qu’il n’y a plus d’argent magique
G – en évitant de dire que ce sont les cadeaux fiscaux qui nous coûtent un pognon de dingue
M – eh bah ça fait qu’il devient impossible de proposer un contre modèle.
G – Et c’est exactement de cette manière que toutes les campagnes politiques sont menées, comme quand Bruno Le Maire parle du programme du Nouveau Front Populaire lors des législatives :
Législatives : le programme du Nouveau Front populaire est « un délire total » pour Bruno Le Maire
1:08 : Effondrement économique garantit également”
M – Ah rien que ça
Législatives : le programme du Nouveau Front populaire est « un délire total » pour Bruno Le Maire
2.51 – 3:00 (9sec) “voir que des partis politiques de gauche peuvent encore proposer un programme qui est aussi décalé par rapport à la réalité du monde, ça me consterne. “
M – “la réalité” économique : Encore une fois l’argument de bon sens, de rationalité, opposé à une forme de magie.
G – Le Nouveau Front Populaire proposait effectivement d’augmenter les dépenses dans plusieurs secteurs (santé, éducation), mais aussi d’augmenter les recettes notamment en taxant les plus hauts revenus et les profits, avec le retour d’un ISF amélioré, une taxe des superprofits, plus de progressivité de l’IR, une progressivité de l’impôt sur les revenus du capital etc.
M – Alors même qu’il n’était pas question dans leur programme de financer les dépenses par de la dette, et alors même que le programme était soutenu par de nombreux économistes reconnus, c’est quand même selon Bruno Le Maire, trop idéaliste, impossible à mettre en place sans bouleverser l’ordre des choses et collapser l’économie française.
G – Bon vous allez nous dire, des politiques qui critiquent le programme des opposants, c’est assez normal. Mais, le problème c’est pas la critique, ce sont les arguments utilisés. Le programme du NFP était très large et manquait parfois de précisions. La critique et le débat étaient possibles. Mais à la place, la stratégie de Bruno le Maire et du gouvernement en général a juste été de ranger ce programme dans la boîte “irréalisable”, point, on en parle plus.
G – On rentre dans la logique du “There is No Alternative”, “il n’y a pas d’alternative”, phrase souvent attribuée à Margaret Thatcher pour justifier sans débattre que sa politique à elle est – non pas la meilleure – juste la seule possible.
M – Dans le cas du gouvernement de Macron, c’est se placer comme seul parti sérieux, de bon sens, contrairement aux autres, qui ne sont pas des alternatives viables du coup. Même le programme du NFP, qui n’est pas anticapitaliste mais juste keynésien, n’est pas envisageable.
G – Et c’est surtout alarmant quand cette logique n’est plus uniquement portée par les politiques, mais se relaie toute seule de médias en plateaux via des éditorialistes ou des “pseudo-experts”.
G – Pendant la campagne on n’a pas manqué d’émissions et d’articles pour nous présenter le programme du NFP comme « inapplicable », nous menant tout droit vers « la faillite », ou bien.. « marxiste » ? sans vraiment se soucier de soulever des questions pertinentes pour faire avancer le débat.
Le programme du nouveau Front Populaire
1.26 – 36 (10 sec) : “alors pourquoi est ce que ces hausses d’impôts massives n’empêchent pas les déficits, eh bien parce qu’il s’agit d’un fusil à un coup : vous dégainez ce programme fiscal, vous n’avez plus de base fiscale l’année suivante !”
M – La phrase n’est pas très claire, j’imagine que Nicolas Bouzou veut dire que les augmentations d’impôts seraient telles que l’année suivante tout le monde serait trop pauvre pour les payer à nouveau ou que tous les riches partiraient de France peut-être ? Dans les deux cas, c’est une affirmation débattable, présentée comme une réalité, et c’est peut-être devenue une réalité dans la tête des électeurs et électrices qui ont écouté cette émission en cherchant à s’informer.
G – Et voilà “Il n’y a pas d’alternative”, pas plus qu’il n’y a d’argent magique. Il n’y a qu’un seul bon sens, qu’une seule réalité envisageable.
M- Les grands médias concentrés entre les mains de quelques milliardaires, qui profitent eux-même des politiques actuelles, relaient le discours du “bon sens”, et participent au blocage de la moindre possibilité qui n’irait pas dans le sens de leurs intérêts.
G – Et en plus de bloquer les idées qu’ils n’aiment pas, ces milliardaires ont aussi le pouvoir de promouvoir celles qui les arrangent. On le voit lorsque Vincent Bolloré met son empire médiatique au service du RN – un parti qui ne rechignerait pas à défendre ses valeurs libérales et conservatrices catholiques – pour tenter de lui donner accès au pouvoir. En allant même jusqu’à orchestrer une tentative d’union entre RN et LR.
M – Parce qu’on parle toujours de l’argent magique au niveau de l’État, de la dette, des banques, mais avoir assez d’argent pour promouvoir les idées qui nous plaisent, éviter les alternatives, et donc influencer la politique d’un pays entier, ça, c’est un autre pouvoir magique de l’argent.
Conclusion
G – Malgré ce qu’on entend depuis des années, l’argent magique existe bel et bien.
La Macronie l’utilise depuis le début de son mandat pour financer sa politique de cadeaux fiscaux aux plus riches, tout en niant l’existence même de la baguette magique qu’ils ont entre les mains.
M – Keynes disait : “Tout ce que nous pouvons faire, nous pouvons le financer”, Macron l’a adapté en “tout ce que je VEUX faire, nous pouvons le financer sinon, y a pas d’argent magique”. C’est pratique !
G – A force d’entendre que les baisses d’impôts sans contrepartie ont des effets positifs par eux même, (alors que bon ben… source ?) et qu’il est de bon sens de couper dans les dépenses publiques. Et bah dans ce contexte, débattre de l’utilisation de l’argent magique est devenu impossible.
M- Et oui, il va falloir commencer à investir des milliards pour faire face aux défis qui arrivent, comme le vieillissement de la population, la monté des idées d’extrême droite en Europe, et bien sûr les crises environnementales qui se font déjà sentir en France.
G – Pour ça, nous avons besoin de décider collectivement : Comment voulons-nous utiliser le pouvoir de l’argent ? Quelles politiques économiques voulons-nous prioriser pour les prochaines années ?
M – Mais pour ça, nous avons besoin d’un paysage médiatique à la hauteur, qui ne cherche pas à sécuriser les intérêts des quelques-uns les plus fortunés, mais qui puisse permettre un vrai débat démocratique informé.
G – L’inconvénient chez Blast, c’est que nos vidéos ne plaisent pas vraiment aux milliardaires. Nous ne pouvons compter que sur vous, alors n’hésitez pas à soutenir des médias indépendants comme Blast. Et nous on se retrouve le mois prochain.
Journalistes : Marino et Heu?reka
Co-auteur : Arnaud Gantier (Stupid Economics)
Réalisation : Valentin Levetti
Montage : Ace Modey
Production : Stup.media
Son : Baptiste Veilhan
Graphisme : Morgane Sabouret
Directeur des programmes : Mathias Enthoven
Rédaction en chef : Soumaya Benaïssa
Directeur de la publication : Denis Robert