Les indicateurs généralement, c’est ennuyeux, complexe et peu drôle.
Arrive l’indice Bigmac, nommé d’après le fameux hamburger de McDonald’s.

C’est un indice qui a été créé à moitié comme une blague par le journal britannique the Economist en 1986, mais qui est à présent utilisé très sérieusement, et même enseigné dans la plupart des cursus d’économie, parce qu’il permet de découvrir quand des pays mentent.
Certaines monnaies valent plus que d’autres, par exemple, avec un euro, il est faisable d’acheter environ 140 Yen Japonais, mais seulement 0.80 livre sterling.
Ces valeurs ne sont pas juste là pour nous embêter et faire des calculs de conversion quand on voyage. Elles ont des conséquences réelles sur l’économie de leur pays. Avoir une monnaie plus faible que les autres peuvent aider à exporter ses produits.
Imaginez, vous êtes un habitant de la zone euro et vous voyagez au Japon. Là-bas, le ticket d’autobus coûte 200 yens. Si 1 euro égal 140 yens alors vous pouvez prendre le bus pour 1 euro 42 centimes. Mais, si la valeur du Yen chute, et que du coup avec 1 euro, on peut acheter plus de yen, par exemple 200 yens, alors la vôtre ticket de bus à 200 yens ne vous coûtera plus que 1 euro.
Le ticket de bus ne peut pas s’exporter, mais ça marche pour tous les produits. Si le prix ne change pas, mais que la valeur de la monnaie change, alors le prix en monnaie étrangère va changer.
Objectif : gagner le jeu de la mondialisation
Imaginez maintenant que vous êtes un pays qui échange avec le reste du monde, et que vous cherchez une façon d’augmenter vos exportations pour augmenter le profit de vos entreprises, favoriser l’investissement, augmenter les salaires et finalement essayer de gagner au grand jeu de la mondialisation. Et bien vous seriez tenté de dévaluer volontairement votre monnaie, par exemple en augmentant la quantité de monnaie en circulation, pour que vos produits paraissent moins chers pour vos clients étrangers. Si notre monnaie est moins forte, ça veut aussi dire que les importations seront plus chères, mais selon la stratégie du pays, ça peut malgré tout valoir le coup de dévaluer sa monnaie.
En-tout-cas, c’est de ça qu’on a accusé la Chine pendant plusieurs années, en particulier les Etats Unis, notamment sous Trump, mais pas que, qui considérait que la Chine trichait avec sa monnaie pour être plus compétitive que les Etats Unis, ce qui selon eux expliquait partiellement le déficit commercial des Etats Unis avec la Chine, c’est-à-dire le fait que les Etats Unis importent plus de la Chine que ce qu’ils y exportent. On l’accusait ainsi d’une espèce de concurrence déloyale, utiliser sa monnaie pour réduire artificiellement ses prix.
L’indice Bigmac
Pour citer la définition de The Economist, l’indice Big Mac est “un guide léger pour savoir si les devises sont à leur niveau “correct”.
Grosso modo, ça part d’une théorie selon laquelle dans un monde globalisé et sans coût de transport, les produits identiques devraient avoir le même prix partout dans le monde. C’est théorique, parce que les économistes comprennent bien qu’il y a des coûts de transport, que les réglementations sont différentes selon les pays, etc.
Mais en gros l’idée, c’est de dire que le Bigmac, c’est un produit assez unifié qui se vend presque partout dans le monde, donc normalement, il devrait avoir plus ou moins le même prix partout.
Petite précision, le raisonnement existait déjà avant l’indice Bigmac, les économistes comparaient des “paniers de produits” de différents pays, mais ça pouvait être compliqué de trouver des produits équivalents et comparables entre les pays, donc l’indice Bigmac permet de simplifier la méthode, et c’est aussi son caractère simple et ludique qui l’a rendu si populaire.

Donc, si aux Etats-Unis, un Bigmac vaut 5 $, et qu’en Chine, il vaut 20 Yuan, alors ça suggère que le taux de change devrait être d’un dollar égal 4 yuans.
Mais, si on regarde le taux de change et qu’en fait 1 dollar est égal à 6 Yuan, alors on peut penser que le yuan est sous-évalué de 33 %.
Si on regarde les vrais chiffres de l’indice Bigmac de janvier 2022, il suggère que le yuan est sous-évalué de 23.9 % !
Sauf qu’en, fait.
Comme je l’ai dit plus tôt, ce n’est pas ultra réaliste de penser que le Bigmac devrait coûter partout pareil. Il y a les coûts de transports, le prix de la main d’œuvre, et même parfois la taille des portions qui change entre les pays. Donc, même si un indicateur n’a pas vocation à être parfait, on peut quand même reconnaître ses limites et essayer de trouver des corrections.
Et dans le cas du Big Mac, The Economist publie depuis 2011 une version corrigée de son indicateur qui tient en compte le PIB des pays, pour prendre en compte bah dans les pays moins riches, la main d’œuvre par exemple est moins cher, et donc le prix bas du Bigmac s’expliquerait en partie par ça.
Et donc si on regarde l’indice Bigmac de janvier 2022, mais cette fois qui prend en compte le niveau du PIB, on voit que le yuan serait sous-évalué de 0.1 %, autant dire, presque rien.
Le résultat évolue selon les années, mais globalement, une fois corrigé du PIB, l’indice Bigmac ne montre plus une si forte sous-évaluation du Yuan.
Mais bon, les agendas politiques ne se soucient pas tout le temps de ce niveau de détail, et même quand effectivement l’indice Bigmac indique la baisse de la valeur d’une monnaie, l’interprétation qu’on peut en faire est limitée. Dans leur article de janvier 2021, les journalistes de The Economist rappellent que les résultats de leur indicateur et les interventions publiques qu’on observe ne sont pas toujours cohérentes :
“notre index enregistre les résultats ; les décideurs, en revanche, tentent de punir les pays qui déprécient intentionnellement leur monnaie.”
L’indice Bigmac ne nous dit rien sur les intentions politiques des pays, il ne nous dit pas si la monnaie a été dévaluée volontairement ou si la perte de valeur de la monnaie est due à une évolution économique qui échappe au contrôle de l’Etat.
Bref, l’indice Big Mac reste un simple outil pédagogique et simplifié, qui aura créé d’autres petits indicateurs du genre, comme l’indice Starbucks, ou bien l’indice iPod, avec l’avantage que les iPod sont tous produits au même endroit donc avec le même coût de main d’œuvre, mais le désavantage de ne pas prendre en compte le coût de transport et surtout qui a encore un iPod en 2022 ? Ou même des indices Netflix ou Fortnite justement pour répondre à ce problème des coûts de transport.
En tout cas le point commun de tous ces indicateurs, c’est qu’ils se basent sur des produits ou des services similaires qui se sont exporté presque partout dans le monde, pas partout mais presque partout, en tout cas assez pour que ça permette de comparer des situations dans un large groupe de pays de manière simple et accessible pour les non experts en statistiques, plutôt que de devoir expliquer qu’il faut faire un panier de biens avec des produits types de chaque pays auxquels il faut donner différents coefficients en fonction de tel et tel critères parce qu’il faut prendre en compte des différences etc etc. Les économistes, la plupart du temps, utilisent ce type de modèles plus complexes dans leur recherche, selon la problématique sur laquelle ils travaillent, mais cela permet d’enseigner rapidement des notions complexes à des étudiants.
Le Micmac En Argentine
Le sandwich star de MacDonalds a été au centre d’une autre histoire économique. Son prix aurait été manipulé en Argentine pour camoufler l’inflation dans les années 2010 environ. Si vous ne l’avez pas déjà vu, je vous encourage à aller voir notre vidéo sur l’Argentine, et vous y verrez entre autres que le pays est bien habitué à l’inflation.
Mais cette fois, pour dissimuler un peu l’ampleur de l’inflation, le gouvernement aurait décidé de s’arranger avec MacDonald pour baisser le prix du Bigmac. Comme ça, quand son prix allait être utilisé pour les calculs de l’indice, il aurait été bas, comme s’il n’avait pas subi l’inflation.

J’insiste sur le conditionnel parce que je ne sais pas à quel point tout ca est sur, et je n’ai aucun détail de qui exactement aurait été à l’origine de ça, comment ca se serait négocié ni rien, mais j’ai quand même pu retrouver des blog et des articles qui racontent que du coup, le big mac n’était pas affiché dans les grand écran lumineux au dessus des comptoir, mais seulement dans les menus plus petits sur les côtés, parce que bah comme le prix était si bas, l’enseigne ne voulait pas trop le mettre en avant. Et donc on voit des photos prisent à l’époque qui montraient le prix dérisoire du Bigmac en comparaison aux autres burgers.
The Economist publie des mises à jour de son indice deux fois par an, en janvier et en juillet, et dans ce monde d’après-covid, où des choses nouvelles arrivent à nos monnaies, comme 1 dollar = 1 euro parce que le dollar prend de la valeur et l’euro en perd, ça reste un outil parmi tant d’autres pour observer l’inflation de nos monnaies, les conséquences des politiques monétaires des Banques Centrales, et l’actualité monétaire en général. He oui, tout ça dans le prix du Bigmac.
Sources :
Le prix du Big Mac en Argentine – The New York Times
L’Indice Big Mac – The Economist