La thèse de Brett Christopher, exposée dans son ouvrage The Price is Wrong. Why Capitalism Won’t Save the Planet?, offre une critique percutante des mécanismes de marché dans le domaine de l’énergie renouvelable. En analysant les limites du modèle néolibéral, Christopher révèle pourquoi, malgré des coûts en baisse pour les renouvelables, la transition énergétique est entravée. L’intervention publique, loin d’être une entrave, apparaît comme une condition essentielle pour une transition efficace.
Le cadre de l’analyse selon Brett Christopher.
La vidéo en question s’appuie sur la thèse de Brett Christopher, économiste et commentateur politique, présentée dans son livre The Price is Wrong. Why Capitalism Won’t Save the Planet?. Ce livre, richement sourcé et argumenté, sert de fondement à cette analyse. Christopher se concentre sur la décarbonation de la production d’électricité, en examinant principalement les panneaux solaires et les éoliennes. Toutefois, cette approche exclut d’autres technologies renouvelables comme l’hydroélectrique, le biogaz, et les solutions de stockage d’électricité.
La lenteur de la transition énergétique.
Malgré les progrès dans l’installation de technologies renouvelables, la vitesse d’adoption est insuffisante par rapport aux objectifs du scénario Net Zero 2050 de l’AIE. La question se pose alors : pourquoi cette lenteur ? Les défenseurs du marché soutiennent que la solution réside dans les coûts. Les renouvelables, bien que nécessitant des subventions pour leur démarrage, sont désormais compétitifs selon les indicateurs de coût comme les LCOE (Levelized Cost of Energy). Si la transition n’avance pas suffisamment vite, ce ne serait donc pas à cause du marché.

Le rôle de l’intermittence.
Un argument souvent avancé pour expliquer cette lenteur est l’intermittence des sources renouvelables. Le vent et le soleil ne sont pas toujours disponibles lorsque la demande est élevée, ce qui pose problème surtout dans les pays en forte croissance comme la Chine. En Chine, les centrales à charbon pilotables compensent les manques d’électricité, tandis que les technologies de stockage ne sont pas encore totalement développées. Cependant, cette intermittence n’explique pas la lenteur de la transition en Europe ou aux États-Unis, où la demande est relativement stable.
L’inefficacité des gouvernements ?
Un autre coupable potentiel est la lenteur administrative dans la délivrance des permis de construction. Bien que ce soit un problème réel, il est important de reconnaître que des études d’impact et des consultations publiques sont nécessaires pour garantir l’acceptabilité sociale des projets. La lenteur administrative, bien que problématique, ne constitue pas le facteur principal de la stagnation de la transition énergétique.
La responsabilité du marché.
Christopher propose une explication différente : le marché lui-même est en partie responsable. Dans un système néolibéral, les entreprises se concentrent sur le profit plutôt que sur le coût total des infrastructures. La rentabilité des renouvelables, souvent inférieure à celle des industries fossiles, dissuade les investissements privés. Les LCOE ne reflètent pas toujours les coûts réels, tels que le foncier et le raccordement. De plus, les renouvelables sont désavantagés sur le marché de l’électricité en raison de leur incapacité à participer au marché de capacité, où les centrales fossiles pilotables vendent leur capacité à produire.
La volatilité des prix et le besoin d’intervention publique.
La volatilité des prix de l’électricité, exacerbée par le fonctionnement du marché, rend l’investissement privé peu attractif. Le marché de l’électricité, réputé pour sa volatilité extrême, nécessite l’intervention publique pour stabiliser les investissements. Les subventions, les aides au financement, et les prix garantis sont des outils essentiels pour attirer les capitaux privés.
L’importance des mesures de soutien.
Des exemples comme l’Espagne et le Royaume-Uni illustrent le rôle crucial des politiques de soutien. Pour que le marché de l’électricité fonctionnel et concurrentiel soit viable, l’État doit jouer un rôle de régulateur actif. Les contrats de long terme, bien que utiles, ne sont pas toujours une solution optimale en raison des fluctuations économiques et météorologiques. Les contrats de prix garantis par la puissance publique apparaissent comme la solution la plus stable.
Le monopole naturel dans le secteur électrique.
La question se pose alors : pourquoi persister dans une gestion privée de l’électricité, un secteur où la planification et la collaboration sont essentielles ? La gestion publique, par un monopole de service public, pourrait offrir une solution plus économique. En effet, la rentabilité exigée pour les actionnaires et les banquiers pousse les prix de l’électricité à des niveaux élevés. Une gestion publique pourrait réduire ces coûts en supprimant les besoins de rentabilité élevés et en bénéficiant de coûts d’endettement plus bas.
Conclusion : une réévaluation nécessaire.
Brett Christopher souligne que la transition énergétique ne peut se faire sans une intervention publique significative. Le modèle néolibéral, avec son accent sur la rentabilité à court terme et son incapacité à gérer la volatilité des prix, est inadapté à une transition énergétique efficace. La solution réside dans un équilibre entre investissement public et privé, et une régulation robuste pour guider le marché vers une transition énergétique durable.