Dans plusieurs villes d’Europe, les locations de courte durée comme les AirBnB, empêchent les locaux de se loger. Alors des citoyens s’organisent en collectifs, avec parfois des méthodes coups de poing.
Des tags sur les murs, du mobilier volé, des conférences de presse dans l’appartement… Peu importe les pays, les méthodes se ressemblent, et veulent dire la même chose : les habitants n’en peuvent plus des locations de courte durée . Les principaux sites sont incontournables : AirBnB, Expédia, Booking.

Airbnb, Booking, Expedia : le poids des plateformes en Europe
(Source : Eurostat, Commission européenne)
- 951,6 millions de nuitées réservées dans l’UE en 2025 via Airbnb, Booking et Expedia, soit une hausse de 11,4 % par rapport à 2024, et un bond de 32,4 % depuis 2023
Eurostat, 1ᵉʳ avril 2026 - Au dernier trimestre 2025 : 172,3 millions de nuitées, en hausse de 10,9 % sur un an et de 30,2 % en deux ans
Eurostat, 1ᵉʳ avril 2026 - La tendance se confirme début 2026 : 144,3 millions de nuitées au 1ᵉʳ trimestre 2026, +9,7 % sur un an et +16,6 % en deux ans
Eurostat, 2 juillet 2026 - Les régions les plus concernées restent concentrées en Méditerranée : au 3ᵉ trimestre 2025, la Croatie adriatique, l’Andalousie et la région Provence-Alpes-Côte d’Azur arrivaient en tête, avec 20 régions les plus prisées réparties dans seulement 6 pays de l’UE (France, Espagne, Italie, Grèce, Portugal, Croatie)
Eurostat, 1ᵉʳ avril 2026
Si certaines métropoles européennes s’emparent du sujet, c’est souvent tard, ou de manière trop timide au goût de certains habitants. Alors ces derniers ont pris le sujet à bras le corps et constitué des collectifs citoyens pour lutter contre les locations de courte durée, avec des méthodes considérées parfois comme radicales. Au Pays basque, l’association Alda s’est fait connaître pour ses actions et ses résultats concrets.
Xebax Christy, porte-parole de l’association, revient sur la situation basque et les combats d’Alda. « En 2021, on perd environ 6.000 logements à cause des locations de courte durée. Dans notre secteur, selon l’Agence pour le Logement, il y a plus de 10.000 logements transformés en meublés de tourisme permanents [Les propriétaires louent le bien pour le tourisme plus de 120 jours par an, NDLR] ». Alors, en juin de la même année, Alda décide de passer à l’action. « Dans le petit Bayonne, un jeune couple a été obligé de quitter son logement. Quelques mois plus tard, on le retrouve sur AirBnB, refait à neuf. Alors on l’a loué pour une nuit, et on en a fait notre QG », raconte le porte-parole.
L’association prend ses marques, reste plusieurs jours, et organise même une conférence de presse dans le logement. D’autres actions similaires seront organisées les mois suivants. « Généralement, on essaie de rester jusqu’à ce qu’on ait gain de cause », sourit Xebax. « En parallèle, on fait de la pédagogie » : expliquer pourquoi cela pose problème, et leurs réclamations. Alda a également fait campagne auprès de la Communauté d’agglomération du Pays basque, qui regroupe 1158 communes, pour qu’elle mette en place la règle de compensation. Elle a fini par être mise en vigueur en mars 2023. Cette règle fait qu’à chaque logement transformé en locations de courte durée, un local non utilisé est transformé en logement.
Satisfaite, Alda ne se repose pas sur ses lauriers : « Maintenant, on est sur la deuxième phase : veiller à l’application des règles ». Toute une équipe de bénévoles (sur les 500 que compte l’association) est entièrement dédiée à la veille des annonces publiées sur les sites, et à leur dénonciation si besoin. Si cela ne suffit pas, Alda revient aux premières méthodes qui ont fait leurs preuves : « On loue une nuit le logement, pour avérer la fraude. Puis on demande à ce que le propriétaire fraudeur soit assigné en justice ». La méthode a fait ses preuves en juin 2023 et cette année, deux occupations ont eu lieu à Hendaye et Saint-Jean-De-Luz. « On veille à ce que les fraudeurs soient poursuivis, parce que sinon la tentation est trop grande. Avec notre surveillance, on calme leurs ardeurs », explique Xebax Christy, conscient que « le combat n’est pas terminé ». Alda a déjà fait condamner une SCI à plusieurs dizaines de milliers d’euros d’amende et à plusieurs mois de sursis à sa directrice.
Mais leurs opposants sont particulièrement actifs, et en parallèle, la crise du logement ne fait que grandir, malgré leurs actions. « Mais on sait que sans ce qu’on a fait, ce serait pire. On sait que ce que l’on fait est efficace », glisse le porte-parole d’Alda. Chiffres à l’appui : de 2020 à 2023, 9600 changements d’usages de logements en locations de courte durée ont été autorisés. Entre 2023 et 2025, seulement sept l’ont été, et tous ont été compensés. Et de conclure : « Notre combat, c’est l’intérêt général, contre l’intérêt privé. Ça ne s’arrêtera jamais, parce qu’ils voudront toujours faire un maximum de profit. »
Alda fait partie de l’association Collectif National Des Habitants Permanents (CNHP) , qui fédère une vingtaine de collectifs citoyens similaires au groupe basque. Tous les collectifs n’y sont pas : DouarnVendez à Douarnenez, la brigade Ami & co à Marseille qui dérobe des objets dans les AirBnB ou les actions individuelles qui fleurissent par-ci par-là, beaucoup existent.
Les exemples européens
En Italie, Naples ou Venise ont vu des collectifs se monter. À Rome, il porte même un nom : « la banda di Robin Hood », la bande de Robin des Bois en français. En 2024, la « bande » a fait trembler les propriétaires en sabotant les entrées : colle dans les boîtes à clés, voire enlever ces mêmes boîtes à renfort de pince monseigneur, avec un autocollant à l’effigie du chapeau du célèbre voleur anglais, pour signer leurs « méfaits ». Un manifeste a même été publié, expliquant comment saboter, et rappelant que le logement est un droit.
À Madrid, malgré une législation imposant une licence touristique obligatoire, le Ministère espagnol de la Consommation estimait en mars 2025 à plus de 15 000 le nombre de logements touristiques opérant illégalement dans la ville. Alors un collectif a décidé de saboter en masse les logements des quartiers touristiques et/ou gentrifiés, qui empêchent les locaux de se loger. En juin dernier, 153 ont été visés en une soirée. « À Madrid, ils sont connus pour leurs actions impressionnantes », confirme Xebax Christy.
Les réponses publiques
Depuis 2020, l’État français et les villes ne sont pas restées inactives. Comme l’a repéré Xavier Molénat dans Alternatives Economiques, les géographes italiens Gianluca Bei et Filippo Celata ont élaboré un « score de rigueur » des villes européennes. Amsterdam prend la tête du classement. La ville hollandaise a mis en place tout un tas de mesures contraignantes contre les locations de courte durée depuis 2014 (limite de durée de location, obligation de résidence pour les propriétaires…). Berlin, Barcelone, Paris et Londres suivent. À Lyon, la mairie écologiste a durci au maximum de ce que lui permet la loi sur ses conditions de logements de tourisme. Résultat : quasi aucune nouvelle location de courte durée depuis 2023. À Barcelone, c’est la décision la plus radicale qui a été prise, avec aucun renouvellement d’autorisation prévu en 2028, marquant la fin programmée des meublés touristiques.
En France, la loi Le Meur est effective depuis 2024. Elle met fin à la niche fiscale pour les AirBnB en réduisant les abattements fiscaux pour les meublés de tourisme ; soumet ces logements aux DPE (Diagnostic de performance énergétique) ; donne plus de pouvoir aux mairies (qui peuvent désormais décider de réduire la durée maximale de location d’une résidence principale en meublé touristique jusqu’à 90 jours ou encore instaurer des quotas de locations saisonnières sur leur territoire) ; permet aux copropriétés d’interdire les logements de tourisme en leur sein ; met en place un téléservice national d’enregistrement des meublés de tourisme, pour recenser tous les locations de courte durée et les loueurs. Cette loi est l’application d’une décision du Parlement européen, votée en 2024.
En attendant l’application effective de la loi et ses effets, ce sont (encore) les citoyens qui maintiennent la pression en continuant les actions coup de poing.