Grandes Surfaces face aux Producteurs : un marché trop concentré

La concentration des enseignes de grande distribution se poursuit, avec une augmentation de 182 points de l’IHH entre 2018 et 2019, portant cet indice à 2 325,6, selon une étude de Quentin Mathieu, économiste pour les Chambres d’agriculture de France.

L’IHH, ou Indice de Herfindahl-Hirschmann, est un indicateur qui évalue la concentration d’un marché en mesurant la part de marché des entreprises dominantes. Un IHH élevé signale un marché concentré, où une poignée d’entreprises détient la majorité de la production. Cet indicateur est essentiel pour comprendre qui détient le pouvoir de fixer les conditions du marché.

Le pouvoir de marché n’est pas un concept abstrait : il se manifeste dans la capacité d’un acteur à imposer ses conditions. Par exemple, dans un marché où quelques grands acheteurs font face à des centaines de milliers de producteurs, ces derniers doivent se concurrencer pour offrir les meilleurs produits à des prix compétitifs. Les acheteurs, en revanche, peuvent sélectionner leurs fournisseurs et négocier des contrats avantageux, maximisant ainsi leurs profits au détriment des producteurs. Si un fournisseur rencontre des difficultés financières, l’acheteur peut facilement en trouver un autre.

En France, les chiffres sont révélateurs : en 2017, on comptait environ 430 000 agriculteurs face à seulement six grands groupes de distribution. Ces agriculteurs, relativement dispersés, ont peu de moyens pour organiser des filières capables de contrebalancer le pouvoir de ces grands groupes.

Les fluctuations des coûts pour les producteurs agricoles – qu’il s’agisse de répondre à des normes environnementales plus strictes ou de faire face à l’augmentation des prix des engrais et du carburant – sont rarement répercutées dans les prix d’achat. Ce sont donc les marges des producteurs qui sont les premières à être affectées.

De plus, les grandes enseignes ont investi dans des outils de transformation et de collecte, réduisant ainsi les chances de structurer des filières indépendantes de leurs intérêts.

Du côté des grands distributeurs, la stratégie reste centrée sur la vente en grande quantité à bas prix. Ce modèle s’est développé précisément parce qu’il est efficace pour exercer une pression sur le marché. Cependant, à mesure que les grandes surfaces imposent leurs conditions, ce modèle montre ses limites. La norme des prix bas a érodé la capacité des producteurs à capter la valeur ajoutée du marché. L’étude de Quentin Mathieu met également en lumière l’accélération de l’endettement des exploitations agricoles, symptôme direct de ces difficultés.

Quelques tentatives législatives, notamment la loi Égalim, visent à réduire cet écart de pouvoir entre les grands groupes de distribution et les centaines de milliers de producteurs. Cependant, le marché est déjà profondément structuré, les habitudes de consommation sont bien ancrées, et dans un contexte d’inflation, les promesses de prix bas et la défense du pouvoir d’achat sont des arguments puissants des grandes enseignes pour attirer les consommateurs.

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