VOITURE AUTONOME : Des promesses remises en question.

Lorsqu’une nouvelle technologie est développée, ses partisans peuvent rapidement lister de nombreux avantages théoriques, mais trop souvent les aspects économiques sont négligés, et notamment l’effet rebond. Alors les voitures autonomes peuvent-elles vraiment mettre fin aux embouteillages dans les villes ?

Les enjeux de la voiture autonome

Récemment, j’ai assisté à une conférence à propos des voitures autonomes. Deux jours plus tôt, l’une de ces véhicules a pour la première fois percuté et tué un piéton. Coïncidence ? Je ne crois pas. La voiture, cette version low tech avec un volant et les pédales, a été à l’origine d’une révolution sociale. Elle offre la liberté de voyager sur de longues distances, les villes se sont étendues et des infrastructures gigantesques ont été construites pour que le plus grand nombre de kilomètres carrés émergés soit accessible sur quatre roues. Aujourd’hui, elle est fortement ancrée dans notre société. Plus de 80% des foyers possèdent une voiture et les français parcourent chaque année 756 milliards de km en voiture contre 200 milliards pour les transports collectifs.

Les conséquences de l’utilisation massive de la voiture

Mais on commence à le savoir, l’utilisation aussi massive de cette technologie n’est pas sans conséquence. D’abord, la voiture tue moins qu’il y a dix ou vingt ans, mais ça reste la première cause de mortalité des 18-25 ans. Et puis, la voiture pollue, là où elles circulent, mais aussi à l’échelle globale puisque le trafic routier représente plus de 30% des émissions de CO2 en France.

L’espoir de la voiture autonome

Heureusement, depuis quelques temps, il y a un espoir, une utopie du transport basée sur la voiture autonome. On se représente généralement un futur dans lequel, où qu’on soit, il deviendrait possible de faire venir un véhicule. Les enfants et les personnes âgées pourraient utiliser ce service, les livraisons à domicile seraient moins coûteuses et plus fréquentes. Et dans ce nouveau monde, les bouchons, les accidents, la pollution, tous les aspects négatifs de la voiture disparaîtraient grâce à l’efficacité du réseau.

Les défis technologiques

Mais comme souvent, il y a une longue histoire derrière ce que l’on pense être nouveau. L’une des premières voitures autonomes était une Citroën DS de 1960 modifiée pour circuler sur des roues câblées permettant de diriger le véhicule. Mais cette longue histoire ne signifie pas que le développement de la voiture autonome est terminé, il reste encore beaucoup de questions technologiques. Et avant que cette utopie du transport se réalise, il faudra encore attendre plusieurs années, voire quelques décennies pour certains. Car il y a des freins conséquents, les infrastructures actuelles ont été réalisées pour des conducteurs humains et si on attend un véhicule autonome de pouvoir partager les mêmes routes, cela complique beaucoup les choses.

Les choix à l’arrivée d’une nouvelle technologie

Dans un environnement contrôlé et avec une vitesse limitée, la mise en service peut être relativement rapide. Cela se fait d’ailleurs déjà en test sur des campus ou dans des communautés pour retraités. Mais le plus intéressant, c’est la possibilité de faire des choix à l’arrivée d’une nouvelle technologie. Comment peut-elle nous servir au mieux ? Ce choix est important car il va contribuer à déterminer l’évolution de cette technologie.

Surtout que dans ce dossier, les législateurs et les chercheurs ont un rôle à jouer. Ils peuvent déjà tenter de prédire certains effets et réfléchir aux applications qui répondent vraiment aux besoins. La voiture autonome est souvent présentée comme une manière de réduire le nombre de tués sur la route, ce qui n’est pas encore totalement prouvé, mais malgré quelques accidents, c’est vraiment prometteur à ce niveau. Surtout quand on parle d’autonomie totale, sans aucun conducteur. En revanche, pour les autres promesses, c’est beaucoup moins clair. Éliminer les bouchons et réduire l’impact environnemental du transport individuel peuvent demander un peu plus qu’une nouvelle technologie.

Aujourd’hui, un conducteur de taxi ou de bus représente 60 à 70% du coût total d’un trajet. En éliminant ce coût, le prix du trajet pour le passager pourrait alors vraiment diminuer grâce à l’économie. On sait que le prix peut modifier la manière dont un service est utilisé. Généralement, quand un prix baisse, la demande augmente. Et quand il s’agit d’un truc qui n’existe pas encore, alors il peut être difficile de savoir à quel point. Une ingénieur du transport, Joan Walker, a mis à disposition d’une dizaine de foyers un service de chauffeurs privés en enlevant justement le coût du chauffeur. Pour en mesurer les conséquences, elle a pu constater une augmentation moyenne des kilomètres parcourus de 83%. Elle précise qu’il faudrait tester à plus grande échelle, mais il s’agit d’un élément qui remet en question les promesses de fin des bouchons et de l’impact environnemental.

Remettre en question le modèle du transport individuel

Parce que autonome ou non, le transport en véhicule individuel risque de rester énergétiquement peu efficace face aux transports en commun. Dès lors, développer une nouvelle technologie a certainement tendance à développer également des billets plutôt positifs par rapport à ses effets. Et il ne faut pas oublier de questionner leurs pronostics. Si on souhaite bénéficier au maximum des avantages de cette technologie, il va peut-être falloir en profiter pour remettre en question le modèle du transport individuel qui permet aux villes de s’étendre. Une alternative pourrait être de privilégier des villes plus compactes avec des densités de population plus importantes, ce qui faciliterait l’usage des transports collectifs. D’ailleurs, eux aussi peuvent bénéficier de l’automatisation.

Quoi qu’il en soit, il vaut sans doute mieux commencer à se poser des questions dès maintenant. Car, comme le rappelle Joan Walker, quand une habitude est prise, une norme sociale apparaît, il est très difficile d’en changer.

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