S’il y a un sujet qui n’a pas été évoqué pendant cette campagne présidentielle, c’est peut-être l’aménagement du territoire et nos modes de vie.
Un sujet crucial à l’heure où il est demandé aux candidats d’avoir un plan pour résoudre les problématiques environnementales et la possibilité de changement assez profond de nos moyens de déplacement.
L’augmentation du prix de l’essence et de l’énergie, l’urgence climatique et le covid ont changé les modes de vie.
Nous arrivons à la fin d’un modèle et malheureusement. Cette campagne présidentielle n’est pas à la hauteur sur ce sujet. Pour avoir une idée du futur aménagement du territoire, il faut se raccrocher à des annonces un peu éparpillées.
L’arrêt de la voiture thermique, subventionné le véhicule électrique, relancer le train, isoler les logements ou faire en sorte que certaines administrations quittent Paris pour s’installer dans d’autres villes françaises.
Au-delà de ça, peu de programmes sont consistants et tentent vraiment de présenter une France où l’on habite et où l’on se déplace différemment.
Les programmes de Jadot, Mélenchon, Hidalgo et Poutou sont un peu plus cohérents que les autres sur ce sujet. Ils posent clairement la non-soutenabilité écologique et économique de nos mobilités, mais ils le font sans forcément remettre en cause l’aménagement du territoire et surtout la manière dont on habite. Le focus est sur les moyens de transports alternatifs.
Si les programmes qui prennent les questions de changement de mobilités au sérieux sont plutôt à gauche, ce n’est pas vraiment surprenant. Il s’agit d’un changement de société important. Il n’est pas étonnant que les partis plus à droite, généralement plus conservateur, cherchent justement à conserver les choses telles qu’elles sont. C’est littéralement une de leur raison d’être.
Mais cela pose par contre la question de l’adaptation de notre société à son environnement, donc aux prix des énergies, aux contraintes de l’émission de carbone, mais aussi à ses propres changements internes que liste Aurélie Delage.
La question des conflits d’usage
Toutes ces tendances pointent vers un besoin de densité. De faire que les Français vivent un peu plus proches les uns des autres. Un mot qui à droite comme à gauche est complètement absent de cette campagne présidentielle.
À la place, on nous parle surtout de train ou de voiture électrique, des choses qui peuvent être des solutions, mais qui ne posent pas la problématique globale. Camille de “Après l’Effondrement” rappel que :
“Les pavillons sont déjà créés, il n’y a personne qui propose de les détruire.— La voiture électrique, c’est la solution qui tient dans la main.”
Si personne ne veut parler de ces sujets complexes dans cette présidentielle, le sujet est bien là, notre futur est sans doute plus dense. Et cela pose la question de l’acceptation sociale de la chose, un point que nous n’avons pas vraiment développé dans notre article “La fin de la maison individuelle” et un sujet que connaît très bien Aurélie Delage.

Aujourd’hui réfléchir à de la densité socialement acceptable, c’est plus compliquer parce que ça veut dire qu’il faut justement réfléchir aux pratiques urbanistiques.
Si cette politique de l’aménagement du territoire semble oubliée par la politique nationale, ça ne veut pas dire que rien se passe. En fait, il se passe des choses au niveau local.
A.D. “Ce qui est certain, c’est qu’il y a une prise de conscience”
Pour rappel, l’âge moyen des élus est de 58 ans, la plupart ont grandi dans un monde avec un pétrole peu cher où le progrès, c’est de prendre une terre agricole pour en faire un lotissement. Ils ne sont pas tous sensibilisés aux problématiques actuelles, en tant que citoyen, vous avez tout à fait la possibilité de leur expliquer votre réalité, votre analyse des choses et vos demandes pour le futur.
Mais lors de notre dernier article de nombreux commentaires ont évoqué des thématiques importante sur lequel nous allons revenir ici.
La surpopulation
Avec un programme informatique développé par un abonné, nous permettons de retrouver plus de 30 commentaires sur ce sujet.
Et si le problème de l’écologie, c’était le nombre de Français.
D’abord, il faut prendre en compte que la France n’est pas un pays dense, nous ne nous marchons pas sur les uns sur les autres du tout. La densité est de 120 habitants au km2, ça laisse de la place pour tout le monde et il y a des endroits en France qui sont même très très vides.
Il faut bien comprendre que jouer sur la démographie, c’est un des trucs les plus compliqué à mettre en place et que ça produit des effets qui sont impossibles à gérer par la suite. Les politiques de l’enfant unique en Chine, sont en train de créer des problèmes majeurs des décennies plus tard.
Surtout qu’en France, il n’y a déjà pas beaucoup d’enfants à naître avec un taux de natalité de 1,7. Même chose pour l’immigration, les flux sont relativement faibles comme notre article sur le sujet le démontre. Il est assez difficile de compter sur un abaissement du nombre de Français et l’impact en serait très limité.
Télétravail

L’autre terme qui a beaucoup été utilisé en commentaire le télétravail.
Un point que nous avons justement abordé avec Aurélie Delage qui nous parle des premières études sur le sujet.
“Il a des chercheurs qui ont montré que ça ne change pas la mobilité, vos enfants vont prendre le bus. Vous n’allez pas à votre bureau, allez chercher vos enfants, allez au sport, faire des activités culturelles. Au final, la somme des déplacements n’est pas forcément moindre. “
Cela ne signifie pas qu’il est impossible de compter sur la numérisation des tâches, mais il ne suffit pas de travailler chez soi pour faire moins de kilomètres au quotidien.
Faire de l’emploi dans le périurbain
Un autre commentaire récurent, c’est celui de rapprocher les activités des zones périurbaines.
Il est difficile d’envisager de faire revivre les centres des villes moyennes et d’y relocaliser des emplois si le mode de transport majoritaire est la voiture.
Inversement, il n’est pas facile de transformer un quartier ou un village pensé pour la voiture en une zone bien desservie en transport en commun.
Pour disposer d’une ligne de bus efficace, avec des passages fréquents y compris en soirée, il faut avoir beaucoup de gens proches des arrêts. Ça demande une certaine densité de population et que cette population choisissent de prendre les transports en commun régulièrement. Nous en sommes très loin dans la plupart des communes périurbaines.
C’est le même problème pour les entreprises et les commerces, elles ont besoin d’avoir suffisamment de personnes à côté pour avoir des salariés et des clients.
Aujourd’hui, la majorité des personnes qui habitent une commune ne font pas leurs courses dans ce village. Tant que les zones commerciales seront plus simples d’accès que les commerces des centres-villes, cela ne changera pas.
Cela pose la question des politiques de mobilités dans beaucoup de villes. Des politiques qui sont très violemment critiquées sur les réseaux sociaux, mais qui d’une manière assez paradoxale vont au-delà des clivages politiques. Du maire très à droite de Béziers à l’écologiste de Lyon, toutes les villes ont des politiques similaires. Passages des centres-villes à 30km/h, suppression de stationnements, réduction de la place de la voirie, développement des transports en commun.

Plan de la zone 30 de Béziers / MIDI LIBRE
La cage à lapin
La dernière expression qui est revenue, c’est celle de la cage à lapin.
Notre article tentait de préciser que les tours ne sont pas une bonne manière d’envisager la densité, ou du moins pas celles des années 70.
Un point trop peu claire qui a générer beaucoup d’incompréhension. Il n’est pas nécessaire de rajouter de la densité dans les zones déjà denses.
En fait, il est presque impossible de rendre Paris ou la plupart des centres-villes français plus dense, au contraire le problème des hyper-centre villes, c’est limite de diminuer un tout petit peu la densité pour disposer de quelques espaces verts. La densification, c’est surtout pour toutes les villes-dortoirs qui se sont développées depuis les années 80.
Des communes de plusieurs km2 qui sont très étalé, qui peuvent avoir une population de 2 ou 20 000 personnes, mais où tout le monde vit tellement loin les uns des autres qu’il est impossible d’y construire des transports en commun efficaces et qu’il est difficile pour ses habitants de se rendre au centre du village à pied.
Un exemple de ça, c’est Saint Gély-du-Fesc. Une commune de 10 000 habitants à 10 km au nord de Montpellier. Une ville dans laquelle il va être difficile de faire du transport en commun efficace.
Si elle est assez grosse pour avoir une ligne de bus qui puisse passer toutes les 15 ou 30 minutes. Il faut considérer qu’une bonne partie des habitants sont à plus de 20 minutes à pied du centre-ville, et qu’aujourd’hui ces bus doivent emprunter des routes qui sont déjà congestionnées.
Les habitants qui ont acheté une maison dans ce village pour être à 30 minutes du centre de Montpellier de porte-à-porte vont y perdre au change. En transport en commun, il va falloir marcher 20 minutes en plus des 30 minutes de bus pour arriver dans le centre de la métropole ou dans une zone d’activité.
Dans ces conditions, il est difficile de faire en sorte que les transports en commun rivalisent avec la voiture. Raison pour laquelle les problématiques de densité sont centrales dans les grands villages et dans les petites villes.
Le but est moins de faire en sorte que les gens vivent dans des cages à lapin que de faire en sorte que tout le monde puisse avoir accès à des transports en commun. Il s’agit de permettre aux Français de se déplacer facilement malgré un coût de l’énergie élevé.