La France est-elle en plein décrochage économique ? L’Europe est-elle complètement dépassée par les USA, la Chine, etc. ? Et l’Allemagne, est-ce toujours un exemple ? Le PIB est-il un bon indicateur de santé économique ? On tente de répondre à toutes ces questions dans ce nouvel épisode de Argent magique avec @Heu7reka et @StupidEco.
INTRO
G – Je sais pas si vous avez vu mais là c’est grave hein
M – Ah oui on est en plein décrochage !
G – Tu vois l’économie européenne, avant elle était bien accrochée, et bah plus maintenant !
[Générique]
1 – Le décrochage, tout le monde en parle !
M- Si l’on regarde les émissions économiques, tous les plateaux sont unanimes : la France est en décrochage économique.
L’économie française en crise : analyse d’un décrochage face aux États-Unis et à la Chine
France Culture – L’économie française en crise : analyse d’un décrochage face aux États-Unis et à la Chine
🎙️ Stéphanie Villers, économiste et conseillère au cabinet PwC France
(4:57) : “ cette problématique aujourd’hui qui inquiète les experts c’est qu‘on voit que nous en France on a une tendance véritablement au décrochage par rapport aux autres pays européen et encore plus vis-à-vis de des États-Unis” (5:11)
Face à l’Info (Émission du 30/04/2024) – Vidéo Dailymotion
Cnews – Face à l’Info (Émission du 30/04/2024)
Présentatrice – Christine Kelly
Invité : Dimitri Pavlenko – Journaliste
19:51 : “Toutes les études économiques le montrent, depuis 15 ans, l’Europe décroche par rapport aux Etats Unis. L’écart de richesse par habitant n’a jamais été aussi grand”
Les Vingt-Sept en panne de croissance et de compétitivité : UE endettée cherche relance
France 24 – Ici l’Europe :
🎙️ Eurodéputé allemand Daniel Freund (Les verts / ALE) :
(12:36) “ on a réagi à la crise financière avec de l’austérité on a perdu encore 10 ans ou plus avec beaucoup trop peu de d’investissement, et on le voit aujourd’hui que les les États-Unis nous ont largement dépassé”
M – Dans la presse écrite aussi, le constat est toujours le même
G – Ce terme, “décrochage” vous l’avez sûrement déjà entendu. En gros c’est l’idée que le développement économique d’un territoire n’est pas aussi rapide qu’un autre.
M – Et ça, c’est grave. Parce que le petit retard pourrait s’accentuer et nous ammener carrément en déclin économique ! C’est-à-dire qu’on aurait plus assez d’activité économique pour créer des emplois, maintenir nos écoles, nos hôpitaux, les gens seraient pauvres, tristes, sales, et au chômage ! Bref, nous sommes dans une course pour la survie et il faut être les premiers à tout prix ! Et pourtant, on est en train de perdre la course sur plusieurs plans, comme la productivité.
L’économie française en crise : analyse d’un décrochage face aux États-Unis et à la Chine
France Culture – L’économie française en crise : analyse d’un décrochage face aux États-Unis et à la Chine
🎙️ Antoine Bouët, professeur de science économique à l’Université de Bordeaux.
5:54 : Le problème, c’est un problème de productivité (…) si on décompose le PIB comment il évolue on s’aperçoit que c’est la productivité horaire du travail qui stagne en Europe plus loin que la France en Europe alors qu’aux États-Unis elle progresse”
G – Ouais enfin, on est 17e mondial quand même. 68 dollars par heure travaillée. On est à peine en dessous des US qui sont à 71 et des allemands à 69. Par contre on domine largement le Japon à 42 dollars et la Chine, qui n’est même pas dans le top 50 avec seulement 16 dollars par heure travaillée. Et puis les deux premiers sont des anomalies statistiques. Le Luxembourg et l’Irlande ont des PIB dopés à coups de profits délocalisés chez eux pour des raisons fiscales.
M – Mmm… Ben il n’empêche que ça a l’air de faire peur parce que le sujet revient très souvent.
G – Ca c’est parce que la progression de la productivité française est passée en négatif entre 2019 et 2022. On était à 69.5, on est descendu à 67.8. Bon mais depuis on remonte, là on en est à 68.7… Après le seul autre pays européen à avoir connu une trajectoire un peu similaire à la note au même moment c’est l’italie. Bon… Mais des périodes de baisse de la productivité c’est pas inconnu ailleurs en Europe non plus. Sur les 20 dernières années c’est arrivé par exemple à la Belgique, au Danemark, à la Norvège, aux Pays-bas.
M – En tout cas on est pas premiers ! Et tiens toi bien, en plus de ça on est même pas un pays intelligent :
«La France ne produit pas de richesse», explique cet économiste – Vidéo Dailymotion
18 septembre dans Morandini Live sur CNEWS:
🎙️ Philippe Bechade economiste
0:40 : “si on était vraiment le pays de l’intelligence, le pays de la fameuse start up nation qu’on nous avait vendu, on devrait avoir plein d’entreprises avec 100 milliards de cash, et on aurait aucun pb de déficit puisqu’on produirait de la richesse. Le problème de la france c’est qu’elle ne produit pas de richesses”
“on s’est désindustrialisé”
G – Donc on est désindustrialisés, on a raté le wagon de la start up nation, et en plus, le pire de tout : notre pays est en déficit, évidemment, à cause des dépenses publiques
France 24 – Ici l’Europe :
Les Vingt-Sept en panne de croissance et de compétitivité : UE endettée cherche relance
France 24 – Ici l’Europe :
🎙️ Stéphanie Yon-Courtin Eurodéputée Renew Europe (France)
(3:17) “ ce qui explique le dérapage de la France c’est que la France a continué derrière peut-être en ne calibrant pas suffisamment certaines aides qui ont été très massivement généralisées et c’est vrai que la France a aussi peut-être cette habitude à la générosité il y a aussi des dépenses publiques massives des services publics qui sont massivement aidé (🤨 Marc Botenga – La Gauche) “ (3:39)
M – Bon, globalement, vous avez compris: on est nuls.
2 – La grande course au PIB
G – Mais en même temps, c’est pas très clair, ça part un peu dans tous les sens. On compare quelques indicateurs mais on comprend pas vraiment *pourquoi* on décroche, et si le décrochage est réellement si important.
M – Pour essayer d’y voir plus clair, on est allé voir le rapport de Mario Draghi publié en septembre 2024, sur le futur de la compétitivité Européenne. Un travail réalisé pour la commission européenne et qui explique que l’économie de l’Union est en danger.
C dans l’air – La proposition de Mario Draghi pour relancer l’économie – 13.09.2024
0:02 : “C’est un mario draghi tout sourrir, qui s’avance vers la présidente de la commission européenne. Peut-être une tentative pour décontracter l’auditoire, alors qu’il lui conflit un rapport accablant sur l’économie de l’Union.”
G – L’avantage de ce rapport c’est qu’il cherche à aller au-delà des indicateurs les plus basiques, en 400 pages il essaie de dresser un portrait de l’Union Européenne pour comprendre ses difficultés actuelles, et dessiner un plan de bataille économique pour faire face aux autres puissances mondiales.
M – Pour résumer très rapidement, ce rapport nous explique que le marché commun Européen est pas si commun que ça. Sa structure ne permet pas de faire une politique économique commune efficace et chacun fait un peu sa petite politique dans sa petite économie.
G – Et si on se compare aux Etats-Unis, on a un souci de prix de l’énergie. Nous on a pas de gaz fossile sur notre territoire contrairement aux US. Il nous faut donc l’importer et payer des coûts supplémentaires de liquéfaction et de transport ce qui augmente les coûts de cette énergie pour nos industries. Donc c’est plus compliqué d’être compétitif. Et puis y a notre marché de l’électricité complètement pété où, même si on a plein de nucléaire, de barrages et de renouvelables pas chers, donc que la moyenne des coûts de production est plutôt faible, on fixe le prix de l’électricité sur LA centrale en fonctionnement la plus chère du mix, bien souvent une centrale à gaz. Cette méthode de pricing – qui existe aussi aux US mais qui est moins généralisée qu’en Europe – élimine en partie les avantages du bas coût des renouvelables.
M – Pour finir, il y a une partie sur le vieillissement de la population européenne et la stagnation de la productivité, que Draghi estime entre autres, être lié à un retard de l’utilisation d’outils numériques. Bon c’est tout ça c’est intéressant et assez complet, mais il reste une critique. Dès qu’on parle de décrochage, même dans ce gros rapport sérieux, l’indicateur phare, celui qui symbolise notre retard : c’est le PIB par habitant.
G – Alors regardons un peu cet indicateur ! Aux US les gens gagnent en moyenne 82k dollars par an alors qu’en France c’est 44k dollars seulement. La moyenne européenne est à 41k et chez les boss de l’Europe – les allemands – ils sont à 53k.
M – Eh oui c’est connu, les amerloc sont hyper forts en capitalisme ! Ils sont deux fois plus riches que nous, tu te rends compte ! Même les allemands n’arrivent pas à suivre.
G – Sauf que, c’est pas si simple ! Pour pouvoir faire une comparaison, on a pris des PIB européens et on les a converti en dollars. C’est cette conversion qui exagère notre retard : c’est parce que le dollar à pris de la valeur par rapport à l’EUR alors même que l’inflation était plus forte aux US.
M – Là il faut qu’on explique hein…
G – Nan nan mais t’inquiète, on va faire plus simple. Pour comparer les PIB de pays qui n’ont pas la même monnaie, plutôt que d’utiliser les taux de change classique, on peut passer par ce qu’on appelle la Parité de Pouvoir d’Achat ou PPP en anglais.
M – Ah oui il est marrant celui-là. On commence par prendre un panier de biens représentatifs des achats des ménages : alimentation, logement, santé, vacances, des assurances diverses, ciné, restau… Et puis aussi tout ce que les entreprises dépensent : salaires, taxes sur la production, consommation intermédiaire…
G – Mettons qu’aux US, il faille 100k dollars pour acheter ce fameux panier représentatif. Et mettons qu’en France, il ne faille que 73k euros, notamment parce que chez nous : les soins et l’éducation coûtent vachement moins cher. (meme les experts miami)
Et ben ça nous donne un taux de change PPP de 1.37. Autrement dit, il faut réhausser le PIB français de 1.37 quand on le compare à celui des US. Et voilà le travail : les US dominent toujours, mais de 25% seulement. Pas de 50% !
M – Alors, ça décroche moins mais ça décroche quand même (là) !
G – Alors oui mais ce n’est pas quelque chose de récent. Si on regarde l’évolution du PIB / hab en PPP depuis la dernière crise financière, on voit que la trajectoire de croissance américaine est en fait moins bonne que la nôtre. Donc au moins depuis 2009, niveau pouvoir d’achat, ben non ça décroche pas.
M – Ce petit zoome sur le PIB c’est pour montrer que les indicateurs c’est pas si simples. Comparer des économies ça peut pas se faire qu’avec 3 courbes de PIB ou de compétitivité comme c’est fait sur la plupart des plateaux télé. Ca ne suffit pas pour comprendre les forces et faiblesses d’une économie. Petit rappel : le rapport Draghi, qui lui cherche à aller plus loin, fait quand même 400 pages, et malgré tout il oublie plein de trucs !
3 – Les vainqueurs sont fragiles
G – Donc si on veut comprendre un peu mieux, par rapport à quoi et à qui on décroche, il faut aussi chercher à aller plus loin.
M – Par exemple on peut trouver dans le journal anglais The Economist une liste de tout ce qui marche dans l’économie américaine : ça commence par des salaires en augmentation (et pas uniquement pour les plus riches parce que c’est une augmentation du salaire médian), on a aussi des grandes entreprises et des places boursières qui battent des records, des universités performantes, un marché très large avec un secteur financier dynamique qui permet de financer des startups et des multinationales, et une population relativement jeune.
G – Bref tout va bien dans le meilleur des mondes, au point ou ça peut provoquer un choc pour l’européen qui s’y aventure !
M – Un article du journal Le Monde propose justement « une plongée dans une Amérique devenue hors de prix pour les Européens ».
G – Mais ce que ne dit pas l’article, c’est que cette économie n’est pas hors de prix que pour les européens en vacances, en fait, elle l’est aussi pour beaucoup d’américains, qui eux doivent rester vivre là bas !
M – Parce que derrière ces performances économiques, d’autres indicateurs peignent une autre image : le plus marquant, c’est que les américains n’ont pas l’air de savoir que leur économie fonctionne aussi bien. Un sondage Gallup montre que plus de la moitié considère qu’ils se sentent moins à l’aise financièrement en 2024 qu’en 2020.
G – Alors, peut-être qu’ils se trompent, mais c’est vrai que y a d’autres indicateurs qui montrent que ça va mieux en Europe qu’aux US. En inégalités : on les bat (GINI Index), en mortalité infantile : on les bat, en espérance de vie : on les bat, en satisfaction de la population : on les bat pas mais ex aequo ! Et puis au chômage, ils nous battent mais… à cause de leur salaire minimum bien plus bas que chez nous et de leur sécurité sociale inexistante, on les bat en taux de pauvreté.
Le décrochage économique de l’Europe : info ou intox ?
Public Sénat, émission “Élémentaire”, Le décrochage économique de l’Europe : info ou intox ?
🎙️ Eric Le Boucher (économiste, éditorialiste dans Les Echos)
20:18 : “le débat est quand même de dire bah ce décrochage au fond c’est ce que nous voulons puisque nous voulons une Europe sociale une Europe de la douceur si je si je m’exprime comme ça eux c’est la brutalité nous c’est la douceur donc voilà on en paye le prix en matière de croissance et de prospérité”
M – Cette dureté on la retrouve dans l’article de The Economist avec cette citation « La cruauté n’empêche pas la croissance d’une économie. » Mais c’est peut être ignorer le coût de la cruauté, parce qu’elle alimente les tensions qui déchire la démocratie américaine. Des travaux montrent à quel point les territoires les plus inégalitaires ou en stagnation économique sont précisément ceux qui plébiscitent le plus Trump. Vous savez, le candidat qui promet d’agir comme un dictateur, mais juste pour un jour, hein pas plus… promis !
G – Cette tension entre les performances économiques et la stabilité politique se pose aussi dans l’autre pays de comparaison, la Chine. Il serait aussi possible de faire une longue liste de toutes les forces de l’économie chinoise.
M – La croissance économique, les avancées technologiques, la réduction de la pauvreté, une balance commerciale excédentaire, une monnaie qui s’internationalise, bref le modèle chinois est un succès sur beaucoup de plans.
G – Mais c’est aussi une économie dont le modèle est remis en cause par une crise immobilière et financière majeur, par un vieillissement très rapide de la population et par une désaffection des jeunes qui ne croient pas aux promesses de leur gouvernement et qui malgrés une liberté d’expression limitée, évoquent leur désir de (attention je parle chinois couramment) Tang ping, ça veut dire « s’allonger à plat ». Donc de se mettre en marge d’une organisation du travail cruelle à laquelle ils ne veulent pas participer.
M – A ça il faut ajouter, le contrôle dictatorial du pays qui, alors que les chiffres du chômage des jeunes à dépassé les 20% à juste… interdit la publication de ces chiffres jusqu’à nouvel ordre !
G – Parce que c’est bien connu, pas de chiffres, pas de problème !
M – Ça peut paraître être le truc le moins grave de la liste, mais les conséquences sont dramatiques. Ca veut dire que c’est une économie qui ne peut plus connaître ses points faibles, que tous les acteurs économiques doivent faire des choix sans avoir accès à des informations fiables !
G – C’est pour toutes ces raisons là que l’on ne peut pas juste se reposer sur 3 ou 4 indicateurs pour dire qu’il y a décrochage ou pas. Sans compter que les tendances peuvent rapidement s’inverser, c’est un peu comme quand vous voulez investir en bourse et qu’on vous prévient que : « Les performances passées ne préjugent pas des performances futures »
M – Ce qui nous amène justement à l’Allemagne ! C’est un super exemple de pays qu’on a érigé en “modèle” en ne regardant que certains indicateurs.
RTL – 14 janv. 2020 – François Lenglet
0:13 “en effet l’allemagne a dégagé un excédent budgétaire de 13 milliards d’euros l’année dernière, un bon cru donc, qui s’ajoute a la série d’excédent que connaît notre voisin depuis 2012. A titre de comparaison l’État français lui, devrait enregistrer un déficit de l’ordre d’une cantine de milliards d’euros pour la même année. Vous voyez qu’on joue pas tout à fait dans la même cour”
Europe 1 -”Excédent budgétaire record en Allemagne” 27 août 2018
1:09 : “ et puis par ailleurs l’état allemands dépensent peu les dépenses de la tas de l’état en allemagne représentent 44% du pib donc de l’économie c’est beaucoup moins qu’en france ou chez nous les dépenses de l’état ses 57 % du pib voyez”
G – Ah vraiment l’Allemagne ils sont trop forts, faudrait qu’on soit un peu plus comme eux hein, un excédent budgétaire tu te rends compte ? Et ils ont même mis dans leur constitution qu’ils pouvaient pas dépasser un déficit annuel de 0.35% du PIB. Vraiment trop forts.
M – Puis ceux qui critiques c’est des gros jaloux
Europe 1 -”Excédent budgétaire record en Allemagne” 27 août 2018
2:07 : “beaucoup d’économistes disent que l’allemagne devrait utiliser ce surplus donc cette cagnotte pour consommer pour investir et ça ça permettrait de soutenir la croissance européenne voyez au lieu de thésauriser alors il ya un peu de vrai dans cette critique mais ont quand même on ne peut pas s’empêcher de penser qui est aussi un peu de jalousie vous savez c’est comme à l’école voilà le premier de la classe il agace et on critique ses bonnes notes”
M – Mais vous avez peut être vu que récemment l’Allemagne n’avait pas la grande forme.
Europe 1 : Axel de Tarlé (2019)
0:20 “mais on parle toujours du modèle allemand”
“alors justement, que se passe t-il pour le bon élève de la classe européenne?”
– jouer sur les extraits qui se répondent
Économie allemande : la fin d’un modèle ? • FRANCE 24 (février 2024)
1:53 : “la première économie européenne dans le rouge le produit intérieur brut s’est contracté de 0,3 % l’an dernier c’est la plus mauvaise performance pour une économie avancée”
G – Le bon élève de la classe européenne est entré en récession en 2023, notamment à cause de la crise énergétique, mais aussi parce que sa demande intérieure est trop faible et ses exportations, qui comptent beaucoup dans leur PIB, sont en chute.
M – Et en fait, ces problèmes économiques là, on les voyait venir depuis un petit bout de temps
JT france 2 2015:
1:12 : grâce à cette manne financière le déficit public allemand est nul et pourtant la croissance elle n’atteint pas les sommets 1,5 % du PIB l’an dernier explication si les entreprises allemandes exportent énormément c’est parce qu’elles ont du mal à vendre sur leur propre territoire les ménages préfèrent de leur côté épargner plutôt que consommer oui les excédents des uns sont les déficits des autres”
M – Parce que précisément, l’Allemagne est en récession aujourd’hui pour exactement les mêmes raisons qui faisaient qu’on la célébrait hier.
G – OK petit zoom sur le modèle allemand :
Dans les années 2000, l’Allemagne a fait des réformes fiscales pour que l’impôt se reporte depuis les plus aisés vers l’ensemble de la population, ils ont augmenté la TVA. Alors, les plus riches ont continué de consommer comme d’habitude mais pas les plus pauvres. Et au globale, la consommation allemande a reculé. Conséquence : les E allemandes se sont mises à chercher des clients à l’étranger. De cette époque date les débuts de leur balance commerciale excédentaire : baisse de la demande interne du pays – donc moins d’importations – et des entreprises déjà puissantes mais qui ne trouvent plus preneur chez elles – donc plus d’exportations. Le modèle peut tenir sur la durée si :
1 / les entreprises investissent un minimum et dans le bon sens de l’Histoire, afin de rester leader dans leur domaine. Visiblement du côté de l’automobile en ce moment, notamment vis-à-vis de la Chine, l’Allemagne a loupé un virage.
2/ Il faut que l’État maintienne des infrastructures au top du top, ce qui n’a pas été fait à cause d’une véritable obsession pour la rigueur budgétaire…
Et puis 3/ quand ton modèle économique c’est de vendre à l’étranger, surtout à des européens, c’est mieux de ne pas constamment leur expliquer qu’il faut que eux aussi fassent de l’austérité budgétaire et de la réduction de la demande…
M – Donc leur excédent commercial et budgétaire a fini par les mener vers la récession qu’ils connaissent aujourd’hui, et questionne la pertinence de leur modèle économique.
G – Au final, est ce que tout ça ne nous montrerait pas qu’on est vachement pas doués pour parler de la santé des pays? Qu’on ne regarde pas les bons indicateurs, ou qu’on ne donne pas les bons objectifs ?
M – On l’a vu, les Etats Unis, avec qui on se compare sans cesse, bah ils décrochent sur pas mal d’indicateurs sociaux, et leur modèle qui produit tant d’inégalités, est aussi en partie celui qui fragilise leur démocratie. L’Allemagne, le soi-disant bon élève européen, est en récession parce que son modèle n’était pas si exemplaire qu’on le disait.
La Chine connaît une croissance forte, mais son absence de démocratie et de transparence risque de mettre un violent coup de frein à ses ambitions.
G – Et ne pensez pas qu’on veut dire que tout le monde est nul sauf nous hien.
4 – On est tous un peu dans le merde
G – Chez nous comme chez les autres pays les plus “””développés”” du monde, on retrouve des problèmes auxquels on n’arrive pas à répondre, et des défis futurs pour lesquels on est pas préparés. Y a une crise du logement dans presque tous les pays; des difficultés d’emploi pour les jeunes; le vieillissement de la population; nos démocraties en danger; et finalement, bien sûr, des dommages environnementaux qui s’accumulent.
Alors il est peut-être là le déclin futur tant redouté.
M – Ce qui va par exemple commencer à être difficile à ignorer, c’est à quel point les dommages environnementaux remettent en cause la pertinence du PIB, et donc notre façon d’évaluer la santé économique des pays.
Des tableaux produits par les agences environnementales de l’Union Européenne et des Etats-Unis montrent l’augmentation rapide des coûts engendrés par les dégâts des catastrophes naturelles.
G – C’est pas juste des contretemps économiques ou des évènements à la marge. Les montants commencent à être vraiment significatifs par rapport à la production de richesse. Un calcul approximatif montre que ces dernières années les dégâts des catastrophes naturelles dépassent régulièrement les 0,30 % du PIB aux Etats-unis et dans l’Union européenne.
M – Alors, ça a l’air de rien comme ça mais les taux de croissance dans nos pays c’est pas du 10% par an hein… On tourne autour des 1 à 3% max…
G – Eh oui ! Donc à mesure que ce ratio augmente – et il augmente – ça remet aussi en question l’usage même du PIB. Parce que à quoi bon battre des records de production si une partie part en fumée dans les mois qui suivent !
M – En fait, il faudrait aller dans le sens d’un PIN, un Produit Intérieur Net. Parce que, pourquoi il est “Brut” notre Produit Intérieur ? C’est parce qu’il ne compte que les “nouvelles richesses produites” sans retirer ce qui s’abîme, ou ce qui est détruit de la pile existante, comme l’usure des routes par exemple.
G – Mais on pourrait faire encore mieux que le PIN ! On ne pourrait carrément se doter de nouveaux systèmes d’information !
M – Oh nan pas la compta
G – Mais si la compta ! Aujourd’hui la comptabilité des entreprises s’intéresse à une seule chose : le capital financier. Combien ont mis les banquiers ? Combien ont mis les actionnaires ? Et comment on protège ce capital ? Et même quand on veut intégrer l’environnement dans l’équation, la question qu’on pose c’est : quel manque à gagner pour les actionnaires si le climat était à +3 degrés au lieu de +1.5 ? Et le manque à gagner pour tous ceux qui ne sont pas actionnaires ou pour la biodiversité ? L’idée serait d’intégrer dans les comptes des entreprises un capital environnemental et un capital humain. Si l’un des trois capital était à risque d’être réduit à 0, l’entreprise ferait faillite. Les enjeux environnementaux et humains deviendraient tout aussi importants que les enjeux financiers.
M – Bon le souci avec cette comptabilité en triple capital c’est que c’est pas évident de comprendre comment ça marche concrètement sans rentrer dans le détail. Mais c’est vrai que ce serait un outil extrêmement puissant pour soigner la myopie de nos indicateurs économiques.
5 – Conclusion
G – Bon, pour répondre à la question : est ce qu’on décroche ou pas ? Bah oui, si on regarde certains indicateurs, comme la progression de la productivité ou le PIB, on peut arriver à la conclusion que, comparé à d’autres économies, on fait moins bien, on est en train de perdre la course.
M – Mais la comparaison ne serait pas complète, on ne serait pas en train de regarder la course la plus pertinente. Le danger c’est de rester fixé sur les questions de PIB et de décrochage en ignorant les enjeux qu’on a énoncé tout à l’heure (comme les inégalités et leurs conséquences politiques, le vieillissement de la population, l’environnement). Ces enjeux là présentent un risque réel pour nos conditions de vies, et notre santé future.
G – Et ces questions nécessiteraient d’être prises en compte sérieusement pour proposer des modèles et des politiques adéquates pour y répondre. Et là dessus, il est certain que la France, l’Union Européenne, les Etats-Unis, la Chine et les plateaux de télé on encore beaucoup de boulot à faire.
M – Merci d’avoir suivi ce deuxième numéro d’Argent Magique. N’oubliez pas de soutenir Blast, chaque don compte, et est essentiel pour permettre de financer ses émissions. Et nous on se retrouve le mois prochain.
Journalistes : Marino et Heu?reka
Co-auteur : Arnaud Gantier (Stupid Economics)
Réalisation : Valentin Levetti
Montage : Ace Modey
Production : Stup.media
Son : Baptiste Veilhan
Graphisme : Morgane Sabouret
Directeur des programmes : Mathias Enthoven
Rédaction en chef : Soumaya Benaïssa
Directeur de la publication : Denis Robert