Discord : une nouvelle porte d’entrée de la surveillance américaine
Les dernières conditions d’utilisation de Discord ont été très mal accueillies par les utilisateurs de la plateforme. Sous couvert de vouloir protéger la jeunesse de contenus pour adultes, la messagerie instantanée a annoncé le déploiement d’un système de surveillance aux connexions trumpistes avant d’y renoncer. L’occasion pour moi de revenir sur ce qui a fait le succès de cette plateforme tout en vous proposant des moyens simples d’en partir.
Discord est une application américaine dite de VoIP pour « Voice over Internet Protocol » créée en 2015. Elle permet d’échanger à l’écrit, mais également à l’oral. Initialement pensée pour les joueureuses, elle permettait alors de compenser les difficultés de connexion qui existaient sur Skype et les configurations titanesques que nécessitait la mise en place d’un serveur Team Speak, un autre client VoIP payant largement utilisé à l’époque.
En offrant la possibilité de créer des fils de conversations dédiées, Discord reprend la forme des forums tout en y apportant l’instantanéité des applications de messagerie comme Messenger ou WhatsApp. En un peu plus de dix ans, la plateforme a su rassembler plus de 200 millions d’utilisateurs actifs chaque mois dans le monde, rappelle France Inter.
C’est quoi le problème avec Discord ?
Cette adoption massive a vu naître de nombreuses communautés dont certaines dédiées à la diffusion de contenus pour adultes. Un sujet brûlant pour le gouvernement français. Depuis juillet 2020, la France oblige les sites diffusant du contenu pornographique, par le biais d’une nouvelle loi sur la protection des mineurs, à vérifier la majorité des utilisateurs. Un cas spécifique que Discord a choisi d’appliquer de façon généraliste. Le 9 février 2026, la plateforme a annoncé mettre en place d’un système de vérification généralisé demandant au choix le scan du visage de l’utilisateur ou la transmission d’une pièce d’identité pour accéder à l’ensemble des fonctions de son service.
Une surveillance externalisée
Une généralisation qui fait pourtant suite à une expérimentation oùles données personnelles de plus de 70 000 utilisateurs ont été exposées en raison d’une brèche de sécurité de 5CA, le prestataire néerlandais alors choisi par Discord. Pour son déploiement à l’international, la plateforme a cette fois-ci fait appel à Persona pour vérifier les données des utilisateurs. Une société détenue par Peter Thiel, ancien conseiller et proche de Donald Trump. Thiel est également à la tête de la société de renseignement Palantir qui vient alimenter les services de ICE dont les méthodes ont conduit aux décès de plusieurs citoyens américains.
Des choix de prestataires moralement questionnables, d’autant que Discord a assuré à ses utilisateurs que leurs données ne quitteraient pas leur appareil.
Un comportement qui a conduit à une levée de boucliers obligeant la plateforme à reporter le déploiement de cette mesure au second semestre 2026. Cependant, le mal est fait et de nombreux utilisateurs sont déjà en quête d’une alternative.

C’est quoi les alternatives européen?
La liste qui suit est loin d’être exhaustive. J’ai par exemple volontairement exclu les alternatives basées aux États-Unis pour des solutions Open Source et/ou basées en Europe. Vous ne retrouverez donc pas Root ou encore TeamSpeak dans les solutions proposées.
Stoat
Créé en 2021, c’est tout simplement un clone de Discord. On y retrouve le même fonctionnement avec la possibilité de créer son serveur et de l’organiser avec différents canaux de discussion. Il est également possible d’envoyer des messages privés ou bien de créer un simple groupe de conversation pour ceux qui n’auraient pas vocation à créer une communauté. Une option de découverte permet de rejoindre facilement des serveurs publics en fonction de ses centres d’intérêts.

Comme aux débuts de Discord, certaines fonctionnalités manquent à l’appel. Il n’est pas encore possible de passer des appels vidéos ou encore de partager son écran.
L’application est aujourd’hui disponible sur Windows, macOS et Linux. Pour les utilisateurs de smartphone, les versions dédiées sont pour le moment en bêta. Basée en Europe, l’application indique suivre la réglementation de l’Union européenne. Elle se veut sécurisée et confidentielle, sans publicité ni traqueur pour respecter la vie privée des utilisateurs.
Pour le moment, l’application est entièrement financée par les dons. L’équipe de Stoat indique qu’une solution payante est à venir sans pour autant la décrire. Toutefois, elle assure qu’elle n’a pas l’intention de rendre payantes les fonctionnalités existantes.
En résumé :
| Les Pour | Les Contre |
| Une expérience similaire à Discord | Manque certaines fonctionnalités comme les appels vidéos ou encore le partage d’écran |
| Gratuite | Partiellement traduit |
| Open Source | Pas encore de système de double authentification (Prévu en février 2026) |
| Possibilité d’auto-héberger son serveur | Pas de chiffrement des conversations |
Fluxer
Là encore, on est sur un clone Discord. Même fonctionnement avec la possibilité de créer son serveur avec des canaux de discussions. Les messages privés sont présents tout comme la possibilité de créer une conversation de groupe. L’application possède également une fonction de recherche pour trouver différentes communautés.

Tout comme Stoat, Fluxer est Open source avec des serveurs basés en Suède. L’application intègre déjà des possibilités d’auto-hébergement ainsi que la gestion de la double authentification. Cependant, elle repose sur une formule freemium semblable à Discord.
On retrouve donc l’ensemble des fonctionnalités qui ont fait le succès de la plateforme et d’autres derrière un abonnement payant nommé “Plutonium”. Deux formules existent, l’une à 4,99 euros par mois et l’autre à 49,99 euros à l’année. Parmi les avantages, on retrouve entre autres une limite de caractère de messages étendus de 2 000 à 4 000 ainsi qu’une qualité vidéo passant de 720p/30 fps à du 4K / 60 fps.
La feuille de route annonce pêle-mêle, l’arrivée d’une application mobile native, la décentralisation, ou encore la possibilité de créer des conversations éphémères.
En résumé :
| Les Pour | Les Contre |
| Une expérience similaire à Discord | Une expérience Freemium |
| Une application basée en Europe | Une traduction partielle |
| Open Source | Pas d’application mobile native |
| Des fonctionnalités de connexion avancées | Quelques bugs rencontrés à la connexion |
| Possibilité d’auto-héberger son serveur | |
| Une feuille de route claire |
À titre personnel, c’est cette initiative qui a retenu mon attention malgré la présence d’options payantes. Sur son blog, Hampus Kraft, le développeur de Fluxer indique vouloir « ajouter la possibilité de publier les forums sur le web public ». Il pourrait ainsi réparer un tort majeur qu’a créé Discord. Son adoption massive ayant conduit certaines entreprises à n’échanger que sur cette plateforme, privant les utilisateurs n’ayant pas de compte d’informations essentielles autrefois accessibles sur Internet.
Il existe d’autres alternatives non-étasuniennes à Discord mais qui sont souvent plus techniques et moins adaptées au grand public on peut citer Element.io qui fonctionne sur le réseau décentralisé matrix ou encore Framateam créé par l’association française framasoft.
Rompre avec ses habitudes numériques reste un défi de taille, le monopole de Discord sur la VoIP ne sera pas facilement remis en question, mais de la même manière que Twitter a vu ses utilisateurs les plus aguerris partir vers Bluesky, je pense que Stoat et Fluxer représentent des initiatives intéressantes pour continuer d’échanger en ligne tout en gardant le contrôle de ses données personnelles.

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