Mis a jour le 11/03/2026 à 13h50
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Tous les regards sont rivés sur les 15 et 22 mars prochain, dates des deux tours des élections municipales. Pourtant, une autre élection majeure a lieu en septembre : les sénatoriales. Un scrutin décisif pour le contrôle des révisions constitutionnelles et le déclenchement des commissions d’enquête.
Les messages tournaient en boucle jusqu’à début février : « inscrivez-vous sur les listes électorales » ! Avec une crainte : que le Rassemblement national ne récupère trop de mairies. Mais derrière cette tension de premier plan, une autre, tout aussi importante existe : de ces résultats de municipales vont dépendre ceux des sénatoriales de septembre 2026. On vous explique.
Si les élections sénatoriales sont bien moins médiatisés, c’est parce que le scrutin n’est pas le même que pour les autres élections françaises. En effet, les sénateurs sont élus par les grands électeurs. Ils sont 162.000, composés en immense majorité (95%) de conseillers municipaux, ainsi que des conseillers régionaux et départementaux. Chaque sénateur est élu six ans, et la chambre haute est à moitié renouvelée tous les trois ans.
Ainsi, en septembre 2026, 178 élus du palais du Luxembourg vont devoir repartir en campagne. Les départements concernés sont du 1 (Ain) jusqu’au 36 (Indre) puis du Bas-Rhin (67) au Territoire de Belfort (90). Sont également concernés la moitié des départements d’Outre-mer : Guyane, Wallis-et-Futuna, Saint-Barthélemy, Saint-Martin et la Polynésie française. Autre spécificité de cette élection sénatoriale : le vote est obligatoire.
En résumé : en mars, nous allons élire qui vont être nos maires et nos conseillers municipaux… Mais également celleux qui vont voter pour celleux qui font nos lois.
Un enjeu plus important qu’il n’y paraît aux premiers abords. Déjà, le président du Sénat est le deuxième homme du pays, derrière le président de la République. Surtout, ce représentant des collectivités territoriales a un poids important sur la capacité du gouvernement à réformer la Constitution et peut missionner une Commission d’enquête, au même titre que l’Assemblée nationale. Un ancien attaché parlementaire ajoute, pour Stup.Media : « les sénateurs ont, comme les députés, le pouvoir d’initiative parlementaire, ils peuvent déposer des propositions de loi (PPL) ». Et de rappeler que les ordres du jour sont contrôlés par « le gouvernement et la conférence des présidents, ce qu’il fait qu’un grand nombre de PPL ne sont jamais mise à l’ordre du jour dans l’autre chambre ». Il précise, enfin, que « les Commissions Mixtes Paritaires sont comme leur nom l’indique, paritaires, et c’est souvent vraiment là que se fait concrètement la loi ». Le Sénat a donc un poids réel et important dans la fabrique de la loi en France.
Des villes de gauches, un Sénat de gauche ?
Traditionnellement, le Sénat est de droite, dans la Ve République. Il n’a basculé à gauche que pendant quatre années, de 2011 à 2014. Mais, si le 22 mars prochain, la France donne ses mairies à une large majorité d’élu-es de gauche, la donne pourrait donc changer, puis que ce sont les conseillers municipaux qui donnent ensuite leurs voix aux sénateur-ices. Le rapport de force pourrait donc s’inverser dans la chambre haute, en attendant les prochaines élections législatives (attendues en 2029).
Sauf que ce calcul ne fonctionne que pour les grandes villes, où les élu-es sont encarté-es. Dans les petites et moyennes communes, le calcul est beaucoup plus compliqué. Dans Le Monde, Patrick Kanner (sénateur socialiste) confie qu’il n’est pas simple de compter les voix en avance: « Dans les grandes villes, on sait plus ou moins quelles voix on peut capter, car les listes sont souvent présentées avec une étiquette politique identifiée. Mais dans les petites communes, c’est un jeu de bonneteau [un jeu de carte, NDLR}«
L’effet serait même inverse : si la gauche gagne des villes, elle n’est pas sûre de gagner des sénateurs, mais si la gauche perd des villes, elle perdrait probablement des élus au palais Luxembourg. Mais la chambre haute n’est pas une institution à vivre des révolutions. Les changements se font en douceur, sur plusieurs mandats. La faute, notamment, au fait que les votes étant obligatoires, la vague de mobilisations, comme nous l’avons connu en 2024, n’est pas possible. La surprise est donc très compliquée au Sénat.
Empêcher le groupe RN
Le parti de Marine Le Pen a, actuellement, trois sénateurs. Pas suffisant pour constituer un groupe, puisque la jauge est à 10 élu-es. C’est donc quelque chose à surveiller : sans groupe, pas de niche, et un poids anecdotique sur les décisions sénatoriales, notamment dans les navettes entre les deux chambres.
Avec l’augmentation massive du vote RN, la décomplexion chez les élus « divers-droite » dans les petites communes à donner sa voix à l’extrême-droite pourrait peser lourd dans la balance. D’ailleurs, certains acceptent même des « alliances » avec le RN pendant les municipales, pour rester sur leur siège de maire. Dans ce contexte, voir le nombre de sénateur-ices RN exploser ne serait pas une grande surprise. Un responsable du parti confiait aux Echos viser « une quinzaine de sièges », conscient qu’ils ne « renverseront pas le Sénat ».
A contrario, la France Insoumise, qui n’a pas d’ancrage local (d’où la volonté du parti de vouloir présenter des candidats partout aux municipales), semble bien mal embarquée dans cette course aux sénateur-ices.