Depuis 2O24, le nombre de décès en France surpasse le nombre de naissances, ce qui résulte inévitablement par un vieillissement de la population. Qui s’occupera de nos aînés ? Peut-on essayer de contrer cette tendance ? Ou faut-il plutôt revoir les moyens investis dans la dépendance et adapter nos infrastructures à cette nouvelle démographie ?
1 – Intro
M – Bon, est ce que t’as vu l’hécatombe qui nous attend ?
Quotidien – La France va perdre 3 millions d’habitants d’ici 2070 : l’étude sidérante de l’INSEE (10/06/2026)
3:56 :”la France va perdre 3 200 0000 habitants à l’horizon 2070 et le déclin devrait commencer à partir de 2037. C’est inédit, c’est historique, c’est inquiétant. Certains disent catastrophique. Ça remet en question notre système de retraite. Ça va relancer le débat sur l’immigration.”
G – Oh la vache ça sort d’où ça ?
M – Eh bah d’une enquête de l’INSEE, c’est du sérieux. Non seulement le nombre d’habitant risque de décroître à partir de 2037, dans 10 ans seulement, mais en plus la population va vieillir ! En 2026, 22% de la population à 65 ans ou plus, mais en 2070, ils seront 32% ! Fin je veux dire regarde comme le directeur lui même de l’INSEE est affolé :
Quotidien – La France va perdre 3 millions d’habitants d’ici 2070 : l’étude sidérante de l’INSEE (10/06/2026)
Yann Barthès
8:02 : “Donc quand quand on lit ou quand on dit que cette étude, enfin cette projection est catastrophique, on se plante ou pas ?
Fabrice Lenglart, directeur général de l’INSEE
Non, elle est pas catastrophique. Elle cherche à dessiner un scénario le plus probable possible.
Yann Barthès
Ça vous a étonné ou pas ?
Fabrice Lenglart, directeur général de l’INSEE
Non, ça m’étonne pas. Bien sûr.
Yann Barthès
Ça vous a pas étonné ?
Fabrice Lenglart, directeur général de l’INSEE
Non, pas du tout. C’est c’est c’est le résultat….
Yann Barthès
Est-ce que ça vous a inquiété ?
Fabrice Lenglart, directeur général de l’INSEE
Alors, ça m’inquiète pas non plus. Moi, je suis chargé de l’INSEE est chargé de décrire le scénario le plus probable et d’expliquer ce qui pourrait faire que ce scénario central ne sera pas celui qui est réalisé.”
M – Mmmh. Dans mes souvenirs il était un peu plus impacté m’enfin.
G – Bon, ce vieillissement n’est pas une “catastrophe”, mais ça pose quand même des questions. Parce qu’une population vieillissante n’a pas les mêmes besoins qu’une population toute jeune.
M – Eh oui les retraites !
G – Oui les retraites, mais pas que ! Parce qu’à partir d’un certain âge, on est plus seulement retraité, on à le risque de devenir dépendant. On a besoin d’assistance pour les gestes du quotidien, que ce soit chez soi ou à l’EPHAD. Et il faut donc des moyens, des bras, et des aménagements pour faire ça.
M – Et actuellement en France on est comment pour s’occuper de toutes ces futures personnes dépendantes ?
G- [Tete qui veut dire “mal”]
Télé Matin – Vieillissement de la population : que prévoit le plan « grand âge » ?
0:20 : “Un rapport du ministère de la santé a publié cette semaine et tire la sonnette d’alarme. He d’ici 25 ans, un français sur 3 aura plus de 60 ans et pour accompagner le vieillissement de la population et bien il faudrait créer plus de 350 000 places en ÉPAD”.
[Générique]
2 – Pourquoi y a un problème ?
G – En début d’année 2026, vous avez peut être vu passer cette courbe qui a fait le tour des plateaux télé


Public Sénat – Démographie : la France vieillit, on fait quoi ? (23/10/2025)
Voix off, avec graphique
0:18 : “Si la France a longtemps été un modèle en matière de fécondité, pour la première fois depuis 1945, le nombre de décès a dépassé le nombre de naissances. Une chute historique de la natalité qui arrive plus vite que prévu. Elle devrait conduire selon les projections de l’Institut national d’études démographique à une baisse progressive de la population française”
M – D’un côté on a une baisse de la natalité : En France le nombre de naissances diminue chaque année depuis environs 2010; et de l’autre, on a les baby boomer qui commencent à rentrer dans des âges de forte mortalité, ce qui fait donc augmenter le nombre de décès.


G – Donc effectivement il semblerait qu’il y ait un risque que la population française diminue dans les prochaines décennies. Et ce qui semble certain, surtout, c’est que cette population va vieillir. On le sait parce que l’espérance de vie s’est beaucoup allongée, et que plein de baby-boomer sont en train de vieillir.
Quotidien – La France va perdre 3 millions d’habitants d’ici 2070 : l’étude sidérante de l’INSEE (10/06/2026)
Fabrice Lenglart, directeur général de l’INSEE
8:08 : “Donc en fait ce qu’on décrit c’est avec certitude une population française qui en 2070 aura vieilli. Ce que vous avez dit, ça c’est absolument certain. Le fait que la population va décroître, je dirais que c’est probable aujourd’hui.”
M – Donc ça c’est sûr et la France clairement n’est pas le seul pays qui vieillit, on peut citer le Japon, L’Allemagne, la Chine, la Russie, les Etats-unis. En fait il n’y a qu’une dizaine de pays, comme le Mali, le Niger, la Somalie qui ne vieillissent pas encore. Ce sont des pays où plus de la moitié de la population à moins de 17 ans.

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source Faut changer nom pays pour afficher leur courbe : https://ourworldindata.org/grapher/population-young-working-elderly-with-projections?country=~KOR
- Pas pareil que les retraites (on met de côté pour cet ep)
G – Donc la question du financement de ce vieillissement de la population, elle est posée partout, même si ça prend des formes différentes.
M – En France ça prends la forme d’un débat sur les retraites, aux UK c’est des tensions massives sur leurs systèmes de santé publiques le NHS, aux états-unis c’est le coûts des maisons de retraites qui pèse sur les familles, au japon et en corée, c’est des questions de population qui diminue rapidement, en Allemagne c’est des tensions sur l’immigration. Bref…
G – Mais nous dans cet épisode, on ne va pas s’intéresser au débat de la retraite, parce que bon, ça fait des années qu’on en parle, nous on veut « disrupter » le discours médiatique… Donc on va s’intéresser spécifiquement au coût de la dépendance des personnes âgées.
M – Oui vous êtes déçus, on ne va pas parler de retraite, je comprends. Mais vous en faites pas, Gilles travaille de son côté sur un épisode assez long sur la question.
- La dépendance
G – Ah oui et, on vous prévient, cet épisode est largement basé une table ronde organisée par les Journées de l’Économie à Lyon, en novembre 2025, auquel Arnaud a assisté (regardez-moi un peu ce style…) et qui réunissait plusieurs économistes spécialistes du sujet ainsi qu’un assureur, bref… du beau monde !

Journées de l’Économie – Financer la dépendance (28/11/2025)
Agnès Gramain – Professeur en sciences économiques, BETA – Université de Lorraine
12:08” Pour vous donner une idée, si vous prenez la génération qui est née avant 48, donc les gens qui avaient plus de 65 ans il y a 10 ans, ces personnes-là en pleine forme ont en gros une chance sur deux de décéder enfin de finir leur vie sans connaître de situation de dépendance. Et si elles connaissent une situation de dépendance, ce sera pour en moyenne 4 ans.”
M – Donc en France on a créé des groupes de 1 à 6 pour définir le besoin d’aide des personnes. Quand vous êtes GIR 6, vous êtes sénior et les effets du vieillissement peuvent se faire ressentir, mais vous êtes encore autonome dans votre quotidien. Plus on descend, plus vos besoins sont importants… GIR 4 par exemple c’est que vous avez besoin d’aide pour vous lever le matin, vous coucher le soir et pour votre toilette. Et après on arrive à GIR 1, là c’est un besoin d’aide constant pour toutes les actions du quotidien. Vos fonction mentales sont gravement altérées, vous êtes confinés dans votre lit ou fauteuil… Hygiène, alimentation, déplacements… La dépendance est totale.


G – Et donc en France, vous pouvez être pris en charge de deux manières :soit vous allez dans un lieu spécialisé dans l’aide au quotidien : les maisons de retraites, les EPHAD ; soit c’est de l’aide à domicile, donc quelqu’un vient chez vous réaliser les tâches que vous ne pouvez pas ou plus faire,. Dans les deux cas vous avez 3 postes de dépenses : les soins, qui sont pris en charge par l’assurance maladie, l’autonomie qui peut être financé par des aides publiques dédiées. Et puis l’hébergement, qui là est généralement à charge des retraités eux-mêmes et ou de leurs familles.
M – Quand on regarde le budget de tout ça, cette prise en charge de la dépendance, ça représente autour de 30 milliards d’argent public : soins + autonomie. Auquel il faut ajouter 10 milliards de financements privés : essentiellement l’hébergement. Par contre, ces 10 milliards ne tiennent absolument pas compte des centaines d’heures passées par les proches à aider les personnes dépendantes.
G – Alors 30 milliards d’argent public… C’est quasiment rien par rapport aux dépenses de retraite, ça représente à peine 10%, mais… Mais ça ne veut évidemment pas dire qu’il ne faut pas s’y intéresser. Parce que 1/ bah 30 milliards ça reste énorme… Et 2/ je sais pas si vous vous rappelez de ce petit scandale.
C à Vous – Scandale dans les maisons de retraite ORPEA (25/01/2022)
0:05 :” une enquête au cœur du groupe leader mondial des EHPAD, “les fossoyeurs : révélations sur le système qui maltraite nos aînés”, chez Fayard. Près de 400 pages d’enquête et de révélations. Le manque de moyens et de personnels qui débouche sur la maltraitance des résidents.”
M – Mais ne vous inquiétez pas, depuis il est devenu littéralement impossible qu’un nouveau scandale Orpéa éclate dans la gestion des Ehpad.
G – Et là vous vous dites que vous avez manqué cette réforme historique allant dans le sens du bien-être des personnes âgées… Eh oui ! Mais vous n’êtes pas prêts… Parce que ce qui a été fait c’est…
M – Et bah littéralement…. Depuis le 25 avril les EHPAD s’appellent désormais Maison France Autonomie. Donc plus de problème d’EHPAD c’est réglé. Et puis Orpéa a disparu puisque ça s’appelle maintenant Emeis.
G – Vous voyez les choses avancent vite !
M – Bon par contre il faut savoir que la gouvernance, l’organisation ou les budgets ils ont pas vraiment changé eux, donc à tout moment on pourrait avoir un scandale Emeis dans le système Maison France Autonomie.
- Comment les 30 Mds sont dépensés
G – Donc, voyons voir un peu comment nos 30 milliards sont dépensés ?
M – Encore une fois on a deux postes de dépenses : les soins, tout ce qui est médicaments, soins infirmiers; et l’aide à l’autonomie, donc les gestes des aidants professionnels par exemple pour le lever, la toilette, ou la préparation des repas. Soit ça se fait à domicile, soit en Ehpad… Enfin en Maison France Autonomie. Et attention, le coût de la partie hébergement reste à la charge de la personne concernée ou de sa famille. Ce sont les 10 milliards d’argent privé.
G – Bon, le truc à retenir ici c’est que ce ne sont pas les soins qui coûtent le plus cher. Quand on regarde le détail du “maquis du financement de la dépendance des personnes âgées”, on se rend compte que le gros des dépenses vient de la branche “autonomie” de la sécu avec 20 milliards contre seulement 4.6 milliards pour la branche “maladie”.
M – Et si on regarde ce qui vient des départements, sur les 5 milliards qu’ils dépensent, 4 milliards servent pour l’APA, l’Allocation Personnalisée d’Autonomie. Cette allocation est destinées aux plus de 60 ans et vise à soulager les factures associées à la perte d’autonomie, que ce soit en EHPAD ou à domicile. Ça nous fait donc au moins 24 milliards sur 30 qui sont alloués à la perte d’autonomie.
G – Pour les dépenses qui viennent de l’état, c’est un peu cryptique mais ça ne change pas la donne. Au moins 80% du budget de la dépendance c’est pour la perte d’autonomie et le reste pour les soins.
M – Maintenant, 30 milliards c’est beaucoup ou pas ? Et ben pour vous donnez une idée, c’est autant que le plus petit budget public ventilé par fonction : celui de l’environnement. Et comme chacun sait, la France met à balle thunes dans l’environnement… c’est une priorité absolue !
G – Bon… Mais, si on zoom par exemple sur les 50 milliards de dépenses “d’ordre et de sécurité publics”, on voit qu’on met quand même 28 milliards dans la Police. Donc voilà… La dépendance c’est autant que l’environnement ou que la Police…
3 – Les coûts vont exploser
- Effet Volume
M – Sauf que, nos 30 milliards là… non seulement ils ne suffisent pas actuellement mais surtout, ils ne vont absolument pas suffire dans le futur. Pourquoi ? Eh bah parce qu’on est de plus en plus vieux on l’a dit ! Et plus de personnes dépendantes ça fait plus de dépenses. (Rapport Idres
Journées de l’Économie – Financer la dépendance (28/11/2025)
Stephane Le Bouler – Président du LISA (Laboratoire d’Idées Santé Autonomie)
32:35 : “Euh donc c’est 700000 personnes en plus à l’horizon 2050 selon l’INSEE et parmi ces 700000 400000 personnes en dépendance sévère. En plus, ça dure un certain nombre d’années, une vingtaine d’années et après encore une fois ça se tasse. Euh c’est un petit tsunami, c’est temporaire mais ce n’est pas l’effet principal contrairement à ce que laisse entendre le discours politique.”
G – Donc on va passer de deux millions de personnes en perte d’autonomie à 2,7 millions en 2050, donc 35% d’augmentation en 25 ans. Et dans le secteur de la dépendance, il est compliqué d’augmenter la productivité : vous allez pas demander à une infirmière de poser une perfusion plus rapidement ! Ni à un aide à domicile de réduire le temps de toilette à 5 minutes chrono… Y a pas de miracle ! S’occuper des gens ça nécessite des bras et du temps.
M – Si vous voyez une startup qui veut révolutionner la prise en charge des personnes dépendantes et le faire pour beaucoup moins cher. Bah… ça risque d’être Matrix : c’est qu’il vont brancher le cerveaux des personnes à une IA, leur filer des drogues et les nourrir en intraveineuse.
G – Encore une fois, le secteur de la dépendance est fait de bras humain pour nourrir, laver, prendre soins et… passer du temps aussi… Discuter, rassurer, écouter… Donc si vous avez 35% de personnes dépendantes en plus, que l’on veut le même niveau de qualité qu’aujourd’hui ça veut dire que d’ici à 2050 il faudra augmenter les dépenses d’au moins 35%. Et donc passer de 30 milliards de dépenses publiques à 40 milliards en 2050.
M – 40 milliards ça nous met au même niveau que les postes “Logements et équipements collectifs” ou encore “loisir et culture”. Et si on zoome sur l’enseignement par exemple, 40 milliards c’est le budget actuel des écoles maternelles et primaires. Mais bon on est encore en-dessous de l’enseignement secondaire. Donc ça va.
G – SAUF QUE, rebondissement, vous allez pas le voir venir : 700 mille personnes dépendantes en plus en 2050, c’est pas le seul truc qui augmente les coûts !
Journées de l’Économie – Financer la dépendance (28/11/2025)
Stephane Le Bouler – Président du LISA (Laboratoire d’Idées Santé Autonomie)
32:35 : “Euh donc c’est 700000 personnes en plus à l’horizon 2050 selon l’INSEE et parmi ces 700000 400000 personnes en dépendance sévère. En plus, ça dure un certain nombre d’années, une vingtaine d’années et après encore une fois ça se tasse. Euh c’est un petit tsunami, c’est temporaire mais ce n’est pas l’effet principal contrairement à ce que laisse entendre le discours politique.”
- Effet de Qualité
G – Parce que là, on parle de faire de l’aide à l’autonomie à qualité égale à aujourd’hui. Sauf que aujourd’hui, c’est pas terrible. Il n’y a pas assez d’aide à domicile et d’heure pour bien s’occuper des personnes et dans les maisons de retraites… il y a une manière un peu cachée d’augmenter la productivité, c’est la drogue.
M – Genre se droguer pour travailler plus vite ?
G – Non, l’inverse, c’est de droguer les résidents.
Journées de l’Économie – Financer la dépendance (28/11/2025)
Denis Raynaud – Directeur IRDES
41:34 : ”On a pu montrer que à l’entrée en EHPAD, il y avait une explosion de la consommation de benzodiazépine. C’est-à-dire que pour les compte tenu de la pénurie personnelle et des défauts d’encadrement et bien les patients sont sous benzodiazépine, ce qui les fait un peu dormir et voilà. […] Bien, on a pu montrer que dans les EHPAD qui avaient une structure de qualification un peu plus supérieure où il y avait par exemple une infirmière, et bien il y avait moins de prescription médical inappropriée”
M – Que les EHPAD soient des salles de shoots je pense que ca fait pas rêver grand monde. Si on veut faire mieux on a besoin de plus de personnel, et qu’il soit mieux formé.
G – Ce qu’on peut faire c’est voir du côté d’autres pays où on considère que la perte d’autonomie est bien gérée, et où les personnes dépendantes sont satisfaites de leur prise en charge, comme par exemple le Danemark. Là bas, le taux d’encadrement, c’est-à-dire le nombre d’encadrant par personne âgée, est supérieur de 30% par rapport à chez nous.
M – Donc on prend notre budget de 40 milliards et on ajoute – bon 30% ça tomberait pas juste, on va dire 25%. On arrive donc à 50 milliards.
G – Là en termes de budget public on va chatouiller le budget de la défense ou encore celui de la sécurité intérieure donc police + justice ! Ça commence à devenir costaud.
M – Mais c’est pas fini ! Parce qu’en fait il manque le dernier effet.
- Effet Prix – Rattrapage salarial
G – Eh oui, c’est bien beau de souhaiter recruter pour pallier l’augmentation et améliorer la qualité… mais alors le problème c’est que pour recruter… il faut attirer les gens et donc les payer un peu correctement !
M – Les métiers de la dépendance sont aujourd’hui des métiers difficiles, à la fois physiquement et émotionnellement, il faut connaître les bons gestes et avoir envie de s’intéresser aux personnes âgées et à leur vie qui est souvent très différente de celle des plus jeunes.
G – Une gestionnaire d’une association d’aide à domicile de l’Hérault nous à bien dit que là, niveau recrutement, « France Travail nous envoie des personnes en leur promettant du contact social, de l’humain mais ce qu’il trouve en réalité c’est un métier avec beaucoup de ménage ». Sans compter que pour des personnes vulnérables, on ne peut pas envoyer n’importe qui… Bref, tout le monde ne peut pas faire ça, et beaucoup de jeunes recrues ne restent que quelques semaines avant de partir.
M – Attends… c’est comme si en fait, ces métiers là, c’était des métiers qualifiés mais peu payés !
G – Alors… il y aurait tout un débat à avoir sur quels sont les boulots qualifiés ou non. Parce qu’en vrai, si on a aucune attente de résultat tout le monde peut tout faire. Genre, Chirurgien, il suffit de mettre une blouse, d’apprendre un peu sur le tas à découper et recoudre et puis on verra bien. Si on s’attend à ce que 99% des patients décèdent… On devrait tenir les objectifs en payant les chirurgiens au SMIC.
M – C’est pareil pour les boulots liés à la dépendance. Si on s’en fiche de la qualité de la prestation, oui n’importe qui peut le faire. Mais en réalité, pour que le travail soit bien fait, il faut pouvoir attirer des personnes qualifiées qui auront choisi cette carrière, pourront travailler dans de bonnes conditions et du coup auront bien plus de chances de rester sur le long terme.
G – Ah ouais mais… augmenter les salaires ?! Attention parce que le gros des dépenses de la dépendance c’est pas de l’équipement, de l’immobilier ou de l’énergie. On l’a dit, le gros de la dépenses c’est bien du salaire, donc si il faut augmenter ce poste de dépenses de 15 ou 20% pour pouvoir recruter alors on c’est des milliards en plus qu’il faut trouver !
M – Au total, les estimations énoncées dans la conférence c’est que le budget public de la dépendance doit arriver vers les 2% du PIB, soit 60 milliards en euros d’aujourd’hui pour pouvoir répondre à ces 3 effets qu’on vient d’énoncer : l’augmentation des personnes âgées à prendre en charge; une augmentation de la qualité des soins offerts; et une augmentation des salaires du personnel pour éviter la pénurie de main d’œuvre.
G – Alors 60 milliards… Bon ben ça y est on l’a dépassé notre budget de la défense ! Et puis si on zoome sur l’enseignement et ben on est rendu au niveau de l’éducation secondaire : donc collèges + lycées.
- Alternative : baisser les dépenses ?
M – Nan mais attends, on réfléchit mal… parce que plutôt que d’imaginer augmenter les budgets publics, est-ce qu’il ne faudrait pas plutôt chercher à les réduire ! On fait ça depuis les années 80 et voit bien que ça marche… Donc, poursuivons ! Est-ce qu’on aurait pas moyen de faire ça moins cher ?
G – Très bien vu ça ! Ou peut-on faire des économies ? Le souci c’est qu’encore une fois, parce que la dépendance ce sont des bras, et pas des logiciels à améliorer, et ben les milliards sont incompressibles. Si on se refuse à utiliser la solution collective de l’argent public, et ben la dépense se fera au niveau individuel : les besoins de la dépendance seront payés par les personnes âgés et / ou par leur familles… Si elles en ont les moyens
M – Sans compter bien-sûr le temps non rémunéré qui est déjà et sera de plus en plus fourni par les proches. En particulier par les femmes, puisqu’on sait que ce sont le plus souvent elles qui s’occupent des personnes dépendantes dans leur entourage, quitte à parfois devoir diminuer leur heures de travail salariées à côté pour avoir le temps.
G – Ah mais c’est pour ça que les femmes sont plus souvent à temps partiel ! Tout s’explique !

M – Et bien sûr toutes les familles et toutes les personnes dépendantes ne seront pas égales face à ça. Qu’est ce qu’on fait d’une personne âgée sans argent et sans proches disponibles qui vivent pas loin ?
G – Bref, si on veut pas laisser nos aînés dans des conditions dégueulasses, les dépenses liées à la dépendance des personnes âgées ne sont pas évitables.
M – Soit on choisit de mutualiser les dépenses via un système public – on met tous et toutes au pot commun en fonction de nos moyens – soit c’est chacun pour sa pomme mais à un moment donné, quelqu’un sera bien obligé de payer.
4 – Des solutions politiques bancales
Faire des bébés : le réarmement démographique
G – Mais attend, on parle d’argent, de coûts, mais il y a une réponse toute bête pour en partie résoudre notre problème de vieillissement de la population… Il suffit d’éviter qu’elle vieillisse !
M – Parce qu’on est bien d’accord que la difficulté est en partie démographique, il y a une évolution du ratio, plus de vieux dépendants, moins de jeunes travailleurs, donc si on augmente le nombre de jeunes travailleurs ça aide. C’est mathématique, c’est du bon sens même !
Public Sénat – Emmanuel Macron défend un « réarmement démographique » et une réforme du congé parental (17/01/2024)
1:21 : “un grand plan de lutte contre ce fléau sera engagé pour permettre justement ce réarmement démographique”
M – Bon, ça fait 2 ans depuis ce discours, pour l’instant le plus visible de ce plan ça à été une lettre à propos de l’infertilité envoyée à toutes les français de 29 ans.
G – Et l’autre truc, c’est l’extension du congé de naissance, un congé de 1 à 2 mois supplémentaires pour chaque parent. C’est sans doute très bien mais ce ne sont pas des mesures qui risquent de faire bouger grand chose. Alors que… un petit numéro vert !
M – L’expérience d’autres pays qui ont le même souci, de la suède, à la hongrie, à partout en fait, montre qu’il est très difficile d’augmenter la natalité. Vous avez un organisme des nations unies qui s’intéresse exclusivement à ça, ça s’appelle l’UNFPA, le fonds des nations unies pour la population.
G – Selon eux, les gens ont toujours envie d’avoir des enfants mais ils n’y arrivent pas pour de multiples raisons : l’enjeu financier est évoqué mais pas que. Par exemple, comme la société nous met la pression pour qu’on fasse de belles carrières bien productives, et ben ça nous laisse moins de temps pour rencontrer l’âme sœur.
M – Et puis comme l’austérité budgétaire est partout, et ben on ne construit pas de nouvelles écoles, pas de nouvelles crèches, pas de beaux espaces pour les enfants, sans parler du marché immobilier inabordable, du marché de l’emploi qui nous met tous en compétition permanente les uns avec les autres…
G – Du coup ça ne rassure pas les gens quant à l’avenir qu’il pourrait offrir à leurs enfants. Ce qui ne rassure pas non plus, ce sont les guerres à répétition et le sentiment d’inaction face à un changement climatique que l’on ressent de plus en plus…
M – Là par exemple on tourne cette vidéo pendant la canicule de fin juin… Et ben vivement les étés de 2050… On a hâte !
G – Bref… Ni Macron ni personne n’arrivera à convaincre les gens en leur demandant de faire des enfants. Il faut fabriquer concrètement des environnements, des espaces de vie, qui soient favorables aux enfants et à la natalité.
M – Comme le dit le rapport de l’UNFPA : “Notre objectif ne devrait pas être de manipuler les taux de fécondité, mais de donner aux individus les informations et les moyens de décider de façon libre et responsable du nombre d’enfants qu’ils souhaitent ainsi que du moment et de l’espacement des naissances.”

G – Bon mais du coup vous ne serez pas étonné d’apprendre que depuis que Macron s’est inquiété de la fertilité – sans même avoir créé un numéro vert – j’ai pu compter 25 rapports mensuel de l’INSEE qui s’inquiètent de “la baisse des naissances”… Et qui du coup sont confrontés à un autre problème… Celui de devoir trouver des titres différents mais qui disent la même chose… Alors on a eu : « le nombre de naissances baisse », « les naissances continuent de diminuer », « la baisse des naissances s’accentue », « les naissances sont toujours moins nombreuses », « la baisse des naissances se poursuit »…

M – Histoire d’aider l’INSEE, merci de noter en commentaire votre proposition de titre de rapport pour les mois qui viennent, l’auteur ou autrice du meilleur titre recevra un bébé tout neuf en cadeau
G – Et même si on arrivait à faire procréer en masse… Je vous rappelle qu’un bébé, ça met 2 décennies avant d’être capable d’aider une personne en situation de dépendance. En fait, les bébés sont des personnes dépendantes… Parfois dépendantes des personnes âgées qui ne le sont pas encore… Merci papi mamie qui gardent les enfants… Coeur sur vous.
M – Et alors pour peu que papi mami soient eux aussi dépendants, bah les jeunes parents se retrouvent en “tenaille”: c’est-à-dire à devoir s’occuper de 1 ou 2 enfants et « en même temps » de gérer les 1 ou 2 parents qui ont besoin d’aide !
M – Et alors pour peu que papi mami soient eux aussi dépendants
G – bah les jeunes parents se retrouvent comme les allemands dans la 7eme compagnie: c’est-à-dire à devoir s’occuper de 1 ou 2 enfants et « en même temps » de gérer les 1 ou 2 parents qui ont besoin d’aide !
M – Comme les Allemands de la 7eme compagnie ?
G – Bah oui ils sont pris en t’naille quoi… Enfin, si jamais ils décident de reculer par la forêt de machecoul quoi
blague potentielle avec la tenaille : https://www.youtube.com/watch?v=m-aZWR-HRvg
M – Bon du coup, le réarmement démographique ou l’idée de faire des enfants pour résoudre le problème, c’est pas une solution à court ou moyen terme… C’est presque l’inverse en fait, c’est un autre problème à gérer !
G – C’est pour ça que les pays vieillissants ont plutôt tendance à favoriser l’immigration, parce que c’est la manière la plus directe d’augmenter le nombre de personnes en âge de travailler !
M – Déjà, on voit renvoie à la vidéo qu’on avait fait l’année dernière sur l’immigration et le travail. Dedans, on vous explique qu’il faut se méfier des discours politiques pro immigration qui ne les considère que comme de la main d’œuvre disposable, parce que le plus souvent il s’agit surtout d’organiser l’exploitation d’une population à laquelle on n’offrira pas vraiment de protection juridique.
G – Bon, mais même en considérant cette option très “utilitariste” du “on va prendre des gens là-bas pour faire tourner notre économie ici” celle-ci présente une limite de taille : le vieillissement, il n’est pas que Français ou européen… Il est mondial.
France Culture – Déclin démographique : 6 000 MORTS DE PLUS QUE DE NAISSANCES EN 2025 (31/01/2026)
A propos de l’immigration comme solution + phrase de transition
21:30 : “c’est aussi une solution qui n’est pas complètement soutenable dans le sens où bientôt euh les réservoirs de main d’œuvre au niveau mondial euh vont aussi se tari parce qu’en fait cette baisse de la natalité, on l’a dit, elle touche tous les continents, elle touche tous les pays euh et donc il va y avoir une concurrence de plus en plus accrue pour pour ces migrants et et à un moment il y en aura pas pour tout le monde quoi.”
M – T’imagine !? On se retrouverait à devoir payer les migrants autant que les français pour être compétitifs ! On serait même obligé de leur donner des droits !
G – Ahaha… T’es bête…
- Faire payer aux travailleurs (journée de solidarité + CSG)
M – Bon. Faire une politique nataliste, ça nécessiterait plus de dépense publiques, des investissements de long terme… Autant vous dire que dans un monde néolibérale qui ne valorise que l’austérité : on sait pas faire ! Et puis de toute façon ça ne serait même pas une solution immédiate. L’immigration c’est pas non plus si évident. Bon bah il faut peut être juste plus d’entrées d’argent tout simplement.
G – Petit retour en arrière pour comprendre comment ça marche : avant les années 90s, le « Budget Autonomie » n’existait pas vraiment, il y avait juste une aide vite fait, mais qui était décomptée de l’héritage… bref… y avait pas beaucoup de personnes en âge de dépendance parce qu’à cet époque, les + de 75 ans, c’était les générations nées autour de la première guerre mondiale… Vous vous doutez bien que les gens étaient trop occupés à mourir pour la nation pour faire des enfants pendant ces années là….
M – Par contre après la guerre, là on a fait des bébés ! Donc petit à petit, à partir des années 90 on a eu de plus en plus de personnes âgées dans la population et donc, plus de personnes dépendantes, il a fallu s’organiser.
G – A ce moment-là, toujours vers les années 90, on a créé la CGS, la Contribution Sociale Généralisée. C’est un impôt prélevé sur les revenus du patrimoine, du chômage et de la retraite, mais surtout sur les revenus du travail qui représentent 2 tiers de l’assiette totale. Et pour aider les personnes âgées en perte d’autonomie, on crée l’APA en 2002, l’Allocation personnalisée d’autonomie.

M – En 2003, c’est la canicule avec une dizaine de milliers de morts, surtout des personnes âgées dépendantes, et on se rend compte qu’en fait, il faut encore plus de moyens ! C’est la création de la « journée de solidarité », le fameux jour férié, lundi de Pentecôte, qui est travaillé mais pas payé ce qui permet de financer en partie la perte d’’autonomie des personnes âgées.
G – En gros, votre employeur verse ce qu’il gagne pendant cette journée à l’état plutôt qu’aux travailleurs et aux actionnaires.
M -Et puis au fur et à mesure que le nombre de personnes dépendantes augmente, la CSG sur les salaires va passer de 1,1% à sa création en 1991 à 9,2% en 2018. Grosse augmentation ! La CSG c’est 214 millards, presque autant que la TVA à 250 milliards. Et largement au-dessus de l’impôt sur le revenu à 109 milliards.

G – Bon mais même si la CSG n’est pas prélevée que sur les revenus du travail, c’est bien eux qui en sont la composante la plus importante. Mais, est-ce que c’est là qu’il y a vraiment des sous à aller prendre ? Après tout, la solidarité d’une société c’est pas « que » prendre des revenus du travail pour les distribuer ! C’est toute l’économie qui doit participer !
M – Alors certes, la CSG n’a pas augmenté que pour les revenus du travail. En 2026, le taux de CSG sur les revenus du capital passe de 9,2 % à 10,6% et du coup la flat tax qui est de 30% va être augmentée pour passer à 31,4%.
G – Mais bon, une hausse de 1,4 point sur une base taxable de 17,5 milliards, on augmente les revenus d’une fraction de milliard là… Il nous en faut des dizaines nous !
M – Eh ben c’est facile, il suffit d’augmenter d’autres impôts.
G – Eh allez… Le pays qui taxe le plus qui veut taxer encore plus ! Et laisse moi deviner : il faut taxer les plus riches c’est ça ?
M – mmm… nan, pas forcément… Je suis pas si prévisible…
G – Ah bon ? Vas-y tu proposes quoi ?
M – Euuuuhhhhh Ah si ! Une assurance ! Une assurance individuelle privée même ! Chacun s’assure lui-même.
G – Mmmh pas mal ça… Plus d’individualisme…
M – Impressionné ?
G – Ouais… Une assurance… Voyons voir comment ça pourrait marcher
- Responsabilité individuelle : l’assurance dépendance
M – La dépendance c’est un risque. Et d’habitude, pour se prémunir d’un risque, on prend une assurance. En gros, on dit aux gens que s’ils veulent pouvoir se payer une aide à domicile ou un bon EHPAD, bah la solution c’est de prendre une assurance dépendance, comme ça si jamais ça arrive bah les frais sont couverts.
G – Ca peut passer par des contrats privés. Par exemple il existe actuellement une assurance dépendance de la Maif. Mais étonnement, les assureurs n’ont pas l’air hyper chaud pour ce genre de solution.
M – Dans la table ronde sur le thème de “financer la dépendance” organisée lors des Journées de l’économie 2025 dont on vous a parlé tout à l’heure, un des intervenants, Damien Dumas, Directeur Général Adjoint Santé Prévoyance de l’Apicil, une complémentaire santé, raconte les difficultés de la mise en place d’une telle assurance privée.
G – Parce que 1/ La dépendance c’est un risque coûteux (à partir de 65 ans c’est un risque qui concerne une personne sur deux; et c’est une perte d’autonomie qui dure en moyenne 4 ans, on arrive vite aux 100 000€ de dépenses). Donc ça implique de faire payer assez cher chaque mois. Aujourd’hui les assurances dépendance vont de 50 à 150€ par mois; c’est pas le truc que l’on ajoute en option vite fait dans une mutuelle.
M – 2/ Quand on souscrit à ce genre d’assurance, on veut couvrir un risque qui va certainement arriver des décennies plus tard. Ça veut dire que l’assureur doit tenter d’estimer le coût dans 20 ou 30 ans. Combien coûtera une place d’ehpad en 2045 ? Et ben, bon courage… La marge d’erreur risque d’être importante.
G – Et ça les assureurs ils aiment pas quand y a des grosses marges d’erreur… Parce que s’ils se plantent trop, ça peut les mettre en faillite. Alors certes des assurances qui font faillite ca n’arrive pas tous les jours, mais il y a déjà eu des loupés.
M – Aux états-unis par exemple, une assurance dépendance à fait face à des mauvais rendements de ses placements, ET à une demande de couverture plus forte que prévue… eh bah ils ont fait faillite. Et une bonne partie des assurés s’est retrouvée sans assurance.
G – Donc pour éviter une explosion des indemnités à verser, le mieux pour les assureurs c’est juste de proposer une couverture avec un plafond, genre, chiffres complétements fictifs, mais mettons tu paye 70€ par mois pendant 10 ans et si jamais tu fini bel et bien dépendant alors on te versera 500€ par mois.. Et si l’EHPAD coûte plus cher, ben tant pis pour toi.
M – Une solution pour faire baisser les coûts des mensualités, et maximiser la couverture, ce serait de rendre l’assurance obligatoire pour tout le monde, comme pour les assurances habitations, automobiles ou les mutuelles. Comme ca tout le monde met dans le pot commun, ça fait baisser les prix, les entrées d’argent sont plus faciles à anticiper pour l’assureur donc pas de mauvaise surprise. Et en cas de dépendance, bam, tout le monde est couvert. Au Japon et en Allemagne c’est comme ça qu’ils font.
G – Une assurance obligatoire ?… Donc on oblige les gens à payer un truc… Ça ressemble à un impôt quand même nan ?
M – Oui, mais un impôt qui n’est pas proportionnel au revenu… Tout le monde paie la même chose… Donc on taxe pas que les riches. Ha-ha ! Tu l’as pas vu venir celle là.
G – C’est pas faux !
M – T’as vu comme je suis pas un gros cliché gauchiste !
G – J’te félicite Marino, un jour tu seras p’tet millionnaire en vrai
- Responsabilité individuelle : le patrimoine.
M – Eh ouais.. Même que j’ai une autre idée ! On pourrait utiliser les actifs financiers des français pour payer leur dépendance.
G – Oula, ça sent la taxe sur le patrimoine financier des plus riches ça ? Attention à tes réflexes de lecture Marino ! Il faut arrêter de lire l’Huma si tu veux progresser.
M – Euuuh non ça vient de l’Institut Montaigne, et il s’agit pas de taxer les patrimoine des plus riches non…
G – Ah ok tu me rassures ! Et donc c’est quoi le plan ?

M – Bah c’est justement de baisser les impôts ! Du moins c’est que, plutôt que de compter sur des systèmes mutualisés et solidaires, on peut faire en sorte qu’il soit plus facile de s’auto-assurer, parce qu’une manière d’assurer un risque c’est juste d’avoir l’argent épargné pour y faire face. Le risque de la dépendance peut atteindre 100 000€. Si vous avez cette somme, bah, c’est tout bon en fait ! Pas besoin d’impôt, d’assurance ou quoi que ce soit d’autre, vous pouvez juste payer ça de votre poche.
G – Ah je vois l’idée ! Quand on regarde la médiane de patrimoine accumulé des français de plus de 60 ans, on tombe sur le chiffre de 245 000€ ! Donc, autour de 50% des plus de 60 ans ont un patrimoine suffisant pour financer leur propre dépendance. C’est une super source de milliards à mobiliser.

M – Après la difficulté c’est que c’est souvent c’est du patrimoine qui n’est pas liquide, un des exemples pris par l’institut Montaigne c’est une personne qui a une maison à 400 000€. Elle ne peut pas payer les aides à domicile avec, mais un système comme un “prêt dépendance” garanti sur sa maison permet justement d’utiliser ce patrimoine pour dégager des liquidités. La personne âgée reçoit des milliers d’euros pour financer sa dépendance au moment où c’est nécessaire et les banques ou les organismes prêteurs se remboursent sur la vente de la maison au décès de la personne.
G – Le gros avantage de ce type de solution c’est qu’elles permettent d’aller chercher l’argent là ou y en a ! Le désavantage, c’est les inégalités. Pour les 10% les plus riches, dont le patrimoine moyen est de 1 million d’€, le coût de la dépendance ne représente que 10 voire 20% du total si il concerne les deux membres du foyers, donc il restera un bel héritage pour les enfants. Pour les classes moyennes le coût peut vite manger tout le patrimoine ! Et pour ceux qui n’ont rien… bah … Tant pis pour eux quoi…
M – En fait, cette solution qui veut que chacun utilise son patrimoine perso pour financer sa dépendance, en plus d’être inégalitaire, elle peut vite devenir une forme de suppression de l’héritage des classes moyennes qui ne dit pas son nom. C’est justement ce qu’il se passe au Royaume-Unis et aux Etats-Unis. Les deux pays ont un système d’aide publique à la dépendance mais qui ne se déclenche qu’une fois que le patrimoine privé ait été utilisé. Donc tant que t’as du patrimoine, t’as pas d’aides.
G – Aux Etats Unis par exemple, les dépenses liées à la dépendance sont si chères, que pour éviter de liquider complètement l’héritage, les gens essaient au maximum d’avoir recours à du travail bénévole des membres de la famille pour diminuer les coûts.
SOLUTION
M – Finalement, l’héritage aux US c’est un peu une loterie qui dépend de l’espérance de vie en mauvaise santé de vos parents.
G – Quel merveilleux système ! Est-ce qu’un jour on utilisera les états-unis comme exemple pour évoquer un truc qui marche bien ? Je me le demande ?
M – Bon mais du coup, comment on finance la dépendance pour le plus grand nombre ? Quelles sont les meilleures solutions pour l’ensemble de la population ?
G – Dans la conférence des Jéco et les rapports sur le sujet il y a quand même plusieurs pistes explorées qui semble prometteuses : Le premier point, c’est de travailler sur des solutions d’accompagnement intermédiaires – entre rester chez soi et l’EHPAD – qui permettraient d’augmenter la qualité de vie des personnes dépendante et de travail du personnel. Par exemple via des maisons de retraites non médicalisées qui répondraient aux pertes d’autonomie modérées, celles qui n’ont pas besoin d’une réponse médicale.
M – On pense notamment aux personnes seules qui ne savent pas vraiment cuisiner, s’occuper de leur toilette, ou aux personnes qui ne peuvent plus conduire et deviennent trop isolées. D’un côté les envoyer à l’Ehpad c’est trop, ça occupe des lits médicalisés qui sont chers et qui sont utiles pour d’autres. De l’autre, les garder à domicile c’est pas satisfaisant, parce que ce sont des personnes qui vont demander trop de passage par jour. En fait, c’est la famille qui va devoir s’en occuper et donc réduire leur temps de travail.
G – Les maisons de retraite non médicalisées c’est un entre-deux. Un environnement de vie où la personne est locataire, et pas patiente. Donc elle est libre de circuler comme elle veut, elle a son espace privé, elle est chez elle quoi.
M – En plus du confort de la personne, c’est un confort aussi pour les aidants. Déjà parce que ça centralise les personnes à aider dans une même zone, c’est une économie de temps de trajet. Mais en plus, dans ces maisons de retraites, bien qu’elles soient non médicales, il y a du matériel professionnel. Des lits motorisés qui peuvent se redresser, des douches adaptées etc. Et qui dit meilleures conditions de travail dit plus d’attractivité pour ces métiers.
G – Bon reste quand même la question du financement. Selon nous, on pourrait un peu améliorer les deux pistes dont on vous a parlé tout à l’heure : l’assurance et la mobilisation du patrimoine.
M – Niveau assurance, le mieux serait qu’elle soit obligatoire pour s’assurer de couvrir tout le monde et de réduire au maximum le coût individuel. Sauf que, dans un contexte où les salaires n’augmentent que très peu, avec des coûts qui explosent comme le logement, il serait souhaitable que le financement de cette assurance soit progressif. C’est à dire qu’il tienne compte de la capacité de chacun de payer, donc du patrimoine et des revenus.
G – D’un autre côté, pour revenir sur la proposition de l’institut Montaigne, effectivement il serait intéressant de mobiliser le patrimoine immobilier qui a connu une hausse de valeur depuis les années 2000. D’autant plus que la cause de cette augmentation, elle s’explique uniquement par une forme de spéculation immobilière qui se fait au détriment des plus jeunes.

M – Sauf qu’à la différence de la proposition de l’Institut Montaigne, nous en pense que ce serait plus égalitaire de taxer ce patrimoine pour le redistribuer.
G – En tout cas bravo t’auras réussi à passer ton idée de taxer les plus riches. Très original.
M – Bah oui mais que veux tu c’est si logtique. Tiens par exemple : . Les estimations publiées par le Conseil d’Analyse Économique montrent que si on repensait un peu la taxation de l’héritage (qui est surtout composé d’immobilier) pour qu’elle soit plus progressive et plus ambitieuse, alors elle pourrait rapporter jusqu’à 19 milliards d’euros par an. Du coup si il nous manque 30 milliards pour financer la dépendance d’ici à 2050, c’est déjà un bon début, et sans même toucher aux salaires !

G – Mais du coup ça nous empêche de redevenir une société d’héritiers. C’est vraiment les belles valeurs d’antan qui se perdent.
M – Mais bon, vous le savez bien, la taxation de l’héritage reste très impopulaire en France. Même celles et ceux qui ne vont certainement hérité de rien d’autre qu’une facture d’EHPAD sont contre. Donc la mise en place semble compliquée.
G – Sauf que le risque de la dépendance est bien réel et il va tous et toute nous toucher de près ou de loin. Il va bien falloir trouver des façons de financer l’augmentation des coûts, et certainement que ça doit passer par des mesures pour l’instant impopulaires, mais qui en réalité vont éviter à certains de devoir assumer des coûts exorbitants parce que pas de chance, les deux parents vont être en dépendance lourde et qu’il y a pas de patrimoine dans lequel venir piocher.
Conclusion :
M – Bon on a vu que la France allait vieillir, et que ça faisait peur à plein de monde. Sauf qu’en fait, le vieillissement de la population en tant que tel, c’est rien de grave. La plupart des pays y font face. Ce qui va créer une différence entre les pays qui s’en sortent bien, et ceux qui s’en sortent mal, ça va être la capacité d’adaptation qui aura été mise en œuvre.
G – Et oui, pour éviter la catastrophe il faut déjà anticiper les coûts supplémentaires que le vieillissement va induire. Mais on le rappelle assez souvent dans cette émission, les vraies richesses, les compétences, les capacités à construire des infrastructures et à les gérer, ont les a. Et comme le disais Keynes : “tout ce qu’on peut faire, on peut se le payer”. Il suffit d’aller chercher au bon endroit, geeeenre dans la concentration du patrimoine immobilier.
M – Je croyais que tu voulais pas taxer les riches Gilles ?
G – Oui bon… Les masques tombent… C’était une feinte voilà !
M – On l’a dit, “faire des économies” sur ces dépenses liées à la dépendance, c’est pas possible. Soit, la dépense est publique et mutualisée; soit elle est transférée au privé, que ce soit en liquidant le patrimoine des familles, ou alors en obligeant les proches à faire du travail bénévole d’aidant. Sauf que pour ça, les proches sont obligés de réduire ou quitter leur travail rémunéré. Donc c’est bien un coût pour la famille. Avec en plus un bonus “inégalité de genre”, puisque c’est le plus souvent les femmes qui assument ce rôle d’aidant.
G – D’ailleurs dans cet épisode on s’est concentré sur les coûts liés à la dépendance des personnes âgées, mais le vieillissement de la population ça demande des adaptations sur plusieurs autres plans. Sur l’urbanisme par exemple : repenser les espaces publics, les trottoirs, les accès… pour permettre à tout le monde d’en profiter.
M – Parce que parfois ce qui crée une perte d’autonomie, c’est pas juste les capacités motrices des personnes qui se dégradent, c’est aussi l’environnement qui n’est pas adapté.
G – Bref, y a du pain sur la planche mais au moins il y a des solutions qui existent ! Et encore on a été gentil on a pas parlé de taxer directement les revenus des plus riches parce qu’il faut en garder pour les autres grands enjeux auxquels on doit faire face, genre l’adaptation au changement climatique.
M – Non mais là tu me vole mon rôle carrément.
G – Merci beaucoup d’avoir suivi cet épisode de Argent Magique. Il a été écrit et tourné en juin 2026, en plein dans la deuxième canicule de la saison. Surement pas la dernière.
M – Mais du coup on imagine que face à cette situation climatique alarmante, nos pouvoirs publics ont mis en place des mesures drastiques pour que la catastrophe de 2003 ne se reproduise pas.
G – On croise les doigts
M – Bon en tout cas on est reparti pour une 3e saison d’Argent Magique. Cette série existe grâce à vous, à vos dons sur Stup Media et sur le Ulule, mais aussi grâce à vos partages.
G – D’ailleurs, si vous avez des idées de sujets pour cette année, n’hésitez pas à les proposer en commentaire. C’est pas juste pour l’engagement hein, on est vraiment curieux, vous avez peut être des sujets auxquels on a pas encore pensé !
M – Au moins prochain.
Sources
Pour aller plus loin et cconsulter les sources de l’épisode 10 d’argent magique !
A voir ! Journées de l’Économie – Financer la dépendance
Billaud, S., & Gramain, A. (2014). 14. L’aide aux personnes âgées n’est-elle qu’une affaire de femmes ? Regards croisés sur l’économie, 15(2), 264‑276. https://doi.org/10.3917/rce.015.0264
Bozio, A., Gramain, A., Martin, C., & Masson, A. (2016). What Public Policy for the Dependent Elderly?: Notes du conseil d’analyse économique, No 35(8), 1‑12. https://doi.org/10.3917/ncae.035.0001
Cusset, P.-Y., d’Albis, H., Navaux, J., & Pelletan, J. (2021). Protection sociale : Qui paie le coût du vieillissement de la population ?: La note d’analyse, n° 103(5), 1‑16. https://doi.org/10.3917/lna.103.0001
Institut Montaigne—Mobiliser le patrimoine.pdf. (s. d.). Consulté 21 juin 2026, à l’adresse https://www.institutmontaigne.org/ressources/pdfs/publications/mobiliser%20le%20patrimoine.pdf#page=3
Masson, A. (2015). L’épargnant propriétaire face à ses vieux jours. Revue française d’économie, (2), 129‑177. https://doi.org/10.3917/rfe.152.0129
France Stratégie : Note d’analyse n°51—23.01. Consulté 21 juin 2026, à l’adresse https://www.strategie-plan.gouv.fr/files/files/Publications/2017%20SP/2017-01-04%20-%20NA%2051%20-%20Peut-on%20%C3%A9viter%20une%20soci%C3%A9t%C3%A9%20d%27h%C3%A9ritiers/na_51-transmissions-ok_0.pdf
Rapport CNRACL : Prévenir les risques et améliorer les conditions de travail des métiers de services à la personne à domicile.
Rapport de la concertation grand âge et autonomie | solidarites.gouv.fr | Ministère du Travail et des Solidarités. (2019, mars 28). https://solidarites.gouv.fr/rapport-de-la-concertation-grand-age-et-autonomie
Rapport de Dominique Libault – Mars 2019 Rapport Grand Age et Autonomie.