Municipales 2026 : à Paris, Lyon et Marseille, un nouveau scrutin qui peut peser lourd


Le 11 août 2025, la loi dîtes « PLM » est entrée en vigueur. Elle réforme le mode de scrutin à Paris, Lyon et Marseille, en décorrélant les votes pour les arrondissements de la mairie centrale, et ne garantit plus que 25% des sièges à la liste gagnante.

Attention, nouvelle règle ! Le mode de scrutin a changé, depuis la réforme de la loi du 11 août 2025, dite « PLM », à Paris, Lyon et Marseille. Il faudra désormais voter deux fois en même temps. Un bulletin pour élire les conseillers d’arrondissement (ou de secteur pour Marseille), l’autre pour les conseillers municipaux (de la mairie centrale). Pour Lyon, l’élection métropolitaine se rajoute, il faudra donc voter une troisième fois le même jour.

Le mode de scrutin passe à la proportionnelle de liste à deux tours. La liste qui arrivera en tête le 22 mars aura d’office 25% des sièges (contre 50% précédemment). Les maires d’arrondissement ne seront donc plus d’office représentés au conseil municipal, avec ces nouvelles règles, leur élection étant décorrélée de celle du conseil municipal. En votant directement pour la mairie centrale, l’élection devient d’office plus propice à la personnification : votez pour la tête de liste de la centrale, votez pour le maire. Les candidat-es « stars » sont ainsi favorisé-es, au détriment des arrondissements. Les campagnes, dans les trois grandes villes, sont d’ailleurs tournées autour de leurs candidats : Rachida Dati et Sarah Knafo à Paris, Jean-Michel Aulas et Grégory Doucet à Lyon, Martine Vassal, Benoit Payan et Franck Allisio à Marseille font campagne autour de leur personne. Qui connait les têtes de file dans les arrondissements, à quelques exceptions près ? A Marseille, les quatre principaux candidats ont même renoncé à se présenter dans un secteur et se sont concentrés sur la mairie centrale. A Lyon, Grégory Doucet et Jean-Michel Aulas n’apparaissent pas non plus dans les listes d’arrondissement. C’est d’ailleurs la critique de Jérôme Lang et Vincent Merlin, tous les deux directeurs de recherche au CNRS, qui ont étudié cette réforme. « Il y a un manque de représentation locale. On n’a plus la garantie de la bonne représentation de chaque arrondissement », regrettent-ils. Avec la précédente loi, chaque arrondissement envoyait un nombre de conseillers à la mairie centrale au pro-rata de sa population.

Avec cette réforme, il est « difficile d’anticiper les votes », note également Charlotte Dolez, maîtresse de conférences en science politique à Sciences Po Lyon assure, auprès de Stup.Media. « Pour les dernières élections, des calculs ont montré que ça n’aurait pas changé les résultats et les grands équilibres. Cela peut avoir en revanche des effets dans des territoires contrastés, par exemple des arrondissements qui votent beaucoup à droite comme l’Ouest parisien, où les voix ont donc plus d’impact sur la mairie centrale que la mairie d’arrondissement déjà acquise », note-t-elle.

Les deux chercheurs du CNRS rappellent d’où vient cette réforme. Une information qui a filtré dans les médias en 2024, lors de la nomination de Rachida Dati à la Culture. Une prise de guerre chez les LR pour Emmanuel Macron, contre un coup de pouce : « C’est un système plus favorable pour elle. Cela aurait été plus compliqué d’aller chercher la victoire fief par fief. Grégoire a peu de notoriété, Dati en a une forte. C’est en quelque sorte un scrutin sur mesure », étaie Jérôme Lang. Vincent Merlin recontextualise : « La première mouture de la loi a été mise en place par Gaston Defferre pour les municipales de 1983. Et c’était pour l’arranger lui, pour remporter Marseille ! »

La fin des calculs politiciens

Avec la réforme de la loi PLM, les listes candidates ne peuvent donc plus calculer leurs campagnes selon les arrondissements gagnables ou non, et concentrer leurs forces sur les secteurs stratégiques. Avant, par exemple, la gauche pouvait se concentrer sur les arrondissements stratégiques. À Paris comme à Lyon, ces arrondissements sont généralement les plus peuplés, et donnent traditionnellement la gauche gagnante. Avec le nouveau mode de scrutin, cette habitude est balayée, et les cartes sont rebattues.

Tous les secteurs doivent compter. Une solution plus démocratique pour les défenseurs de la réforme, une transformation en « mini présidentielle » pour ses détracteurs. 

Un « faux procès », selon les deux chercheurs au CNRS. « Avant ça, on ne votait pas directement pour le maire, mais on savait par exemple si on votait indirectement pour Hidalgo ou non », balaie Jérôme Lang. « Ce n’est pas plus une mini-présidentielle que dans n’importe quelle autre ville, avec cette réforme », ajoute Vincent Merlin. Les deux hommes saluent le fait que cette réforme permet de « revenir au régime comme les autres villes. Cela apporte de la cohérence ». Du côté de Charlotte Dolez, elle assure comprendre « l’idée de renforcer la légitimité du maire par une élection directe ». Elle ajoute, cependant, « on peut interroger la lisibilité de toutes ces candidatures. À Lyon par exemple, il y a trois séries de panneaux d’affichage, ce n’est pas évident de s’y retrouver. » 

En revanche, un problème semble tout doucement s’imposer avec cette réforme, moins médiatisée. Le vainqueur de la mairie à Paris et à Marseille aura un énorme avantage à la Métropole. « Le vainqueur aura d’emblée 25% des sièges. Pour le Grand Paris, c’est 62 sièges sur 208, la deuxième ville c’est quatre sièges pour Saint-Denis. A Marseille, c’est 105 sièges sur 243 ». Avec la réforme de la loi PLM, qui devrait assurer une plus grande majorité à la liste gagnante, le maire aura donc, normalement, une prime plus forte pour la Métropole. « C’est peut-être la chose la plus surprenante de cette réforme, ça va changer les équilibres », estiment les deux théoriciens du vote.

Le risque de l’incompréhension à Lyon

La pire situation est peut-être à Lyon, où les électeur-ices vont devoir voter même trois fois : Lyon, les arrondissements et la Métropole de Lyon. Un casse-tête organisationnel : pour que tout soit en ordre, il va falloir 939 bureaux de vote, 1 800 assesseurs et 900 présidents de bureau, comme le souligne Le Monde. C’est également un grand risque de perdre des électeur-ices en cours de route : il y aura trois parcours différents pour chaque bulletin, avec des fléchages spécifiques. De quoi égarer les Lyonnais-es, et de rendre les votes plus erratiques. 

Article précédent

C’est quoi le problème avec Discord

Article suivant

EN FINIR AVEC LA CRISE DU LOGEMENT [ARGENT MAGIQUE]

Articles Similaires
Lire la suite

L’IA générative au service de l’extrême droite : anatomie du “Ghibli effect”

La magie de Miyazaki et le succès incommensurable des films d’animation du studio Ghibli ont marqué des générations. À l’ère où l’intelligence artificielle provoque des bouleversements à grande échelle, des mouvances fascistes et néonazies s’approprient désormais l’esthétique unique de Ghibli afin d’offrir à la haine un nouveau décor.