L’ARGENT MAGIQUE: QUI VA REMBOURSER LA DETTE ?

La France est de plus en plus endettée. Est ce que nous risquons de faire faillite ? Qu’est ce que ça veut dire au juste “rembourser” la dette de la France ? Dans ce nouvel épisode de argent magique avec @Stupid_Eco et @Heu7reka nous expliquons qu’est-ce que la dette française, et comment nous devrions l’utiliser.

M – Dis moi, tu viens d’avoir un enfant non ?

G – Ah ouais il est trop mignon, tu veux voir des photos ? (sors un album photo et s’apprête à me le montrer)

M – Non non c’est pas pour ça. Juste je me disais, tu te rends compte que la dette de la France, c’est lui qui va devoir la payer ?

G – Mmmh nan ça marche comme ça. 

M – Bah si, fin clairement, la France a une dette, c’est évident qu’il faut la rembourser, et tout ce qu’on ne rembourse pas maintenant, c’est ton enfant qui va devoir payer. T’as pas peur pour lui ?

G – Alors, déjà la dette française est remboursée actuellement. Enfin j’veux dire, elle n’a jamais pas été remboursée. Les gens qui prêtent à la France sont systématiquement payés quoi !

M – Bah nan y a un truc comme 3000 milliards de dette

G – Nan mais oui mais… C’est refinancé !

M – Refinancé ?

G – Ben oui. Et puis quelque part, la dette, quand on a des sous de côté, c’est une super opportunité. Parce que la dette c’est quoi ? Un actif financier. T’achète de la dette française : hop 3% par an ! 0 risque de pas se faire rembourser. Perso, j’comprends pas les “spécialistes de plateaux télé” qui se plaignent de la dette. C’est si y avait pas de dette que ce serait chiant pour eux. Ils les placeraient où les sous de leurs assurances vie ?

M – Vous avez rien compris a ce qu’il a dit ? Vous en faites pas on va tout expliquer !

GENERIQUE

  1. Truc médiatique : On est endetté et c’est grave !

M – Bon, la dette. C’est pas un sujet nouveau, littéralement toute ma vie, aussi longtemps que je me souvienne, sur les plateaux télé, lorsqu’on parle de la dette française le discours c’est “on est trop endettés, il faut réduire la dette, sinon conséquences”. Et pourtant, nous voilà en 2025, et c’est toujours le même discours !

Europe 1 – La dette publique de la France bat encore des records au troisième trimestre (20/12/2024)

Barthélémy Philippe – Journaliste

0:10 : “la dette de la France dépasse désormais 3300 milliards d’euros 113 % du PIB là aussi c’est un record au 3e trimestre en seulement 3 mois donc elle a gonflé de plus de 70 milliards d’euros et lorsqu’on dézoome la trajectoire est à peine croyable le montant de la dette a tout simplement triplé sur les 20 dernières années et sous la présidence d’Emmanuel Macron il a augmenté de plus de 1000 milliards d’euros

M – Il ressemble à ça le dézoom. Effectivement en valeur, la dette française n’a pas cessé d’augmenter depuis les années 2000.

G – En vrai ça augmente depuis bien avant ça !

M – Et si vous vous posez la question en pourcentage du PIB aussi on a une belle courbe croissante. 

G – Ah oui là c’est chaud hein. 

M – Et ouais, et t’es pas au bout de tes peines parce que tiens toi bien: pire que tout, on fait moins bien que nos voisins européens. 

Europe 1 – Dette : la France au bord de la rupture de confiance (30/12/2024)

Olivier Babeau – Essayiste et Chroniqueur

0:05 : “(Vous êtes inquiets) depuis jeudi dernier la France sendête plus cher que l’Espagne, à un coût supérieur.

Olivier Babeau: Oui Dimitri il faut commencer par rappeler que le taux d’intérêt c’est deux choses c’est le prix du temps et le prix du risque le prêteur intègre dans le taux demandé la probabilité que le débiteur fasse défaut [on est habitué depuis longtemps à ce que notre voisin allemand soit bien mieux noté que nous hein ce spread de Tau a d’ailleurs fait un bon depuis la dissolution de l’Assemblée nationale le c’est l’écart entre les T PR pardon l’écart entre les taux absolument et] nous sommes passés devant à cette occasion devant le Portugal jeudi dernier c’est désormais l’Espagne que nous avons dépassé alors qu’est-ce que ça signifie la qualité de la signature française se détériore. le Portugal et l’Espagne sont pourtant moins bien noté que nous par les agences de notation ont classé ces pays avant avec l’Italie et la Grèce dans ce qu’on appelait vous savez de façon ironique les pays du Club Med on les nommaé aussi les PIGS par référence à leur acronym. Avoir des titres de dette qui inspirent moins confiance qu’eux n’est vraiment pas une bonne nouvelle”

Boursorama – Voici pourquoi la France est droguée à une dette publique inefficace ! (01/10/ 2024)

Jean-Marc Vittori – Éditorialiste les Echos

1:50 : 

ITW “bon est-ce qu’on peut dire là encore factuellement que la France alors pas un cancre mais est un mauvais élève d’Europe sur les questions de déficit d’endettement ?

Jean-Marc Vottori – alors là la réponse est est clairement oui “

G – Voilà il y a rien qui va, on est des cancres. 

M – Et évidemment, vous savez bien ce qu’il se passera si on ne rembourse pas notre dette.

France Inter – Le 7/10 (06/01/2025) 

Éric Lombard – ministre de l’Économie

4:44 : “C’est quoi cette dette ? C’est quelque chose que nous allons léguer à nos enfants. Quand on est une famille, on ne veut pas léguer une dette à nos enfants, on veut un petit peu de bien, un petit peu de patrimoine quand on en a. Et nous, on va léguer 3 000 milliards de dette à nos enfants. c’est insupportable. “

M – Tu vois que je te l’avais dit ! Et c’est pas n’importe qui qui le dit, c’est notre ministre de l’économie, en tout cas au moment où on tourne. Si nous on ne rembourse pas notre dette, alors ce seront nos enfants qui vont payer. Donc bon, j’espère juste que ton p’tit bout sera milliardaire parce que sinon on va pas s’en sortir quoi !

  1. Debunk des idées reçues : La dette c’est pas si grave

G – Mouais, bon y a rien qui va. Ca marche pas comme ça. Vos enfants n’auront jamais besoin de “rembourser” la dette avec leurs impôts, tout comme vous n’avez pas eu besoin de le faire, vos parents non plus, vos grands parents non plus… enfin personne quoi… Jamais personne et nul part dans le monde… Bon mais pour bien comprendre ça, il faut reprendre les bases.

La dette c’est la somme des déficits

G – La dette c’est quoi ? C’est la somme des déficits publics du passé. C’est la somme des découverts du secteur public si vous voulez. Tous les ans y a un budget de l’État et plus généralement des administrations publiques. Administrations publiques ça veut dire : la sécu, les collectivités locales (départements, régions, communes) et l’état. Des recettes d’un côté, des dépenses de l’autre. Or, depuis 1967, le budget du secteur public pris dans son ensemble est systématiquement dans le rouge. On enchaîne les découverts. Et donc tous les ans depuis 1967, le découvert qui nous manque, on l’emprunte.

M – Si on met les uns par-dessus les autres tous les dominos de déficits accumulés depuis 60 ans + les intérêts qu’on cumule aussi, on tombe sur le montant de la dette publique de la France : 3100 milliards d’€ fin 2023.

L’état est le meilleur payeur de France

M – Et alors là vous allez nous dire que c’est pas possible ! Si les administrations publiques sont en déficit tous les ans depuis 1967, est-ce que ça ne voudrait pas dire que la France ne rembourse – en fait – jamais sa dette ? (le dire de manière horrifiée)

Sud Radio – La dette peut-elle plonger la France dans une crise profonde ? (20/10/2024)

Magalie Vicente – Communicante politique

10:07 : “y a un moment donné nous on est bien obligé de rembourser nos dettes à titre personnel donc on ne pourra pas comprendre et entendre que l’État ne le fait pas”

G – Mais l’état rembourse, bien sûr qu’il rembourse ! Il est d’ailleurs LE meilleur payeur de France. Il a une agence dédiée à la gestion de sa dette qui s’appelle : l’Agence France Trésor et qui ne rigole pas avec les remboursements. Ça se fait rubis sur l’ongle ! Alors comment c’est possible d’emprunter tous les ans, mais aussi, de rembourser tous les ans ? Et ben imaginez que vous venez d’emprunter 100 à Jacques. Quand vient le moment de le rembourser, vous empruntez 100 à Paul. Et vous utilisez les 100 du dernier pour rembourser le premier. Ça s’appelle “rouler” ou “refinancer” sa dette. Absolument TOUS les états du monde font ça ! Et la plupart des grandes entreprises le font aussi.

Pas besoin de rembourser la dette avec nos impôts

M – Donc, si l’état – ou les grandes entreprises – ne se “débarrassent” jamais de leurs dettes, puisqu’elles sont refinancées année après année, il n’empêche que ces dettes sont bel et bien “remboursées” ! Ceux qui prêtent récupèrent systématiquement leur sous à la fin de la période définie. Pour la dette française, c’est en moyenne tous les 8 ans qu’on récupère sa mise. Donc il est complètement faux de dire que nos enfants devront rembourser la dette publique avec leurs impôts. Bien sûr que non. Ce qu’on peut dire en revanche, c’est que les plus riches de nos enfants, ceux qui auront réussi à mettre de l’épargne de côté, pourront choisir d’investir dans la dette publique. La dette publique, ce n’est pas du tout un fardeau pour la population, c’est un placement pour ceux qui ont de l’épargne.

Les particuliers ne peuvent pas rouler leur dette

G – Alors attention ! Là vous êtes surement en train de vous dire que ça ressemble à une pyramide de ponzi ce truc. 

The Office – Saison 2 Episode 19 (2005)

1:03 : “It’s not a pyramid scheme.

It is a… It’s not even a scheme per se. It’s…” [Dessin de la pyramide]

G – Un genre de mécanisme qui prend de l’ampleur au fil des années et qui est donc nécessairement insoutenable. Sauf qu’en fait non. D’abord il faut bien comprendre que le budget d’une grande entreprise ou d’un État ne se gère pas comme celui d’un ménage. Si vous ne pouvez pas rouler votre dette – enfin en tout cas pas pour l’éternité – c’est simplement parce que vous… Je suis navré de vous le dire… Et ben vous allez mourir un jour. Et il faut avoir remboursé avant de passer de l’autre côté. Comme les entreprises et les états n’ont pas de date de péremption, ben eux ils peuvent rouler leur dette ad vitam aeternam.

On manquera jamais de prêteurs : nouvelle génération d’épargnants + placement financier

M – L’autre objection c’est de croire qu’on pourrait un jour manquer de prêteurs. On emprunte à Jacques puis à Paul puis à Pierre… Qu’est-ce qui se passe quand on a appelé tout le monde ? Sauf qu’en fait: on aura jamais appelé tout le monde… Parce que c’est un mécanisme qu’il faut penser dans le temps. On emprunte à Paul pour rembourser Jacques, mais en fait, Paul a 40 ans et Jacques 70. Quand il faut rembourser Paul on emprunte au petit fils de Jacques. Et quand il faut le rembourser lui c’est la petite fille de Paul qu’on va voir. Bref… Une génération de prêteur en remplace une autre. Et ça fait 60 ans que ça dure. Finalement, c’est un peu comme les retraites. Les cotisations des jeunes paient pour les retraites des vieux. Sauf que dans le cas de la dette c’est plutôt : on emprunte aux épargnants d’aujourd’hui pour rembourser les épargnants d’hier. Encore une fois, la dette est un placement financier. Du moment que la quantité d’épargne reste suffisante, le mécanisme n’a aucune raison de s’arrêter.

On manquera jamais de prêteurs : la planche à billets

G – Et c’est pas une pyramide parce que faut pas sans arrêt plus de monde pour rembourser : une génération d’épargnant en rembourse une autre autre. Par contre, c’est vrai que la dette elle grimpe tous les ans ! 1000 milliards en 2003, 2000 milliards en 2013, 3000 milliards en 2022… Il faut de plus en plus de milliards pour la refinancer cette dette ! C’est parce que tous les ans y a un déficit de plus qui s’ajoute à la pile. C’est vrai que ça fait un peu pyramidale ca finalement. Mais donc question : est-ce qu’on ne risque pas de manquer d’argent un jour ? 

M – Il y a deux manières de répondre. La première c’est de vous rappeler que, les banques privées créent la monnaie. L’état emprunte sur les marchés financiers. On y retrouve deux grands types d’acteurs : des banques, et des gestionnaires d’épargne, souvent la votre d’épargne si vous avez de l’assurance vie.

G – On ne le répète jamais assez : l’assurance vie c’est pas une assurance décès, c’est un placement boursier. Votre argent est échangé contre des titres financiers.

M – Voilà ! Donc les gestionnaires d’épargne ce sont des entreprises financières qu’on appelle “socétés de gestion” et dans lesquelles on retrouve des fonds de pension, fonds spéculatifs, fonds d’investissement, fonds d’assurance vie… Bref… Les noms sont différents parce qu’ils achètent pas exactement les mêmes produits financiers mais il n’empèche que tout ça ce sont des financiers qui font mumuse avec les sous des épargnants qui ont signé un contrat avec eux. Et donc, sur les marchés financiers, on trouve aussi des banques qui elles, même si c’est contre-intuitif, ne jouent pas avec de l’épargne existante, elles jouent avec une planche à billets.

G – Ca veut dire que quand l’état emprunte sur les marchés financiers, d’un côté il va chercher de l’épargne existante quand il emprunte à des fonds mais de l’autre, qu and il emprunte à des banques, il participe par son déficit à la création monétaire.

G – Ce qu’il faut retenir ici c’est que tant que les banques sont dans le game de prêter à l’état, et il y a des raisons structurelles qui font qu’elles ont énormément d’intérêts à y rester, et ben il n’y a aucun risque de manquer d’argent. Parce que les banques fabriquent de la nouvelle monnaie quand elles prêtent, que ce soit à l’état ou à n’importe qui d’autre.

M – Là il faut sûrement préciser que quand l’état emprunte sur les marchés financiers, il n’a aucun moyen de savoir à l’avance s’il va recevoir l’argent de l’épargne ou de la nouvelle monnaie créée par les banques. Le mécanisme c’est que l’état fait une demande de financement à tous les acteurs du marché, les acteurs répondent, en général ils sur-répondent, c’est-a-dire qu’ils sont prêts à fournir plus de financement que ce que l’état demande, France Trésor fait une petite sélection, et voilà le travail.

La soutenabilité de la dette : la question du PIB

G – Donc NON, il y a très peu de chance de manquer de sous pour rouler la dette parce qu’on a les banques et leur planche à billets. Mais vous pourriez vous dire : est-ce que c’est pas un peu bancal de se reposer sur une imprimante ? Est-ce qu’il ne faudrait pas mieux favoriser l’épargne quand on emprunte, l’argent qui existe déjà ? Et puis aussi, même si on a toujours de quoi emprunter, est-ce que ce n’est pas une mauvaise chose de voir la dette publique augmenter constamment ? Questions qui pourraient nous emmener très loin alors on va essayer d’aller au plus simple. L’enjeu de ces questions c’est ce qu’on appelle la “soutenabilité” de la dette.

M – Après tout, qu’est-ce qui définit le niveau d’endettement de qui que ce soit ? Si je vous dis que j’ai une dette de 1 million d’€ à rembourser. C’est beaucoup ou pas ? Ben ça dépend de mes revenus et de mon patrimoine ! Si je gagne 10 millions par an, ou que j’ai 3 appart de 100m² à Paris, ou les deux, ma dette de 1 million est ridicule. Par contre si je suis au chômage et simplement propriétaire de mon vieux VTT de quand j’avais 10 ans… Bon, ben là c’est pas pareil, mes 1 millions de dette je vais avoir du mal à les rembourser ou à les refinancer. C’est pour ça qu’on rapporte la dette des états à leur PIB. Le PIB c’est un peu l’équivalent du salaire de la nation. C’est la somme des revenus des travailleurs + les bénéfices des entreprises.

G – Pour être précis, le PIB c’est la somme de ce qui est “consommé” par la nation… Achats de consommation + achats d’investissement… Le salaire de la nation c’est le RNB, le Revenu National Brut… Mais bon… C’est presque pareil.

M – Voilà c’est presque pareil, c’est la taille de ton activité économique quoi, pis tout le monde utilise le PIB comme référence. Bref, donc pour évaluer le niveau d’endettement d’un état, il ne faut pas regarder sa dette en € mais plutôt le ratio de sa dette divisé par son PIB. On s’en fout que la dette augmente du moment que ça permet de booster l’activité économique, de booster le PIB. Et là, si on regarde l’évolution du ratio d’endettement de l’état… On voit qu’il l’augmente ce qui signifie… Est-ce que vous suivez bien ?

G – Ce qui signifie qu’en fait, oui, c’est la merde. Si la dette publique servait bien au développement économique du pays, le PIB devrait augmenter au moins aussi vite que la dette sinon plus. Donc la courbe devrait au pire stagner, au mieux s’en aller vers le bas. Si elle s’en va vers le haut c’est que y a un truc qui cloche. L’endettement public n’est pas “efficace”. 100€ de dette rapporte moins de 100€ de PIB.

Les dettes en général ne sont pas “efficaces”

M – Sauf que… Attention aux faux procès ! Ce n’est pas QUE la “dette publique” qui est inefficace, c’est la “dette en général” qui ne l’est pas. Qu’est-ce que ça veut dire ? Un état est un acteur “macro” économique. Son rôle c’est “d’investir” ou “d’aider” là où le secteur privé n’arrive pas à fournir. C’est pour ça qu’on compare la dette publique aux revenus de la nation toute entière, au PIB et pas juste aux recettes publiques. L’état n’agit pas nécessairement pour augmenter ses propres revenus comme le ferait une entreprise ou un particulier, il agit dans le but d’augmenter les revenus de la nation. Maintenant, quels sont les autres acteurs “macro” économiques. Et bien c’est l’ensemble des “ménages” ainsi que l’ensemble des “entreprises”. Si chaque ménage et entreprise agit pour sa propre “survie” en quelque sorte, l’action collective de tout le secteur privé doit permettre à la nation de s’enrichir, donc au PIB de grimper.

G – Donc aller hop, on rajoute les courbes de la dette  des ménages et de celles des entreprises ! Là vous voyez bien que les 3 courbes ont tendance à grimper : ménages, entreprises et état… Toutes les dettes sont de plus en plus “inefficaces” à générer de l’activité économique, à générer du PIB. Et ça ne date pas d’hier, c’est une tendance de fond qui dure depuis des années. Mais alors, il va où l’argent de cette dette ?

G – En fait, le PIB enregistre toutes les transactions qui permettent d’acheter du neuf, de la production neuve : biens et services. Donc un appart neuf c’est dans le PIB, les travaux de rénovation d’un vieil appart c’est aussi dans le PIB. Par contre, la revente d’un vieil appart – sauf la commission de l’agence immobilière et les frais de notaire – ça c’est pas dans le PIB. Donc, si la dette ne sert pas à financer des transactions productives, c’est qu’elle sert à financer des transactions de biens d’occasion. Et où est-ce que tu trouves des marchés de l’occasion avec des prix qui arrêtent pas de grimper, et donc qui nécessitent toujours plus d’argent pour tourner ?

M – L’immobilier et la bourse ! C’est la définition de la spéculation, des prix qui montent dans des marchés déconnectés de la sphère productive, déconnectés du PIB. Donc une bonne partie de l’argent de la dette ne va pas dans l’économie réelle. Les financiers spéculent plus qu’ils ne financent l’économie. 

G – Ca veut dire que la dette qui augmente partout dans le monde c’est pas le symptôme de secteurs publics qui font n’importe quoi – on l’a vu le secteur privé ne fait pas mieux – c’est le symptôme d’un capitalisme qui va chercher des profits faciles dans la spéculation plutôt que dans la production.

M – Donc oui la dette qui grimpe plus vite que le PIB est un souci, mais comme tous les acteurs “macro” sont concernés, c’est bien le capitalisme en général qu’il faudrait interroger.

Le rôle de l’inflation

G – Bon alors, pour revenir à nos courbes là, on voit quand même un retournement en 2021, ça se met à baisser. La dette publique est passée de 132% à 105% du PIB. Celles des entreprises de 238% à 214%. Depuis 2021, l a dette semble ne plus être spéculative. Comme quoi, finalement on a p’tet fini par réparer le capitalisme. La dette servirait-elle enfin à fabriquer du PIB plutôt que de la spéculation… ?

M – Et ben nan !

G – Nan ouais c’était une blague. En fait, ce qu’on voit à partir de 2021 c’est l’effet de l’inflation. Le PIB de la France – et de tous les autres pays du monde – monte mécaniquement grâce à la hausse des prix de l’énergie, de la nourriture, tous ces trucs-là. Mais la dette, elle, elle n’est pas impactée par l’inflation.

M – Bah oui c’est logique regardez : mettez que votre salaire c’est 100€ et que vous vous endettez à hauteur de 100€ remboursable dans 5 ans. Ca fait que votre ratio “dette sur revenus” est de 100% au départ. Maintenant imaginez qu’à la fin de la première année, vous avez obtenu une augmentation pour compenser l’inflation, vos revenus ont grimpé à 105. Votre ratio s’est amélioré parce que vos revenus ont augmenté mais pas votre dette. Finalement, si vos revenus grimpent de 5% tous les ans et ben au-bout des 5 ans, votre ratio d’endettement n’est plus que de 78%.

G – Ça veut dire que depuis 2021, les courbes de dette sur PIB qui baissent sont davantage dues à l’inflation qui gonfle les PIB un peu partout dans le monde et pas à la diminution de la spéculation ou à l’augmentation de la production économique. 

Le PIB comme indicateur de succès

M – Bon, on a pas fini avec la technique technico-financière mais on va faire une petite pause pour parler de l’éléphant dans la pièce. Parce que je vois bien que y en a qui se dandinent dans leurs fauteuil là… Prêts à écrire un commentaire incendiaire sur notre définition de l’efficacité de la dette.

G – Eh oui ! On sait bien que le PIB est un indicateur tout pété. En réalité, une vraie dette soutenable c’est pas simplement une dette qui génère du PIB. Si on choisissait de s’endetter pour garantir un logement à tout le monde, est-ce que cette dépense serait rentable du point de vue du PIB ? Aucune idée. De toute façon, est-ce que c’est bien ça l’indicateur pertinent ? Heureusement que quand il y a eu le COVID, on ne s’est pas dit : “alors attendez, est-ce qu’essayer de sauver les gens ça va rapporter du PIB ? Vous pouvez me le démontrer par A + B là s’il vous plaît ?”

M – Eh oui ! Et c’est particulièrement important de comprendre ça quand on parle de dépenses publiques ! Parce que autant les entreprises et les particuliers sont complètement prises dans des contraintes de rentabilité (il faut bien finir le mois – si possible en positif – et il faut bien être rentable sinon les actionnaires nous lâchent), autant l’état lui, est le seul acteur à pouvoir essayer de s’extraire de ces contraintes… à justement pouvoir essayer de faire des choses qui – bien que très utiles et éthiques – ne sont pas forcément rentables du point de vue de son budget ou même du PIB.

Les déficits des uns…

G – Et puis il faut bien comprendre ce qu’un état en déficit, donc qui s’endette toujours plus, signifie d’un point de vue “macro”. Les bénéfices des uns viennent forcément des déficits des autres. Pour gagner plus que ce qu’on dépense, il faut bien qu’il y ait quelqu’un en face qui fasse l’inverse, dépenser plus que ce qu’il gagne. C’est une loi comptable. Une tautologie. Or, qui devrait être déficitaire pour que les autres soient bénéficiaires ? Qui devrait être dans le rouge tous les mois pour que les autres soient dans le vert ?

M – Ben oui ! Quand l’état réduit son déficit public de X milliards, comptablement, il réduit d’autant de milliards les excédent budgétaires des ménages et des entreprises. Moins de “rouge” = moins de “vert”. De ce point de vue, est-ce que le plus pertinent ce ne serait pas la direction des dépenses publiques – à qui on envoie des sous et pourquoi ? – plutôt que le montant du déficit et donc de la dette ? Est-ce qu’on ne passerait pas BEAUCOUP trop de temps sur la mauvaise question ? Les états seraient faits pour s’endetter, ils seraient faits pour être dans le rouge, parce qu’ils seraient faits pour aider les vrais gens à être dans le vert.

G – Gardez ça dans un coin de votre tête pour y réfléchir OKLM un peu plus tard… C’était la pause. On retourne dans le dur.

Les intérêts de la dette

M – Bon, y a un truc dont on a pas encore parlé : les taux d’intérêt. Parce que, vous l’avez peut-être déjà entendu, il semblerait que ce soit ça qui finisse par nous tuer : le coût des intérêts de la dette !

France Inter – Le 7/10 (06/01/2025) 

Éric Lombard – ministre de l’Économie

4:24 : Nous avons accumulé au cours des dernières années 3 000 milliards d’euros de dette, ça va nous coûter plus de 50 milliards d’euros par an. Le service de la dette, les intérêts que nous versons à nos créanciers, c’est le deuxième poste de dépense de l’Etat.

G – Alors le deuxième poste de dépense… Bon, ça dépend comment on compte. Dans les tableaux de l’INSEE “des comptes de la nations”, quand on prend les dépenses de l’État, on tombe sur ça pour 2022 (c’est ce qu’on a de plus récent pour l’instant).

G – Donc même si en 2024, – avec plus de 50 milliards – les intérêts de la dette de l’état passeront au-dessus du budget de la défense, ben ça restera largement en-dessous des affaires économiques, des services généraux et de l’enseignement. Plutôt quatrième poste de dépense d’après l’INSEE donc… Mais en plus ! Si on prend les dépenses des “administrations publiques” – donc pas que l’état mais aussi la sécu et les collectivités – là on obtient un truc beaucoup moins anxiogène. 

M – Les dépenses de santé et de protection sociale – donc en comptant les retraites, les alloc, les remboursements de médicaments – sont évidemment bien supérieures aux intérêts de la dette publique.

Les intérêts n’enrichissent pas forcément les épargnants

G – Et si jamais y en a qui se disent que “Quand même, 50 milliards pour des prêteurs qui sont déjà méga riches, c’est un scandal !”, j’ai deux petites info pour vous. Numéro 1, si on regarde l’historique de la dépense d’intérêt de l’état… On se rend compte qu’on n’es t pas au plus haut ever.

G – L’état français n’est pas en train de se saigner comme jamais pour payer les intérêts de la dette mais surtout… Et c’est mon deuxième point, le taux d’intérêt moyen de la dette en 2023 c’était 1.7%, les prêteurs ont touchés en moyenne 1.7% sur la somme qu’ils ont prêté. Sauf que l’inflation elle, elle était de 3.7% en 2023. Conclusion : le pouvoir d’achat de ceux qui prêtent à la France est en réalité en train de se réduire. Depuis 2021, les versements d’intérêt de l’état ne suffisent pas à compenser la perte de pouvoir d’achat – liée à l’inflation – des prêteurs.

M – Donc non, l’état à beau payer 20 milliards de plus qu’en 2020 en intérêt, ça n’enrichit ni le grand capital, ni les épargnants qui ont de l’assurance vie. C’est plutôt l’inverse.

Et si les marchés ne voulaient plus nous prêter

G – Ce qui amène à la question qui doit désormais vous brûler les lèvres : “si on les paie moins que ce qu’ils perdent via l’inflation… Est-ce que les marchés financiers ne risqueraient pas de nous lâcher ? De ne plus vouloir prêter à la France ?”

[METTRE EXTRAIT GOUVERNEUR ICI]

 Finalement, c’est ça la seule vraie limite. On l’a vu, les politiques jouent sur le terme de “remboursement de la dette” au sens où on le comprend nous, “rembourser” avec nos revenus, comme si l’Etat était un individu comme vous et moi.

Cyrus North – Peut-on annuler la dette ? (ft le Gouverneur de la Banque de France) ( 30/06/202)

François Villeroy de Galhau – Gouverneur de la Banque de France

17:35 : “on va parler de la dette. Moi il y a un truc que je comprends pas avec la dette, c’est qu’est ce qu’il se passe si on la rembourse pas ? Qu’est ce qui se passe si on dit “ok, nous on va pas rembourser la dette ?”

“alors, il faut rembourser la dette. Je vais vous dire pourquoi Cyrus. Imaginez que vous vous me prêtez 100 euros. Et puis moi un jour je viens et je vous dis ah bah non les 100 euros je vais pas vous les rembourser. D’abord vous allez l’avoir mauvaise, mais surtout, la conséquence c’est que vous me preterez plus jamais. Or si tous les épargnants du monde entier ne veulent plus prêter à la France, ca c’est tres grave, parce la France a souvent besoin d’emprunter. donc pour préserver la confiance dans la France il faut rembourser la dette”

G – Mais encore une fois, l’Etat ne s’endette pas de la même façon que vous et moi, simples mortels. Et surtout, comme on l’a dit, la dette française est parfaitement remboursée à l’heure actuelle. Ceux qui prêtent récupèrent systématiquement leur mise + les intérêts. L’État français rembourse déjà rubis sur l’ongle. Simplement il rembourse avec de la nouvelle dette. Si bien que le souci c’est pas : “si on ne rembourse pas on ne nous prêtera pas” c’est l’inverse : “si on ne nous prête pas, on ne remboursera pas”.

M – Et oui ! On emprunte à Paul pour rembourser Jacques, mais qu’est-ce qu’on fait si Paul ne veut pas prêter ? Et c’est là que c’est complètement auto-réalisateur. Les marchés financiers prêtent à l’état pour que l’état – finance son déficit certes – mais surtout pour qu’il rembourse… Les marchés financiers. Alors c’est pas toujours exactement les mêmes “acteurs” dans les marchés financiers – enfin quoi que… ça dépend – mais il n’empêche que le véritable enjeu de la mécanique de la dette publique c’est : comment convaincre les marchés financiers de prêter ?

G – Alors là y a plusieurs choses à dire. Premier élément : ne surtout pas emprunter dans une monnaie qu’on ne contrôle pas. Les administrations publiques japonaises par exemple sont endettées à hauteur de 232% de leur PIB. C’est deux fois plus que la France (114%). Pourquoi les marchés financiers ne refusent-ils pas de prêter au gouvernement japonais ? Y a plein de raisons mais la première c’est : l’état japonais emprunte en Yen. Et le Yen est une monnaie contrôlée par l’état japonais. 

M – Eh oui ! Qui vote les lois ? Qui décide de ne pas nationaliser les banques ? Qui donne plus ou moins d’indépendance à la banque centrale, la banque des banques, qui peut imprimer des Yen à l’infini sans aucun risque de faillite ? Et ben c’est l’état japonais. Donc le risque qu’il ne rembourse pas une dette dans une monnaie qu’il contrôle est méga rikiki. Alors pourquoi se priver de lui prêter et de toucher des intérêts ? Même s’ils sont plus faibles que l’inflation c’est toujours ça de pris.

G – Une dette publique – si elle est dénominée en monnaie nationale – n’a aucun risque de non-remboursement, c’est un placement financier sans risque. Donc les marchés financiers, parce que les épargnants sont souvent frileux niveau risque, sont ultra demandeurs de ce genre de placements et ne refuseront jamais de prêter. Ils peuvent demander un taux d’intérêt un peu plus élevé, ça oui, mais ils ne peuvent pas vraiment refuser de prêter.

M – Ce qui nous amène à la situation inverse : le fait d’emprunter dans une monnaie qu’on ne contrôle pas. Des états qui ont fait faillite dans l’histoire, y en a des tas.  MAIS… Dans l’histoire moderne en tout cas, la cause est quasi toujours la même : l’État en question s’est endetté dans une monnaie qu’il ne contrôlait pas, j’ai nommé, le dollar. D’ailleurs j’avais fait une vidéo sur le cas du défaut argentin chez Stupid Economics.

G – Bah oui parce que quand on est un pays en développement, des entreprises qui ont les compétences pour fabriquer les infrastructures dont on a besoin pour que son économie se lance, elles se trouvent dans les pays riches. Ça veut dire que ces pays doivent demander à des entreprises étrangères de bien vouloir venir construire des trucs chez eux. Mais les entreprises étrangères, elles refusent de se faire payer en Peso Argentin, en livre libanaise ou en livres Truque. Pas possible de payer en monnaie locale. Pourquoi ? Parce que ce sont pas des monnaies de pays riches… Elles sont trop instables, leur cours varient de manière trop importante. 

M – C’est le serpent qui se mord la queue ! Pour devenir un pays riche, ce serait super utile de pouvoir payer des entreprises étrangères dans une monnaie qu’on contrôle. Mais les marchés financiers n’accordent ça qu’aux pays déjà riches… Ceux qui en ont le moins besoin.

G – Bref donc pas le choix, les pays du “sud” doivent emprunter des dollars, la monnaie du commerce international. Ils ne peuvent pas piocher dans leur épargne ou compter sur leur planche à billets. Et là, sans rentrer dans des histoires trop techniques de taux d’intérêts non maîtrisés ou d’attaque spéculative sur leur devise… Disons simplement que le fait de n’avoir aucun contrôle politique sur les institutions financières de la monnaie dans laquelle on emprunte est une ÉNORME faiblesse si un bras de fer s’engage avec les marchés financiers.

M – Et pourquoi un bras de fer s’engagerait ? Pour 1001 et une raisons. Depuis des financiers puissants qui décident qu’ils n’aiment pas la politique du pays, en passant par des variations importantes du prix  – toujours en dollar – des matières premières pour aller jusqu’à la banque centrale américaine – celle qui contrôle le dollar – qui décide de grimper ces taux d’intérêts. Peu importe les détails, si ça vous intéresse on pourra faire un épisode dédié mais en gros : les états qui font faillite sont très souvent des états – qui ne sont pas les US – mais qui ont emprunté en dollars.

Les marchés peuvent ils refuser de prêter à la France

G – Et alors la France, elle est dans quelle situation ? Ben, en France on emprunte en euros pas en dollars. Mais pourtant, est-ce qu’on peut dire que la France “contrôle” sa monnaie ? Pas autant qu’ailleurs. L’euro est une construction politique qui rassemble 19 pays. Alors, est-ce qu’il y a un risque que les marchés financiers nous la fassent à l’envers ?

M – Et ben non, très probablement pas. Pourquoi ? Simplement à cause de la taille du marché de la dette française. C’est pas très compliqué : les financiers, les fonds dont on a parlé tout à l’heure, qui se voient confier les € des classes moyennes et supérieures européennes, DOIVENT acheter des produits financiers européens, des produits financiers qui ont un prix en €. Y a moyen d’acheter des produits financiers dans d’autres monnaies mais pour des raisons techniques, ça ne peut pas être en trop grande quantité. Ensuite, parmi les produits financiers européens, les fonds DOIVENT aussi acheter une majorité de dettes publiques. Ca c’est lié au fait que les épargnants qui font confiance aux financiers veulent éviter de prendre trop de risques. Or, le placement le plus sûr des marchés c’est toujours la dette publique. C’est elle qui a le moins de risque de ne pas être remboursée.

G – Donc, imaginez que vous êtes un financier. Première contrainte : on vous a confié des sous qu’il va falloir dépenser en totalité. Deuxième contrainte : parce que ce sont des € que vous avez en poche, il faut dépenser presque tout dans l’épicerie l’européenne. Troisième contrainte : vous pouvez acheter un peu de tout MAIS les gens veulent surtout des patates. Les patates c’est la dette publique. Donc, y a les patates allemande, les patates françaises, les patates grecques… Enfin vous avez compris quoi. Y a 19 nationalités de patates différentes dans l’épicerie.

M – Maintenant question : mettons que parce que la politique du pays ne vous plaît pas, vous n’aimez pas les patates françaises. Est-il possible de ne pas en acheter, tout en respectant les 3 contraintes ?

G – Et ben non ! Parce que dans toutes les patates dispo, 25% d’entre elles sont françaises. C’est beaucoup trop ! Sans en prendre, c’est pas possible de ET dépenser tous ces sous ET avoir une majorité de patates. Autant vous pouvez vous passer des patates Grecques 3%, des patates portugaises 2%, les patates irlandaises 2%… C’est pour ça que ce sont ces pays là qui se sont fait épingler lors de la crise de l’€… Mais vous ne pouvez pas éviter les patates françaises, italiennes, allemandes et espagnoles. Sinon vous ne respectez pas le contrat passé avec vos clients les épargnants. Donc non, les marchés financiers ne risquent pas de nous lâcher. La France est “Too big to fail”.

M – Et ça marche même pour les patates françaises détenues par les étrangers. Vous savez, 29% de la dette publique de la France est détenue par des fonds qui ne sont pas européens. Mais n’empêche que les fonds étrangers qui achètent de la dette française, ils ont des € à placer donc ils doivent acheter des produits financiers dénominés en euros. La même logique s’applique à eux : les grosses dettes européennes sont inévitables parce qu’il n’y a pas vraiment autre chose à acheter.

G – Bon, on pourrait vous emmener encore plus loin dans “rabbit hole” des mécanismes financiers qui font que la dette publique est ultra importante pour les marchés. Si vous voulez vous amusez, allez voir ma vidéo sur le shadow banking. Pour conclure là-dessus. La France ne peut pas être comparée à  l’Argentine, la Turquie, le Liban, le Vénézuela… Que sais-je… Parce qu’elle n’emprunte pas en dollar. Toute comparaison avec ce type de pays est complètement vaine pour ce qui est d’un éventuel défaut en tout cas. En revanche, on ne peut pas dire non plus que la France est dans la situation des etats-unis, de la Chine ou du Japon… Parce que eux empruntent dans une monnaie qu’ils contrôlent parfaitement.

M – En fait c’est la situation de tous les pays de la zone euro qui est un peu particulière. Cela dit, ce que vous pouvez retenir c’est que le rapport de force avec les marchés financiers se joue beaucoup au niveau de la quantité de dette. Ce qui fait que la France a très peu de chance de perdre un éventuel bras de fer avec les marchés c’est que ceux-ci ne peuvent pas se passer de sa dette, y a pas suffisamment d’autres choses à acheter. Encore une fois, la dette d’un état – particulièrement d’un état riche – c’est avant tout un placement financier : c’est très attractif, les marchés financiers adorent ça !

  1. Comment avoir une bonne dette 

La dette n’est pas si bonne 

G – Bon, maintenant qu’on a vu que la dette en soit, c’est pas un problème financier : on sait la rembourser sans en passer par des hausses d’impôts, on sait la refinancer, on ne manque pas de prêteurs, on a même la planche à billet des banques. Donc finalement la vraie question qui compte, c’est à quoi elle sert ! 

M – Parce qu’on l’a dit, pour l’instant en France, on s’endette on s’endette, mais la croissance ne suit pas ! 

Boursorama – Voici pourquoi la France est droguée à une dette publique inefficace ! (01/10/ 2024)

Jean-Marc Vittori – Éditorialiste les Echos

9:52 : “ donc on dépense énormément d’argent sans que ça se voit sur la croissance est-ce que vous avez l’impression que ça se voit sur l’école est-ce que vous avez l’impression que ça ça se voit sur la santé est-ce que vous avez l’impression que ça se voit sur l’efficacité de l’armée on peut se poser ces questions”

G – C’est vrai que ça pose question. On ne voit pas cette dette contribuer à améliorer le niveau de vie des français en général.

M – On vous le disait tout à l’heure, cette dette a surtout l’air d’alimenter les marchés spéculatifs. On va vous préciser un peu ça. Fondamentalement, la spéculation c’est l’augmentation des prix de ce qui est déjà là, de ce qui est déjà possédé. La conséquence, c’est que ça enrichit les possédants, ça créer des sortes des rentes.

G – Ce qui montre que c’est bien la spéculation qui les enrichit, c’est qu’en France les inégalités sur les salaires augmentent, mais n’ont pas explosé. Le système de redistribution joue son rôle et permet de préserver une classe moyenne assez large. Ce qui à exploser par contre, ce sont les inégalités de patrimoine. Des patrimoines constitués d’immobilier et de placements financiers, surtout les actions. C’est aussi pour ça que l’on peut suspecter qu’une partie de la dette – dette publique mais aussi dette privée – alimente des secteurs non-productifs !

M – Cet enrichissement improductif se fait au détriment d’une partie de la population, celles et ceux qui ne possèdent pas. Les foyers modestes et les jeunes ressentent directement ces effets, notamment via l’augmentation des prix de l’immobilier. Mais ça se ressent aussi politiquement, puisque l’envolée des valeurs boursières a favorisé les plus aisés qui détenaient déjà du patrimoine, mais surtout elle a permis le retour de grandes familles fortunées, toujours plus riches et qui visiblement souhaitent  influencer la politique à leur avantage.

G – C’est clairement ce qu’il font quand ils achètent des médias, quand leurs ressources  permettent d’accéder à une fiscalité ou à une justice parallèle, ou quand ils financent des campagnes politiques. Dans ces conditions une dette qui ne va pas forcément dans “l’économie réelle” mais qui sert à faire gonfler la valeur du patrimoine déjà existant au détriment des intérêts du plus grand nombre peut difficilement être comprise comme une bonne dette. 

Une bonne dette ça demande des contre pouvoirs : 

G – Bon alors, comment est ce qu’on passe d’une mauvaise dette a une bonne dette ? Bon, il y a plein de façons d’aborder cette question, mais un des points qui nous semble central c’est celui des des contres-pouvoirs. Il faut que les personnes qui prennent les décisions rendent des comptes. Il faut que la population puisse être au courant de ce qui est fait, que ce soit par des enquêtes de police, des décisions de justice, ou des exposés dans la presse. Et que, à la vue des éléments apportés, la population puisse décider de changer de politique ou de gouvernement. 

M – Et ça c’est pas anecdotique, parce que quand on regarde autour de nous, dans d’autres pays, les plus gros dommages économiques ne sont pas liés à des dépenses d’éducation ou des dépenses de santés trop élevées, parce que généralement ces dépenses ont une utilité, un effet positif qui – même si c’est pas forcément dans le PIB – contrebalance la dette. En fait les désastres économiques sont surtout liés à la corruption du pouvoir, c’est le détournement de fonds publics au profit des amis du pouvoir, pour acheter leur loyauté. Ce sont les campagnes de propagandes avec des projets d’infrastructures inutile et démesurés, ce sont les cultes de la personnalités qui ruinent des états sans apporter rien de tangible pour la majorité de la population.

G – C’est pour ça qu’il nous semble que le premier critère pour avoir une bonne dette publique, c’est qu’elle soit souscrite en connaissance de cause et avec l’accord de la population.  

Une bonne dette c’est le futur ! 

M – Le deuxième point important, pour faire une bonne dette, c’est de s’intéresser à sa soutenabilité et donc de penser au futur. 

France inter – Le 13/14 (20/03/2024)

François Ecalle – Economiste, Président de l’association Fipeco, conseiller maître honoraire à la Cour des comptes

4:55 “j’aime pas trop cette distinction bonne dette mauvaise dette, les bons investissements, les mauvais investissements. La formation, l’éducation, comptablement c’est pas une dépense d’investissement, c’est une dépense de fonctionnement, c’est des salaires, des profs essentiellement. Je pense que c’est plus utile que bien des investissements publics sous forme d’infrastructure qui peuvent avoir une utilité assez faible. Donc je suis un peu mal alaise avec cette distinction bonne dépense mauvaise dépense, surtout pour des grandes catégories comme ça”

G – On ne peut pas faire de différence trop nette entre ce qu’on appelle des “coûts de fonctionnement” d’un côté et des “investissements” de l’autre, parce qu’en fait les coûts de fonctionnement, bah on peut aussi les considérer comme des investissements. La comptabilité officielle considère que seule une infrastructure est un investissement : genre construire un hôpital c’est investir. Mais est-ce que des hôpitaux en déficit ce n’est pas aussi de l’investissement ? C’est une forme d’investissement permanent dans la santé de la population.

M – Ce que ça veut dire c’est qu’il ne suffit pas d’appeler une dépense « investissement » – au sens de la comptabilité nationale – pour que ça soit de la bonne dette. Dans tous les cas, le plus important c’est que les dépenses liées à la dette doivent être comprises comme un pari sur le futur. On s’endette quand on pense que notre intérêt à emprunter – qui ne se compte pas toujours en € – dépasse le coût de l’emprunt (qui lui non plus ne se compte pas forcément en €).

G – Après , personne ne peut nous garantir à 100% qu’une dépense sera utile. Ca reste un pari. La seule chose que l’on peut faire c’est – en se basant sur des connaissances aussi éprouvées que possibles sur le fonctionnement de notre monde – faire des dépenses qui doivent permettre de rendre possible le futur que nous avons collectivement choisi. Aujourd’hui, le pari qui est au cœur de l’idéologie du macronisme, ce n’est pas de s’endetter pour renforcer les services publics ou investir dans la transition écologique, c’est de la faire pour financer des cadeaux fiscaux aux entreprises. Cadeaux qui auraient dû être  compensés par une croissance économique, et faire de la dette Macron une dette utile.. Sauf que pour le coup,  comme on l’a montré dans notre premier épisode d’argent magique, c’est plutôt un échec. 

M – Non je dirai pas que c’est un échec, je dirai que ça n’a pas marché ! Mais aujourd’hui, les mêmes qui ont creusé la dette avec ces politiques de l’offre inefficace nous expliquent que maintenant il faut réduire la dette à tout prix, à coups de coupures budgétaires, c’est-à- dire de politiques austéritaires.

France 24 – La semaine de l’éco (27/09/2024)

Laurent Saint-Martin – Ancien ministre du Budget et des Comptes publics (gouvernement Barnier)

0:48 : “nous redresserons les comptes en réduisant nos dépenses d’abord et prioritairement “

G – C’est toujours la même histoire de “on ne peut pas taxer plus”,  “le privé fait mieux que le public”, bref, toutes ces politiques publiques sont surtout motivées par des intérêts privés plutôt que par la prospérité du plus grand nombre. 

M – Et puisque le but c’est de construire un “bon avenir”, ce serait quand même dommage de ne pas viser la prospérité du plus grand nombre. 

Un message confus 

G – Et cette prospérité, elle doit sans aucun doute prendre en compte la question écologique. Rappelez vous, Barnier, mais si l’ancien premier ministre, lors de son discours de politique générale il avait dit ça :  .

LCP Assemblée Nationale – Déclaration de politique générale de Michel Barnier en intégralité (1/10/2024)

6:06: “une exigence d’abord la réduction de notre double, dette budgétaire et écologique”

M – Ce qui est particulièrement intéressant dans cette phrase, et ce qui a marqué la presse a ce moment-là, c’est de mentionner la question écologique avec la même logique que les questions budgétaires. Sauf qu’il prend le problème à l’envers, parce que la dette budgétaire peut être utilisée pour diminuer la dette écologique. Les coûts de la prévention et de l’adaptation climatique sont inévitables même à court terme. On va refaire le même point, épisode après épisode, mais encore tout récemment, les désastres climatiques , ont continué leurs destructions, que ce soit les cyclones qui ont ravagé un département français, ou des incendies catastrophiques en plein hiver dans une des villes les plus riches au monde. 

G – C’est pas plutôt l’été là bas ?

M – La californie dans l’émisphère sud ? T’es sûr de toi là ?

G – Ah oui exact… Ah la vache “en plein hivert” ! 

M – Donc dans notre pari sur le futur, il est important d’inclure cette problématique, que ces dommages vont augmenter d’année en année. La CCR, une caisse de réassurance publique française, mentionne dans son rapport 2023 que chaque euro investi aujourd’hui dans la prévention des inondations c’est 3 euros de dommages évités d’ici à 2050.

G – Ca a l’air d’être un bon placement ça, ça vaut peut être le coup de s’endetter. Sans compter que, ne pas faire cet investissement, c’est parier que les inondations vont s’arrêter à la frontière espagnole ou allemande et qu’elles ne vont pas causer tant de dommage que ça. Je sais pas si vous êtes prêts à faire ce pari là. 

M – Et çà c’est juste un exemple sur la prévention des inondations, mais on peut essayer d’avoir une approche similaire sur beaucoup de sujet, l’éducation, les infrastructures… Ce sont des dépenses qui, à priori, et en sachant qu’on a pas de problème à se refinancer, valent le coup de s’endetter aujourd’hui pour notre avenir. Donc une bonne dette  aujourd’hui peut améliorer notre résilience future, surtout par rapport à des phénomènes aussi  prévisibles. 

G – Alors peut être que pour nos enfants, nous avons intérêt à augmenter notre dette publique ! Parce que moi, pour mon p’tit baby, plutôt que d’avoir un pays sans dette publique, je préfèrerai lui laisser un pays qui fonctionne, avec une économie qui marche bien, sans catastrophe climatique toutes les 5 minutes, sans inégalités totalement injustes qui te foutent la haine, sans un stress permanent de perdre son emploi ou de manquer d’argent pour finir le mois… 

M – Et donc pour arriver à ça, on a besoin d’une bonne dette! Donc on récapitule, on a besoin de  : 

  • s’assurer d’avoir des contre-pouvoirs pour questionner, enquêter, juger et informer les citoyens. 
  • s’assurer que la dette aille dans des secteurs utiles qui ont un impact sur la qualité de vie des citoyens présents et futurs
  • et d’avoir une vision d’avenir, une idée de ce qu’est la France, de ce que nous voulons en faire, de ce dont elle a et aura besoin. 

G – Bon en attendant que mon p’tit bout de choux soit adulte et vive dans un paradis sans violence, sans pauvreté, et surtout sans Manuel Valls au gouvernement, ceux qui ont besoin de votre argent pour faire office de contre pouvoir qui nous alerte de la mauvaise utilisation de la dette, c’est Blast. En plus eux ils peuvent pas refinancer, leur dette c’est pas des patates malheureusement… Donc n’hésitez pas à le donner si vous le pouvez. N’oubliez pas nos chaînes pour plus de contenu économique, on se retrouve le mois prochain !

Journalistes : Marino et Heu?reka
Co-auteur : Arnaud Gantier (Stupid Economics)
Réalisation : Valentin Levetti
Montage : Ace Modey
Production : Stup.media
Son : Baptiste Veilhan
Graphisme : Morgane Sabouret
Directeur des programmes : Mathias Enthoven
Rédaction en chef : Soumaya Benaïssa
Directeur de la publication : Denis Robert

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