Sébastien Carrassou, astrophysicien et cofondateur de la chaîne YouTube « Sense Of Wonder », explore de plus en plus les questions écologiques à travers la vulgarisation scientifique. Lors d’une interview avec Léa Bello pour STUP.MEDIA, il partage son parcours, sa vision du rôle des scientifiques dans la sensibilisation à l’urgence environnementale, et ses réflexions sur comment l’activisme peut faire avancer les choses.
Transcription Condensée : Interview de Sébastien Carrassou par Léa Bello
Léa Bello : Pourquoi as-tu commencé à parler de réchauffement climatique et d’écologie si tard dans ta carrière de vidéaste ?
Sébastien Carrassou : J’ai un background en astrophysique, pas en sciences de la Terre, donc avant d’aborder ces sujets, j’ai dû me former pour parler avec confiance et ne pas dire de bêtises. J’ai toujours eu un intérêt pour l’écologie, mais le déclic est venu quand j’ai eu l’opportunité de suivre un groupe de chercheurs en dendrochronologie, qui analysent les cernes des arbres pour calibrer les modèles climatiques. Cela m’a permis de lier mon travail de vulgarisation en astrophysique avec des enjeux plus proches de notre réalité terrestre.
Léa Bello : Dans la description de ton documentaire sur le climat, tu écris : « La première étape pour s’engager, c’est de vous renseigner. » Pourquoi cette insistance sur l’information ?
Sébastien Carrassou : S’informer correctement est crucial. Il y a beaucoup de désinformation sur ces sujets, et l’information n’est jamais neutre. Avant de devenir activiste ou de s’engager, il faut bien comprendre les enjeux, car les solutions dépendent des connaissances que l’on a. Il y a aussi une éducation aux médias à faire pour savoir distinguer les bonnes informations des mauvaises.
Léa Bello : Te considères-tu comme un activiste ?
Sébastien Carrassou : Je me considère comme un « proto-activiste ». J’aimerais m’engager davantage dans les années à venir, mais je réfléchis encore à la meilleure manière de le faire. En tant que scientifique, je suis prudent et j’essaie de ne pas me précipiter vers des solutions ou des mouvements sans une analyse rigoureuse.
Léa Bello : Que penses-tu de l’idée que nous n’avons plus le temps de nous informer et qu’il faut agir immédiatement face à l’urgence climatique ?
Sébastien Carrassou : Je comprends l’idée d’urgence, mais il faut une réflexion sur le long terme en plus d’une action immédiate. Le changement climatique s’étale sur plusieurs échelles de temps et affecte différentes populations de manière variée. Nos actions aujourd’hui auront des répercussions sur plusieurs siècles, donc il est essentiel de penser aux générations futures tout en agissant maintenant.
Léa Bello : Comment réagis-tu aux critiques selon lesquelles la vulgarisation scientifique est parfois culpabilisante ?
Sébastien Carrassou : Les faits sont des faits, et ils ne sont pas intrinsèquement culpabilisants. C’est la manière dont nous les utilisons qui peut l’être. Je pense qu’il est important de ne pas accuser les individus de manière excessive car cela correspond à une stratégie des « inactivistes » qui cherchent à détourner l’attention des responsabilités collectives et systémiques. Encourager les petits gestes, tout en promouvant des changements à grande échelle, est une meilleure approche.
Léa Bello : Quels sont, selon toi, les comportements individuels les plus efficaces pour réduire notre impact écologique ?
Sébastien Carrassou : Les quatre comportements les plus efficaces sont : réduire les voyages en avion, adopter un régime végétarien, avoir moins d’enfants (qui est un point controversé), et utiliser moins de voitures. Ces actions peuvent influencer la culture et les comportements collectifs, ce qui est essentiel.
Léa Bello : Quels sont tes projets futurs liés à l’écologie et à la vulgarisation scientifique ?
Sébastien Carrassou : J’aimerais me rapprocher des milieux activistes et continuer à produire des contenus sur le climat. Nous avons créé une série, Geocardo, sur le Paléoclimat, qui est encore en attente de diffusion à grande échelle. J’ai aussi un livre en préparation, Le Cosmos et Nous, qui explore notre connexion à l’univers à travers différentes échelles. Je souhaite continuer à sensibiliser et à toucher de nouveaux publics, tout en explorant de nouveaux formats.
Léa Bello : Est-ce que tu envisages de te rapprocher encore plus de l’activisme ?
Sébastien Carrassou : Oui, mais avec précaution. S’engager dans un mouvement peut restreindre la nuance scientifique, mais ces espaces d’échange sont essentiels pour faire émerger des idées nouvelles et stimuler le débat.
La suite ici : https://www.youtube.com/watch?v=fQtGTIpVuy0