L’inflation est partout, mais n’impacte pas tout le monde de la même manière. Le lieu d’habitation, mode de vie, activité et revenus modifie l’exposition à l’inflation.
Une étude de l’INSEE a montré que la hausse des prix actuelle est d’autant plus marquée pour les personnes qui consomment le plus d’énergie par rapport à leur revenu. C’est logique. C’est typiquement le cas des personnes qui vivent dans les zones rurales pour qui l’inflation était de 5,9 % en avril 2022. Des Français qui ont tendance à vivre dans des maisons plus grandes, mais pas toujours bien isolées et qui dépendent de la voiture au quotidien. Au contraire, les personnes plus jeunes qui vivent majoritairement en ville ont connu une inflation plus faible de 4 % sur le même mois. Cette différence pourrait rapidement se réduire si les hausses des prix se répercutent sur les loyers.
Pour avoir une estimation de votre inflation personnelle, un outil de l’Insee permet de calculer comment elle vous touche. Pour ça, il faut prendre le total de vos dépenses annuelles et les affecter dans les catégories de l’outil.
Maintenant, on peut s’intéresser à la manière de limiter l’impact de l’inflation sur son budget. Les hausses de prix concernent surtout l’énergie, donc c’est clairement là-dessus qu’il faut tenter d’agir surtout que ça représente une partie importante du budget des ménages française, autour de 10 % de leurs revenus et au total 85 milliards d’euros en 2017 à l’échelle du pays.

L’habitat et la crise
Mais plutôt que de parler de milliard, on va partir du principe que vous avez entre 20 et 35 ans et que comme autour de 75 % de ce groupe d’âge, vous êtes locataires, donc on ne va pas vous parler de refaire l’isolation, de chaudière efficiente, ce n’est pas possible.
Vous connaissez le fameux dicton “La meilleur énergie, c’est celle qu’on ne consomme pas ”, c’est aussi la moins chère.
Les principaux points de consommations d’énergie sont le chauffage de l’air, de l’eau et le transport.
Sauf si vous habitez dans un truc ultra bien isoler l’impact de le wifi et des appareils en veille est quand même pas énorme.
Mais souvent la difficulté, c’est que votre proprio à peu d’intérêt à isoler le logement, malgré l’existence d’aides à la rénovation ce n’est pas lui qui paie les factures de gaz ou d’électricité.
En tant que locataires, il existe quand même quelques solutions pour économiser un peu ici et là. Je suis sûr que beaucoup le font déjà, mais au cas où, le plus basique, c’est de se trouver la couette la plus chaude possible pour éviter que vos nuits vous coûtent 3 ou 4 € de chauffage par nuit, même chose avec les rideaux isolants, le calfeutrage de porte et de fenêtre. Rien de tout ça ne vaut des travaux d’isolation, mais ça peut vous aider à passer l’hiver. Au niveau du budget, vu les prix de l’électricité qui restent élevés pendant des mois voire des années, l’investissement est rapidement rentabilisé.
Mais puisque ça ne coûte rien, vous pouvez quand même envoyer un gentil email à votre proprio pour savoir s’ il ne peut rien faire ?
Si un logement est mal isolé avec une note DPE en F ou G, ou que le diagnostic n’est pas réalisé, alors un propriétaire n’a plus le droit d’augmenter le loyer sans réaliser des travaux d’isolation depuis juillet 2022.
En cas de crise prolongée, une partie des Français vont connaître une pression encore plus grande pour rester dans des logements très nuls.
Si vous avez du givre sur les fenêtres, que votre logement est trop mal isolé, humide, moisie, ou autre vous avez des recours. Un logement, c’est un produit comme les autres et vous êtes un client. Les propriétaires sont tenus de louer des produits qui fonctionnent, vous pouvez regarder ce document pour savoir si votre logement est indécent. Si c’est le cas, vous pouvez contacter l’ADIL ou la CAF pour qu’il vous explique quoi faire. Ça peut aller jusqu’à la suspension de loyer et le relogement.

Pour les personnes les plus démunies ou le coup des loyers trop élevé pourrait les mettre dans des situations de précarité absolue, il faut noter l’existence du droit à la trêve hivernale du 1er novembre au 31 mars qui permet en cas de détresse financière de ne pas être sans logement. En cas de problème pour payer une facture d’électricité. Il s’agit de bien vérifier l’utilisation du chèque énergie et il est possible de demander à un fournisseur d’énergie d’étaler les paiements en le contactant directement.
Facture énergétique
Et justement, parlons de l’énergie et des factures.
Le problème avec ces documents, c’est qu’ils sont difficilement lisibles et comparables. Ça parle des kWh et de fraction de centime d’euro. Des unités pas évidentes à utiliser et à comprendre.
Le plus simple, c’est de convertir ces documents, d’enlever des chiffres et ça permet d’avoir un document beaucoup plus compréhensible.
Il est possible de comparer deux contrats avec des montants de 0.29454 € et 16,74c€, puis de multiplier ces nombres par le nombre de kilowatts que consommer par an. Mais le plus simple, c’est de compter en mWh, donc de tout multiplier par 1000.
Dans les exemples en questions, il devient plus facile de comparer, d’un côté, j’ai un contrat avec 1 mWh à 294 €, de l’autre un contrat à 167 €. Sachant que j’en consomme 6 mWh par an, je peux assez facilement avoir le résultat.
Si ces contrats ne sont pas nécessairement trompeurs, ils ne sont clairement pas optimisés pour être compris du plus grand nombre et c’est dommageable.
Les différents contrats électriques sont plutôt similaires entre les grosses boîtes. On parle de différence de quelques dizaines d’euros par an.
Là où vous pouvez gagner quelques centaines d’euros, c’est si vous êtes dans un contrat avec des prix garantis pendant 1,2 ou 3 ans, des contrats qui semblent populaires chez Engie par exemple. Si votre contrat est ou arrive à terme en ce moment, il peut être intéressant de comparer avec d’autres types de contrat et notamment avec les contrats à tarifs régulés. Ce sont les prix de l’électricité qui sont fixés par le gouvernement et qui sont concernés par le bouclier tarifaire qui limite leur augmentation.
Le simple fait de regarder sa facture et les tarifs en vigueur peut éviter des surprises un peu violentes cet hiver. Mon contrat avait été renouvelé tacitement avec une augmentation de 50 % sans que je ne sois clairement informé.
Pour changer de contrat électrique, le plus simple, ce n’est pas de faire une lettre de résiliation, mais simplement de souscrire un autre contrat. C’est le nouveau fournisseur qui s’occupera des démarches. C’est parfois possible de le faire directement via Internet, pas besoin de parler à quelqu’un.
Dans tous les cas, essayez de jeter un coup d’œil à votre contrat gaz/électrique et essayez de le comprendre. Si vous avez du mal, poster un commentaire sous la vidéo et on pourra faire une vidéo ou un live explication de facture. Pourquoi pas.
Épargne
Un autre point important pendant une période d’inflation, c’est que ce n’est pas terrible pour mettre de l’argent de côté.
Pour contrer ça, il faut que l’épargne rapporte de l’argent. Une grande partie de la population française à des investissements qui les protègent, la possession d’immobilier permet, dans une certaine mesure, d’être protégé contre l’inflation.
C’est pas magique non plus hein parce que si vous êtes bloqués loin de votre boulot dans un logement mal isolé, ce que vous gagnez à avoir votre maison vous le perdez sur votre qualité de vie, votre possibilité de bouger et sur le prix de l’énergie.
Mais le problème, c’est qu’aujourd’hui l’immobilier est devenu inaccessible pour beaucoup de jeunes sans bénéficier d’un capital familial ou de choisir d’habiter super loin. En vrai, n’allez pas habiter trop loin, parce qu’il y a 0 chance que le pétrole ne devienne pas cher d’ici 10–20 ans.
Heureusement, il existe d’autres manières de protéger une épargne.
Le plus simple, ce sont les livrets A vert, bleu, jeune ou autre. La plupart de ces livrets ne sont pas intéressants parce qu’ils rapportent peu comparativement au taux d’inflation.
Heureusement, pour les personnes qui ont un revenu relativement faible, il y a le livret d’épargne populaire, le LEP.
Il est disponible pour toutes les personnes de plus de 18 ans qui touchent moins de 20 296 € seul, 31 135 € en couple ou 36 554 € en couple avec un enfant.
C’est un livret qui vous garantit que l’argent que vous mettez dedans rapporte 4,6 % par an.
Par exemple, si vous avez 1 000 € de côté et que l’inflation est de 5 % en 1 an. Ça veut dire que vous perdez 50 € de pouvoir d’achat par an sur votre épargne. SI vous en avez 5 000, 250 € de perdu par an.
Pour les gens qui galèrent à mettre ça de côté ça peut démotiver.
Le livret populaire permet de faire en sorte que votre argent vous rapporte 4,6 % ce qui permet de contrer l’inflation. Si celle-ci est de 5 % alors votre épargne va au moins garder à peu près sa valeur.
Donc si vous êtes éligible contacter votre banque et placer tout ce que vous pouvez sur ce livret. Vous pouvez retirer l’argent à n’importe quel moment.
Si vous n’êtes pas éligible, en période d’inflation et de crise économique possible, notre seule recommandation, c’est d’éviter tout investissement risqué ou qui bloque votre argent pendant plusieurs mois ou années si votre situation personnelle peut rapidement changer.

Le bouclier gouvernemental
Toutes ces solutions ne vont clairement pas faire de miracle et c’est encore plus vrai si l’inflation dure longtemps, qu’elle affecte toute l’économie et que les mesures anti-inflation provoquent un ralentissement économique.
Heureusement, la France est un pays encore très riche. Le gouvernement et les Français ont énormément de ressources pour pallier cette situation.
Une grande majorité de Français peut réduire sa consommation énergétique sans que ça n’affecte radicalement leur confort de vie et leur capacité à produire de la richesse. Ce sont des marges de manœuvres que d’autre pays n’ont pas.
Maintenant, il faut aussi noter que l’inflation de 6,5 % en France est pour l’instant beaucoup plus faible que celle des pays voisins. L’une des raisons principales, ce sont les politiques mises en place par le gouvernement.
Notamment le bouclier tarifaire et la subvention sur les carburants, des programmes qui diminuent le prix de l’énergie. À première vue, ces programmes sont vraiment bénéfiques parce qu’ils limitent l’inflation. Le problème, c’est qu’ils coûtent des milliards d’euros à l’État, qu’ils ont des effets pervers assez évidents et qu’ils sont financés d’une manière assez discutable.
Les effets pervers, c’est qu’ils aident autantvoir davantage les foyers qui font chauffer leur piscine pendant l’hiver que les foyers qui vont avoir du mal à maintenir 19 degrés dans leur salon.
L’exemple le plus trash, c’est qu’ aujourd’hui un bateau de plaisance avec un réservoir de 56 000 litres qui fait le plein dans un port français bénéficie d’une ristourne carburant de 16 800 €.
On parle de subventions qui à l’origine doivent servir à protéger les Français, mais qui là servent à faire des ronds dans l’eau. C’est un cas à peine exagéré parce que tous les bateaux de plaisance et tous les carburants achetés pour les raisons les plus futiles en bénéficient.
Si c’était financé par des impôts, pourquoi pas ça serait un peu redistributif. Mais ces politiques sont accompagnées au contraire d’annonces concernant des baisses d’impôts et du refus de la taxe sur les superprofits.
Un point qui fait réagir notamment la Cour des comptes qui pointe que le gouvernement est en train de perdre de la marge de manœuvre financière. Même inquiétude du côté de la BCE qui annonce que la taxation des profits exceptionnels est une solution.
Pour être claire, la dette en soit, ce n’est pas un problème quand ça sert à investir pour le futur ou pour pallier une crise temporaire comme celle du Covid, nous avions expliqué cela dans une de nos vidéos.
Cette crise est différente, elle demande l’adaptation des ménages et des entreprises à une énergie qui risque d’être plus chère sur le long terme. Financer cette crise uniquement avec de la dette ça revient à demander aux Français les plus jeunes de financer le confort des Français les plus âgés qui sont en moyenne plus riches et qui n’auront pas à payer cette dette.
Financer les mesures anti-inflation de cette manière, c’est aussi perdre des marges de manœuvre dont nous avons besoin.
Il faut financer la transition énergétique, financer l’isolation de millions de logements, financer de nouvelles infrastructures de transports, financer les infrastructures pour se préparer au vieillissement de la population. Ce sont toutes d’excellentes raisons de s’endetter parce que ce sont des investissements pour le futur.
Aujourd’hui pour faire face à cette crise énergétique et économique, nous ne pouvons pas compter que sur la dette, nous avons besoin de solidarité. Que celles et ceux qui subissent l’inflation le moins puissent contribuer à ce que l’économie française puisse opérer cette transition, pour que la crise énergétique ne se transforme pas en crise économique et sociale. Et enfin pour que l’on puisse financer des aujourd’hui ce qui va permettre de proposer un futur souhaitable au jeune Français.
Lors de la dernière crise énergétique dans les années 70, la France via son entreprise nationale EDF a massivement investi pour répondre au problème de la dépendance au pétrole et contribuer à la prospérité future de la France. Le dicton de l’époque, vous le connaissez peut-être “On n’a pas de pétrole mais on a des idées”
En 2022, nous n’avons pas davantage de pétrole… Nous avons encore des idées, mais il reste à les financer !