Il est grand, violet et rare. Le billet de 500, une grosse coupure en voie d’extinction.
J’aurais aimé illustrer cet article en tenant un billet de 500 euros, c’était un peu trop compliqué !
Il aurait fallu aller dans l’agence d’une banque, faire une demande, sûrement expliquer que j’en avais besoin pour illustrer un article. J’aurais ensuite dû remplir un formulaire pour le recevoir quelques jours plus tard dans l’agence.
Même en suivant cette procédure, je n’aurais jamais eu de billet de 500 € dans les mains. Depuis début 2019, aucun nouveau billet de 500 euros n’est mis en circulation par la Banque Centrale Européenne (BCE). Les billets de 500 euros existent toujours, il est possible d’aller à la banque pour les échanger contre des plus petites coupures, il est aussi possible de les dépenser. L’objectif de la BCE, c’est qu’en arrêtant de produire ces billets roses, avec le temps, ils vont revenir dans les banques où ils seront détruits. Aujourd’hui, ces billets ne représentent même pas 2 % du nombre de billets en circulation. Un chiffre très différent au niveau de la valeur, ces grosses coupures représentent 15,6 % de la masse monétaire cash.
Si votre grand-père vous offre un de ces billets roses, vous verrez qu’ils ne sont pas si faciles à utiliser. En général, les magasins en France ne les acceptent pas. Il y a plusieurs raisons à cela, la peur d’une contrefaçon, mais aussi parce que faire la monnaie sur 500 euros vide rapidement une caisse. En 2016, la Banque Centrale Européenne a prévenu qu’en 2019, il n’y aura plus de nouveaux billets de 500 euros mis en circulation. Si ce billet n’est plus fabriqué, c’est aussi pour une autre raison.
Dans les années 70, la mafia sicilienne à New York importe et vend des quantités monstres d’héroïne sur tout le territoire, grâce à des pizzerias. Les douzaines de pizzerias concernées étaient très pratiques pour faire venir discrètement de la drogue sur le territoire. Les substances illégales étaient dissimulées dans des boîtes de tomates et fromages. Les pizzerias américaines avaient comme autre avantage de permettre de blanchir l’argent de ce trafic. L’achat de pizza est quasi-exclusivement réalisé en liquide et non avec des chèques alors communément utilisés à l’époque. Cette abondance de paiement liquide permettait de glisser quelques billets sales dans la caisse et d’émettre de faux reçus pour simuler la vente d’une pizza. L’argent de la drogue se transformait en revenu d’une pizzeria à succès. Les auteurs de ce commerce pouvaient alors justifier l’origine de leur revenu et le dépenser sans problème.
Le terme “blanchiment d’argent” a d’ailleurs eu un sens très littéral quand dans les années 30, Al Capone a racheté une chaîne de laverie pour s’occuper des flux financiers issues de ces trafics illégaux. Les laveries et les pizzerias, sont une bonne manière de cacher l’origine de petites coupures issues de trafics illégaux. La technique est presque tout le temps-là même, simuler l’existence d’un business légal connaissant une forte rentabilité.
Le billet de 500 euros lui est utile pour autre chose : transporter discrètement de l’argent sale. Pour rappel, il n’est pas légal de traverser les frontières françaises avec plus de 10 000 € en liquide sans une déclaration préalable à la douane. L’agence européenne de police criminelle donne quelques indices sur l’utilité des grosses coupures. L’agence indique qu’un million d’euros en billets de 500, ces 2 000 billets qui pèsent 2,2 kg. Le billet de 500 € permet de transporter la valeur d’une villa de luxe dans une petite mallette.
Une mallette ne suffira pas pour transporter cette même somme avec des coupures de 50. Il faut un total de 20 000 billets pour un poids de 22 kg. Pour transporter ce montant dans un paradis au milieu du pacifique, il sera donc nécessaire de réserver un bagage en soute. Cette différence de poids est suffisamment intéressante pour pousser certains à l’acheter échangeant 520 € pour un billet qui vaut 20 € de moins.
Transporter du numéraire hors d’un pays permet de blanchir ailleurs. Il existe des régions moins regardantes sur l’origine des espèces. Des pays utilisent beaucoup de cash ce qui facilite la dissimulation de sommes importantes, d’autres permettent d’ouvrir un compte en banque sans questions trop difficile. L’autre option, c’est d’amener cette masse de billet là où les criminels ont l’influence économique et politique nécessaire pour éviter la police et ses questions. Les grosses coupures permettent aussi de faciliter l’évasion fiscale. Une liasse ou une valise de billets dissimulées pour passer les douanes, c’est ça de moins à déclarer au fisc. Ces mouvements d’argents liquides peuvent également avoir pour objectif de financer des organisations ne pouvant pas laisser de trace. Le transfert d’importante sommes d’Argent en liquide reviennent régulièrement dans les affaires de financement du terrorisme ou de campagne politique. C’était le cas en 2007 avec l’affaire de financement libyen de la campagne présidentielle de l’ancien président français Nicolas Sarkozy. Le billet de 500 euros est au centre de toutes ces histoires.
Il est probable qu’il y est des amateurs de billets de 500 € qui les gardent sous le matelas comme épargne de secours, que d’autres les collectionnent par passion. Mais la Banque Centrale Européenne a estimé que trop souvent, le billet de 500 euros était utilisé dans des activités illégales. La BCE a donc pris la décision d’arrêter de produire la plus grosse dénomination et de laisser les derniers billets disparaître graduellement.
Cette fin programmée ne va sûrement pas faire disparaître le blanchiment d’argent, le financement du terrorisme et l’évasion fiscale, mais ces activités se feront sans billet rose.
Et si vous n’avez encore jamais vu un billet de 500 euros, vous n’en verrez sûrement jamais dans la nature !
Pour aller plus loin :
[1] Circulation des billets de 500 en quantité et valeur :
https://sdw.ecb.europa.eu/reports.do?node=1000004111
https://sdw.ecb.europa.eu/reports.do?node=1000004112
[2] Annonce BCE de la fin du billet de 500 euros :
https://www.ecb.europa.eu/press/pr/date/2016/html/pr160504.en.html
[3] Histoire de la mafia italienne :
https://www.vice.com/fr/article/xymp77/drogue-mafia-et-blanchiment-dargent-le-cote-obscur-de-la-pizza
[4] Al Capone et les laveries automatiques :
https://www.cairn.info/marches-criminels–9782130573425-page-215.htm
[5] Étude d’Europol sur l’argent liquide et le blanchiment d’argent :
https://www.europol.europa.eu/publications-documents/why-cash-still-king-strategic-report-use-of-cash-criminal-groups-facilitator-for-money-laundering
[6] Un petit envoyé spécial sur le billet de 500 euros :
https://www.francetvinfo.fr/replay-magazine/france-2/envoye-special/video-envoye-special-la-face-cachee-du-billet-de-500-euros_1266721.html
[7] Interview de Mediapart sur l’affaire du financement libyen de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy
https://youtu.be/WmvSyRGVTew?t=131