Cette série documentaire embarque à bord d’une mission océanographique, pour suivre trois équipes scientifiques françaises qui travaillent sur des enjeux climatiques et environnementaux.
Direction les iles australes françaises et l’océan Antarctique !
Coincée avec 10 scientifiques à la Réunion
Les missions scientifiques françaises dans l’océan Indien et polaire, partent à bord du Marion Dufresne, le navire amiral des Terres Australes et Antarctiques Françaises. Il est disponible pour les scientifiques entre les opérations de ravitaillement des iles, ce qui complique l’organisation : chaque mission doit acheminer et installer à bord son propre matériel, en quelques jours. Et malheureusement, en période de pandémie de Covid 19, un conteneur peut facilement être retardé…
Commence alors une longue traque du conteneur en attendant d’accéder au navire.

On évite un cyclone en bateau 🌀
Désormais à bord du navire Marion Dufresne, scientifiques et équipage prennent leurs marques avant d’obtenir l’autorisation de quitter le port de St Denis de la Réunion.
Malheureusement, le conteneur dans lequel est stocké le matériel nécessaire aux scientifiques n’a toujours pas été livré et le retard s’accumule… ce qui commence à devenir critique pour le bon déroulé de la mission.
Mais ce n’est rien comparé à ce qui nous attend : le cyclone Batsirai arrive droit sur La Réunion. Un événement météorologique que l’on n’avait pas vu depuis 20 ans. Les navires de la taille du Marion Dufresne 7 étages, 120m de long), sont plus à l’abri en mer que dans le port et les autorités demandent donc de quitter le quai au plus vite… sans le reste du matériel.
Cette escapade maritime donne l’occasion aux scientifiques d’aller relever un hydrophone, appareil qui écoute les sons de l’océan à plus de 1000 mètres de fond. Le chalut, un grand filet déployable à l’arrière du bateau, est aussi testé, permettant de remonter les premiers échantillons de vie marine que les chercheurs étudieront.


On entend des baleines et des icebergs ! 🐳 🌊
La mission scientifique à bord du Marion Dufresne a enfin pu démarrer. La première étape est le relevé d’une étrange bouée orange immergée à 1200m de profondeur.
Elle abrite un système d’enregistrement sonore, à des fréquences que les humains ne peuvent pas percevoir, mais qui voyagent sur des milliers de km. Dans l’océan, la salinité mais surtout la température de l’eau changent avec la profondeur, et font varier la vitesse du son. A 1200m environ, celle-ci atteint un minimum, ce qui forme un canal dans lequel les ondes sonores se retrouvent piégées et peuvent voyager sur plusieurs milliers de kilomètres avant de se dissiper.
L’équipe de Jean Yves Royer capte ainsi les sons des séismes, qu’ils peuvent localiser grâce au réseau hydrophones déployé dans l’océan Indien. Mais à ces fréquences, leurs appareils enregistrent aussi les sons des différentes espèces de baleines qui communiquent lors de leur migration : baleine bleue, Antarctique, rorqual commun, baleine pygmée de type Madagascar.
Aux abords des 40èmes rugissants, un autre sont très étranges, est de plus en plus présent sur les enregistrements : celui des icebergs qui fondent et crissent les uns contre les autres en se détachant de la banquise.

🐧 Ce ne sont pas des pingouins 🤯 !!
Après une semaine à bord du Marion Dufresne pour suivre trois missions océanographiques, nous faisons escale sur les îles australes françaises de Crozet. Cet archipel a été découvert il y a 250 ans cette année, par l’explorateur Marc Joseph Marion Dufresne. C’est son second Julien Crozet qui a donné son nom à l’archipel.
Sur l’une des petites îles, vit une colonie de près d’un million de manchots, étudiée de près par les scientifiques.
Pendant ce temps, les prélèvements en mer permettent enfin de ramener une espèce que les chercheurs de l’équipe Thémisto attendent depuis plusieurs jours : du krill. Ce crustacé est un maillon clé de la chaîne alimentaire des océans. Les baleines antarctiques, par exemple, en consomment des milliers de tonnes.
Alors que les scientifiques sont occupés à identifier toutes les espèces découvertes lors de prélèvements, le navire met le cap vers l’Antarctique.


🥶 On frôle l’Antarctique ❄️
Cette troisième semaine à bord du Marion Dufresne nous amène au plus près de l’Antarctique. Le temps se refroidit et se couvre, l’océan s’agite.
Plusieurs chercheurs étudient le réseau trophique de ces eaux polaires. C’est un ensemble de chaînes alimentaires reliées entre elles qui participe à la séquestration du carbone. En surface, les micro algues captent le CO2 pour produire de l’énergie par photosynthèse ou pour faire leurs squelettes. Elles sont ensuite mangées par des microorganismes comme le krill, qui redescendent et sont eux-mêmes mangés par des animaux plus grands et ainsi de suite. Lorsque ces organismes meurent, ils s’accumulent sur les fonds marins et le carbone qu’ils ont absorbé y reste prisonnier.
Clement Demassy met également en place sur le pont du navire une expérience destinée à tester in situ les modèles de réchauffement des océans proposés par le GIEC.
Enfin, au point le plus au sud de notre périple, l’équipe OISO tente de prélever de l’eau à 4800 m de profondeur. Le mont Blanc rentrerait dans l’espace qui sépare le navire du fond de l’océan.

😱 On perd tout en quittant les iles Kerguelen 🌊
En cette quatrième semaine de navigation, nous accostons sur l’archipel de Kergulen. Il a été découvert il y a 250 ans lui aussi, par le navigateur Yves Joseph de Kerguelen de Trémarec.
Le navire se rend sur la dernière station de prélèvement d’eau. Les mesures sont faites à l’aide de deux instruments : la CTD pour “Conductivity Temperature Depth” (profondeur) qui mesure ces 3 paramètres lors de l’immersion, et la rosette, un système de bouteilles qui peuvent être ouvertes et fermées à la profondeur de prélèvement.
Ces mesures sont réalisées chaque année dans les mêmes lieux depuis 12 ans, ce qui permet de voir comment l’océan a évolué avec le réchauffement climatique.
Le navire est également équipé pour réaliser des mesures en continu, sur l’eau située juste sous le bateau, qui peuvent déjà être comparées aux mesures prises les années précédentes. Les résultats ne sont pas réjouissants.

Le quotidien sur un navire scientifique ? ⛴
Après un mois en mer, la campagne océanographique touche à sa fin.
Sur les écrans de contrôle des écho-sonars situés sous la coque du navire, les scientifiques observent la migration nycthémérale. C’est la plus grande migration du monde vivant : chaque nuit, les organismes marins migrent vers la surface pour s’alimenter, puis redescendent dans les profondeurs au lever du soleil.
Les interviews de la lieutenante océanographique et de l’officier d’expédition permettent de mieux comprendre le fonctionnement des missions océanographiques et la coordination entre équipage et scientifique à bord.
La fin des prélèvements et le relatif calme scientifique à bord, nous laissent le temps de faire un tour des machines. Et nous découvrons ainsi que dans le Marion Dufresne, les moteurs sont refroidis à l’eau de mer, ce qui la désalinise. Celle-ci est récupérée pour être utilisée dans les douches et dans les fontaines à eau, après désinfection.
