Syndicats VS Finance

Quel rapport de force existe-t-il entre le syndicalisme et l’ensemble de la finance mondiale ?

A priori, aucun ! Les syndicats semblent trop petits pour avoir une influence sur les institutions internationales, et encore moins sur les transactions internationales.

Pourtant, il y a un peu plus de 100 ans, l’émergence du syndicalisme a complètement changé l’allure du système financier international, au point d’entraîner la chute de plusieurs d’entre eux à la suite.

Un système financier international, c’est l’ensemble des règles internationales qui concernent les paiements entre pays. Quand on parle d’importations ou d’exportations, de flux de capitaux et de régimes de change, on parle en fait du système financier international.

L’exemple le plus connu de Système Financier International est celui de Bretton Woods, qui a existé de 1944 à 1971, mais ce n’est ni le premier, ni le dernier. Il existe en fait une multitude de systèmes, chacun différent des autres en raison des règles différentes qui sont appliquées.

En parlant de Bretton Woods, le sujet de l’article le concerne ! C’est le syndicalisme qui est (en partie) à l’origine de sa chute, au même titre qu’il est à l’origine de la chute de tous les systèmes financiers depuis le 20ème siècle.

Pourquoi, et comment, le syndicalisme a mis en échec les systèmes financiers internationaux ?

Afin de répondre à cette question, il faut que je vous présente une brève histoire des systèmes financiers internationaux, tout en faisant le parallèle avec l’émergence et le développement du syndicalisme.

Une (très) brève histoire de la finance internationale et du syndicalisme

La Révolution Industrielle qui a lieu à la fin du 18ème siècle au Royaume-Uni démarre la mondialisation, notamment en Europe. Le commerce international accélère fortement sur la première partie du 19ème siècle, et le Royaume-Uni est la principale puissance économique mondiale. C’est donc assez logiquement que le pays de la reine Victoria organise le premier système financier international, qui prend la forme d’un étalon-or généralisé, en 1870. Cela signifie que les monnaies ont une valeur fixée par rapport à l’or : les transactions internationales ne sont pas soumises aux fluctuations du cours des monnaies, et cela permet de dynamiser les échanges.

L’étalon-or classique (1870–1914) : la réussite européenne

Le fonctionnement est assez simple : lorsque les pays échangent entre eux, ils règlent les transactions avec de l’or, mais s’il y a des déséquilibres commerciaux (si un pays importe plus qu’il n’exporte), cela va se traduire par un déséquilibre financier (la valeur de la monnaie va fluctuer), ce qui n’est pas possible dans un étalon-or. La Banque Centrale du pays en déséquilibre va donc intervenir pour rétablir l’équilibre : elle va échanger de la monnaie ou de l’or avec les autres banques centrales (si un pays est en déséquilibre, il y en a forcément au moins un autre qui est également en déséquilibre, les interventions seront faites de manière coordonnées).

Le maintien de la parité avec l’or est le seul et unique objectif des banques centrales, elles n’ont pas d’autre mission. C’est la raison pour laquelle l’étalon-or classique est une réussite ! Le commerce international est très important (en tout cas pour les pays développés), les monnaies ne fluctuent pas : tout va bien.

L’apparition du syndicalisme

À peu près au même moment, en Allemagne, les ouvriers se regroupent au sein d’organisations pour faire pression sur les patrons capitalistes : ils réclament des salaires plus hauts et une meilleure protection sociale. Afin d’éviter une révolution socialiste, le chancelier Otto von Bismarck va accorder de mettre en place des réformes sociales, et accepte notamment que les syndicats de travailleurs existent.

Le syndicalisme se répand rapidement en Europe, car le chômage est haut, et les salaires sont bas et n’augmentent pas. Pour les syndicats, la stagnation des salaires (voire la baisse des salaires) est la faute de l’étalon-or : à l’équilibre, il n’y a pas d’inflation, ni de déflation. S’il n’y a pas d’inflation, les salaires ne peuvent pas augmenter, donc le niveau de vie n’augmente jamais.

Le syndicalisme et l’impossible étalon-or

Les pressions des syndicats vont progressivement obliger les banques centrales à ajouter un nouvel objectif : celui du plein-emploi. Comme on le sait bien (mais ça on ne le savait pas à l’époque), l’inflation augmente à mesure que le chômage baisse, et l’inflation n’est pas possible en régime de change fixe : l’étalon-or et le plein-emploi sont totalement incompatibles.

L’ajout d’un nouvel objectif par les banques centrales, sous la pression des syndicats qui demandaient le plein-emploi, va grandement fragiliser l’étalon-or classique, qui va disparaître prématurément en 1914 avec la Première Guerre Mondiale, mais qui n’aurait pas survécu très longtemps en l’absence de guerre.

Plus encore, l’objectif de plein-emploi va rester la mission principale des banques centrales après la Première Guerre Mondiale, ce qui va empêcher de rétablir l’étalon-or. Dans les années 1920, les pays européens vont essayer d’adopter un nouvel étalon-or, qui non seulement va plomber la croissance, mais en plus ne va pas aboutir à la stabilité. Encore plus tard, après la Seconde Guerre mondiale, le système de Bretton Woods sera également un système d’étalon-or, et va s’effondrer moins de 30 ans après sa mise en place.

Conclusion

À partir de 1870, les banques centrales vont avoir pour mission de maintenir une stabilité forcée des monnaies avec l’or. Mais ce système, qualifié d’étalon-or, est largement inégalitaire et néfaste pour les travailleurs, car il n’autorise ni les augmentations de salaires, ni le plein-emploi.

Avec l’émergence du syndicalisme et des questions concernant le chômage de masse, les banques centrales ont ajouté un nouvel objectif dans leurs missions : le plein-emploi. Celui-ci étant incompatible avec l’étalon-or, le Système Financier International a nécessairement dû se transformer. La transformation a pris environ 80 ans, mais elle a eu lieu, et grâce au syndicalisme.

Le syndicalisme a émergé grâce aux débats qui concernaient les inégalités insupportables de la fin du 19° siècle, et malgré la baisse de leur rôle politique ces dernières décennies, c’est grâce à eux qu’il existe une cohésion entre les travailleurs. Sans cette cohésion, rien n’empêche les entreprises de réduire les salaires. Surtout, si la cohésion disparaît, rien n’empêche le système financier de rétablir un système d’étalon-or totalement inégalitaire.

Il existe actuellement des propositions, de personnalités politiques ou d’économistes, qui concernent le rétablissement d’un étalon-or. Le but affiché est de contrôler la masse de monnaie que les banques centrales mettent en circulation, et donc de limiter le risque d’inflation. Effectivement, l’étalon-or permet de réduire l’inflation, il pousse même les prix à baisser dans le temps ! Des prix qui baissent, c’est aussi des salaires qui baissent, et cela n’est possible que si il n’existe pas de cohésion.

Au final, si vous voulez garder avoir des salaires hauts, aujourd’hui et demain, protégez votre liberté syndicale !

Bibliographie :

EICHENGREEN Barry, “Golden Fetters”

EICHENGREEN Barry, “Globalizing Capital”

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