VENEZUELA : Les pauvres millionnaires et l'hyperinflation

La crise vénézuélienne est un désastre économique,  politique et social. Dans cette vidéo nous tentons de comprendre les origines de cette crise et les conséquences terribles de l’inflation.

Le 20 août 2018, le Venezuela devrait avoir une nouvelle devise, le Bolivar souverain. Cependant, l’arrivée de cette nouvelle monnaie a été repoussée de quelques mois et le nombre de zéros est passé à 5.

L’élimination des zéros

Cette volonté d’éliminer les zéros peut s’expliquer assez facilement. Aujourd’hui, les plus gros billets en circulation, comme le billet de 100 000 bolivars, ne suffisent même pas à acheter une tasse de café. Il faut au moins deux millions de bolivars pour cela. En réalité, 100 000 bolivars correspondent plutôt au prix d’une photocopie ou d’un morceau d’œuf. L’objectif de cette nouvelle monnaie avec moins de zéros est probablement d’éviter une situation similaire à celle du Zimbabwe en 2008 avec leur billet de collection de 100 000 milliards de dollars. La monnaie vénézuélienne ne vaut même plus le papier sur lequel elle est imprimée.

Une hyperinflation dévastatrice

La conséquence de cette situation est que les Vénézuéliens sont tous millionnaires mais pauvres. La plupart ne peuvent pas se permettre d’acheter des biens de consommation courante. Un professeur d’université explique sur Twitter que malgré son salaire, qui est fixé à 5 millions de bolivars, il ne peut pas se permettre d’acheter de nouvelles chaussures. Il en va de même pour la nourriture. Le pays n’est pas confronté à une famine de la taille du Soudan en 2017, mais les hôpitaux ont connu une augmentation de 30% des décès chez les enfants de moins d’un an en 2016 et les médecins constatent que de nombreux enfants souffrent de malnutrition.

La crise politique et économique

La crise économique n’est pas le seul problème auquel le Venezuela est confronté. Après la mort de Chavez et l’arrivée de Nicolás Maduro au pouvoir en 2013, des élections très contestées ont eu lieu et d’énormes manifestations violentes ont eu lieu. Les États-Unis et l’Union européenne ont imposé des sanctions économiques et plus d’un million cinq cent mille Vénézuéliens ont émigré depuis 2014. Il s’agit d’une révolution à l’envers pour la République bolivarienne du Venezuela. Un pays qui a été considéré comme un possible modèle de socialisme après l’arrivée de Chavez au pouvoir en 1999, mais cela était surtout avant sa mort et la crise économique et politique.

La rente pétrolière et la dépendance

Avant 2013, le Venezuela était le pays le plus riche d’Amérique du Sud grâce à ses immenses réserves pétrolières. Le PIB par habitant était l’un des plus élevés parmi ses voisins et le taux de pauvreté a commencé à baisser à partir de 2005. Cependant, contrairement à certains pays pétroliers comme l’Arabie saoudite ou le Qatar, le gouvernement a déclaré qu’il voulait partager une partie de la rente pétrolière avec les populations les plus modestes grâce à des programmes de redistribution. Malheureusement, tout dans ce pays a été financé uniquement par la rente pétrolière et les autres industries ont été négligées. L’agriculture et l’industrie ont disparu et il ne reste que le pétrole et l’argent du pétrole, qui représentaient jusqu’à 95% des revenus du pays. Tout devait donc être importé, y compris les médicaments et la nourriture.

L’hyperinflation et ses conséquences

L’hyperinflation est un problème courant dans de nombreux pays, et le Venezuela ne fait pas exception. Cependant, dans le cas du Venezuela, il s’agit d’un cas extrême d’hyperinflation. Si un événement similaire se produisait dans l’Union européenne, il faudrait imaginer qu’un café ou une baguette à 1€ vaudrait 12 mois plus tard 20 000€ ou 30 000€. Même si votre salaire augmentait autant, cela signifie que toutes vos économies auraient disparu. Même si vous pouviez obtenir difficilement 2000 dollars aujourd’hui, en cas d’hyperinflation, vous ne pourriez acheter qu’une fraction d’un baguette avec tout l’argent que vous avez économisé l’année dernière. Il devient donc très difficile d’économiser et dès que vous gagnez de l’argent, il perd rapidement de la valeur et vous devez vous en débarrasser le plus rapidement possible.

Les conséquences de l’hyperinflation

Les Vénézuéliens ont adopté différentes méthodes pour faire face à l’hyperinflation. La méthode la plus pratique est d’acheter des dollars ou une autre monnaie étrangère. Cependant, cela n’est pas accessible à tous les Vénézuéliens et le système est compliqué. Les personnes bien connectées peuvent obtenir des taux de change très avantageux, tandis que les autres doivent les acheter illégalement. Pour les personnes modestes, il existe d’autres solutions, comme l’achat de produits de consommation courante qui conservent mieux leur valeur, comme les œufs ou le sucre.

La nouvelle devise, le bolivar souverain

La création d’une nouvelle devise pour éliminer les zéros ne résoudra qu’un seul problème, celui de devoir transporter des kilos de papier pour payer un café. Nicolás Maduro a admis que des erreurs économiques ont été commises, mais il attribue la cause de la crise à des facteurs externes, tels que les ingérences étrangères, notamment des États-Unis, qui ont cherché à isoler le Venezuela dès l’arrivée de Chavez au pouvoir, sans pour autant refuser d’acheter leur pétrole. Bien sûr, avec Trump, cette hostilité a pris une nouvelle tournure, mais ce sont surtout les sanctions économiques américaines de 2017 qui ont aggravé la crise économique. En fin de compte, même si la nouvelle devise, le bolivar souverain, n’est pas encore en circulation, son avenir semble compromis.

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