Depuis la rentrée scolaire, les lycéen·nes se mobilisent pour dénoncer les conditions alarmantes dans lesquelles leur cours se tiennent. Leurs revendications n’ont pourtant occupé que très peu de temps d’antenne, au profit des scènes de violences autour des mobilisations. Quelles sont donc ces revendications ? Et que proposent les candidat·es à la présidentielle pour y répondre ?
0 – Intro
G – Dans ce mouvement lycéen, ce qui marque le plus les esprits, ce sont les images de violence. Ici on est devant le lycée de Clémenceau à Montpellier. Le blocage a commencé tôt le vendredi matin, il est pacifique. Les jeunes sont là pour se faire entendre, oui on a pu y voir une poubelle en feu mais bon voila, les dommages matériels sont mineurs.
M – Tout comme les cibles des coups de matraques des forces de l’ordre d’ailleurs. Des mineurs, des lycéens quoi.
G – Ces interventions de police vont occasionner plusieurs blessures chez les lycéens, des arrestations avec violence… elles vont même aller jusqu’à blesser l’auteur de ces images. Notre journaliste, percuté intentionnellement par le véhicule d’un policier
M – Bon le problème c’est que la couverture médiatique a surtout été obsédée par les violences, dont les poubelles brûlées, ont éclipsé les revendications des lycéens.… Acrimed pointe très justement que “Du lundi 28 septembre au jeudi 1ᵉʳ octobre, 13 h et 20 h cumulés, […] le traitement des « violences » en marge du mouvement a été neuf fois plus important que les causes ou les revendications du mouvement lui-même.” C’est dommage ça quand même non ?
https://www.acrimed.org/Au-JT-de-France-2-poubelles-brulees-partout (nouvel onglet)
G – Alors, oui mais… On ne va pas laisser s’exprimer des lycéens aux idées incohérentes, incompréhensibles et sûrement fausses… Enfin, j’veux dire… Les lycéens ça reste des “ado”, des “enfants”… Pas des “adultes”. Ils n’ont même pas le droit de vote. Alors bon… A un moment donné, ils la ferment et pis c’est tout.
M – Où alors… On peut se dire que des ado à qui on enseigne déjà des trucs comme les fonctions différentielles et la modélisation sur Python… C’est p’tet des cerveaux capables d’un minimum d’analyse ? Est-ce que ça permettrait pas de creuser un peu le sujet des conditions d’accueil dans les lycées ? Y a des problèmes oui ou non ? Et depuis quand ? Et si on essayait – nan mais… Je sais ça a l’air fou mais restez avec nous… Et si on essayait ensemble de comprendre les causes du mouvement lycéen ?
- Générique –
1 – Les raisons du blocages :
Que disent les lycéens :
G – OK premier truc à faire pour comprendre ce qui se passe c’est… Je sais ça va vous paraître ouf… Pour nous aussi… C’est d’écouter les lycéens :
(extrait JT discours confu)Extrait Vidéo : « Les bâtiments sont pourris. »
Le HuffPost – Des élèves du 93 dénoncent la vétusté de leur lycée dans une vidéo virale, les profs convoqués (03/2024)
0:46 : prendre la partie ou elle parle de “Pas de table pour faire cours” avec la blague de la meuf qui rentre demander des chaises
G – Non mais ça date de 2024, c’est de l’histoire ancienne. Puis c’était sur Tiktok, personne en a rien à faire. Si c’était un vrai problème ils iraient dans la rue.
M – Ah oui c’est vrai que l’extrait est un peu vieux… Mais bon t’inquiète pas, eux aussi ils ont remarqué que personne les avait pris au sérieux et ils ont commencé à bloquer leur lycée en 2026. Et ils avaient des revendications avec des mégaphones et tout :
Extrait Audio : Légende : Devant le lycée du Vigan (Gard) – Audio de Arnaud Gantier (06/10/2026)
03:07:17
https://next.frame.io/project/8034c245-aff4-443f-81ea-7f522cae9c21/view/1cf7f5b2-dffd-4a5b-a331-aa0a81f28889
(nouvel onglet)“Les élèves de terminal n’ont actuellement aucun professeur d’enseignement scientifique physique, pareil pour élèves de première, alors que cette matière compte pour le contrôle continu du le baccalauréat”
M – Hum… T’as compris quelque chose toi ?
G – Bof bof… C’était très confus… Et si on demandait plutôt à un ancien lycéen, quelqu’un de plus vieux, de plus mature… de plus pertinent – sûrement – pour nous parler des problèmes des lycées.
M – Ah oui bonne idée ! J’ai récupéré une interview de Luc Ferry qui compare le mouvement étudiant actuel avec celui de mai 68. Ça devrait pouvoir nous éclairer.
Blocage des lycées : « C’est absolument le contraire de mai 68 » (Luc Ferry) (nouvel onglet)
https://www.youtube.com/watch?v=my7AkuZ5XDI (nouvel onglet)
Radio Classique -Blocage des lycées : « C’est absolument le contraire de mai 68 » (Luc Ferry) (05/10/2026)
Luc Ferry – Professeur de Philosophie, Ministre de l’Éducation 2002-2004
0:37 : “Mai 68 n’était pas une révolution mais le discours était révolutionnaire parce que là on a à faire un discours qui est celui de la révolte, pas du tout de la révolution. C’est d’ailleurs très frappant, c’est que le discours des syndicats de lycéen, c’est un discours d’adulte. “
4:50 : “Ecoutez je suis beaucoup plus vieux que vous mais quand même quand le prof était absent mais on était fou de joie on sortait dans la dans dans la cour et on allait fumer une gauloise et on était content que le prof soit pas là tandis que là des gamins qui demandent des profs qui remplacent les absorbs mais les bras en tombent des mains”
G – Non mais il a raison là les enfants se prennent la tête avec des revendications d’adultes, qu’on comprend pas d’ailleurs. Devraient se fumer une petite clope ca leur ferait du bien.
M – Attend, dernière chance, j’ai trouvé un rapport sénatorial de juin 2025 sur le manque d’effectif dans les lycées, ainsi qu’un autre – toujours du Sénat et qui date de 2023 – sur “Le bâti scolaire à l’épreuve de la transition écologique »
G – Combien de pages les rapports.
M – Euuuh… 96 pages le premier… Le deuxième, la synthèse, 8 pages.
G – Pffff… La flemme non ?! Est-ce qu’on créerait pas plutôt un p’tit numéro vert. Les élèves appellent, on note les doléances… Pis après on demande à une IA de nous faire un résumé ?
M – Numéro vert c’est so “Premier Quinquennat Macron” quoi… On pourrait plutôt faire une plateforme en ligne.
G – Oooh c’est la bonne idée ça !
France info – Lycéens, carburants, agriculteurs, budget : Les annonces de Sébastien Lecornu (07/10/2026)
3:04 : « Les 40 000 premières contributions montrent qu’il y avait une attente. En particulier sur l’organisation du temps scolaire et sur les conditions matérielles dans les lycées. «
3:29 : « Nous avons lancé cinq chantiers pour assurer les cours lorsqu’un enseignant est absent, même si beaucoup pas en fait ces dernières années, pour améliorer les conditions matérielles dans les bâtiments, notamment face aux fortes chaleurs, pour mieux organiser les temps scolaires, pour rendre parcours sup plus transparent et intelligible et pour donner et c’est peut-être d’ailleurs la principale revendication, un cadre d’expression plus clair et renouvelé au lycéen dans une démocratie qui évolue, une démocratie vivante. »
M – Aaaaah… OK, là on comprend. En fait les lycées sont pourris et y a pas assez de profs c’est ça ? Bah fallait l’dire… Heureusement qu’on a fait une plateforme.
G – Bon, on espère que vous comprenez bien l’ironie ce cette fausse incompréhension. Les problèmes de vétusté, de manque de prof, d’emploi du temps + parcoursup que tout le monde déteste… Ça fait des années que c’est là. Les enquêtes et les rapports existent mais rien n’est fait. Du coup au bout d’un moment, faut pas s’étonner que ça pète.
2 – La vétusté des bâtiments scolaires, inadaptations du bâti
L’exemple du lycée de Luc Ferry
M – Alors on va y aller dans l’ordre. Premier problème : la vétusté des lycées. Le saviez vous, notre bon vieux Luc Ferry – celui qui fumait des gauloises, et accessoirement ministre de l’éducation sous Chirac – a étudié au Lycée Saint Exupéry de Mante-la-Jolie. Il s’agit d’un bâtiment construit dans les années 60 dont on vous montre une magnifique photo. Alors, en noir et blanc, certes. Mais ça n’empêche pas de s’apercevoir que ça sent le neuf.

forme particulière
G – Et voici la version actuelle du lycée Saint-Exupéry, on peut aller le voir sur Streetview, c’est bien le même bâtiment, on reconnaît la forme particulière ici*. Et dans cette salle, sur une image de 2010, on peut voir une fenêtre oscillo-battante typique des années 70 ce qui signifie ? A priori, pas de rénovation majeure depuis que Luc Ferry, 75 ans, était lycéen.

forme particuliere ici
M – Instant émotion : la fenêtre qu’on voit là, à peut être connue la version lycéenne de Luc Ferry. Il y a des décennies de ça, peut-être qu’il à ouvert cette même fenêtre pour crier à qui voulait l’entendre « le prof est absent ! Réjouissez vous mes camarades ! Et n’oubliez pas qu’il est interdit d’interdire. «
G – ahah il est interdit d’interdire, tellement mai 68. Mais attends le lycée de Mante-la-Jolie… y avait pas eu un truc en il y a quelques années dans ce lycée ? T’sait… Un truc choquant pendant une réforme…
M – Je sais pas
G – Hummm ça va sûrement me revenir
Problème de bâti qui touche tout le monde
M – Bref… Le lycée de Luc Ferry à l’air un peu dans son jus… Mais qu’en est-il des autres lycées de France et de Navarre ?
G – Et ben c’est pas terrible, vous avez forcément vu passer des vidéos :
Afficher sans le son pendant qu’on parle ?
LeHuffPost – Les images des lycées délabrés pour comprendre pourquoi les élèves se mobilisent (01/10/2026)
00:07 : rats
0:14 : seau d’eau par terre et les fuites
G – Les problèmes de bâtis ne se retrouvent pas que dans des lycées de banlieue parisienne. Le lycée rural du Vigan dans le Gard par exemple, est construit sur un sol granitique et schisteux qui produit naturellement du radon. Le radon, c’est un gaz radioactif qui a été découvert par Marie Curie. Et le truc, c’est qu’il faut éviter que ce gaz s’accumule dans les bâtiments. Sinon ça peut devenir un chouille dangereux… Mais, Marino, comment faire pour éviter qu’un gaz qui vient du sol ne s’accumule ?
M – Eh bien allons voir les recommandations du ministère de la santé Gilles. Elles consistent :
- à assurer l’étanchéité des sous-sols,
- à ventiler le sol en dessous du bâtiment
- à aérer les pièces en mettant en place, le cas échéant, un système de ventilation mécanique double flux (entrée-sortie).

G – Et donc… Notre Lycée du Vigan dans le Gard. Est-ce qu’il a des sols étanches et des systèmes de ventilation à double flux ?
M – Eh ben non ! On leur demande d’ouvrir en grand les portes, été comme hiver, pour aérer les classes. Stylé non ? Au moins c’est low tech.
G – Prenons maintenant le cas du lycée de Saint Clément de Rivière.
Inondations : le plafond s’effondre en plein repas dans la cantine d’un lycée de l’Hérault (nouvel onglet) https://www.youtube.com/watch?v=jUP6rbiZ3HQ (nouvel onglet)
France 3 Occitanie – Inondations : le plafond s’effondre en plein repas dans la cantine d’un lycée de l’Hérault (01/10/2026)
00:00″En plein repas le ciel tombe sur la tête de ces élèves »
G – Ce lycée est situé dans les villages plutôt riches au nord de Montpellier. D’anciens lycéens, nous ont bien indiqué que les problèmes n’étaient pas nouveaux, de la pourriture et des traces d’humidité étaient présentes depuis des années.
M – Nous on vous parles d’exemples proches de Montpellier parce que on habite dans le coin, mais c’est pas un problème local. Ca illustre bien un phénomène que l’on sait général et systémique. On a une enquête du syndicat national des enseignants du secondaire qui date de 2024 et qui conclut que seul un tiers des lycées sont en bon état.

G – C’est le premier enjeu des revendications lycéennes. Le constat c’est : les établissements ne sont même pas entretenus correctement.
M – Mais c’est pas tout. Parce que nos vieux lycées pas entretenus des années 60 doivent accompagner nos lycéens dans le 21ème siècle.
G – Un siècle qui pour l’instant cumule crises énergétiques et réchauffement climatique.
L’inadaptation climatique
M – Ce qui nous amène à reparler de canicule. Parce que oui, y a pas cours en juillet et en août… Mais la première canicule de 2026, elle est arrivée fin mai. Plus ça se réchauffe, plus longue est la période insupportable à devoir faire cours dans des classes à plus de 30 degrés.
G – Marino, on a tous chaud pareil en été, on est tous à égalité ! Dès que je prends une pause de 15 minutes dehors, j’ai chaud, comme les lycéens. Pire même, parce que j’ai pas autant l’habitude qu’eux… Vu qu’ici, c’est climatisé.
France 24 – Canicule en France : les écoles face à l’urgence de la rénovation (26/06/2026)
0:36 : “Oui, chaleur extrême. Alors pour les lycées euh pas de pas d’élèves mais des candidats puisqu’on est en pleine on est en pleine session du du baccalauréat. Donc on a transféré tout le monde on a transféré tout le monde à la cave euh puisque j’ai la chance de diriger un établissement du du 19e siècle et qui du coup euh nous a permis euh de de mettre dans des conditions qui étaient à peu près correctes dans des endroits que que nous avons redécouvert “
M – Dans cet exemple le lycée avait des solutions d’urgence, genre mettre des élèves dans la cave wtf, mais dans certains établissements les cours et épreuves ont dû se dérouler dans des conditions extrêmes. Les conditions d’apprentissage peuvent être dégradées dès le mois de mai et se poursuivre en septembre, avec pour les élèves du lycées en prime un BAC à passer en juin.
G – Donc sans modification majeure du bâti, il est probable que nous nous dirigions vers le modèle italien ou espagnol avec des vacances d’été de trois mois pour éviter les classes surchauffées. (nouvel onglet) Ou pas…
BFMTV – Le meeting d’Édouard Philippe, candidat Horizons à la présidentielle de 2027, en intégralité (05/07/2026)
01:02:26 : […] “Enfin, adaptons l’école aux besoins des enfants et non l’inverse. Ça a l’air de rien, mais c’est là aussi au cœur de la refondation de l’école. À commencer par les rythmes scolaires, des journées moins longues qui intègrent plus de sport, plus de culture, les devoirs à faire. Des vacances d’été raccourcies pour que le savoir ne se perde pas entre juin et septembre, nous avons choisi les solutions les plus pratiques pour les parents, les plus pratiques pour les professeurs, les plus pratiques pour l’industrie touristique et les plus désavantageuses pour les enfants.”
G – Du coup j’imagine que dans son programme y a un plan de 30 à 50 milliards d’euros pour adapter toutes les écoles au réchauffement climatique dans un délai resserré ?
M – Alors Renovation du bati, sur son site, je trouve pas, et dans les thèmes prioritaires je vois même pas de volet écolo, donc bon….
L’inadaptation économique
G – Super ! Donc : des lycées vieillissants et pas entretenus, des lycées pas adaptés au climat qui se réchauffe… On en arrive à notre dernier point au sujet des bâtis: des lycées pas adaptés aux crises énergétiques à répétition. Le problème ici c’est que les régions – responsables du fonctionnement des lycées – galèrent à payer les factures de gaz pour le chauffage en hiver.
M – La facture énergétique des lycées métropolitains est passée de 271 millions d’euros en 2020 à 388 millions d’euros en 2022 pendant la crise énergétique, soit une petite hausse de 43%. Depuis, les prix restent à un niveau élevé et les tensions en Iran, au Yemen et en Ukraine menacent de faire exploser les prix pour l’hiver 2026-2027. Aïe.
G – Les programmes de sobriété énergétique, comme chauffer maximum à 19 degrés dans les lycées, avec des systèmes de chauffage vieillissant pas efficaces… ça donne rapidement des températures très inférieures dans les classes.
G – Et je sais pas si vous avez essayez de bosser à un bureau par moins de 19 degrés ? Faîtes le test… Une heure ou deux sans bouger… Y a intérêt à avoir un bon plaid sur les genoux et une tasse de thé bouillante à portée de main… Perso je fais ça de temps en temps pour économiser en chauffage… Et ben je peux vous dire que ça caille sa race.
M – Ouais mais toi t’es tout vieux… Les p’tits jeunes c’est pas pareil, eux ils peuvent tenir. Pis ça les endurcis un peu c’est bien !
G – Ah oui c’est comme leur mettre des coups de matraque tu veux dire ? C’est pour leur bien en fait ?
M – Exactement !
G – Le résultat des mois de froid en hiver, des mois de chaud en été, c’est que les lycéens actuels ont connu une dégradation de leur confort thermique. C’est sans équivalent avec les lycéens des générations précédentes.
Un manque d’investissement criant
M – L’adaptation des bâtiments à ces nouveaux environnements est lente, puisque seuls 14 % des lycées sont aux normes d’isolation BBC des années 2010, qui sont l’ancêtre de la norme RE 2020. Comme au total, les lycées publics représentent 52 millions de mètres carrés, ça fait un gros, très gros budget, s’il fallait faire des travaux.
G – Rénover 86 % des surfaces à hauteur de… allez disons 1 000 € du m2 en moyenne pour une rénovation ambitieuse mais pas luxueuse, on arrive à un budget de 45 milliards d’euros pour les lycées uniquement. Ça fait une grosse pile de billets pour des régions qui ont déjà du mal à payer les factures de chauffage !
M – Mais… Pour investir, les collectivités ont accès à la dette non ? Parce que, si je me souviens bien, y a une règle d’or pour les collectivités locales: interdit de s’endetter pour financer les dépenses courantes. En revanche, si c’est une dépense d’investissement, comme un bâtiment à construire ou à rénover, là c’est 100% autorisé de s’endetter. Alors qu’est-ce qui bloque ?
G – Et ben ce qui bloque c’est qu’une fois l’emprunt signé, il faut trouver des recettes pour le rembourser. Le budget nécessaire pour le remboursement et les intérêts ne peut pas venir de la dette. Alors, quand il s’agit d’une rénovation thermique, y a moyen de faire des économies d’énergie qui permettent de dégager un peu de budget… Mais c’est pas forcément aligné sur les coûts d’emprunts.
M – Et puis qu’est-ce qui se passe si les travaux prennent du retard ou si le prix des matériaux augmente ? Pour encaisser sereinement le risque financier associé à des travaux aussi importants, les régions doivent avoir les reins solides niveau budget. Or, elles n’ont plus vraiment de capacité à lever l’impôt. Elles sont quasiment 100% dépendantes des dotations de l’État.
G – En gros, une bonne partie de leur budget vient de transferts dont les montants sont votés chaque année dans le projet de loi de finance de l’État. Si l’État décide de réduire les transferts aux régions, leur budget peut passer dans le rouge… Dans ces conditions, c’est pas étonnant qu’elles n’osent pas se lancer.
M – Et puis, les budgets des régions sont déjà très à risque dans le contexte actuel de crise énergétique à répétition. Parce qu’elles doivent payer pour : les factures de gaz des lycées ET pour les factures d’essence et d’électricité des transports publics : les bus et les trains régionaux…
G – Donc les régions qui ont un peu d’argent, peuvent faire des mini-plan pour mettre des mini-pansements avec quelques mini-millions ici et là. Par exemple, le plan de 10 millions de la région occitanie. Un montant qui devrait être divisé entre 120 à 150 lycées ce qui nous donne, accrochez vous… Moins de 100 000€ par lycée.
M – 100 mille balles ça rénov quoi ? 100m2… Donc deux classes à tout casser. Faut un petit lycée quoi
G – Oui ou alors ça permet d’installer des voiles d’ombrages, des filtres UV, des ventilateurs, et puis voilà. Ca ira pas beaucoup plus loin que ça. Pour une mobilisation historique, en occitanie, une région particulièrement touchée par la chaleur, est-ce que c’est bien à la hauteur ? Pas sûr.
M – Donc, c’est bien de l’État que l’argent doit venir, ou alors il faut donner aux régions la capacité de lever de l’impôt.
G – Alors lever l’impôt, c’est plutôt l’inverse qui se passe. Mais, l’état propose des subventions et crédits à taux réduits aux régions. Il y a grosso-modo deux mécanismes mis à leurs disposition : Edurenov (des prêts à taux réduits) et le Fond Vert (des subventions). Et puis, sur le site du Fond Vert, on apprend que : « A partir de 2024, les travaux visant l’amélioration du confort d’été deviennent éligibles, afin de répondre à l’augmentation des vagues de chaleur. »
M – Wow ! On a le droit d’améliorer le confort d’été depuis 2024 ! Alors que l’accord de Paris date de 2015… Qu’est-ce qu’on a de l’avance !
G – Ah bah on est à la pointe ! En gros, avec les aides de l’état plus ce que sont capables de mobiliser les régions par elles même, le budget actuel pour rénover les lycées c’est 2.5 mds par ans. Sachant qu’il faut compter environ 45 mds pour tout rénover… A ce rythme là, on y sera dans 18 ans.
M – Demain finalement. De quoi on se plaint ?
3 – Absence de professeur
Des absences plus fréquentes
M – La deuxième grosse source de revendication des lycéens, ce sont les absences de professeurs.
G – Et là j’avoue… J’pense qu’ils se foutent de notre gueule ! Moi, de mon temps, quand le prof était absent, c’était la folie !
M – Toi aussi tu allais te griller une gauloise ?
G – Alors je suis vieux mais j’ai pas 75 ans quand même ! Et alors pourquoi ils sont absents ces profs aussi ! Ils ont pas assez de vacances ?!
M – Eh ben on a la réponse dans un rapport de 200 pages du Sénat qui s’intitule : « Des enseignants de plus en plus irremplaçables : une politique à revoir ! »

M – On y apprend que : A/ depuis 2018, il y a de plus en plus d’absence (comme quoi, les lycéens savent de quoi ils parlent), B/ qu’il y a une croissance des absences non remplacées et C/ que ça ne passe pas inaperçu aux yeux des familles qui sont loin de ressentir de la joie quant au fait que leurs enfants ne peuvent pas étudier dans de bonnes conditions. Mais alors pourquoi il y a plus d’absence et moins de joie ?

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G – Plein de très bonnes raisons : il y a le vieillissement des enseignants, qui entraîne des absences maladies plus fréquentes et plus longues. La féminisation de la profession, qui entraîne des congés maternités, et la dégradation des conditions de travail parce qu’il ne faut pas oublier que les profs bossent dans les lycées vétustes, devant 30 à 35 élèves, en plus ils sont plutôt mal payés on va en reparler… Conséquence : une satisfaction au travail qui se dégrade et qui est déjà plus faible que le reste des salariés français !
M – Eh là vous allez nous dire…
G – Ah bah voilà ! C’est bien les fonctionnaires ça ! Sécurité de l’emploi, des mois de vacances, mais il suffit qu’il fasse un peu froid, un peu chaud, un peu de radon, un peu trop d’élèves à superviser et pouf… Y a plus personne !
M – Et donc il est important de préciser, que malgré tout ça, le rapport – dont la rédaction a été supervisé par un Sénateur LR – nous dit que les profs sont moins absents que les salariés du privé. Autrement dit, il sont moins satisfaits, mais ils sont moins absents… Donc non, c’est pas un problème d’absentéisme des fonctionnaires.
G – Non d’un chien ! Les profs ne seraient pas des feignants ! Alors celle-là j’m’y attendais pas.
Dégraisser le mammouth
M – Mais alors : pourquoi on les remplace pas tous ces profs absents ?
G – Et ben c‘est parce que pendant des années la volonté politique c’était de « dégraisser le mammouth ». Vous vous rappelez de Claude Allègre ? En 97, bien avant d’être ouvertement climatosceptique, il a été ministre de l’éducation nationale.
M – Pour lui à l’époque, dégraisser le mammouth ça voulait dire virer des fonctionnaires dans l’administration, “ceux qui servent a rien”. Il ne voulait pas nécessairement toucher au nombre de profs.
INA – Claude Allègre et le dégraissage du mammouth (29/06/1997)
00:01 – En parlant justement de la lourdeur de l’administration, Vous avez ému un peu tout le personnel de l’éducation national en disant qu’il faut « dégraisser le mammouth »
G – Mais ça n’a empéché Sarko dégraisser à volonté au niveau des profs : Comme le raconte Emilien Luiz dans Le Monde. « Entre 2007 et 2012, la chute fut d’environ 55 000. » Et ça ne s’est jamais résorbé, « Au terme du quinquennat Hollande, en dépit de 13 500 enseignants en plus, le déficit restait de 42 000. Cinq ans plus tard, malgré les 10 000 recrutements du premier quinquennat Macron, 32 000 enseignants manquaient encore dans les écoles, les collèges et les lycées publics par rapport à 2007. »
M – Donc il y a eu une sèche très forte, et on en voit les résultats aujourd’hui dans les chiffres du ministère de l’éducation : Le lycée général à vu le nombre moyen d’élèves par classe passer de 27,9 en 2000, à 30,3 en 2023.

(Ministère de l’Education nationale, Site web1) (nouvel onglet)
Un problème qui empire
G – Donc on a des profs absents + de moins en moins de postes d’enseignants. Alors oui, il ya eu cette volonté de dégraisser le mammouth mais en fait… c’est pas la seule raison. Parce que, rien que pour maintenir les effectifs, quand un prof part en retraite, il faut recruter un p’tit jeune pour le remplacer. Et il va falloir le faire de plus en plus vu qu’on a dit que la profession est vieillissante.
M – Or, en 2025, la sénatrice Agnès Evren s’inquiétait de la diminution de 4% du nombre de candidats aux concours de prof. Alors peut-être que les potentiels candidats sortent du lycée depuis pas si longtemps et qu’ils se souviennent du toit qui manquait de s’effondrer sur leur tête. Tu m’étonnes que ça ne donne pas envie d’y retourner. Mais plus ce qu’on peut observer plus facilement, c’est la perte de pouvoir d’achat des profs qui se concentre sur les nouveaux entrants dans la profession.
G – C’est ce que montre assez clairement le graphique suivant produit par le collectif « Nos services publics ». Le pouvoir d’achat de Maxime, le dernier recruté, est inférieur et se dégrade comparé à celui de Sophie et de Nadia. Pourquoi ?

M – Parce que Maxime, déjà t’es jeunes, alors s’il te plaît, profite de ta jeunesse au lieu de râler. Et Maxime, baisse les yeux quand on te parle aussi. Nan mais j’te jure ces jeunes… Aucun respect.
G – Ce qu’explique ce rapport c’est que en gros, le gouvernement à préféré dépenser des sous en augmentant le salaire des profs expérimentés… Mais pour éviter de trop dépenser, le gouvernement à gelé le point d’indice, autrement dit : les salaires ne sont plus ajustés sur l’inflation. Du coup, le jeune prof 1/ son salaire n’a pas augmenté mais en plus 2/ l’inflation lui a grignoté du pouvoir d’achat.
M – Bon, dans un contexte de dégraissage de mammouth, profs absents et attractivité du métier en baisse, la solution apportée depuis une dizaine d’année c’est celle du recrutement de contractuels. Le contractuel, c’est un prof en CDD d’un an recruté sans concours. Si ces postes sont devenus si populaires c’est que pour l’administration c’est une solution pansement idéale. C’est de la dépense à court terme, aucun engagement, c’est pratique…
G – Pour les travailleurs, il y un intérêt aussi puisque les contractuels choisissent l’établissement où ils postulent. Ce qui est un gros avantage !
M – Ce mode de recrutement permet de pallier le manque de profs dans certaines zones plutôt attractives. Un lycée plutôt calme à Nice, n’aura pas de mal à trouver quelqu’un pour faire le travail. Mais dans les lycées de banlieue parisienne ou les lycées ruraux un peu éloignés, les contractuels ne viennent pas, du coup, pas de remplacements. Du coup, inégalités d’enseignement accrues…
4 – Les réformes sous Macron
Les problèmes d’emploi du temps bien identifié
G – Et là vient le sauveur de l’éducation nationale : Jean-Michel Blanquer, ministre mais aussi chanteur IA
50:18 : Chanson blanquer
M – Bon il a été ministre de 2017 à 2022 ! 5 ans quand même. En 2018 il a instauré sa Réforme du lycées, son ambition c’était de donner de l’autonomie aux élèves et aux établissements. Il le disait à l’époque et il le dit encore maintenant :
RCF Notre Dame – Parcoursup, colère lycéenne : Jean-Michel Blanquer défend ses réformes (19/10/2026)
15:02 Cette réforme du lycée entre autres aspects, elle est une réforme de l’autonomie parce qu’elle met le lycée en situation de faire des choix15:47 Le problème en France, c’est que très souvent on réclame l’autonomie mais que l ‘on veut que les avantages qui finalement consistent à dire « Je fais ce que je veux », mais on n’assume pas vraiment les conséquences.
Les cours à la carte – autonomie des élèves
M – La réforme Blanquer c’est en réalité 2 réformes. La première des deux c’est de supprimer les filières Littéraire, Science et Économique Sociale, pour aller vers des cours à la carte. En effet ça donne de l’autonomie, on peut choisir. Le problème ce sont les conséquences, puisque cette réforme vient percuter une des plus grande particularité du lycée français.
G – Éric Charbonnier, un économiste qui travaille sur l’étude PISA, nous dit qu’en France « Les lycéens suivent 1 224 heures de cours par an, contre 960 en moyenne dans l’OCDE. Sans compter que ces heures sont concentrées sur 36 semaines contre 38 semaines en moyenne. » Autrement dit, les lycéens français sont surchargés d’heures de cours.
M – Au passage, ces heures en plus :
- de un, elles n’ont pas prouvé leur efficacité.
- de deux : elles augmentent le budget de l’éducation nationale. Parce que plus d’heures, c’est plus de salaire de prof
G – La réforme de Blanquer ne change pas le grand nombre d’heures des lycéens par contre, elle complexifie grandement les emplois du temps. Pour comprendre, imaginez que vous ayez deux élèves : les deux cours de spécialité du premier sont Histoire et Science. Pour l’autre, c’est Littérature et Science. La seule contrainte c’est que vous ne pouvez pas placer le cours de Science en même temps que celui d’Histoire et de Littérature. Facile.
M – ça va ça fait un carré.
G – Mais si vous avez un troisième élève qui choisit : Histoire et Littérature… Comment on fait ? Comme ça ! Vous voyez ce que l’on à créer ici ? UN trou ! Et on l’a fait avec 3 élèves et 3 spécialités. Si on ajoute des contraintes, par exemple n’avoir qu’une salle qui permet de faire les cours de science, ou un manque de profs… alors on créer encore plus de trous. Des petits trous si on a de la chance, des grands trous la plupart du temps.
Le Parisien – Pas de pause déj’, des cours à 7h30… Les emplois du temps délirants de ces lycéens de l’Essonne (05/09/2024)
0:43 :” on a un élève qui trois fois par semaine termine à 19h qui a 20 pour manger le lundi le mardi et qui le jeudi a une 2 3 4 5 heue de trou. il y a des élèves qui ont 5 de mat d’affilé dans une journée et un collègue qui fait des cours à 35 et 4 heur d’affilé on peut pas faire du bon boulot c’est pas possible”
RCF Notre Dame – Parcoursup, colère lycéenne : Jean-Michel Blanquer défend ses réformes (19/10/2026)
16:10 Enfin, je pense que avoir 2 ou 3 heures de permanence parfois dans la journée, c’est pas forcément une mauvaise chose en soi.
M – Okay. Donc, on est d’accord, la première partie de la réforme blanquer obtient la mention feu de poubelle.
Un système d’évaluation – autonomie des lycées
G – On passe à la deuxième facette de la réforme Blanquer : le système d’évaluation du BAC. Désormais, on est sur une évaluation hybride : 40% de la note se fait en contrôle continu pendant l’année, et 60% sur l’examen final.
M – Avant de vous expliquer les conséquences de ce changement de notation, il faut comprendre un peu l’origine du mouvement social. On raconte souvent que le mouvement des lycéens est parti de Créteil, du lycée Saint Exupéry. Alors c’est vrai, mais c’est vrai pour l’Hexagone. En fait, les mobilisations ont commencé dès la rentrée à Mayotte le 31 août.
« En Guadeloupe, des mobilisations lycéennes ont lieu quasiment tous les ans autour des mêmes problématiques, comme ce fut récemment le cas à Mayotte et en Guyane, avant même le début des mobilisations dans l’Hexagone. »A partir du 21 septembre, le mouvement s’est également étendu à d’autres territoires, notamment à la Martinique, à La Réunion et à la Guadeloupe.
M – Et c’est vraiment pas une coïncidence si ça a démarré dans un territoire d’outre mer, puis que ça a suivi à Créteil… Le point commun c’est : quartier populaire.
G – Dans cette note de l’IPP par exemple, on lit que le taux de remplacement des professeurs absents dans le secondaire est de “93 % pour l’académie de Créteil, 94 % pour celle de Versailles et 97 % pour l’académie de Paris.”

« Les revendications mises en avant dans l’Hexagone, et plus spécifiquement dans les quartiers populaires, résonnent beaucoup dans les territoires d’Outre-mer depuis de nombreuses années », poursuit le chercheur. […] Dans les territoires ultramarins, ces difficultés s’ajoutent à « des coupures d’eau » à répétition, ainsi que des « interrogations sur la mise aux normes parasismiques des bâtiments ».A cela s’ajoutent un manque de places en internat, ainsi que des transports en commun peu développés et desservant mal les établissements scolaires.”
M – Bref vous avez compris, et je pense que tout le monde en a conscience : tous les établissements scolaires ne sont pas égaux. Donc les conditions de travail ne sont pas égales pour les élèves.
G – Et face à ces inégalités déjà criantes, que vient faire la réforme Blanquer du lycée ?
M – Eh bah rien… Elle ne cherche pas à les corriger. En revanche, si on additionne Blanquer + Parcoursup là… On vient toucher aux inégalités entre lycées. Et pas dans le bon sens bien-sûr puisqu’on vient les aggraver encore davantage !
G – Deja les parcours sont moins lisibles : mettons vous finissez votre seconde vous hésitiez entre des études de cinéma et de médecine pour après le BAC. En vapotant votre gauloise vous vous demandez : quelle combinaison de spécialités prendre à la rentrée prochaine pour être sûr de se fermer aucune porte.
M – A notre époque, on vous aurait juste conseillé de faire S… Alors c’était un problème parce qu’il y avait clairement une filière de l’excellence, mais ça avait au moins le mérite d’être clair. Alors aujourd’hui… Ben, bon courage.
G – Ajoutez à ça : ParcourSup, une plateforme qui a été créée en 2018, plus ou moins en même temps que la réforme de lycées de blanquer, mais cette fois par la ministre de l’enseignement supérieur, Frédérique Vidal.
M – Et alors là le problème c’est que chaque établissement du supérieur – même les facs, ce qui n’était pas le cas avant – peut choisir de pondérer les notes des élèves selon sa filière (générale ou technologique par exemple), ou même, selon son lycée d’origine par un moyen détourné. Donc un 15/20 de filière générale à Henri IV du 5e arrondissement ne vaudra pas pareil qu’un 15/20 de filière techno du lycée Saint Exupéry à Créteil. Et chaque établissement peut choisir de pondérer comme il veut.
Le fonctionnement de la plateforme soulève également des interrogations : « La discrimination est difficile à prouver. Mais dans les Outre-mer comme dans les quartiers populaires, cette sélection nourrit l’inquiétude que les élèves ne sont pas considérés à travers leurs capacités à cause de leur origine géographique, et renforce le sentiment d’être traité comme des citoyens périphériques », estime [le sociologue] Pierre Odin.
M – Ce système de sélection opaque couplé au stress des étudiants qui doivent choisir leurs spécialités dès la 1ere, et qui doivent parfois attendre des plombes sur des listes d’attente avant d’être sûr de leur affectation (alors que le système d’avant ParcourSup, loin d’être parfait, avait au moins le mérite de donner une réponse en quelques secondes) ça explique le stress décrit pas les lycéens. Et le fait que certaines familles qui en ont les moyens aient recours à des “coach privés Parcousup” pour aider les enfants à faire leur demande.
G – Ouais quand on en arrive à ce que des gens fassent du business sur l’échec d’un service public, c’est qu’on est bien empêtré dans le problème.
Un échec annoncé – mouvement lycéen de mantes la jolie
M – Bon la réalité c’est que ces effets de la réforme Blanquer et de la création de ParcourSup, ils étaient attendus. Rappelez vous, en 2018, en plein dans les mouvements des Gilets Jaunes, les lycéens et les étudiants avaient rejoint les cortèges.
G – A l’époque, la réforme des lycées allait bientôt être instaurée, les lycéens étaient stressés parce qu’ils n’avaient pas beaucoup d’info sur quels lycées allaient proposer quelles spécialités, comment allait se passer le BAC aussi.
M – Mais ce qui est intéressant à voir c’est que déjà avec les informations connues à ce moment là, les craintes exprimées sont vachement similaires à ce qu’on vous décrit aujorud’hui
Mediapart – Pourquoi les lycées rejoignent le mouvement social (05/12/2018)
Erwan Le Nader, Président de l’Association des Professeurs de SES
8:35 : ”Et nous ce qu’on analyse en tant que l’association des professeurs de sciences économiques et sociales c’est que ces réformes là vont dans le sens d’un accroissement des inégalités sociales face parce que voilà ce que vous expliquez fait que les moins dotées fin dont les parents seront les moins alerte et oui et les cours ou et qui va savoir de quel sera le bon choix de disciplines à faire pour pouvoir accéder à telle formation de l’enseignement supérieur ce seront les initiés ce seront ceux qui auront finalement le cas mais l’information et des inégalités vont se créer des inégalités également territoriales parce que actuellement dans les petits lycées de france le choix de discipline va être extrêmement restreint”
G – Qui aurait pu prédire
M – Et déjà à l’époque il y avait eu des répressions violentes sur les jeunes. On se souvient de ces images de lycéens les genoux à terre, avec les mains sur la tête.

Le Monde – Mantes-la-Jolie : images choquantes de lycéens interpellés par la police (06/12/2018)
0:14 : “voilà une classe qui se tient sage”
Puis peut être des images de tout début de la vidéo, les élèves contre le murs et c’est écrit “mantes la jolie”
G – Et derrière, attends ce bâtiment là… ça me dit quelque chose !
M – C’est normal… c’est le lycée de Saint-Exupéry.
G – Ah mais oui, c’est juste devant le lycée de Luc Ferry ça ! Hallucinant !
M – A quelques décennies près, ça aurait pû être lui, a genou dans la boue.
G – En tout cas, le parallèle est total. En 2018, au début de la présidence de Macron, le pays était déjà en révolte et les lycéens avaient bien compris que les réformes misent en place allaient accroître les inégalités, et n’allaient pas répondre à leurs inquiétudes quant à leur avenir.
M – Déjà à l’époque ils n’avaient pas été écoutés et violemment réprimés. Aujourd’hui la répression est encore plus massive, encore plus déchaînée.
G – Donc quand 7 ans plus tard, au lendemain des mobilisations du 17 octobre 2026 Macron répond au nouveau mouvement lycéen en disant :
Emmanuel Macron – Adresse aux Français. (18/10/2026)
4:35 : “Je comprends nos lycéens et nos étudiants, ils sont au cœur de mon engagement politique depuis plus de 10 ans. Leur parole doit être entendue sans a priori et sans minimiser les difficultés.”
M – On en doute un peu quoi
5 – Et alors quoi pour la suite ?
M – Bref, vous l’avez compris, l’éducation secondaire a été trop longtemps négligée.
G – Manque d’investissements d’entretiens, manque d’adaptation aux changements climatiques, manque de moyens pour s’adapter à la hausse du prix de l’énergie, mais aussi manque de valorisation du poste de professeurs…
M – Et encore, on n’a pas parlé de tout, par exemple du manque de personnel médico-sociaux.
G – Et pour être sûr qu’on ait aucune amélioration, une bonne grosse répression lorsque les concernés se mobilisent.
G – Mais ne vous en faites pas y a de l’espoir !
M – Dans 6 mois on a les élections présidentielles, et c’est l’occasion d’élire une nouvelle personne, un nouveau programme, une nouvelle méthode, un ou une nouvelle monarque.
G – Donc c’est parti pour un petit tour d’horizon de ce que proposent les candidats. Tous les programmes définitifs ne sont pas encore nécessairement sortis, mais on connait quand même la position de la plupart d’entre eux.
M – On pourrait etre tenté de juste regarder le chapitre “Education” de chaque candidat, voir leur allocution récente, et vous en faire un résumé. Mais ce serait passer à côté d’une analyse de fond de leur programme.
G – Parce que l’Éducation c’est un service public, et un service public ça se finance. Si tous les candidats sont plus ou moins d’accord pour dire que faut mieux payer les enseignants – ce serait mal venu de dire le contraire ces temps – ci – la question est “d’où veulent-ils sortir l’argent” ? Et à cette question on a 3 types de réponse, et on vous présente donc les 3 teams.
M – La première team de candidat à une philosophie économique dont on a déjà parlé : il faut dégraisser le mammouth. Pour réduire le déficit et la dette, il faut couper sévèrement dans certaines dépenses, mais en même temps on ne veut pas augmenter les impôts. Donc si le candidat annonce qu’il veut augmenter les salaires des enseignants, c’est qu’ils veulent couper dans une autre dépense public.
G – Dans cette team on a Marine Le Pen par exemple.
Conférence de presse de Marine Le Pen – La trajectoire financière de mon quinquennat (06/10/2026)
32:25 : « Nous conforterons le budget de l’éducation nationale. Nous utiliserons les marges de manœuvre liées à la baisse de la démographie pour augmenter les enseignants et pour rattraper le retard considérable de niveau que nous avons accumulé. »
G – C’est une mesures que vous allez entendre à toutes les sauces pendant les élections : récupérer du budget pour rénover les lycées et / ou mieux payer les profs en utilisant la démographie. Une idée nouvelle et innovante, du jamais vu…
INA – Claude Allègre et le dégraissage du mammouth (29/06/1997)
vers la fin de la video : “les problèmes démographie vont etre utilisés pour moduler la qualité”
G – L’idée est la suivante : comme les français font de moins en moins de bébés… Y a de moins en moins d’étudiants… Et c’est vrai ça, on le voit sur ce graphique. Donc, si on maintient le budget de l’éducation constant et qu’on maintient nos 30 élèves par classe, on va pouvoir virer des profs… Ce qui va libérer du budget pour rénover les bâtiments et / ou mieux payer les profs.
M – Sauf que non ! La France est déjà à la traîne dans son enseignement par rapport aux autres pays européens : à la fois en termes de résultats et d’inégalités. Ce que les chercheurs proposent pour résoudre ce problème c’est de ne surtout pas réduire les effectifs, au contraire ! Selon eux, il faudrait embaucher et investir pour permettre – d’ici 15 à 20 ans – la création de plus d’emplois qualifiés, plus de PIB et donc plus de recettes fiscales.
G – Mais bon dépenser plus, c’est pas le plan de notre team numéro 1, qui parle plutôt de mettre en place une règle d’or budgétaire, comme LePen par exemple.
M – On rentre pas dans le détails de cette règle ici mais en gros ça veut dire que au moment du vote du budget, il y a un seuil de déficit qu’il est interdit de dépasser. On doit se serrer la ceinture, ce serait inscrit dans la constitution. Et ce serrage de ceinture passerait par moins de dépenses :
Conférence de presse de Marine Le Pen – La trajectoire financière de mon quinquennat (06/10/2026)
22:36 : “Les dépenses de l’État seront diminuées tout comme celle de la politique de la ville, des associations sans lien avec l’intérêt général ou encore l’aide publique au développement. […] L’ensemble de ces politiques de rationalisation aura pour conséquence une diminution du nombre d’agents publics nécessaires. Si certains seront réaffectés pour augmenter le service aux usagers, d’autres ne seront pas remplacés lors de leur départ à la retraite.”
G – Cette règle d’or on la retrouve aussi chez Retailleau. Lui propose de profiter de la démographie pour mieux rémunérer les profs, mais sans mettre un sous de plus dans l’éducation nationale. Donc on garde les classes surchargées.
M – D’ailleurs il propose aussi de donner plus de liberté aux établissements scolaires, avec la création de : « 1 000 établissements publics innovants d’ici 2032, libres de leurs moyens, comptables de leurs résultats. »
G – “ils auront totale liberté dans le recrutement de leurs professeurs, l’organisation des cycles et leurs méthodes pédagogiques, avec autorisation de déroger aux programmes”
M – Bon, rien de tout ça ne fait partie des revendications des syndicats d’élèves, de prof ou de parents d’élèves…. Et puis on est bien curieux des moyens de contrôle qui vont être mis en place pour faire en sorte que ça n’accentue pas davantage les inégalités territoriales, mais ok.
G – Du coté de Edouard Philippe, voila les mesures pour l’éducation sur son site officiel. Lui aussi veut financer l’augmentation de la rémunération des professeurs uniquement avec les changements démographiques, sans mettre d’argent supplémentaire dans la machine. Donc ça veut dire virer des profs pour mieux payer ceux qui restent :
Edouard Philippe, 5 juillet 2026 (https://youtu.be/47nyySxqwb8 (nouvel onglet))
BFMTV – Le meeting d’Édouard Philippe, candidat Horizons à la présidentielle de 2027 (05/07/2026)
1:02:08 : »Faisons, mes amis, de la transition démographique qui va voir notre école perdre un million d’élèves dans les cinq années qui viennent. Faisons de cette transition démographique une chance pour mieux payer les professeurs, revoir le fonctionnement du périscolaire, rénover nos établissements scolaires.”
M – Et on dit qu’il veut pas mettre d’argent en plus parce que lui aussi veut une règle d’or budgétaire sans augmentation d’impôts, avec une coupe dans les dépenses et en ne remplaçant pas les fonctionnaires retraités.

G – Au suivant ! Gabriel Attal.
Gabriel Attal, 30 mai 2026 (https://youtu.be/14b_50A9Zy8 (nouvel onglet)?)
30:44 : « Et je prends un autre engagement, ces moyens supplémentaires qui seront dégagés par cette baisse démographique devront aussi servir à mieux rémunérer nos professeurs. Nous avons commencé à le faire, il faut aller plus loin Ces moyens, mes amis, nous permettront de recruter et de mieux payer les AESH essentiels à l’école, vraiment inclusives pour tous nos élèves alors pour résumer les économies sur les dépenses de fonctionnement aujourd’hui oui les économies sur sur le dos de nos enfants, sur le dos de notre avenir.
M – Bon lui aussi est pour la règle d’or budgétaire

G – Finalement on aura pu appeler cette équipe “la team règle d’or”
M – Oui, mais après faut trouver un nom pour chaque équipe c’est chiant.
G – Ohh aller ça peut être marrant, et ludique !
M – Bon d’accord on va essayer de trouver des noms à toutes les équipes…
G – Roh, cool !
M – Bon donc, pour respecter cette regle d’or, dans son programme prévoit tout de même que “toutes les administrations participent à l’effort collectif”, et prévoit de couper sévère dans les “dépenses sociales” pour prioriser l’éducation et l’écologie et la défense. Donc ça veut forcément dire moins de santé, moins de retraite.
G – Voilà on a survolé un peu leur idéologie, il y a des nuances quant aux méthodes employées mais vous l’aurez compris, cette première team aime la rigueur budgétaire sans hausse des impôts.
M – Et là rappel – c’est dans notre dernier épisode – Macron a supprimé 50 milliards d’€ de recettes publiques sans aucun boost sur l’activité économique ! Est-ce qu’on remettrait pas les impôts que Macron a supprimé pour retrouver du budget ? Pour la team règle d’or la réponse est :
Video Hitler Nein Nein Nein
G – Ensuite on a une deuxième team, elle c’est facile de lui trouver un nom, on va l’appeler : la team “c’est pas clair”. Et dedans on a Glucksmann.
M – haha c’est marrant
G – Bah quoi
M – Glucksmann, cap clair, c’est pas clair…
G – ah oui tiens c’est balo.
M – Bon Glucksmann contrairement aux candidats de la Team Regle d’Or, il dit aimer les services publics et il veut les renforcer.
G – Il a pas encore de programme publié, mais sur le site de place public on voit qu’ils veulent “refonder les services publics”.

TF1 – Raphaël Glucksmann annonce être candidat à la prochaine présidentielle dans LE20H (23/08/2026)
8:30 : « Et bien moi ce que je propose c’est un plan sur 5 ans de sauvetage de de l’école publique. D’abord la hausse de la rémunération et du salaire des enseignants. Ensuite la diminution du nombre d’élèves par classe en primaire. Vous rendez compte on est le pays qui a le plus d’élèves par classe en primaire en Europe. Ensuite la rénovation du bâti scolaire parce que 30 % des écoles sont aujourd’hui délabrées ou insalubres. Et enfin, la formation continue des enseignants. On doit remettre l’école au cœur de la République française. »
G – Alors c’est top mais niveau financement pour l’instant nous, ça nous parait pas clair. D’où le fait qu’il soit dans la catégorie “pas clair”.
M – On n’a pas encore de programme précis donc on doit se baser sur ses déclarations. Par exemple, Glucksmann est pour la taxation des gros héritages qui selon lui pourrait rapporter 15 milliards ! On peut se dire que c’est une mesure intéressante pour faire rentrer de l’argent dans les caisses et le réinvestir dans des services publics par exemple.
G – Sauf que pour lui, cette entrée d’argent servira à financer une baisse généralisée des cotisation sociales. C’est le coup de réduire l’écart entre le brut et le net.
TF1 – Raphaël Glucksmann annonce être candidat à la prochaine présidentielle dans LE20H (23/08/2026)
7:16 : » Nous augmenterons la rémunération nette des travailleurs et comment nous financerons ça ? Comment nous financerons cette baisse des prélèvements sociaux sur les salaires des Français ? Et bien en taxant davantage les méga héritages, les 1 % les plus gros. 99 % deshéritages ne seront pas affectés. Les 1 % les plus gros ça nous permettra de récupérer 15 milliards d’euros que nous transférerons directement sur la fiche de paix des travailleurs français. »
G – Soit dit en passant, rien ne prouve que baisser les cotisations sociales fasse augmenter le salaire net. Parce que moins de cotisations, c’est un cadeau aux entreprises et donc… Comment vont elles utiliser ce cadeau ? En augmentant les salaires ou en augmentant les dividendes. Le doute m’habite.
M – Voilà donc c’est pas clair. Faudra attendre d’avoir la version finale de son programme pour voir si on a loupé un détail, mais pour l’instant on ne sait pas quelle méthode il va employer pour financer son plan de sauvetage de l’école publique.
G – Est ce qu’il va couper d’autres dépenses publiques, si oui lesquelles, ou bien aller chercher de nouvelles recettes ?
M – Et enfin la 3e et dernière team… Euuuh chais pas, “la team bravo les services publics” ?
G – Oui peut-être que c’était pas une bonne idée les noms de team…
M – Oui tu sais moi j’ai jamais d’inspi pour ce genre de trucs..
G – Bon c’est pas grave, l’idée est là ! Cette équipe est soucieuse de mieux rémunérer les profs et de répondre aux revendications des manifestations tout en prenant au sérieux la dette de la france qui s’accentue chaque année.
M – Du coup la grosse différence avec la team “règle d’or”, c’est qu’ils n’ont pas pour priorité de baisser coûte que coûte toutes les dépenses publiques, mais plutôt de regarder au niveau des recettes.
G – Dans cette team on a les Ecolo, le PCF, et LFI. Pour les Ecolo on a déjà leur programme publié. Pour LFI, leur programme complet avec chiffrage va être publié le 5 novembre mais on a déjà des livrets thématiques disponibles, notamment un résumé des orientations budgétaires.

M – Pour le PCF, pas encore de programme complet, mais un plan pour la jeunesse a été publié début octobre dès le début des mobilisations.
G – Bien sûr il y a des nuances entre les 3, on vous laisse voir les détails tout sera dans les sources, mais globalement les 3 partis proposent de consolider les services publics en renforçant la fiscalité sur les plus riches, et/ou en revoyant la distribution d’aides aux entreprises sans contreparties, et/ou en misant sur une politique de la relance qui créera des recettes via une reprise de l’activité.
M – En tout cas pas de suppression de postes administratifs; pas de non remplacement de fonctionnaires; ou pas de serrage de ceinture dans d’autres ministères, à part Roussel qui veut transférer 3,5 mds d’euros de la défense vers l’éducation.
| Parti | Ecolo | PCF | LFI |
| Consolider services publics | |||
| Ressources |
G – Bon, encore une fois, les chiffrages précis ne sont pas encore sorti… Le but c’était surtout de vous présenter les grandes idées des principaux candidats. Parce que quand on les entend dire “je veux mettre plus d’argent pour les enseignants”, c’est quand même intéressant de savoir comment ils veulent financer ça, même si c’est que dans les grandes lignes.
6 – Partie Valentin
M – Après, les élections, ce n’est pas tout de suite ! Il va s’en passer des choses d’ici là. La on l‘a vu depuis la rentrée, l’actualité s’est accélérée.
G – On l’avait déjà constaté lors de la répression sans précédent du mouvement des gilets jaunes : la police française a changé ses pratiques. Le nombre de garde à vue suite aux manifestations continue d’augmenter et les blessés s’accumulent. Pour documenter ces pratiques et vous tenir informé, nous avons besoin de journalistes sur le terrain.
M – Sauf que voilà… Les violences contre les journalistes sont de plus en nombreuses. Le 9 octobre on dénombrait déjà 12 journalistes agressés par, soit des manifestants ou des tiers, soit des membres des forces de l’ordre.
G – Parmi ces 12 journalistes agressés, il y a notre journaliste et directeur de la publication, Valentin Levetti. Il a été percuté et blessé à la jambe par un policier à moto alors qu’il filmait l’interpellation d’un mineur dans un espace public. Blessure qui l’a mis dans l’incapacité de couvrir les mobilisations des deux jours qui ont suivi.
M – Depuis, un autre journaliste de STUP, Ricardo Parreira, a été blessé – à la jambe lui aussi – par un tir de LBD le 17 octobre dernier. La rédaction de Stup.Media soutient évidemment ses journalistes et notamment la plainte déposée par Valentin. Et pour vous le dire franchement, il y a encore pas mal d’incertitudes quant aux coûts associés à cette plainte. Tout ça pour dire que… Voilà, n’hésitez pas à nous soutenir sur les plateformes de dons.
G – Alors que les libertés de manifester sont remises en cause, et que la répression policière est au plus fort, le droit d’informer nous semble d’autant plus nécessaire. Nos capacités de production et de protection juridique dépendent de votre soutien financier.
M – Merci à vous pour votre soutien et vos partages, prenez soin de vous et on se retrouve le mois prochain.














