Quel est l’impact climatique de la vidéo que vous êtes en train de regarder ? Et les vidéos, est-ce que c’est une part importante de l’impact climatique du numérique ? Et cet impact tient-il plus de l’impact des terminaux ou des centres de données qui se cachent derrière ? D’ailleurs, peut-on se contenter de regarder son impact direct pour comprendre comment le numérique influence la question climatique ?
Périmètre du numérique
Avant de commencer, il est important que je vous signale un point qui revient très souvent dans les rapports et les études sur le sujet : il y a peu de données de qualité sur l’impact environnemental direct et indirect du numérique et ce qui existe est incertain . J’ai fait au mieux avec ce que j’ai trouvé mais il est probable que beaucoup de questions que vous vous posez ne trouvent pas de réponses satisfaisantes dans ce qui a été publié. Mais commençons par le commencement.
Quand on parle du numérique qu’est-ce qu’on désigne ?
Bah internet je suppose ? Donc les fameux data-centers, le réseau tout ça.
Le numérique intègre effectivement les centres de données et les réseaux de télécommunication. Mais, le numérique comprend aussi les terminaux que nous utilisons : smartphone, tablettes, ordinateurs portables ou de bureau, écrans, vidéoprojecteurs, consoles de jeu, télévisions, imprimantes et tous pleins d’autres objets. Une des difficultés du sujet, c’est que différentes études ne prennent pas en compte les mêmes objets. Entre les études, il va y avoir des variations, par exemple, sur la prise en compte de certains terminaux, sur les satellites ou sur les crypto-monnaies pour des questions méthodologiques ou, simplement, de manques de données. Ici vous voyez une représentation de ce qui peut être compris quand on parle de numérique. Le numérique n’est pas un secteur économique bien défini, ce qui participe à la difficulté d’en estimer les impacts.
Et pour le numérique tel qu’on le voit ici, on a une idée, même approximative, des émissions de gaz à effet de serre ?
Émissions de gaz à effet de serre du numérique dans le monde
Un article scientifique a fait la revue de la littérature en 2021 et estimait que les émissions de gaz à effet de serre dues au numérique comptaient pour 2,1% à 3,9% des émissions mondiales avec une estimation médiane à 2,7% soit 1,5 milliard de tonnes d’équivalent CO2. Les études sur le sujet montrent également que les émissions de gaz à effet de serre sont en augmentation et vont continuer d’augmenter dans les prochaines années. Dans le cadre de la lutte contre le changement climatique, cette dynamique haussière est évidemment problématique.
Pourtant j’ai déjà lu que pour le numérique, il y a des gains d’efficacité importants.
Il est indéniable qu’au cours des dernières décennies, le numérique a connu des gains d’efficacité impressionnants aussi bien au niveau des logiciels que des objets qui les utilisent. Mais, les gains d’efficacité sont plus que compensés par l’évolution des usages du numérique. Ces deux points rendent compliquée la projection de ce secteur dans l’avenir : les gains d’efficacité ne sont pas évidents à prédire et l’évolution des usages l’est encore moins. Tout le monde semble d’accord pour dire que le numérique va continuer d’accroître sa consommation d’énergie et donc, au moins à court terme, ses émissions de gaz à effet de serre. Mais l’ampleur de l’augmentation est incertaine. Dans cette vidéo, je vais surtout essayer de comprendre ce qu’est l’impact du numérique aujourd’hui.
Okay donc si j’ai bien retenu. Une estimation qui a déjà quelques années donnait 1,5 milliards de tonnes de CO2. Ça ne paraît pas négligeable.
Effectivement, ça représente plusieurs fois les émissions totales d’un pays comme la France. Il ne faut pas croire que le secteur numérique est immatériel. Les services numériques que nous utilisons existent grâce aux réseaux, aux centres de données, aux terminaux chez nous et à une consommation électrique conséquente.
Cependant, je n’aime pas trop les comparaisons avec d’autres secteurs comme l’aviation qui représente à peu près la même part des émissions. L’aviation profite à peu de personnes pendant peu d’heures de leur vie. À l’opposé le numérique est utilisé par une large portion de l’humanité tous les jours pour communiquer, pour travailler, ou encore, se divertir. De plus, l’aviation a peu de solutions technologiques matures pour réduire significativement ses émissions alors qu’une large part des émissions du numérique au niveau mondial est causée par une production fossile d’électricité plus facile à décarboner toutes choses égales par ailleurs. En gros, du point de vue des émissions, numérique et aviation sont peut-être comparables mais pour les services rendus, l’intensité des utilisations et les leviers de réduction, ils n’ont pas grand chose à voir.
Très bien, j’ai une idée des émissions totales, mais est-ce que je peux en savoir un peu plus sur la répartition ?
Pour ça je peux me servir des données d’une étude de 2024 qui estime les émissions du numérique au niveau mondial pour l’année 2020. Un de mes relecteurs, Gauthier Roussilhe, m’a signalé que les résultats sont sans doute sous estimés et vous pouvez lire son analyse sur le site Bon Pote. Mais cette étude permet quand même de se faire une idée sur la répartition des émissions mondiales du numérique. On peut les découper en trois gros blocs : les terminaux des utilisateurs dont les ordinateurs, smartphones et télévisions, viennent ensuite les réseaux de télécommunication et enfin,les centres de données. L’étude considère aussi deux plus petites catégories, les réseaux d’entreprise et les crypto-monnaies.
Donc ce sont surtout les terminaux des utilisateurs qui tirent l’impact du numérique.
Ce résultat n’est pas une surprise puisqu’on a d’un côté des terminaux utilisés assez peu intensément et de l’autre des équipements très mutualisés et optimisés. En tout cas, ça montre clairement que si on veut s’attaquer aux impacts du numérique, on ne peut pas se contenter de parler de centres de données et de réseaux, il faut s’intéresser aux terminaux qu’on a entre les mains. Cette étude fait également la différence entre les émissions dues à la production des appareils et celles induites par leur utilisation et donc par la production d’électricité nécessaire aux fonctionnements de tous ces appareils.
Et sur ce que tu as montré, on dirait que la majorité de l’impact provient de l’utilisation ?
Effectivement. Cette phase d’utilisation dépend de deux paramètres : la quantité d’électricité utilisée par l’équipement et l’intensité carbone de cette électricité. Un smartphone qui consomme très peu, aura une phase d’utilisation négligeable devant celle d’une grosse télévision. Et l’utilisation d’une télévision dans un pays avec une électricité peu carbonée comme la France émet beaucoup moins de gaz à effet de serre que la même télévision utilisée en Pologne. Les émissions à la production vont également dépendre de l’électricité utilisée lors des différentes étapes de production qui ont souvent lieu aujourd’hui dans des pays avec beaucoup d’électricité carbonée comme la Chine. Mais il y a aussi les émissions induites par l’extraction des différentes matières premières, leur raffinage et dans une moindre mesure par le transport. Les émissions induites par la production sont donc plus diverses et plus difficiles à réduire.
Mais vu qu’on a une électricité peu carbonée en France, la répartition des impacts du numérique va être un peu différente, non ?
Oui, et c’est ce qu’on va voir maintenant !
Émissions de gaz à effet de serre du numérique dans en France
Pour avoir une bonne estimation des émissions du numérique en France, il y a une étude très intéressante menée par l’ADEME et l’Arcep. L’Arcep est une autorité administrative indépendante chargée de réguler les communications électroniques. Elle a aussi, entre autres missions, celle d’informer sur l’empreinte environnementale du numérique donc… on va pas mal se servir de leurs travaux dans cette vidéo.
Ici, on regarde la répartition de l’empreinte carbone par composantes du numérique et tu peux voir que les équipements sont responsables de la majorité. Près de 80% de l’impact climatique du numérique est induit par l’utilisation d’équipements par les particuliers et les professionnels et seul 21% est imputable aux réseaux et centres de données. Il s’agit encore d’analyses du cycle de vie donc prenant en compte la production, la distribution, l’utilisation et la fin de vie de tous ces appareils.
Si on regarde les émissions de gaz à effet de serre par phase du cycle de vie, on voit que la fabrication est responsable de la majorité des émissions du numérique en France. C’est en partie parce que l’électricité française est peu émettrice de gaz à effet de serre, ce qui permet à la phase d’utilisation d’avoir un poids limité. La part prépondérante de la fabrication est un des points les plus importants à retenir, notamment si on veut réfléchir à des mesures efficaces pour réduire les émissions de ce secteur.
Et on sait si ça vient plutôt des téléphones, des ordinateurs ou des télévisions ?
Oui, l’étude estime le nombre d’équipements utilisateurs en France en 2020 à plus de 800 millions, soit, en moyenne une douzaine par personne, avec cette répartition entre différents types d’appareils. Il y a de nombreux petits objets connectés dont des enceintes, des dispositifs de stockage externe mais aussi de nombreux smartphones, télévisions et ordinateurs.
Okay mais ça ne nous dit rien des émissions associées !
Dans un second temps, l’étude estime l’empreinte carbone de ces différents terminaux et ça change pas mal la répartition. Sur cette représentation, on retrouve la partie des centres de données et du réseau qui ne représente environ qu’un cinquième de l’impact total. Smartphones, téléviseurs et ordinateurs sont les principaux contributeurs à l’empreinte du numérique.
Je crois que je vois un peu la logique. Les gros objets induisent plus d’émissions mais, du coup, je bug un peu sur les smartphones. C’est pas si gros un smartphone, pourquoi une telle part dans nos émissions ?
Effectivement, les gros objets numériques ont généralement plus d’impact. Si on regarde les estimations pour un appareil type sur le site impact CO2 de l’ADEME, on voit ceci : une enceinte connectée émet une petite trentaine de kilos d’équivalent CO2, une box internet 80, un smartphone 85, un ordinateur fixe sans écran 300, son écran 90 et une télévision près de 500. Et ici, on a également pris en compte l’utilisation. D’ailleurs, vous voyez que pour une télévision ou un ordinateur, la part liée à l’utilisation est plus importante surtout parce qu’ils consomment beaucoup plus d’électricité que par exemple un téléphone.
N’hésitez pas à aller jouer vous-même avec ces quantifications sur le site de l’ADEME ou sur boavizta qui vous laissera jouer avec encore plus de paramètres. Gardez aussi à l’esprit que les valeurs moyennes données ici peuvent cacher de grandes disparités. Si on prend l’exemple de la télévision, pour une technologie donnée, l’impact à la production et la consommation d’électricité augmentent avec la taille de l’écran . Plus globalement, l’impact d’un terminal dépend surtout de trois paramètres : la taille des composants avancés, la taille du circuit imprimé et la taille de l’écran.
Okay donc, d’après ce site de l’ADEME, la production d’un téléphone émet environ cinq fois moins que la production d’une télévision. Mais on a vu juste avant que, smartphones et télévisions, cela jouait pour une part similaire dans nos émissions. Y a pas une contradiction là ?
Ce n’est pas en contradiction parce que les quantifications que je viens de donner sont des estimations sur toute la durée de vie. Cette durée de vie est estimée à huit ans pour une télévision, six ans pour un ordinateur fixe, cinq ans pour un ordinateur portable et deux ans et demi pour un smartphone.
Donc un smartphone a moins d’impact qu’une télévision mais on les renouvelle plus souvent et c’est pour ça qu’il joue pour une part importante des émissions du numérique. D’ailleurs ça vaut pour moi aussi. Ma télé doit avoir une quinzaine d’années et elle a vu passer quelques smartphones.
On peut utiliser les hypothèses sur la durée de vie pour annualiser les estimations du site de l’ADEME en divisant l’impact par l’espérance de vie. On a alors, 34 kg d’équivalent CO2 par an pour la possession d’un smartphone, 59 pour une télévision, 50 pour un ordinateur fixe et 15 pour son écran.
Maintenant, vous comprenez que la part de chaque équipement dans l’impact climatique du numérique dépend du nombre d’appareils en fonctionnement, de leur taux de renouvellement et de l’impact de leur production et de leur utilisation.
Et les émissions de gaz à effet de serre dû au numérique en France, ça joue pour une large part des émissions de gaz à effet de serre françaises totales ?
L’étude que j’utilise ici estimait que le numérique était responsable de 2,5% des émissions françaises de gaz à effet de serre de 2020 et consommait 49 TWh, soit 10% de la consommation électrique française. Cette quantification est intéressante à garder en tête parce que 10% de la consommation électrique, ça n’est quand même pas rien !
L’ADEME a actualisé ces chiffres en janvier 2025 pour l’année 2022. L’empreinte numérique serait montée à 4,4% et surtout la répartition des émissions auraient bien changé avec des centres de données qui montent de 16% à 46% pour deux raisons : de nouveaux centres de données et, surtout, la prise en compte de l’utilisation de centres de données étrangers pour une partie de nos usages.
C’est un peu bizarre cette variation, non ?
Faut bien comprendre que cette évolution est essentiellement due à un manque de l’étude initiale qui ne prenait pas en compte les centres de données hors du territoire français mais fournissant des services en France. Et, dans une approche d’empreinte carbone, il faut prendre en compte ces centres de données. On pouvait s’attendre à ce que ça fasse augmenter l’empreinte parce qu’on utilise beaucoup de centres de données hors de France et que l’électricité alimentant ces centres de données est plus carbonée que l’électricité française. Au vu des données disponibles, cet ajout me paraît quand même plus incertain que les quantifications initiales.
Incertain ça peut être moins ou que ça peut être plus,en tous cas, cette actualisation ça change la répartition donc ça change un peu le message !
Ça permet de dire que l’utilisation de centres de données hors du territoire qui utilise de l’électricité plus carbonée que celle de la France alourdit notre empreinte numérique. Ça montre l’importance d’une électricité décarbonée pour réduire l’impact du numérique. Et ça peut aussi inciter à ne pas utiliser les services numériques concernés ou à rapatrier cette infrastructure sur le sol français. Choses qu’on peut aussi vouloir faire pour des enjeux de sûreté ou de démocratie.
Et une vidéo comme la nôtre, ça joue dans l’utilisation de serveurs étrangers ?
Apparemment non parce que si vous la regardez en France, elle est stockée en France et utilise des centres de données pas loin de chez vous . D’ailleurs sur la page de l’ADEME sur l’actualisation, on peut lire que l’ensemble de l’audiovisuel, dont les vidéos internet ne sont qu’une partie, représentent 5,6 millions de tonnes d’équivalent CO2 sur les 29,5 du numérique soit 19%. Cette question vous intéresse probablement, en tant que fan invétéré de ma chaîne donc on va regarder l’audiovisuel, et notamment le streaming, d’un peu plus près.petite aparté avant de continuer: Michaël sur sa chaîne, La Biologie fait des vidéos, vous a préparé une vidéo sur l’impact climatique des mails, un autre sujet sur lequel on entend beaucoup de bêtises.
Audiovisuel
La quantification de 5,6 millions de tonnes d’équivalent CO2 est issue d’une étude parue en octobre 2024 sur l’impact environnemental des usages audiovisuels en France. Les usages audiovisuels représentent 0,9% de l’empreinte de la France de 2022 et 2,9% de la consommation électrique française. L’étude fait 353 pages et a été réalisée par l’Arcom, l’Arcep et l’Ademe. C’est une étude récente, complète, crédible et riche en enseignements. Je vais en présenter des éléments intéressants et on fera aussi quelques calculs à partir des quantifications qu’on y trouve.
L’étude exclut les réseaux sociaux, les pages webs, la publicité, la visioconférence, les jeux vidéos et les supports physiques de musique et de vidéo. Reste le streaming audio, la radio, la télévision traditionnelle et la vidéo à la demande, que ce soit des services comme Netflix ou des plateformes comme YouTube. Un des premiers enseignements intéressants, c’est que la télévision traditionnelle constitue la majorité des heures de vidéo visionnées en France.
Attends,donc c’est la télévision qui domine les impacts de l’audiovisuel ?
Effectivement, la télévision en direct représente plus de la moitié de cet impact qu’elle soit regardée par satellite, TNT ou internet. C’est un point important et intéressant parce que si on entend régulièrement des critiques sur Netflix et YouTube, on en entend beaucoup moins sur l’impact de la télévision.
Et est-ce que cette étude trouve encore que ce sont les terminaux qui sont responsables de la majorité des impacts ?
Oui, tu peux voir ici que pour le changement climatique, les terminaux sont responsables de près de 90% de l’impact en considérant la production et l’utilisation, le réseau est minoritaire et les centres de données sont quasiment insignifiants. On retrouve la différence, déjà évoquée, entre des équipements peu mutualisés et d’autres qui le sont beaucoup plus.
Si on regarde d’autres catégories d’impact, les résultats sont les mêmes. Ce sont les terminaux qui sont responsables de la majorité de l’acidification, de la pollution de l’air, de l’épuisement des ressources et de la consommation énergétique. J’en profite pour souligner que je me concentre sur les impacts climatiques du numérique mais vous pouvez voir que les autres impacts environnementaux présentés ici suivent des logiques similaires.
N :Et cette étude est-ce qu’elle permet d’aborder la question du streaming parce que c’est un peu ce qui nous intéresse ici ?
L’étude compare différentes consommations audio et vidéo. On va laisser l’audio de côté mais je signale quand même, pour le fun, que d’écouter une heure d’autoradio dans un véhicule thermique est le pire scénario de tous ceux explorés par l’étude. C’est pire que regarder 1h de Netflix sur votre télé. Tout simplement parce que c’est la seule situation où l’usage est alimenté par un moteur thermique. Ici je dois préciser que l’étude que l’on regarde, a une approche attributionnelle. Quand on s’intéresse à un scénario comme “écouter 1 heure d’autoradio dans une voiture thermique”, on évalue les impacts en considérant la contribution de la fabrication de l’autoradio qu’on peut attribuer à une heure d’écoute, les impacts induits par l’utilisation de l’autoradio pendant cette heure et notamment la consommation d’électricité mais aussi la contribution de l’infrastructure réseaux et centre de données qu’on peut attribuer à cette heure d’écoute.
Okay j’avoue elle est sympa l’anecdote sur l’autoradio mais on peut se concentrer sur le steaming maintenant ?
Vous voyez ici trois variantes de télévision avec comme différence notable que la première n’a pas besoin de décodeur ce qui réduit l’impact du visionnage.
Le quatrième cas nous intéresse particulièrement parce qu’il s’agit du visionnage d’une vidéo de type YouTube sur une smartTV. Logiquement, le visionnage sur un ordinateur doit être très proche de ça, notamment sur l’aspect centre de données et utilisation du réseau. On voit que c’est sensiblement le même impact que regarder la télévision avec un décodeur.
Le cinquième cas est le visionnage d’une vidéo de type YouTube sur un smartphone. Les deux cas qui m’intéressent le plus ici sont autour de 50 grammes d’équivalent CO2 pour une heure de streaming.
Y a quand même une différence dans le dernier cas, celui du smartphone : la partie réseaux est beaucoup plus importante !
Oui c’est parce que c’est un scénario où on utilise le réseau mobile et le réseau mobile a un impact plus important que le réseau fixe quand on utilise beaucoup de données. Je peux vous bricoler un scénario où on utilise ce smartphone en wi-fi en considérant que les impacts du réseau seraient les mêmes que dans le cas précédent. Avec mon petit bricolage, on voit que ce scénario nous amène à une trentaine de grammes d’équivalent CO2 par heure de streaming. En réalité, on serait sans doute à un peu moins puisqu’il y a des chances que la vidéo que vous regardez sur votre téléphone soit d’une moindre résolution que celle que vous regardez sur une télévision… mais c’est un détail.
D’ailleurs, est-ce qu’on sait si la résolution influence beaucoup l’impact ?
Oui. Plus la résolution est élevée et plus le débit de données est élevé. Mais, l’étude montre que l’impact n’évolue pas du tout linéairement avec le débit. Surtout, il augmente beaucoup plus fort pour le réseau mobile que pour le réseau fixe. Il est donc nettement préférable d’utiliser une connexion wi-fi ou filaire plutôt qu’une connexion mobile. C’est surtout quand on utilise le réseau mobile qu’il faut faire attention aux quantités de données et donc à la résolution des vidéos. En plus, le réseau mobile est une ressource plus contrainte. Les bandes de fréquences du réseau hertzien constituent une ressource rare et, de ce point de vue là aussi, il est utile de réduire les volumes pour éviter la saturation de ce réseau.
Attends, c’est un point important ça parce que j’ai souvent vu, y compris sur ta chaîne, des commentaires incitant à réduire la résolution.
Sur le réseau mobile, ces commentaires se justifient et d’autant plus que vous utilisez de grandes quantités de données. Sur le réseau fixe, regarder du contenu en plus faible résolution aura toujours moins d’impact mais la différence est faible. Dans le cas de la télé, l’étude montre qu’en multipliant le débit par plus de deux , l’impact carbone augmente de moins de 10%.
Merci pour cette intéressante parenthèse sur la résolution, est-ce qu’on peut revenir aux impacts du streaming
Ce qu’on peut retenir c’est que regarder une vidéo sur son smartphone connecté au wi-fi aura moins d’impact que le faire sur une télévision ou un ordinateur fixe puisqu’on sera sur un appareil qui consomme nettement moins et qui a émis moins à la fabrication. Dès qu’on utilise un réseau fixe, on voit que la majorité de l’impact vient des terminaux et, surtout, de leur fabrication.
Et est-ce que je peux avoir une idée de ce que ça donne pour sur ordinateur portable en wifi parce que c’est surtout dans ce cadre là que je te regarde ?
Allez, essayons de bricoler ça. Je vais considérer que les impacts du réseau et des centres de données sont les mêmes que pour la télévision. Pour l’ordinateur portable, je vais prendre ce qu’on me propose sur Boavizta : 181 kg d’équivalent CO2 pour sa fabrication, 4 ans de durée de vie et 7,2 heures d’utilisation par jour en moyenne. Si on répartit l’impact de la fabrication sur sa durée de vie, ça nous amène donc à 17 grammes d’équivalent CO2 par heure d’utilisation auquel il faut ajouter 7 grammes d’équivalent CO2 induits par l’électricité utilisée par une heure de fonctionnement de ton portable. Avec les données de Boavizta, j’ai bricolé un scénario d’une heure de streaming sur un ordinateur portable. Il s’en sort mieux que la télévision parce que l’impact de sa production est plus faible.
Non mais attends… C’est mon portable de loisir, je ne suis pas dessus 7 heures par jour. Je ne sais pas peut-être deux heures en moyenne.
Ah bah l’impact de la production par heure d’utilisation vient de grimper à 62 grammes d’équivalent CO2. Comprends bien que je n’ai pas changé l’hypothèse sur l’impact de la production de ton portable, je l’amortis juste sur moins d’heures d’utilisation. On est dans une approche attributionnelle, réduire le temps d’utilisation d’un objet revient à augmenter la part de la fabrication attribuable à une heure d’utilisation. Je pense que cette petite variation te permet de comprendre l’approche attributionnelle et ses limites.
Ah ouais ! En fait, avec cette approche attributionnelle on est très sensible aux hypothèses sur la durée de vie et l’intensité de l’utilisation.
Oui mais une étude comme celle que je te montre ne vise pas à être réaliste de la manière dont toi tu utilises ton ordinateur portable mais de l’utilisation moyenne qui est faite des terminaux en France. Certains appareils seront beaucoup plus utilisés que la moyenne et d’autres beaucoup moins.
Avec mes petits bricolages, je vous ai montré deux cas où on est en dessous de cinquante grammes d’équivalent CO2 par heure de streaming. Pour avoir une valeur représentative du streaming en France, il faudrait avoir beaucoup de scénarios différents et les pondérer de leurs utilisations respectives. Malheureusement l’étude sur l’impact environnemental des usages audiovisuels ne se risque pas à donner une valeur moyenne représentative de l’ensemble du streaming en France. Avec mes petits bricolages, je m’attends à ce que ce soit quelque part entre une trentaine et une cinquantaine de grammes d’équivalent CO2. Mais difficile d’aller plus loin alors que j’aimerais bien contextualiser tout ça et faire quelques calculs.
Bah vu qu’on parle d’impacts environnementaux, considère le maximum, vaut mieux surévaluer que sous évaluer.
Très bien ! Dans la suite je vais donc considérer qu’une heure de streaming en France émet environ 50 grammes d’équivalent CO2.
50g est-ce que c’est beaucoup ? Est-ce qu’on peut avoir des points de repère par rapport à d’autres activités ?
Contextualisation de l’impact du streaming
Avec une approche d’analyse du cycle de vie, 50 grammes d’équivalent CO2 c’est à peu près ce qu’émet une voiture thermique en 250 mètres ou une voiture électrique en 1 km. À 80 km/h, une voiture parcourt 250 mètres en 11 secondes. Avec ces hypothèses,une heure de streaming émet autant de gaz à effet de serre qu’une voiture thermique qui roule une dizaine de secondes ou une voiture électrique qui roule une quarantaine de secondes.
Si vous êtes plutôt du genre gourmand, il vous faut 22 grammes de madeleine pour avoir le même impact qu’une heure de streaming sur la télé. Et si vous préférez la viande bovine, il suffit de deux grammes. Un petit steak de 150 grammes, ça envoie dans les 4 kilos d’équivalent CO2 donc dans les quatre-vingts heures de visionnage de Netflix.
Comme le chauffage est un autre gros poste d’émissions, j’aurais aimé faire une comparaison mais j’ai pas réussi à faire un truc parlant. Par contre, je peux ramener ça à l’empreinte moyenne d’un français qui est de 9,4 tonnes en 2023. 2 heures de streaming par jour pendant un an, ça te donne 37 kg d’équivalent CO2 ou 0,4% de l’empreinte carbone moyenne d’un français.
Et est-ce qu’on peut comparer à d’autres loisirs ?
Si tu veux aller boire un coup, une bière de 33 cl, c’est 446 grammes d’équivalent CO2. Fan de lecture ? Une étude de Carbone 4 estimait l’empreinte carbone d’un livre à 1,3 kg. En considérant 10 heures de lecture, ça fait 130 grammes d’équivalent CO2 par heure. Évidemment si vous le prêtez ou le relisez, vous pouvez réduire ça. Plus généralement, tous les loisirs qui demandent de se déplacer peuvent rapidement avoir plus d’impact que le streaming. Imaginons que je fasse 10 km aller-retour en voiture thermique pour 4 heures de randonnée solitaire. Ce trajet aller-retour aura émis dans les 2 kg de CO2 soit 500 grammes de CO2 par heure de randonnée. Après, je peux toujours te proposer la méditation comme alternative. On peut difficilement faire mieux du point de vue du bilan carbone.
Avec ces quelques repères, on se rend compte qu’une heure de streaming ne semble pas être un loisir particulièrement émetteur.
Ce qui n’empêche pas de vouloir encore réduire cet impact et d’exiger des professionnels du secteur qu’ils le fassent. Mais, nous, si on considère qu’on ne peut pas se battre sur tous les fronts, il faut hiérarchiser. Imaginons par exemple que vous essayiez de faire changer les personnes autour de vous sans les embêter tout le temps sur tout parce que ce ne serait pas une très bonne stratégie pour les faire changer. Et bien les accompagner dans la réduction de la voiture, du chauffage, surtout si fossile, ou de la part de viande dans l’alimentation permet des réductions d’émissions de gaz à effet de serre bien plus substantielles que de cibler le streaming ou de les convaincre de baisser la résolution.
Donc avec le numérique tu penses qu’on en fait trop ?
Personnellement je pense qu’il y a un risque à exagérer l’impact du numérique si ça détourne de leviers plus significatifs de réductions des émissions. Une fois qu’on a dit ça, ça n’empêche pas de réduire aussi les émissions du numérique et j’évoquerai quelques pistes de réduction à la fin.
Okay,donc la prochaine fois que je veux regarder Netflix, je me demanderai si ça vaut le coup d’émettre 50 grammes de CO2.
Si tu veux réfléchir à ça, je pense que ce serait mieux d’adopter une approche marginale.
Approche marginale
Si tu as acheté une télévision, l’utiliser ne change pas l’impact à la production, cet impact a déjà eu entièrement lieu. Si tu cherches à répondre à la question de l’impact d’une heure de plus de streaming sur un terminal que tu possèdes, il est plus logique de considérer l’impact supplémentaire qu’induit l’utilisation d’électricité par ton appareil et ses dépendances, l’utilisation d’électricité par l’infrastructure et les centres de données et on peut aussi t’attribuer une partie de la construction de cette infrastructure qui est là pour répondre à tes besoins. Certes elle est déjà construite mais contrairement à ta télévision dont on t’a déjà attribué l’impact, la construction de l’infrastructure commune ne t’a pas encore été attribuée et il est plus logique de l’attribuer en fonction de l’utilisation.
Et ça on a une idée de ce que ça représente ?
Oui, il suffit de retirer l’impact de la production des terminaux sur les données de l’étude. Pour le cas du visionnage d’une vidéo sur la télévision, ça donne, par heure, 2 grammes d’équivalent CO2 pour les centres de données, 8 grammes pour le réseau et 9 grammes pour l’électricité nécessaire à l’utilisation des terminaux. Dans ce cas, ça fait donc une vingtaine de grammes directement induits par une heure de streaming sur la télévision que tu possèdes déjà. Ça peut être plus si tu regardes en plus haute définition ou sur un appareil qui consomme plus d’électricité ou si tu utilises le réseau mobile et ça peut être moins si tu regardes la même vidéo sur ton téléphone avec une connexion wi-fi par exemple. Utiliser une télévision gourmande en électricité ne donnera pas du tout les mêmes résultats que de regarder sur ton téléphone portable.
Donc là on regarde l’impact induit par une heure de streaming supplémentaire en considérant que la construction des terminaux a déjà eu lieu donc on ne compte pas leur impact. T’essayerais pas de minimiser l’impact du streaming pour qu’on regarde plus tes vidéos?
Non, c’est simplement une autre logique, complémentaire à ce dont on a discuté jusqu’ici. Mais attention, dans cette logique, on attribue les dizaines ou centaines de kilos d’équivalent CO2 dû à la fabrication des terminaux au moment de leur achat. Cette logique permet donc d’insister sur ce moment crucial. Est-ce que j’ai vraiment besoin de l’appareil électronique que je suis sur le point d’acheter ? En France, l’impact du numérique est surtout porté par les terminaux donc se poser cette question paraît beaucoup plus important que de se poser la question de regarder une vidéo de plus ou de moins. L’approche marginale permet d’insister sur l’impact important qu’il y a derrière l’achat d’un nouvel équipement, surtout neuf.
Okay donc c’est une approche différente pour se concentrer sur d’autres points.
Exactement et on verra plus loin qu’on peut se poser beaucoup d’autres questions. Mais, avant ça, on va profiter d’avoir une quantification, en approche attributionnelle, de 50 grammes d’équivalent CO2 par heure de streaming pour estimer l’impact climatique de la chaîne YouTube que vous êtes en train de regarder.
Impact de la chaîne Le Réveilleur
Ma chaîne a 10 ans cette année ! Certes, ça ne me rajeunit pas mais ce n’est pas rien d’avoir tenu 10 ans ! Et j’ai pu faire ça grâce à vous tous qui regardez ce contenu, qui commentez, qui m’envoyez des messages et, plus encore, à la petite partie d’entre vous qui soutenez ce travail pour qu’il soit accessible à tous. Alors un grand merci à tous ceux qui permettent à cette chaîne d’exister en la soutenant financièrement !
Et joyeux anniversaire à la chaîne je ne suis pas équipé mais ……!
YouTube me donne pas mal de statistiques sur la chaîne et m’informe que j’ai plus de 200 000 abonnés ce qui fait pas mal de salles de classes quand on y pense et qu’il y a un peu plus de deux millions d’heures de visionnage. Si une seule personne devait faire ça, elle devrait regarder la chaîne en continu pendant plus de 230 ans. Dis comme ça on dirait une horrible idée de torture…
Okay donc si on prend 50 grammes de CO2 par heure et qu’on multiplie par 2 millions, ça fait 100 millions de grammes.
Ou plus simplement, ça fait 100 tonnes d’équivalent CO2. Certes c’est sur 10 ans mais ça fait quand même, en moyenne, 10 tonnes par an.
Attend c’est quand même un peu approximatif comme calcul…
Oui, on pourrait raffiner ça en séparant télévision, téléphone et ordinateur. On pourrait améliorer les estimations du réseau et des centres de données en regardant le poids des vidéos. On pourrait y passer un temps fou et ça changerait sans doute un peu les choses mais je ne pense pas que ça ne changerait l’ordre de grandeur donc gardons une centaine de tonnes pour ma chaîne YouTube. Si on juge que le cas de la télévision qu’on a vu plus tôt est représentatif, les cents tonnes se décomposent approximativement ainsi : 3 tonnes pour les centres de données, 15 pour le réseau, 18 pour l’utilisation des terminaux et 64 pour la fabrication de ces terminaux.
Mais si t’étais pas là, ça aurait juste fait plus de vues pour un autre vidéaste ?
Peut-être, ou peut-être pas. C’est difficile de savoir ça. Et puis si cet impact était transféré sur une autre chaîne YouTube on pourrait se poser les mêmes questions…
En gros se demander, si tes vidéos justifient leur impact. Est-ce que 100 tonnes de CO2, c’est beaucoup pour 2 millions d’heures de visionnage ?
Bonne question. Après tout, si on supprime tout ce qui a un impact environnemental, on ne fait plus rien du tout. Et je pense qu’on a tous conscience que c’est un projet politique qui n’a aucune chance d’aboutir. Il faut réduire notre impact environnemental mais on va logiquement le faire en réduisant ce qui a beaucoup d’impact pour peu de bénéfices. Est-ce que ce sont mes vidéos YouTube qui arriveront en tête avec ce calcul ? Pour le coup, je suis un peu trop impliqué pour répondre à cette question.
Okay mais tu peux te poser cette question pour d’autres chaînes que la tienne, c’est quoi ton opinion la dessus ?
Oui et même avec du divertissement et des séries en streaming. Dans ce cas, je pense que l’impact n’est pas démesuré pour le bénéfice que j’en tire par rapport à d’autres loisirs. Et chacun peut se faire une opinion là-dessus avec tout ce dont on a parlé avant.
Mais dans le cas de ta chaîne, on pourrait se demander si elle n’a pas permis d’éviter encore plus d’émissions ?
C’est vrai que c’est une particularité de ma chaîne qui parle essentiellement de climat et d’énergie. On peut se demander si elle permet des réductions d’émissions qui compenseraient les émissions induites par son existence. Imaginons que mes 200 000 abonnés soient sortis un peu plus convaincus de la gravité du changement climatique et aient choisi de remplacer, une seule fois par an, un repas à base de bœuf par un repas à base de poulet. Je ne parle même pas d’un repas végétarien et je parle bien d’un repas par an. Et bien ça ferait 1 136 tonnes de CO2 évitées par an. De quoi faire beaucoup plus que compenser son impact.
Après, vu que tu n’as pas vraiment de vidéo sur l’alimentation sur ta chaîne, c’est peut-être pas le meilleur exemple.
Certes mais je voulais montrer un petit geste. Imaginons que quelques abonnés aient été convaincus par ma vidéo sur la voiture électrique, la plus vue de la chaîne, et qu’ils aient choisi d’acheter une voiture électrique au lieu d’une voiture thermique. Sur l’ensemble de sa durée de vie, et en prenant tout en compte , une voiture électrique évitera environ une vingtaine de tonnes de CO2 par rapport à son alternative thermique. Il suffirait donc d’avoir réussi à convaincre 5 personnes sur les 440 000 qui ont vu la vidéo pour compenser les émissions induites par ma chaîne YouTube depuis sa création. Et c’est encore mieux si cette vidéo où je rappelais aussi les impacts des voitures électriques a convaincu des utilisateurs de se passer entièrement de voitures.
Je comprends ce que tu fais, de défendre ton travail, mais tu n’es peut-être pas convainquant ? Ta chaîne peut-être qu’elle n’est pas justifiée par ses bénéfices et qu’elle ne devrait pas exister.
Peut-être. Et c’est une question importante qu’on devrait prendre l’habitude de se poser. Est-ce que les impacts sociaux et environnementaux d’un produit ou d’un service sont justifiés par les bénéfices qu’on en tire ? Ici, j’ai pris un exemple où j’imagine des conséquences positives sur l’évolution du comportement des personnes qui ont l’incommensurable bonheur d’être exposées à mes longues vidéos. Mais j’aurais pu prendre un exemple avec des conséquences négatives, par exemple une chaîne à la gloire des voitures thermiques, des steaks ou des voyages en avion. On a commencé à se poser des questions sur la manière dont le numérique influence nos comportements et la société en général. Et pour parler un peu plus de ça j’ai invité Jean-Lou.
Salut à tous ! C’est bien de s’intéresser à l’impact climatique direct du numérique mais je pense qu’il est intéressant et important de voir au-delà.
La publicité ciblée
Un premier problème est celui de la publicité ciblée. Même si je suis convaincu que les vidéos sur la voiture électrique de Rodolphe ont permis à certains et certaines d’opter pour une voiture électrique à la place d’une voiture thermique, je pense que la publicité ciblée opérée par Youtube pendant ces vidéos a également des conséquences, et plutôt néfastes pour le coup.
Car qu’importe que je regarde Youtube en basse résolution connectée à mon wifi sur mon minuscule écran vieux de 10 ans si la publicité dont on me bombarde me donne l’irrésistible envie de prendre l’avion pour aller boire des caïpirinha à Malaga.
Le rapport ministériel “Contribution et régulation de la publicité pour une consommation plus durable” nous explique en quoi la publicité en ligne nuit à la transition écologique :
“En ligne, où les annonceurs dépensent aujourd’hui plus que sur les médias
traditionnels (53 %) et où 90 % de la croissance de la publicité devrait avoir lieu d’ici 2030,
des modèles de production moins chers et moins durables comme la fast-fashion sont davantage promus, la publicité visant à créer un besoin plutôt qu’à y répondre (près de + 1 000 % de dépenses publicitaires en ligne pour le textile depuis 2013).”
La publicité en ligne est beaucoup moins régulée que dans les secteurs plus anciens. Le peu de régulation qui existe afin d’éviter que les moins de 12 ans soient bombardés de publicité ciblée lorsqu’ils regardent leur dessins animés du samedi à la télé se volatilise dès qu’on passe dans le monde “en ligne”. Qu’il s’agisse de la promotion de tabac ou d’alcool par des influenceurs ou de la présence de mécanismes payant comparable à des jeux de hasard dans les jeux à destination des enfants, la régulation s’applique très peu dans le monde virtuel. Et c’est la même chose pour le droit d’auteur qui s’évapore dès qu’il s’agit d’entraîner des modèles de génération d’image ou de texte.
Plus largement, les plateformes du numérique ont réussi une incroyable prouesse : faire du monde “en ligne”, un espace qui échappe à une partie des régulations. Or, l’un des principes fondamentaux d’un État de droit, c’est que le droit devrait être le même partout. L’État de droit cesse donc de s’exercer comme il se doit dans un monde virtuel où nous passons pourtant de plus en plus de temps .
Ayant cette exception à l’esprit, on se dit que l’un des plus gros impacts environnementaux causés par notre surf c’est peut-être celui de notre garde robe pleine de fast-fashion – de jeans jetables en gros. Et n’essayez pas de vous dédouaner, la deuxième doudoune même d’une entreprise plutôt exemplaire comme patagonia, ça compte aussi, acheter plus responsable ça ne fonctionne qu’à consommation constante.
Et est-ce qu’on a une idée de la taille du problème ?
La publicité en ligne, c’est un marché de plus de 750 milliards de dollars. Si on considère que ce secteur n’est pas totalement hors sol et que les industriels ne jettent pas leur argent par les fenêtres – et s’il y a bien quelque chose où on peut leur faire confiance, c’est probablement ça – c’est que ce secteur génère au moins 750 milliards de consommation. Imaginons que toute cette publicité ciblée nous incite cette année à nous envoler vers Malaga, toujours là-bas, plutôt qu’à prendre le train pour aller randonner dans les Alpes, ça impliquerait alors une différence de 3,9 milliard de tonnes équivalent CO2.
C’est pas dit que ça fasse autant de consommation et puis tout n’est pas redirigé vers l’aviation. Tu as pris un des pires exemples, c’est un peu caricatural !
Certes c’est un calcul simpliste mais il permet d’illustrer à quel point la modification de consommation induite par la publicité pourrait avoir une empreinte carbone bien supérieure à l’empreinte carbone directe du secteur.
Et c’est pour ça qu’on ne peut pas se contenter d’examiner les impacts directs du streaming, on doit aussi réfléchir à la manière dont ça influence la consommation. Et, quand on réfléchit à ça, ça permet de penser à des leviers importants pour réduire ces impacts comme la régulation ou la taxation des publicités et, notamment, des publicités pour les objets les plus polluants. Et quand des citoyens réfléchissent à la question climatique lors de convention citoyenne, à tout hasard, on retrouve justement des propositions de ce type.
Et même à mon échelle ce point est important. Ma chaîne existe essentiellement grâce au soutien financier d’une petite partie de son public. Je n’ai jamais fait de publicité pour des marques, des produits ou des services. Je ne vous ai jamais rien vendu. Mais, le modèle économique de la plateforme YouTube repose sur la publicité. Il n’est pas impossible que les émissions induites par la consommation provoquée par les publicités mises par YouTube sur mes vidéos dépassent l’impact de la chaîne que j’ai essayé de calculer plus tôt. Et ce n’est pas l’argent que je récupère de cette monétisation qui me permettrait de faire vivre la chaîne. Et la réflexion systémique qu’on est en train d’avoir ici, on pourrait l’étendre bien au-delà de la publicité.
Parce que le numérique a d’autres influences sur nos achats qu’à travers la publicité ?
Oui et probablement de beaucoup de manières différentes. Pour donner un exemple évident. Internet me permet de chercher toutes sortes de produits et de services et de les acquérir en quelques clics. La possibilité d’acheter des choses en ligne et de se les faire livrer directement influence nos comportements d’achats et donc notre consommation. Et on pourrait multiplier les exemples de ce type. Même sur les sujets qu’on a regardés de plus près dans cette vidéo, on aurait pu se poser ce type de questions. Pour le streaming, on a vu que la résolution n’avait pas un effet direct énorme mais si l’augmentation de la résolution justifie d’acheter des télés toujours plus grandes, cet effet indirect devient beaucoup plus significatif. Ces effets indirects sont bien plus durs, voire pratiquement impossibles, à quantifier.
Mais il peut aussi y avoir des effets indirects positifs. Le numérique peut nous aider à réduire les émissions, non?
C’est vrai et ce serait une autre vidéo à faire. Est-ce que le numérique peut contribuer à la réduction des émissions ? Ou plutôt : quels équipements ou services du numérique peuvent contribuer à la réduction des émissions ? Parce qu’il faudrait regarder dans des situations données si le numérique peut effectivement permettre des réductions d’émissions. On peut par exemple penser à des solutions numériques qui optimisent la consommation d’énergie ou aux solutions numériques qui permettent le télétravail, ou plus globalement, qui évitent certains déplacements. Ces questions sont rarement faciles à répondre parce qu’il faut prendre en compte de nombreux paramètres et les résultats sont souvent spécifiques à une situation donnée. Surtout que le numérique ait un intérêt pour réduire les émissions quelque part, n’implique pas qu’il puisse le faire partout. Je vous invite donc à être extrêmement méfiant envers des discours qui poussent le numérique de manière indifférenciée pour ses prétendus bénéfices environnementaux futurs, surtout quand les effets indirects dont on parle ici sont très durs à estimer. Sur ce sujet, vous pouvez consulter, entres autres, une partie du dernier rapport du GIEC qui concluait, avec un degré de confiance intermédiaire, que le numérique pouvait réduire les émissions globales mais, surtout, mettait en avant l’importance de gérer les effets indirects négatifs qu’on a discutés ici et notamment l’augmentation de la demande induite par le numérique.
Ce qu’on vient de voir, c’est que le numérique a une énorme influence sur ce qu’on consomme et sur ce qu’on fait au quotidien. Mais je pense qu’il structure aujourd’hui notre société encore plus profondément en influant sur notre vision du monde, dont celle du changement climatique. En effet, le numérique est aujourd’hui la composante principale de l’écosystème informationnel dans lequel nous évoluons. Or aujourd’hui, les IA de recommandation des réseaux sociaux et d’une plateforme comme Youtube choisissent tous les jours d’amplifier de fausses informations.
Amplification d’informations fausses ou trompeuses
Etant donné la quantité insondable d’information présente sur le web, nous ne pouvons être exposés qu’à une toute petite sélection des informations disponibles en ligne. Et cette sélection est faite par des IA de recommandation.
Ce serait pas mal d’expliquer ce que sont les IA de recommandation.
Il s’agit simplement des systèmes qui vont générer le fil de contenus s’affichant sur vos différentes plateformes. Cette IA de recommandation peut tenir compte de vos abonnements … ou pas. Elle peut vous proposer des vidéos du Réveilleur parce que vous vous êtes consciencieusement abonnés à sa chaîne ou bien vous proposer des shorts de concours de baffe parce qu’elle a détecté que c’est ce qui avait le plus de chance de vous faire craquer, là, tout de suite. Les gens qui ont les rênes d’une plateforme font littéralement ce qu’ils veulent et depuis le succès de Tiktok, toutes les grandes plateformes ont réalisé qu’une bonne méthode pour susciter un maximum d’engagements, c’était de ne pas trop écouter ce que nous déclarions vouloir voir mais plutôt de nous proposer ce qui nous faisait craquer. Coucou les shorts
Et t’as dit que ces IA amplifient les fausses informations. Mais pourquoi elles font ça ?
Pour le comprendre, il faut savoir que ces IA de recommandation sont entraînées à optimiser notre engagement. Or, notamment parce qu’elles suscitent en nous davantage de colère ou nous confortent dans nos préjugés, les informations erronées, exagérées ou déculpabilisantes sont extrêmement virales et engageantes . En apprenant à maximiser notre engagement, ces IA apprennent à amplifier ces fausses informations auprès des publics chez qui elles ont le plus de chance de générer de l’engagement. Et pour que ça marche, il n’y a même pas besoin que des ingénieurs malveillants aient étiqueté des vidéos comme étant de la “désinformation” ni qu’une certaine audience ait été étiquetée comme étant “sensible à la désinformation climatique”. Pour que ça fonctionne, personne n’a en fait besoin de savoir ni ce que choisit d’amplifier l’IA de recommandation ni quel public est visé par ces choix. Et donc personne ne peut être tenu pour responsable, en tous les cas, c’est l’un des arguments favoris des plateformes.
Et parmi ces fausses informations, je suppose qu’il y a de la désinformation sur le climat ?
Complètement, les Big Techs continuent de faire leur beurre dessus. Par exemple, les IA de recommandation d’Amazon continuent à répondre avec un livre de désinformation sur le changement climatique quand on veut se renseigner sur cette question. Non content de cette désinformation climatique, quelqu’un à Amazon a en plus choisi de consciemment affubler ce livre de l’étiquette “Editor’s pick”, c’est-à-dire “le choix de l’éditeur” et de le rendre accessible pour seulement 0,99 dollar en livre audio. Merci Amazon de rendre la désinformation accessible à tous. Lorsqu’on ajoute l’intention politique et assumée de promouvoir la désinformation à l’amplification algorithmique dûe à la simple recherche d’engagement, ça donne un cocktail particulièrement … désinformant….
De la même manière, les IA de recommandation de Twitter n’ont pas attendu l’arrivée de Musk pour amplifier la désinformation climatique afin de maximiser l’engagement sur la plateforme. Mais bien sûr que l’arrivée de Musk et son retrait de quasi toute forme de modération a encore aggravé et amplifié la désinformation climatique sur X. Les influenceurs climat s’y font désormais harceler aussi librement que la désinformation climatique y circule, sans aucune modération. C’est en fait là une stratégie de désinformation bien connue de l’industrie du doute : noyer l’information utile dans le bruit et réduire les critiques au silence en donnant libre cours à la violence.
Et sur Youtube ça donne quoi ?
Youtube recommande du contenu climato sceptique à tour de bras. En 2023, des chercheurs estimaient que Youtube gagnait plus de 10 millions de dollars par an de revenus publicitaires sur des vidéos de désinformation climatique qu’il amplifie. Qu’importe s’il s’agit de désinformation climatique tant qu’un titre aussi attractif que “RÉCHAUFFEMENT CLIMATIQUE : DÉCRYPTAGE D’UNE ARNAQUE MONDIALE” génère du temps d’attention humain qu’on peut ensuite vendre à des marques de montre ou de voiture … thermique.
ah ouais on en a un peu parlé sur la chaîne de cette vidéo climato-sceptique !
Et là on est sur une vidéo de désinformation qui fait plus de vues que les vidéos de vulgarisation sur le sujet. Pour que ce soit possible, comme tous les contenus qui percent aujourd’hui sur les réseaux, elles bénéficient nécessairement de la complicité et de l’amplification algorithmique des plateformes. En 2018, plus de 70% du contenu visionné sur la plateforme avait été proposé par l’IA de recommandation, c’est probablement bien plus aujourd’hui. Sur Tiktok, c’est quasi 100% du contenu qui est choisi par l’IA de la plateforme.
Et vous vous doutez que c’est un point qui me préoccupe particulièrement. D’abord parce que ma chaîne est consacrée à fournir des informations crédibles et vérifiables sur les questions environnementales et, notamment, sur les questions climatiques. Ensuite parce qu’il y a plusieurs vidéos sur la chaîne qui s’attaquent directement et frontalement à la désinformation présente sur YouTube. Pour l’anecdote, il y a plus de 10 ans c’est la présence de cette désinformation sur YouTube, et notamment, du documentaire “Le secret des nuages”, diffusé par Arté, qui m’a motivé à créer cette chaîne.
Et comme si tout ça ne suffisait pas, il faut ajouter que les plateformes se font également directement payer pour propager de la désinformation climatique sous forme de campagnes publicitaires mensongères financées par les industries fossiles. Ces contenus publicitaires génèrent des centaines de millions d’impression et ont notamment pour objectif de décrédibiliser des modes de production énergétiques moins polluants. Comme on vient de le voir, la désinformation climatique dûe aux IA de recommandation est dramatique mais ça n’est peut-être pas le pire…
Mauvaise hiérarchisation des informations
En effet, pas besoin d’amplifier de fausses informations pour avoir des conséquences dramatiques, il suffit de mettre la lumière à des endroits non stratégiques. C’est la fameuse histoire du type qui cherche ses clés sous un lampadaire et à qui on demande :
- C’est par là que tu les as perdues ?
- Non mais c’est là où j’y vois bien
L’IA de recommandation en sélectionnant l’information à laquelle vous êtes exposée influence votre vision du monde et donc a un impact sur vos choix politiques.
Si on ne vous parle jamais de changement climatique dans votre fil d’actualité instagram, il est probable que vous ne ferez jamais rien sur le sujet et que vous n’accepterez pas non plus de voter pour des politiques climatiques ambitieuses.
Très bien mais des partis politiques et des médias peuvent aussi faire ce genre de hiérarchisation ?
Complètement, tout ça ne date pas d’hier, les JT de grand média n’ont pas attendu les réseaux sociaux pour ne pas assez parler de climat et leur préférer l’arrivée en fanfare de stars du ballon rond. C’est d’ailleurs ce que pensait déjà Greta Thunberg lorsqu’à 8 ans, elle prit conscience du changement climatique :
Extrait de Greta “if it (climate change) was really happening, we wouldn’t be talking about anything else. As soon as you’d turn on the TV, everything would be about that. Headlines, radio, newspapers, you would never read or hear about anything else, as if there was a world war going on.”
Mais si avec les médias classiques en 2010, c’était déjà pas incroyable, avec les plateformes en 2025, c’est encore pire.
Et pourquoi c’est pire ?
Tout d’abord, ces entreprises privées sont encore moins soumises au contrôle démocratique que les médias classiques. Là où on peut regretter que l’ARCOM ne fasse pas davantage pour inciter le secteur audiovisuel français à poursuivre “un objectif de cohésion sociale” comme sa mission l’y encourage, on peut encore plus regretter qu’il n’existe tout simplement pas d’ARCOM spécifique pour les plateformes du numérique.
Grâce à ce régime d’exception et d’état de droit dégradé qu’on a déjà évoqué, les plateformes s’arrogent la liberté d’amplifier n’importe quelle information car elles savent pertinemment qu’elles n’auront pas à répondre des conséquences de ces amplifications, même lorsqu’elles participent à aggraver des génocides comme lorsque Meta a fait la promotion de contenus haineux et appelant à la violence lors du génocide des Rohingya au Myanmar en 2017.
Le fait que seules ces plateformes ont accès aux données qui pourraient permettre à des chercheurs d’établir avec certitude les conséquences de leurs IA de recommandation ne nous aident, il est vrai, pas vraiment.
Ensuite, la concentration du pouvoir est encore plus dramatique dans le secteur du numérique que dans celui des médias classiques où elle est pourtant déjà … préoccupante comme le montre l’illustration mise à jour régulièrement par le monde diplomatique. Pour ce qui est du numérique, on parle de moins d’une dizaine d’entreprises privées qui contrôlent l’écosystème informationnel mondial.
Et enfin, lorsqu’un média ou un parti politique parle mal ou trop peu des questions climatiques, on est en droit de lui demander des comptes et on ne s’en prive pas.
C’est ce qu’ont fait à raison, les associations “quota climat” et “data4good”, dans une récente note sur “la désinformation climatique dans la télévision et la radio françaises”.
Avec cette figure, on peut non seulement tenir rigueur aux médias qui diffusent de la désinformation, tout en haut avec sans surprise “sud radio”, “CNews”, “RMC” et “Europe1” mais on est également en mesure d’évaluer comment les médias hiérarchisent la question climatique avec à priori ici un clair vainqueur : RFI.
Ca c’est pour les médias traditionnels mais il semble qu’on soit totalement impuissant lorsque ces déformations et ces amplifications sont guidées par des IA de recommandation qui créent autant de lignes éditoriales que d’utilisateurs et auxquelles personne ne peut avoir accès et pour lesquelles personne ne sera par conséquent tenu responsable.
Quelles que soient la thématique, en amplifiant certains sujets et en en minimisant d’autres, on risque de passer à côté d’une énorme partie des problèmes et des solutions. Or c’est le pouvoir du numérique aujourd’hui : contrôler et orienter de manière totalement opaque la quasi totalité des réverbères sous lesquels non seulement nous découvrons les problèmes mais aussi cherchons les solutions. Et pour ça nous faisons une confiance aveugle à des milliardaires qui ne rendent de compte à absolument personne.
Et est-ce que tu as un exemple pour illustrer ce que tu penses être une mauvaise hiérarchisation de l’information ?
Oui, les informations sur les impacts indirects des big tech dont on parle depuis tout à l’heure sont particulièrement peu amplifiées sur ces plateformes. Et d’ailleurs merci beaucoup Rodolphe de me laisser en parler dans cette vidéo.
Je pense qu’intervenir sur une hiérarchisation des contenus qui maximisent nos chances d’action collective devrait être une priorité politique plus grande que de savoir si on les regarde en HD ou en 4K.
Peut-être que vous pensez au contraire que la hiérarchisation actuelle est la bonne et que les impacts direct du numérique sont bien plus importants que ce que je défends. Vous ne faites pas confiance à mon choix d’amplification que je place subrepticement ici et vous avez bien raison, c’est typiquement le genre de décision pour laquelle on ne doit pas faire confiance à des individus mais à des processus démocratiques. Ce qui confirme qu’on ne devrait pas laisser quelques entreprises organiser les écosystèmes informationnels qui vont influencer nos comportements.
Et d’ailleurs en parlant de démocratie… je voudrai conclure par un dernier impact qui me semble très très important
Dégradation de la démocratie
On ne peut pas se contenter de réfléchir aux impacts « informationnels » du numérique sur les questions environnementales. Il faut comprendre les risques politiques plus larges que fait courir le secteur du numérique et notamment la pression qu’il exerce sur nos démocraties. Nous avons absolument besoin de systèmes démocratiques solides pour améliorer la société, y compris sur les questions environnementales. Il est très peu probable qu’un monde où les autocraties se multiplient et s’affrontent soient un monde où une coopération internationale permet une politique climatique à la hauteur de l’enjeu planétaire. Et, personnellement, mon envie de vivre sous un régime autocratique est … faible.
Est-il sensé de parler de numérique vivable, responsable quand une grande partie de celui- ci est contrôlée de manière unilatérale par quelqu’un comme Musk qui a aidé à faire basculer les USA dans l’autoritarisme et la sortie unilatérale des Accords de Paris ?
Mais il n y a pas que Elon Musk qui contrôle tout ça
Non non, en effet, il y a aussi Zuckerberg, Jeff Bezos, du côté américain, et puis il y a Xi de l’autre côté…
Plus globalement, la responsabilité de nos écosystèmes informationnels dans la dégradation des démocraties et dans les phénomènes de polarisation émotionnelle est de plus en plus engagée.
Et c’est quoi la polarisation émotionnelle ?
La polarisation émotionnelle, c’est une mesure de à quel point tu n’aimes pas les individus du camp opposé, non pas à quel point tu as des opinions différentes ou bien à quel point tu te sens différent mais bien à quel point tu ne les aimes pas. C’est ce genre de polarisation poussée à l’extrême qui permet à des voisins qui ont vécu côte à côte pendant des décennies de s’entretuer. Ce ne sont hélas pas les exemples historiques qui manquent et les Rohingya dont on vient de parler en sont un cruel rappel.
Sur cette figure, on regarde l’évolution du “thermomètre des sentiments”, c’est une échelle visuelle souvent utilisée en sondage et en science politique où on demande à la personne interrogée de positionner ses sentiments envers un groupe, du ‘froid’ (désapprobation) au ‘chaud’ (approbation). Sur cette figure, on peut voir l’évolution de cet indicateur pour les démocartes et les républicains américains envers les membres de leur propre parti, en bleu, ainsi qu’envers les membres du parti opposé, en rouge .
On peut voir que la situation se dégrade depuis des décennies mais la tendance s’accélère dangereusement depuis 2010 et l’avènement des Réseaux sociaux. Les plateformes ne sont évidemment pas la seule cause ni de la polarisation émotionnelle, ni de la dégradation des démocraties, mais à l’image de ce que cette figure nous fait pressentir, des études indiquent qu’il est de plus en plus probable que la direction vers laquelle le secteur du numérique nous pousse sous la pression des big techs soit de moins en moins alignée avec l’exercice de la démocratie.
Okay, ça c’est flippant.
D’après une fuite interne à Facebook (image des Facebook Files), les politiciens européens eux-mêmes ont écrit à Facebook pour se plaindre des incitatifs anti-démocratiques des IA de recommandation des plateformes. Même le directeur de buzzfeed, média qui comme son nom l’indique n’est pas connu pour sa probité journalistique, aurait écrit à Meta après des changements substantiels de ses IA de recommandation pour leur dire qu’ils étaient obligés, pour garder de la visibilité, de prendre des positions extrêmement clivantes.
Si vous pensez que la gouvernance démocratique et la coopération notamment au niveau international est le meilleur moyen de maintenir le monde dans une relative stabilité lui permettant de s’accorder et de se projeter dans des politiques climatiques ambitieuses, alors la dégradation de nos démocraties par le numérique devrait sans doute remonter dans la liste de vos priorités comme dans celle du classement des conséquences préoccupantes du numérique quant au changement climatique.
Et ça c’est sans même prendre en compte les intentions malveillantes de régimes qui chercheraient à exploiter des failles de ces IA de recommandation pour déstabiliser des régimes ennemis. C’est ainsi que lors de l’élection roumaine de novembre 2024, une opération qu’on attribue à la Russie a permis à un candidat quasi inconnu Calin Georgescu d’accéder au second tour. Une des techniques utilisée consistait à poster d’innombrables commentaires en faveur de ce candidat sous les vidéos tiktok de tous les autres politiques afin de tromper l’IA de recommandation. En effet, la présence de nombreux commentaires pro Georgescu augmentait la probabilité qu’une vidéo pro Georgescu soit choisie en suivant par l’IA de recommandation.
Que ce soit en nous poussant à la surconsommation, en orientant nos écosystèmes informationnels dans des directions non alignées avec des politiques climatiques ambitieuses ou en dégradant nos capacités démocratiques, les IA de recommandation nous poussent aujourd’hui vers un précipice aussi raide que la courbe des intentions de vote en faveur de Georgescu, qui cerise sur le gâteau est climato-dénialiste !
Si vous voulez savoir ce que nous devrions imposer aux Big tech afin de contourner le précipice, cliquez sur la vidéo de ma chaîne Après La Bière qu’on vous mettra à la fin de celle-ci. Je rends le micro au maître des lieux, c’est en tous les cas toujours un plaisir de passer par ici, et je vous dis à bientôt ou bien à quasi tout de suite.
Si j’ai invité Jean-Lou, c’est parce que je pense que tout ce qu’il vient d’expliquer est important. Personnellement, quand je pense aux conséquences négatives du numérique, ce ne sont pas les émissions de gaz à effet de serre qui me viennent en premier. En partie parce que les émissions d’autres activités me paraissent plus graves par rapport aux services rendus. Mais aussi parce que les sujets que vient d’aborder Jean-Lou me paraissent particulièrement problématiques, y compris à courtes échéances.
Initialement, j’avais une seconde partie sur l’IA générative dont ChatGPT et autre Midjourney font partie mais j’ai préféré attirer votre attention sur ce que vient de couvrir Jean-Lou. Et avant ça, j’ai choisi de me concentrer sur le streaming parce que j’ai régulièrement des questions dessus et que ça concerne directement mon activité. Je me doute qu’il vous reste de nombreuses questions sur le numérique et une vidéo là-dessus, même longue, sera toujours loin d’être exhaustive.
Alors on ne va pas du tout parler des IA génératives ? Que dire à ceux qui étaient là pour ça ?
<Quelques mots sur les IAs génératives>
On peut déjà dire que les IAs peuvent amplifier les problèmes présentés par Jean-Lou. Par exemple, elles permettent de produire massivement et pour un coup dérisoire de la désinformation ciblée. Sur la question des impacts environnementaux de ces IAs génératives, il y a peu d’éléments disponibles et ce qui est disponible est incertain.
Mais tu peux dire quelques mots de ce que tu avais trouvé ou nous renvoyer vers d’autres contenus.
J’avais trouvé que l’impact d’une requête ChatGPT était limité, de l’ordre d’un gramme d’équivalent CO2 , ce qui nous renvoie à la discussion qu’on a eu sur le streaming et la question de savoir si cet impact est justifié. En fait, le gros problème de l’IA générative n’est pas l’impact par requête mais la massification des utilisations. On est en train de nous en mettre partout sans se demander quand c’est utile et sans même nous demander si on en veut.
Cette massification des usages a déjà des effets et risque d’en avoir encore plus à l’avenir. La consommation d’électricité du secteur numérique a augmenté ces dernières années et les experts s’accordent sur le fait que ça n’est pas prêt de s’arrêter. Les indéniables gains d’efficacité du numérique sont plus que compensés par la massification des usages et une demande supplémentaire d’électricité n’est pas une bonne nouvelle dans un monde où on a déjà du mal à décarboner la consommation électrique existante.
Pour les anglophones, je peux vous renvoyer vers une vidéo de Simon Clark parce que si je faisais une vidéo sur le sujet, elle ressemblerait probablement beaucoup à la sienne. Je peux aussi vous signaler un tout récent rapport de l’Agence Internationale de l’Énergie sur le sujet. Elle y projette un doublement de la consommation mondiale d’électricité par les centres de données qui atteindrait 945 TWh en 2030. C’est une demande qui est concentrée dans certains pays où ça représente une augmentation importante de la consommation d’électricité. S’ajoute à ça une problématique fondamentale des centres de données : ils demandent beaucoup de puissance en un seul endroit et, souvent, près de centres de consommation importants comme des grandes villes. Ils représentent donc un défi de taille pour les réseaux électriques.
Franchement, la flemme d’aller lire des rapports, c’est ton boulot ça. Je vais plutôt poster plein de commentaires, et tu vas céder face à la pression de ta communauté.
Tu peux essayer mais garde en tête que j’ai beaucoup d’autres sujets à traiter. Et puis je peux t’avouer que le numérique n’est pas celui qui me fascine le plus. Pour finir sur ce sujet, les projections sur l’évolution de ce secteur sont diverses et incertaines mais toutes s’accordent sur une augmentation de la consommation électrique. L’avenir des émissions du numérique dépendra surtout de trois points : l’augmentation de la demande et donc notamment l’adoption de nouveaux outils, l’amélioration de l’efficacité énergétique et la possibilité de répondre à la hausse de consommation électrique avec des moyens bas carbone sachant qu’on en a aussi besoin pour plein d’autres secteurs. Je pense que les difficultés de la réduction des émissions de gaz à effet de serre devraient nous inviter à nous poser la question de la pertinence de la massification de ces IAs génératives.
Et en parlant de réduction des émissions, on pourrait peut-être finir en donnant quelques recommandations pour réduire celle du numérique ?
Des pistes pour réduire l’impact du numérique
On a vu à de nombreuses reprises l’importance de la production des terminaux dans l’impact climatique du numérique. Quelqu’un qui cherche à réduire son impact numérique doit avant tout se concentrer sur les terminaux qu’il utilise : en avoir le moins possible, de petite taille et les faire durer le plus longtemps possible. Si des terminaux ne vous sont plus utiles, les donner ou les revendre peut éviter des achats de neuf. Vous pouvez aussi choisir d’acheter du matériel reconditionné. De manière générale, le secteur numérique bénéficierait d’une meilleure gestion de la fin de vie des équipements pour augmenter leur durée de vie mais aussi pour limiter les pollutions que peuvent induire les déchets électroniques et pour augmenter le recyclage des déchets électroniques qui est encore limité.
Okay donc si je veux réduire mon impact du numérique, je me demande si j’ai vraiment besoin d’un truc avant de l’acheter et, une fois acheté, j’en prends soin et j’essaie de le faire durer le plus longtemps possible. Mais entre nous au bout d’un moment, ça devient d’une lenteur insupportable.
C’est indéniable qu’il y a une obsolescence qui pousse parfois à devoir se séparer de vieux appareils encore fonctionnels mais incapables d’utiliser les dernières applications à jour. Un exemple est le choix de Microsoft d’arrêter le support de Windows 10 alors que de nombreuses machines antérieures à 2018 ne sont pas compatibles avec Windows 11. Là-dessus, la responsabilité est clairement du côté des entreprises qui produisent les objets et les logiciels. On peut étendre cette logique au secteur du divertissement où une politique de sobriété impliquerait d’arrêter la course à la performance et certaines stratégies commerciales comme les exclusivités de certains jeux sur certaines consoles. D’ailleurs, j’avais eu l’occasion de parler de ce sujet dans un épisode du Vortex. Ce n’est pas l’angle que j’ai choisi pour cette vidéo mais il y a des leviers aux mains des professionnels : créateurs de logiciels, de jeux vidéo ou de site web pour diminuer l’obsolescence. Sur ça, je peux, par exemple, vous renvoyer vers le travail de GreenIT.
Donc je fais gaffe aux objets que j’achète. Si je travaille dans le milieu, je peux aussi me renseigner sur des bonnes pratiques… et à l’échelle collective il y a des trucs?
Pour l’information des consommateurs, je peux citer, par exemple, l’indice de réparabilité qui permet de savoir si un objet que vous achetez sera facilement réparable. La puissance publique peut également faire beaucoup par le biais de normes et de standards. Par exemple, une directive de l’union européenne impose l’USB-C comme chargeur universel. Fini les chargeurs qui changent entre les marques et les générations, on va pouvoir faire de la place dans les tiroirs. Plus globalement, l’importance de la production des terminaux dans l’impact climatique du numérique devrait nous inciter à pousser politiquement la question de la réparabilité et de la lutte contre l’obsolescence de ces équipements. Là-dessus on peut citer les aides de l’État qui permettent de réduire les coûts de réparation de divers équipements. Pour l’intelligence artificielle,par contre je n’ai pas assez creusé le sujet pour faire des préconisations.
Et pour les autres impacts environnementaux parce qu’il n’y a pas que les émissions de gaz à effet de serre?
C’est vrai que je n’ai pas abordé la question des autres impacts environnementaux du numérique : problématiques liées aux ressources métalliques, pollution lors de l’extraction, des transformations ou de la fin de vie notamment celles dues à la mauvaise gestion des déchets, recyclage limité, utilisation d’eau par les centres de données …etc. Bref, j’aurais pu aller fouiller dans tout ça et vous proposer une autre vidéo. Si j’ai peu creusé ce sujet, c’est essentiellement pour des problèmes de temps et de concision de cette vidéo qui est déjà bien longue mais il faut être conscient de ce manque.
Conclusion
Même si on dispose de relativement peu de données,et qu’elles sont incertaines, il est indéniable que l’impact environnemental du numérique est réel. Il ne faut pas se faire avoir par des discours qui vendent une dématérialisation de l’économie et avoir conscience des objets dans nos mains mais également de l’infrastructure numérique qui permet l’utilisation de nombreux services. Sur l’aspect climatique, le numérique est responsable de plusieurs pourcents des émissions mondiales. En France où l’électricité est bas carbone et donc l’impact de l’utilisation est plus faible qu’ailleurs, son impact est surtout dû à la fabrication des terminaux.
Je me suis intéressé à l’impact de l’audiovisuel parce que c’est un sujet particulièrement pertinent pour un vidéaste comme moi. On a vu qu’une évaluation autour de 50 grammes d’équivalent CO2 par heure de streaming est un bon ordre de grandeur. C’est ce qu’émet une voiture thermique roulant une dizaine de secondes à 80 km/h, c’est aussi les émissions associées à une madeleine ou à 2 grammes de viande bovine. C’est bien de garder en tête que le streaming, comme la quasi-totalité de nos activités, a un impact environnemental mais il ne faut pas l’exagérer. Les discours sur l’impact du streaming, ou des mails, ne doivent pas non plus faire diversion aux gestes les plus pertinents pour réduire notre impact du numérique : acheter moins de terminaux, de petite taille et les faire durer plus longtemps.
Jean-Lou est venu sensibiliser aux impacts environnementaux indirects mais également aux conséquences politiques néfastes du numérique et notamment des IA de recommandation contrôlées par quelques grandes entreprises privées souvent sans aucun contrôle démocratique. Ces IAs orientent nos débats, façonnent nos désirs, fragmentent nos sociétés et fragilisent nos démocraties. Dans une vidéo sur sa chaîne qui sortira en même temps que celle-ci, il propose quelques pistes d’amélioration.
Les supers vidéos de mes deux collègues
- La vidéo de Michaël (La Biologie fait des vidéos) sur l’impact des mails
- La vidéo de Jean-Lou (Après La Bière) pour un numérique plus démocratique et plus à même de lutter contre le changement climatique
Sources
Il y a eu beaucoup d’errements lors de l’écriture de ce script (en plus Michaël Ruff m’avait fait un gros travail préparatoire). Je n’ai gardé que les sources dont je me suis directement servies ou qui ont influencé ce script. Je vous ai aussi épargné les sources les moins crédibles.
Sources principales
- Étude de l’impact environnemental des usages audiovisuels en France, ADEME – Arcep – Arcom (2024)
- Évaluation de l’impact environnemental du numérique en France et analyse prospective (2/3), Ademe – Arcep (2022)
- Évaluation de l’impact environnemental du numérique en France et analyse prospective (3/3), ADEME – Arcep (2023)
- Actualisation (2025) de l’impact du numérique en France. C’est basé sur ce document dont le lien n’est pas trouvable sur la page de l’ADEME ! L’ajustement à la hausse vient en bonne part de l’ajout des serveurs étrangers fournissant des services en France. Un ajout proposé par un bureau d’étude.
- Article de vulgarisation par Gauthier Roussilhe pour Bon Pote : IA génératives, 5G, satellites… quelle est la vraie empreinte environnementale du numérique ?
Quantifications des émissions du numérique
- Freitag et al. (2021). The real climate and transformative impact of ICT: A critique of estimates, trends, and regulations.
- Malmodin et al. (2024). ICT sector electricity consumption and greenhouse gas emissions–2020 outcome.
- Principaux paramètres pour évaluer l’impact à la construction : Malmodin & Lövehagen (2024, June). A Methodology for Simplified LCAs of Electronic Products.
- Discussion sur le périmètre du secteur numérique : Périmètre des dispositifs de l’internet des objets vis-à-vis des technologies de l’information et des communications, ADEME – Arcep (2024)
- Rapport du GIEC : Résumé technique du GTIII et Chapitre 5 du GTIII (notamment section 5.3.4.1)
- Berthelot, A. (2024). L’empreinte environnementale complète d’un usage numérique: contribution à l’analyse de cycle de vie de services numériques.
- Louis-Philippe et al. (2020). Sources of variation in life cycle assessments of smartphones and tablet computers.
- Lövehagen et al. (2023). Assessing embodied carbon emissions of communication user devices by combining approaches.
Pour les différentes quantifications utilisées dans la vidéo
- Le site Impact CO2 de l’ADEME, notamment sur les parties numérique, alimentation, bière.
- Boavizta permet de regarder l’impact de différents terminaux (vous pouvez passer en français en haut à droite).
- Livre VS liseuse : que privilégier ? – Greenweez
- Empreinte carbone de la France.
- La voiture électrique est-elle écologique ? – Le Réveilleur
Évolutions passées ou futures de la consommation des centres de données
- Un des meilleurs liens sur les centres de données US et l’évolution de la consommation : 2024 United States Data Center Energy Usage Report
- World Energy Outlook 2024 – AIE
- Electricity 2025 – AIE
- Energy and AI – AIE (2025)
- Istrate et al. (2024). The environmental sustainability of digital content consumption.
- Microsoft’s AI Push Imperils Climate Goal as Carbon Emissions Jump 30% – Bloomberg
- Can the climate survive the insatiable energy demands of the AI arms race? – The Guardian
Sobriété, obsolescence et réglementation
- La recherche au défi de la sobriété énergétique du numérique – Le Monde
- Sobriété numérique : 5 bonnes résolutions pour 2024 – Green IT
- L’IA peut-elle vraiment être frugale ? – The Conversation (2024)
- Impact environnemental du numérique : l’inquiétant boom à venir – The Conversation (2025)
- Evaluation de l’impact environnemental d’un ensemble de produits reconditionnés – ADEME (2022)
- 🎮 Doit-on en FINIR avec la GUERRE DES CONSOLES ? @lereveilleur @DeveloppeuseDuDimanche I ARTE – Le Vortex
- Fin du support de Windows 10 pour les machines antérieures à 2018
- https://www.economie.gouv.fr/particuliers/tout-savoir-indice-reparabilite
- USB-C comme chargeur universel
Les sources mobilisées par Jean-Lou
- Contribution et régulation de la publicité pour une consommation plus durable (2024)
- Les enfants français, cibles de choix pour la publicité en ligne – Libération (2021)
- Xiao, L. Y. (2025). Illegal loot box advertising on social media? An empirical study using the – Meta and TikTok ad transparency repositories.
- L’État de droit, c’est quoi ? – Philoxime
- OpenAI says it’s ‘impossible’ to train AI without copyrighted materials – Euronews
- Vous êtes victime de la mode même si vous pensez que non. – C’est une autre histoire
- Worldwide Ad Spending Forecast 2025
- La technologie que tous les écolos oublient (ft. @ChezAnatole) – Science4All
- Réguler la publicité pour réduire les incitations à la surconsommation – Convention Citoyenne pour le Climat
- The Hype Machine – Sinan Aral
- Toxic Data – David Chavalarias
- This Video Will Make You Angry – CGP Grey
- Twitter ranks worst in climate change misinformation report – The Guardian
- Climate crisis deniers target scientists for vicious abuse on Musk’s Twitter – The Guardian
- Climate of Misinformation: Ranking Big Tech
- The New Climate Denial
- YouTube’s AI is the puppet master over most of what you watch – CNet
- Climate Misinformation on Social Media Is Undermining Climate Action – NRDC
- Greenwashing on Facebook: How the World’s Biggest Polluters Use Social Media to Obfuscate on Climate Change – Time
- Nos missions | Arcom
- Myanmar: Facebook’s systems promoted violence against Rohingya; Meta owes reparations – new report – Amnesty International
- Médias français, qui possède quoi ? – (Le Monde diplomatique, avril 2025)
- Premiers résultats de la détection automatisée de la désinformation climatique dans la télévision et la radio françaises – Quota Climat
- Gibert, Hoang, & Lambrecht (2024). Should YouTube make recommendations for the climate?.
- Information ecosystem and troubled democracy – OID
- Erdoğan & Uyan-Semerci (2025). Othering in politics: how affective polarization undermines democratic philia?.
- Feeling thermometer – Wikipedia
- The anes guide to public opinion and electoral behavior
- Polarization, Democracy, and Political Violence in the United States: What the Research Says – Carnegie Endowment for International Peace
- https://observatory.informationdemocracy.org/
- Romanian presidential elections : a tiktok analysis
Déchets électroniques et autres impacts environnementaux
- Quand les déchets électroniques atteignent des records – notre-environnement.gouv.fr
- Les métaux de nos objets connectés, face cachée de l’impact environnemental du numérique – The Conversation
- «Les e-déchets sont un fléau pour la santé de millions d’enfants», alerte l’OMS – Libération
- Inside the ‘Nightmare’ Health Crisis of a Texas Bitcoin Town – TIME
- Quels sont les impacts environnementaux de l’IA ? – Green IT
Intelligence artificielle et LLMs (ChatGPT)
- J’avais fait quelques calculs sur l’impact d’une requête ChatGPT à partir de ce papier : Vanderbauwhede (2024). Estimating the Increase in Emissions caused by AI-augmented Search.
- Estimations plus élevées sur ce calculateur et encore plus dans cet article Carbone 4
- Why using ChatGPT is not bad for the environment – a cheat sheet – The Weird Turn Pro
- Replies to criticisms of my ChatGPT & the environment – The Weird Turn Pro
- What’s the carbon footprint of using ChatGPT? – Sustainability by numbers
- De Vries (2023). The growing energy footprint of artificial intelligence.
- Should I feel guilty using AI? – Simon Clark
- Energy and AI – AIE (2025)
- Un data center près de chez soi, bonne ou mauvaise nouvelle ? – The Conversation (2025)
- Data centers : portée par l’IA, la demande explose
- Liebreich: Generative AI – The Power and the Glory – BloombergNEF
- Google Is No Longer Claiming to Be Carbon Neutral – Bloomberg
- IA générative : la consommation énergétique explose – Polytechnique Insight
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