Et si c’était quand tout va bien que se préparaient les crises économiques ?

En 2007, la faillite d’une banque américaine, Lehman Brothers, sonne le début de la crise immobilière et financière des Subprimes. Pourtant, dans les pays développés, ça fait depuis les années 1980 que tout va bien : la croissance des prix (ou « inflation ») est contrôlée parfaitement à des niveaux raisonnables, il n’y a que très peu de crises, et elles sont relativement faibles, et tout le monde a confiance dans l’économie.

Ça tombe bien, parce que c’est la confiance qui est au centre de la santé de nos économies : si on est tous confiants, on va consommer une partie importante de nos revenus, et épargner assez peu à l’échelle globale. Par contre, si on a peur qu’une crise ne se déclenche bientôt, on va mettre de l’argent de côté pour surmonter ce choc. Or, cet argent de côté ne sert à rien, si ce n’est bloquer l’économie car il ne circule plus : vous ne consommez plus autant qu’avant, donc les entreprises ne produisent plus autant qu’avant, donc elles n’embauchent plus autant qu’avant, donc le chômage est plus haut, donc moins de personnes consomment…

Si on suit cette logique, à l’inverse, la confiance amène la prospérité ! Et bien pas forcément, et pour le montrer, il faut parler d’Hyman Minsky.

Minsky est un économiste qui était assez peu connu avant la crise des Subprimes, essentiellement parce qu’il faisait partie d’une partie minoritaire des économistes (les hétérodoxes). Mais son nom deviendra vraiment populaire quand on a essayé de comprendre les raisons de l’existence de la crise des Subprimes.

On peut résumer la crise des Subprimes comme suit :

-Des américains voulaient accéder à la propriété, en s’achetant une maison.

-Pour s’acheter une maison, il faut faire un emprunt auprès de sa banque.

-La banque prête cet argent, et demande aux prêteurs de rembourser la somme et des intérêts.

-Les taux d’intérêts qui sont liés à ces prêts sont à taux variables :

  • si la situation économique est bonne, les taux sont (très) bas, donc ça coûte peu cher de le rembourser.
  • Si la situation économique se complique, les taux remontent pour freiner la croissance des crédits (le nombre de gens qui veulent un crédit diminue car ça coûte plus cher d’emprunter)

-Si jamais les emprunteurs n’arrivent plus à rembourser, les banques ont pensé à tout ! Elles récupèrent les maisons construites grâce aux crédits, et les revendent pour rembourser le prêt.

-En parallèle, les banques américaines (et certaines banques européennes) se sont échangées les titres de dettes : peu importe si vous aviez fait un prêt à un ménage ou pas, vous pouviez racheter la propriété du crédit, pour être remboursé.

(Pour résumer jusque là, les prêts effectués par les banques étaient des « Subprimes », des prêts immobiliers (qui permettent d’acheter une maison) hypothécaires (si jamais on ne rembourse pas le prêt, la banque récupère la maison), qui sont échangés entre les banques)

-Au début des années 2000, la situation aux États-Unis se complique, et les taux d’intérêts remontent très fortement.

-Beaucoup d’américains qui ont fait un emprunt ne peuvent plus le rembourser. Les banques revendent donc les maisons.

Le problème, c’est que si tout le monde vend le même bien, le prix s’effondre, et c’est ce qu’il s’est passé. Le marché immobilier américain s’est effondré en 2006–2007 : c’est la crise immobilière.

Quand le marché immobilier s’est effondré, les titres de dettes ne valaient plus rien. Sauf que ces titres font la santé des banques, et si leur prix s’effondre, les banques risquent aussi de s’effondrer, et c’est comme ça que Lehman Brothers a fait faillite.

Pour Minsky, c’est parce que la période 1980–2000 était une période prospère que la crise de 2007 existe. En fait, les banques ne font des prêts qu’aux personnes qui sont solvables, qui vont pouvoir rembourser à coup sûr (ou presque) le prêt qu’elles accordent. Mais pendant les périodes de croissance et de prospérité, les banques ont confiance dans l’économie : peu importe la situation de Monsieur X, la croissance fait que sa situation va sûrement s’améliorer.

Les banques ont donc baissé leur garde (et leur “prime de risque”), et c’est ce qui explique que les taux d’intérêts étaient très bas. D’autant plus que, même si Monsieur X n’arrive pas à rembourser son prêt, la banque sait qu’elle pourra quand même recevoir son remboursement grâce à la maison qu’elle récupérera. Tout va pour le mieux pour les meilleures des banques, donc les prêts sont aussi faits aux ménages qui ne sont pas solvables : les banques savent que leur faillite est très probable, mais elles leur font quand même des prêts.

Et c’est comme ça que la plus grosse crise financière depuis 1929 a eu lieu, la tranquillité a créé la fragilité. C’est le paradoxe de la tranquillité.

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