La dictature verte selon Théo de Balade Mentale

Théo Drieu, co-créateur de la chaîne YouTube « Balade Mentale », explore des sujets aussi divers que l’astronomie, la géologie ou encore les fonds marins, toujours avec une approche poétique et accessible. Dans un entretien avec Léa Bello pour STUP.MEDIA, il partage sa vision de la vulgarisation scientifique, son rapport à l’écologie et la manière dont il tente de réconcilier science et émotion dans ses contenus.

Transcription Condensée : Interview de Théo Drieu par Léa Bello

Léa Bello : La vulgarisation scientifique prend souvent la forme d’un discours entre le journaliste et l’enseignant, mais tu as choisi une approche plus poétique pour transmettre l’information. Qu’est-ce que cela t’apporte dans tes contenus ?

Théo Drieu : Je ne cherche pas vraiment à faire de la poésie, c’est plus que j’essaie de mettre du corps, de la chair et de l’émotion dans la connaissance. Après avoir travaillé pendant sept ans dans un centre de culture scientifique avec une approche très académique, j’ai ressenti le besoin d’aller au-delà de la simple vulgarisation. Aujourd’hui, avec la liberté que m’offre une chaîne YouTube, je veux que les gens ressentent quelque chose, même s’ils ne comprennent pas tout. Si l’émotion est là, c’est plus important pour moi.

Léa Bello : Est-ce que tu penses que cela limite l’information transmise ?

Théo Drieu : Cela dépend des sujets. Pour des thèmes comme l’astronomie, si les spectateurs n’ont pas une compréhension fine des processus de nucléosynthèse, ce n’est pas très grave tant qu’ils ressentent quelque chose. Mais pour le réchauffement climatique ou la transition énergétique, la compréhension précise est essentielle pour changer les choses. Là, il faut plus de clarté et de rigueur.

Léa Bello : Comment abordes-tu des sujets plus concrets comme l’environnement et la biodiversité ?

Théo Drieu : Lors de notre projet commun sur les fonds marins, nous avons été confrontés à la réalité de la dégradation des écosystèmes. Par exemple, quand nous avons plongé à Moorea, nous avons vécu ce que nous percevions comme une expérience incroyable, mais les locaux nous ont dit que c’était triste par rapport à ce que c’était il y a dix ans. Ce contraste m’a marqué et m’a poussé à réfléchir à la manière dont nous percevons la richesse d’un écosystème. Cela m’a donné envie d’aborder plus souvent les questions environnementales, mais c’est un défi de varier les sujets tout en restant fidèle à ce que le public attend de nous.

Léa Bello : Utilises-tu des techniques spécifiques pour attirer le public vers des sujets auxquels il ne s’intéresserait pas forcément ?

Théo Drieu : Oui, il faut savoir jouer avec les codes d’Internet et de YouTube. Par exemple, utiliser des titres accrocheurs et des miniatures qui attirent l’œil sans être mensongers. Pour une vidéo sur les formes de vie des profondeurs marines, j’ai utilisé un titre énigmatique qui a bien fonctionné. On parle d’astronomie pour aborder indirectement des sujets d’écologie, mais c’est plus complexe de trouver ce lien sur d’autres thèmes.

Léa Bello : Penses-tu que l’activisme peut être une solution pour des vidéos de vulgarisation moins culpabilisantes et plus engageantes ?

Théo Drieu : Je pense qu’il faudra être plus coercitif à un moment donné. Les démarches individuelles sont positives, mais elles ne suffisent pas. Par exemple, on vend des voitures qui vont à 250 km/h, alors qu’on ne peut rouler qu’à 130 sur l’autoroute. Il y a un vrai travail à faire pour changer les valeurs et l’image de certaines pratiques, comme acheter un SUV qui devrait être perçu comme démodé et irresponsable.

Léa Bello : Est-ce que tu cherches à éviter d’être trop politique dans tes vidéos ?

Théo Drieu : Pas vraiment. Je pense qu’il est important d’avoir un discours argumenté sur des questions politiques, surtout quand il s’agit de réchauffement climatique et de justice sociale. On ne peut pas demander aux gens de faire des efforts tant qu’une petite fraction de la population détient une énorme part des ressources.

Léa Bello : Est-ce que cette réflexion t’amène à envisager de nouveaux types de contenu pour ta chaîne ?

Théo Drieu : Oui, j’aimerais faire une série sur ce qu’est vraiment l’énergie, notamment pour montrer à quel point nous vivons dans une ère d’opulence énergétique sans précédent. Comprendre la valeur de l’énergie fossile et ses alternatives est essentiel pour envisager les changements de société nécessaires. Ce serait un projet de longue haleine, nécessitant un an de travail et plusieurs vidéos.

La suite ici : https://www.youtube.com/watch?v=CoJtE1_cNZs

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