Quel est l’effet économique de l’immigration en France sur le marché du travail ?
Soit il n’y a pas d’effet, soit on à plutôt des effets positifs. Les économistes du marché du travail, est-ce que les effets positifs, c’est pour l’ensemble des travailleurs, est-ce qu’il y a des travailleurs pour les qualifiés. Contrairement aux idées reçues, ce sont les moins qualifiés qui s’en sortent le mieux. Ce sont leurs positions hiérarchiques dans les métiers augmentés. S’il commence à y avoir des tensions. C’est plutôt sur les métiers qualifiés, parce que l’on a une immigration de plus en plus qualifiée. Le niveau d’éducation à beaucoup augmenté. Passer de 3 % de la pop immigré en 1975 avait un dip supérieur, aujourd’hui 28 %.
Ekrame Boubtane
Si ce sujet est devenu aussi central dans les débats en France et dans pas mal de pays, ce n’est pas par hasard. Quelques chiffres l’expliquent.
E.B. — Je pense que l’on a une tendance dans le monde à avoir un peu plus d’immigré
La migration internationale est facilitée par les moyens de transports actuels. L’avion, le train, la route, les bateaux. Il est désormais possible de parcourir un grand nombre de kilomètres en quelques heures.
Donc oui, il y a davantage de personnes vivant sur terre, davantage de possibilité de se déplacer, il y a plus de migration à l’échelle du monde et toutes ces tendances se retrouvent en France.
E.B. — La dynamique qu’il y a une stabilisation il y a une augmentation 20 ans, elle n’est pas plus importante que dans les autres pays.
Sur ce constat, tous les partis, tous les candidats sont à peu près d’accord, certains courants politiques exagèrent largement cette augmentation, surtout à l’échelle française, mais personne ne remet l’augmentation en cause.
Là où il y a de grandes différences, c’est de savoir. Est-ce que l’immigration doit être possible, facilitée, encouragée, interdite, diminuée ? Est-ce qu’il faut des quotas ? Privilégier certains groupes plutôt que d’autres ?
Et au centre de ces interrogations il y un point qui revient chez plusieurs candidats sur le coût de l’immigration
Qu’ils le disent ouvertement ou non, pour beaucoup d’entre eux, l’immigration coûte cher ! Mais il ne faut pas oublier que d’un point de vue économique l’immigration, c’est de la population.
E.B. — L’économie sans population, c’est rien. Ce sont des jeunes qui vont devenir des adultes, qui vont contribuer à cette force de travail potentielle. Un atout, comme le reste de la population.
En allant plus loin que le marché du travail, elle s’est intéressée aux conséquences économiques de l’immigration sur l’économie d’un pays
E.B. — Pour essayer de voir comment lorsque l’’immigration augmente, comment réagit le PIB par tête, comment les finances publiques, comment réagit le chômage.
Et donc ça, on l’a montré même dans le cas de la France.
Ce que l’on montre, c’est qu’en France lorsque l’on a une augmentation de l’immigration, on a une augmentation du PIB par tête, et lorsque l’on sépare : immigration de travail ou de famille. Familiale à un effet positif. C’est assez paradoxal. En amplitude il est plus important que l’immigarion de travail
Une conclusion que l’on retrouve dans d’autres études économiques sur le sujet. Les études de L’OCDE mentionnent également que l’immigration peut rapporter plus qu’elle ne coûte. C’est notamment le cas pour la France.
Ce qui est particulièrement intéressant avec les travaux d’Ekrame Boubtane, c’est que son travail lui permet d’aller à l’encontre d’un des groupes de migrants les plus critiqués.
E.B. —Dans le débat public, on a l’impression que les personnes qui arrivent dans le cadre d’un visa familial ou d’un visa humanitaire n’ont pas de compétence et serait une bouche à nourrir.
C’est oublier que d’un point de vue économique, les immigrés sont très similaires aux non-immigrés. Eux et elles aussi consomment, produisent, vivent et se reproduisent.
Ça ne veut pas dire que la population immigré à exactement les mêmes caractéristiques que la population née en France.
Il existe des différences, et ce n’est pas surprenant. Ekrame Boubtane rappel que l’on ne peut pas attendre que des personnes immigrées puissent s’insérer très facilement dans le marché du travail. Il peut y avoir des barrières linguistiques, culturelles, des différences de qualifications, de savoir comment et où trouver un emploi sans compter les discriminations à l’embauche qui sont prouvées et re-prouvées dans la non-surprise générale.
Mais ces difficultés ne suffisent pas à conclure que “les immigrés coûtent cher”.
Pour l’instant la seule chose constatée, c’est que les immigrés ont un taux de participation au marché du travail qui est inférieur. Dans son ensemble, cette population a aussi généralement des emplois moins rémunérateurs et que de ce fait, ils peuvent être bénéficiaires de davantage d’aide sociale.
Les chiffres sont similaires pour les personnes nées en France descendant d’une personne immigrée. Mais… Il faut bien comprendre que cette population est beaucoup, beaucoup plus jeune que la population des natifs. Il y a très peu d’enfants d’immigrés de 50 ans. En 2020 près de 50 % des descendants d’immigrés ont moins de 24 ans selon les chiffres de l’INSEE.
Donc s’il y a un taux d’activité plus faible dans cette population, c’est d’abord parce que ce sont des gens très jeunes, qu’ils sont par cette jeunesse plus atteint par le chômage.
Cette population peut également avoir quelques difficultés à entrer sur le marché du travail, mais c’est un phénomène qui devrait être facilité avec la baisse du taux de chômage de ces dernières années.
Dépense sur une population
Il est important quand on veut montrer que quelqu’un ou qu’une population “coûte cher” d’estimer les dépenses qui ont été faites sur cette même population. Et il faut faire attention à ce qui est prise en compte. Il n’est pas vraiment pertinent de faire un coût bénéfice des 5 premières années de vie en France.
Les immigrants comme les natifs ont un coût plus important au début de leur présence sur le territoire. Pour les personnes qui sont nées ici, ce sont des aides familiales ou d’éducation. Pour les immigrants, ce sont des coûts d’accueil et des aides sociales. Reste que dans un cas comme dans l’autre, il serait trompeur de ne compter que ces années, et de ne pas prendre en compte la totalité de la vie de l’individu.
C’est bien les premières et les dernières années de vie qui coûtent le plus cher pour le système social français. Fournir un RSA, une allocation familiale ou une prime d’activité et des aides à la mobilité pendant quelques années à des personnes qui arrivent peut-être rapidement compensé par des années de consommation et de travail sur le territoire. Des sommes qui ne sont d’ailleurs qu’une fraction comparée au coût pour le système public d’un enfant né en France.
Pour mettre des chiffres là-dessus, “élevé” un Français de la naissance à ses 20 ans, il faut compter autour de 360 000 euros. Plus de la moitié de cette somme est sous forme de dépense publique via l’éducation, les allocations et autres services publics.
Une fois tout pris en compte selon Ekrame Boubtane et les économistes qui s’intéressent à cette question, les pays qui accueillent des immigrés ont tendance à y gagner économiquement.
Aujourd’hui, l’immigration telle qu’elle existe enrichit les Français. Ça paraît aller à l’encontre de ce que la majorité des discours politiques raconte, je sais. Mais ça peut expliquer pourquoi l’Allemagne par exemple à décidé d’avoir une politique d’immigration beaucoup plus importante.
Maintenant, vous aurez remarqué que je n’ai pas abordé les questions de migrations illégales. Il s’agit là d’une autre question, mais pour clarifier les choses :
E.B. — Ce serait bien de rappeler que les immigrés n’ont pas nécessairement droit à toutes les prestations sociales, le seul avantage par tout le monde, c’est l’aide médicale d’état. C’est un accès au soin. C’est plutôt pour une question de santé publique. Une question de prévention, plutôt que d’arriver en soin urgent à l’hôpital voir qu’il a infecté d’autres personnes. Et ce n’est pas de l’argent que l’on donne au immigré en situation irrégulière. Par ailleurs, ils n’ont pas d’autre prestation. Donc l’immigration irrégulière, ce sont plutôt des besoins de boulot non assumé plutôt que de dire que l’appel d’air, c’est plutôt les aides proposées aux immigrés.
Donc en considérant que délivrer des titres de séjours est un gain économique pour la France… Quel serait le coût de réduire davantage des flux migratoires légaux qui sont déjà relativement faibles comparés à nos voisins européens ?
Beaucoup de pays vivent un phénomène assez marquant de stagnation ou de baisse démographique. C’est le cas en Europe de l’Est, en Russie ou au Japon. Des pays qui voient leur population vieillir voir diminuer. La même chose est sur le point de se passer en Europe de l’Ouest et représente un défi immense et immédiat pour la Chine.
D’un point de vue économique, cette diminution et ce vieillissement de population promet des tensions à venir. Ça veut dire que chaque personne active doit partager la richesse créée avec plus de personnes dépendantes. C’est ce que l’on montrait déjà dans notre épisode sur l’Inde et le ratio de dépendance démographique. Une problématique qui est aussi au cœur du système de retraite français puisque les pensions sont prélevées sur les revenus des actifs du présent.
Cette stagnation et le vieillissement de la population, c’est le futur de la France.
En 2030, on comptera 68,5 millions de personnes, dont 3,7% de plus 85 ans. En 2040, 69,2 millions de personnes, dont 5,5 de plus de 85 ans.
Cette tendance démographique est inévitable. Mais il est possible de faire des choix.
Il est possible de baisser le nombre de personnes retraitées ou de baisser leur niveau de vie, de l’autre côté, il est possible d’augmenter les cotisations des actifs ou leur nombre. L’équation est plutôt simple.
Dans ce contexte, il semble pertinent de rappeler que l’immigration à un impact sur un des éléments de cette équation. La population immigrante est une population jeune et active.
L’Allemagne a fait le choix de l’immigration pour soutenir son économie et atténuer son problème de vieillissement. D’autres pays comme le Japon ont au contraire maintenu une immigration faible. Dans ce contexte, ce pays voit sa population diminuer, la croissance économique est quasi nulle et il a de vraies difficultés liées à la baisse du niveau de vie des Japonais âgés. Les tensions sont réelles au point ou la politique migratoire est en train de changer doucement.
Aujourd’hui malgré les discours qui depuis des années décrivent et prédisent des flux d’immigration ingérables, la France suit le modèle japonais avec très peu de titres de séjour émis. Les migrations au sein de l’Union européenne ne règlent pas grand-chose. La majorité des pays de l’UE et d’Europe sont remplis de personnes âgées.
C’est aussi en ce sens que l’immigration ne peut pas être vu seulement comme un coût. Dans des sociétés avec un ratio de dépendance de plus en plus élevé, l’immigration peut contribuer à le réduire un peu.
Il n’est évidement pas interdit d’avoir des débats sur l’immigration, sur quoi faire et d’avoir d’autres angles d’analyse. Ce qu’il n’est pas possible de dire par contre, c’est que l’immigration coûte cher sans présenter ses avantages à court et à long terme.