Le parcours du combattant des monteur·euses de vidéos YouTube

Les monteur·euses occupent une place essentielle dans l’écosystème des créateur·rices de contenus. Et pourtant, la majorité lutte encore pour que leur valeur soit reconnue. Une dizaine d'entre elleux témoignent.

[Petit message de service : il y a un an, la journaliste Artoise Bastelica écrivait un article pour Konbini sur le travail des monteur·euses YouTube, que j’ai découvert durant mon travail sur le sujet. J’ai voulu tout de même continuer le mien, en proposant plutôt une compilation de témoignages, car les conditions de travail des monteur·euses demeurent très précaires à bien des égards. Je vous encourage donc à aller lire aussi l'article de Konbini.

J’ai également fait attention à anonymiser les personnes portant un * près de leur pseudo, à leur demande, pour les protéger d’éventuelles répercussions. Les captures d'écran présentées sont celles de montages réalisés par ces mêmes personnes. Une autre enquête est en cours de réalisation, toujours sur le travail des monteur·euses, mais cette fois à propos d'une entreprise.]

“Comment ils font les YouTubeurs, ils ont déjà sorti leur vidéo sur le GP, moi je me suis même pas encore remise, wesh vous êtes trop forts. A croire que c’est un métier carrément.” Le post, teinté de second degré, est signé Horty, streameuse et pilote du dernier GP Explorer, la course de F4 organisée début septembre par le YouTubeur Squeezie.

Si elle publie ces messages sur X, c’est parce qu’elle a vu d’autres pilotes, Amixem en premier lieu, publier leur vidéo sur le GP dès le lendemain de l’événement. Un exploit rendu possible par un travail acharné de son équipe de monteur·euses, qui avaient déjà réalisé plusieurs nuits blanches lors de la première édition.

Mais derrière l’exploit, et le statut de certains monteur·euses privilégié·es, ce métier de l’ombre a encore bien du mal à se faire respecter par les stars de de l’internet français. Je vous propose aujourd’hui une série de témoignages de dix monteur·euses, débutant·es ou confirmé·es, ainsi qu'un chargé de post production, travaillant pour des personnalités de YouTube ou de Twitch au nombre d'abonné·es très différents.

Un rêve pour certain.es

Aliensycho - monteuse

“Mon objectif ultime à l'époque de mon BTS était de travailler pour des créateurs de contenu. Alors, quand j’ai quitté mon CDI et commencé les essais pour des YouTubeur·euses et streameur·euses, les premières vidéos, etc., j'ai replongé dans cette envie de faire toujours plus. Sauf que cette fois, je travaillais de chez moi, donc je n'avais pas les portes de l'entreprise qui se fermaient. Travailler de 9h à minuit passé était plus facile. Je voulais sortir la vidéo le plus rapidement possible pour montrer que je suis rapide, que je suis capable, je ne voulais pas laisser passer ma chance, puisque c'était un rêve pour moi de faire ça”

Antonin* - monteur

“Moi ce que j’aime, c’est la création. Sauf que ça ne paie pas. Et comme j’ai la chance d’être établi comme monteur, c’est mon activité principale, et je gagne bien ma vie depuis plusieurs années. Je réinvestis l’argent que je gagne dans mes projets personnels. Et si à mon époque on voulait travailler dans le cinéma, et bien désormais les étudiant·es sont très nombreux·euses à vouloir travailler sur internet ou dans des agences.”

Thibault* - chargé de post production

“Il y a tellement d’offres par rapport à la demande sur le montage. Je me souviens d’appels à candidature pour trouver des monteur·euses, on recevait des milliers de mails. Des jeunes qui rêvent de travailler avec tel·le ou tel·le YouTubeur·euse. Certain·es pour la fame, peut-être, mais d’autres aussi se disent, parce que les créateur·rices de contenus ont ouvert une porte sur leur intimité, qu’iels peuvent devenir proche d’elleux.”

Thomas* - monteur

“En parallèle de mes études, pendant le confinement, j’avais envie de me faire une bande démo pour trouver du travail. Mais je n’avais pas de vidéo à monter. Je ne visais pas le montage de vidéos YouTube, mais j’ai contacté plein de streameur·euses pour leur proposer d’utiliser leurs lives pour en faire un best-of. L’un d’entre eux m’a dit ok, et que si le résultat lui plaisait, il me le paierait. Ça lui a plu, c’est comme ça que j’ai commencé à travailler pour lui. J’étais payé 250 euros la vidéo quand j’ai commencé à travailler pour ce streameur. Vidéo qui me demandait entre trois et sept jours de montage. Dans ma formation, on m’avait appris que les tarifs étaient en réalité à la journée, de 250 euros par jour pour un junior, mais j’étais nouveau, et j’y voyais l’occasion de me faire des contacts.”

Owen* - monteur

“Je n’ai pas fait d’école pour apprendre le montage vidéo, je n’avais pas assez de thune. J’ai été modérateur assez jeune pour un streameur, pour qui j’ai déjà fait des nuits blanches. Puis j’ai arrêté pour faire de l’intérim. C’est un ami, monteur pour un gros YouTubeur, qui m’a appris le montage pour que je l’assiste. J’allais chez lui tous les jours pour me former, c’était lui mes tutos YouTube. Je continue d’apprendre tous les jours, mais ça fait maintenant un an que je suis officiellement monteur pour la chaîne secondaire de ce YouTubeur.”

Horaires nocturnes et salariat déguisé

Nicolas* - monteur

“Au début quand j'ai commencé à travailler pour un gros YouTubeur, j'avais un rythme très intense, j'ai passé quelques nuits blanches, car les deadlines étaient très courtes pour la qualité attendue (environ quatre jours pour une version définitive) et pour être payé environ 250 € par vidéo au bout d’un moment.

Je cite le nombre de jours, mais j'étais sur le montage du matin au soir sans arrêter, car je voulais faire une bonne impression et aussi, car je venais de commencer donc ma façon de travailler n'était pas aussi rapide qu' aujourd'hui. Même si tous ces efforts m'ont permis de vivre du montage aujourd'hui avec de meilleure condition, c'était très difficile, car j'avais une pression constante et aussi, car j'étais dépendant financièrement avec un lien de subordination et surtout la cadence de vidéo.

Il avait d’ailleurs sous-entendu que j’allais être pris à plein temps. Je pensais avoir un contrat. Mais il s’agissait de salariat dissimulé. J’étais payé au SMIC environ, j’avais des horaires, des congés, mais pas de mutuelle ou de contrat évidemment. Et quand j’ai commencé à faire des vidéos en parallèle pour quelqu’un d’autre, il n'a pas aimé. Mais je dépendais financièrement de lui, et si j’arrêtais, j’étais dans la merde.

J’ai fini par partir, et je sais qu’il a proposé ce genre de système à d’autres après moi.”

Léa* - monteuse

“Ma pire expérience restera un best-of pour le Zevent. On avait tenté de s’organiser avec d’autres monteur·euses, de se relayer, mais comme tu ne peux pas toujours compter sur ceux qui font des clips des lives, tu te retrouves à devoir regarder trois jours de contenu alors que ce n'était pas censé être ta tâche. Même si j’étais contente, c’était épuisant, j’ai pas dormi, je n’ai pas pris le temps de manger, je n'ai pas vu le soleil. J’ai mis deux semaines à m’en remettre. Deux semaines durant lesquelles tu n'es plus trop apte au travail alors que tu ne peux pas te le permettre car deux semaines sans travail c'est deux semaines sans revenus.”

Thomas* - monteur

“Dans ce milieu, l’égo prend de la place chez les créateur.rices de contenus, qui ont tendance à nous traiter comme de la merde, comme si on était à leur disposition. Car si on n’est pas dispo, ils ont juste à choisir un·e autre monteur·euse de leur groupe ou faire un tweet pour en retrouver un. Ils nous tiennent un peu par les couilles. Le streameur a menacé de me virer, alors que j’étais freelance, si j’augmentais mes prix ou si je n’étais pas assez disponible. Il m’avait payé un PC, ce qui est très gentil de sa part, mais derrière il m’a fait subir du chantage affectif pour me garder absolument.”

Ignacio* - monteur

“Je n’ai pas de statistiques précises, mais je pense que 90% des monteur·euses qui commencent ont subi ou appliqué des tarifs très bas. Moi, mon premier mois de travail, j’ai gagné 300 euros pour une vingtaine de vidéos montées. Le tarif maximal d’une vidéo pour moi, à l’époque, c’était 150 euros la vidéo. C’est dérisoire, mais j’avais l’impression d’être riche.”

Un tiers de montage, un tiers comme chef d’entreprise, et un tiers de social

Jeoffroy* - monteur

“Je suis monteur depuis deux ans et demi et j’ai mis deux ans avant de pouvoir avoir une clientèle qui me permet ce confort. Auparavant, en étant moins expérimenté, avec des tarifs plus bas et en étant dans le besoin de client·es, je devais accepter un peu toutes les missions. J’avais donc régulièrement des client·es qui me demandaient des livraisons rapides, ou d’autres qui négociaient les prix au plus bas. Depuis que j’ai pris de l’expérience, que j’ai amélioré mon image et que je pratique des tarifs plus élevés, je n’ai plus ce souci. La personne avec qui je travaille le plus, qui me demande parfois des choses du jour au lendemain, a parfaitement conscience que c’est difficile, alors on s’est mis d’accord pour une tarification qui suit, et tout se passe très bien.

La réalité du marché, c’est parfois un rythme effréné, à coup de livraison pour le lendemain et de tutos à deux heures du mat, mais quand tout ça finit par payer parce qu’on devient un·e monteur·euse expérimenté·e, on peut faire le tri dans ses client·es, renégocier, se valoriser, et on y trouve son compte.”

Charly* - monteur

“Les conditions de travail sont 60% sympa et 40% pas terribles je dirais. Par exemple, j’aime beaucoup bosser sur les projets un peu "troll" (on glisse des séquences marrantes dans les react). Cela ne me prend pas beaucoup de temps du coup je peux bosser sur mes projets à moi, car j’aimerais me développer dans la création documentaire sur la musique.

Mais dans mon quotidien, cela peut arriver que je sois prévenu une heure avant le stream pour un react à préparer du coup dans le rush.

Pour résumer mon travail je dirais qu’il y a une vraie insécurité du taff, car je suis autoentrepreneur, pas salarié. Cela entraîne une pression. Je n’ai aucun crédit depuis que je suis arrivé, je ressens un manque de confiance de la part du streameur. Il y a des deadlines très dures à tenir donc la qualité du contenu en prend un coup.

J'ai l'impression de pas trop être écouté sur des choix de montage, d’être prévenu au dernier moment pour des trucs urgents. Tout ça fait que je cherche pas d'autres streameur·euses YouTubeur·euses pour qui travailler vu que je dois être dispo à chaque instant. Mais à part ça, tout le reste est très cool, c'est vraiment moitié-moitié, mais ça penche plus du côté sympa !”

Thomas* - monteur

“Beaucoup de monteur·euses se lancent parce qu’iels ont des gens connus en face d’eux. Et donc, iels baissent leurs tarifs ou augmentent leur charge de travail sans le dire, simplement pour travailler avec elleux. Cela fausse totalement la vision des streameur·euses sur le travail ou les salaires normalement pratiqués, qui ne se rendent pas compte des difficultés que cela nous pose. Et alors qu’elleux parlent souvent du stress provoqué par leur métier, si nous on se plaint de nos conditions de travail, en public ou en privé, il y a des conséquences. Les streameur·euses parlent de toi dans ton dos, iels font moins appel à tes services.”

Antonin* - monteur

“J’ai souvenir d’un gros YouTubeur pour qui j’avais commencé à travailler, via son équipe de production. Mais un jour, parce qu’il avait vu un tweet à moi qu’il n’avait pas aimé, il a décidé qu’il n’aimait pas mon travail et qu’il ne voulait plus collaborer avec moi. Son équipe était très gênée, surtout que j’avais travaillé plus que prévu. J’ai été payé la moitié du montant convenu. Mais j’ai dit oui, car j’ai préféré rester en bons termes avec la production que de me friter avec ces gens-là. Et j’ai bien fait car ils m’ont rappelé pour bosser avec un autre YouTubeur. Le montage, c’est un tiers de montage, un tiers comme chef d’entreprise, et un tiers de social. Et là dedans, il y a deux parties que je n’aime pas.”

Thomas* - monteur

“Une personne influente du streaming en a foutu déjà plein la gueule à son monteur de l’époque parce qu’il avait trouvé un travail ailleurs. Elle a essayé de le débaucher avec une offre vraiment ridicule. Et parce qu’il demandait des conditions de travail honnêtes, qu’il avait des revendications sociales, cette personne s’est persuadée que c’était moi, étant assez engagé sur ces sujets, qui lui avait mis ces idées dans la tête. Elle pensait même qu’on était en couple. Et par esprit de revanche, alors qu’il n’y avait rien de vrai, elle est allée demander à une autre personne du milieu, qui me faisait travailler, de me virer. Ce qui l’arrangeait elle aussi à ce moment-là, parce que j’avais moi aussi demandé une meilleure rémunération sur les vidéos sponsorisées.”

Léa* - monteuse

“Et puis, il y a la pression supplémentaire des vidéos avec des sponsors. Quand on te dit que la vidéo doit sortir le lendemain, parce que c’est ce qui est prévu avec la marque, et bien elle doit sortir le lendemain. Tu n’as pas le choix. Et cela ne veut pas dire que tu vas être payé·e plus comme tu pourrais l’espérer, alors que le ou la créateur·rice de contenu, ellui, va toucher de l’argent. Cela arrive régulièrement que les tarifs ne soient pas revus à la hausse en cas de partenariat commercial. Sur une somme prévue de 5000 à 10.000 euros, qu’est-ce que ça leur coûte de payer leur monteur.euse 300 euros au lieu de 200 euros ?”

Owen* - monteur

“J’ai beaucoup de chance d’avoir démarré directement pour ce gros YouTubeur, car les horaires sont très corrects, il paie bien, et il paie à l’heure. J’ai même démarré à un tarif très honnête pour monter trois vidéos par mois environ, alors que je n’avais pas d’expérience avant dans le milieu. Et là, comme il ne va pas pouvoir produire de vidéos pendant un certain temps, il nous a proposé quelque chose à moi et aux autres monteurs : continuer à nous payer malgré tout, soit via un CDD, soit via une facture. J’ai trouvé ça très réglo, et je vais profiter de ce temps pour me former encore plus.”

Eviter le burn out

Ignacio* - monteur

“C’est un milieu où il faut aller vite, surtout dans le gaming, avec des jeux à sensation qui présentent régulièrement de nouvelles armes, de nouveaux skins. Les vidéos doivent être faites très vite pour que le YouTubeur soit le premier à en parler et fasse le plus de vues. J’ai déjà fini à deux ou trois heures du matin, mais j’ai toujours essayé d’éviter les nuits blanches. Mais beaucoup de monteur·euses ne réalisent pas le danger des nuits blanches, c’est vraiment banalisé, parfois même valorisé.”

Aliensycho - monteuse

“Avec le temps, j'ai augmenté le nombre de vidéos livrées par semaine, mais je n'ai pas augmenté mes heures de travail. Mes horaires sont plutôt classiques, et je prends le temps de me reposer le soir.

Je pense qu'il y a deux facteurs qui peuvent entraîner des effets de “burn out” et de nuits blanches. Le premier facteur est que le métier reste assez compétitif, et généralement, les monteur·euses vidéos dans le domaine de YouTube sont plutôt jeunes au début, iels ne savent pas forcément ce qui est bon pour elleux. Iels acceptent un grand nombre de missions, ne se fixent pas de limites, et acceptent n'importe quelle échéance ou rémunération, car ils débutent et ont soif de travailler dans ce domaine. Il suffit de passer un peu de temps sur Twitter pour rêver de ce métier qui semble facile et enrichissant.

Le deuxième facteur est que certain·es créateur·rices de contenu ne réalisent pas toujours le coût d'une vidéo, le temps de montage nécessaire. Iels fixent des échéances courtes et ne paient pas suffisamment. Je préfère travailler avec un nombre limité de clients qui respectent mon travail et ma santé.”

Léa* - monteuse

“C’est vraiment un travail ingrat parfois, notamment au niveau mental. Si je tiens, c’est parce que je fais plus de Tik Tok que de vidéos YouTube désormais, que je concentre mon travail sur trois jours, et que je fais autre chose à côté. J’ai eu la chance de démarrer avec un gros streameur, ce qui me permet désormais de pouvoir choisir mes client·es. Sinon j’aurais mis des années à arriver là où j’en suis. J’ai d'ailleurs décidé de ne pas pratiquer les mêmes tarifs selon qui veut travailler avec moi. Car il ne faut pas oublier que les streameur·euses les plus “petit·es” sont elleux aussi précaires et galèrent à toucher un salaire correct. C’est logique de facturer plus quelqu’un qui gagne beaucoup.”

Thibault* - chargé de post production

“Dans les boîtes de web, il y a rarement des équipes de post-production, alors que c’est hyper important, même pour un·e seul·e YouTubeur·euse, de gérer l’après tournage au mieux. Même si j’ai énormément appris et que le bilan positif, quand je vois tout ce dont je dois m’occuper parfois, je ne sais pas comment certain·es créateur·rices font sans. Cela rajoute de la charge de travail à des gens dont ce n’était pas le métier, notamment côté production, qui ne sont pas formés à gérer des données.Dans certains postes, il m'est arrivé de faire le travail de trois à quatre personnes à la fois, avec 50 à 60 heures dans une semaine pour 15 à 20 projets différents.”

Revendiquer ses droits

Ignacio* - monteur

“Certain·es créateur·euses connaissent la valeur du montage, respectent les monteur·euses et les accompagnent parfois encore beaucoup. D’autres, quelle que soit leur taille, s’en fichent, et en profitent pour abuser des monteur·euses, imposer du salariat déguisé. Parce qu’iels savent qu’ils ont en face d’eux des jeunes, qui ne savent pas qu’il peuvent se faire avoir et n’ont pas conscience de ce que c’est vraiment, d’être en auto-entreprise. Certain·es oublient même de faire des devis. Mais les créateur·euses, elleux, savent très bien ce qu’ils font, ils ont des comptables qui les aident parfois à optimiser leurs déclarations.

Mais il y a eu des évolutions, notamment parce que la communauté des monteurs, notamment via les Discord mis en place pour s’entraider, on est assez soudée. On peut être assez virulent quand l’un d’entre nous se fait avoir. Récemment, un streameur n’a pas payé son monteur. Il a reçu pleins de messages sur les réseaux de notre part et il a fini par payer. On est obligé un peu de faire la loi nous-même, mais il n’y a pas encore de réglementation très définie par rapport à notre métier.”

Nicolas* - monteur

“Au moment où j’étais au bord du burn out avec un YouTubeur, j'ai été recruté par un autre en contrat CDI donc avec des heures fixes. J’étais beaucoup mieux rémunéré et je gérais beaucoup mieux mon temps.

Mais je sais que ce n’est vraiment pas le cas de la plupart des monteurs et surtout en freelance. Les tarifs ont augmenté j'ai l'impression depuis quelques années, et puis je comprends qu’au début, surtout pour des YouTubeur·euses débutant·es, on accepte de faire des montages gratuitement. Mais des jeunes monteur·euses qui proposent une centaine d'euros pour avoir des gros clients très vite, j'en vois encore passer. Il faut réussir à éduquer les gens là-dessus, sur la valeur de leur ce, car c’est un cercle vicieux.

J’ai l’impression qu’on a le même statut que les YouTubeur·euses au début des années 2010. Cela va évoluer, les monteur·euses sont plus mis·es en avant chez certain·es, mais il y a encore du travail.”

Thibault* - chargé de post production

“La créativité des monteur·euses, à de rares exceptions près, est vachement bridée par le ou la créateur·ice. Mais j’ai vu beaucoup de créateur·rices développer un vrai lien avec leur monteur·euse principal·e, qui a appris à appliquer leur style. Ces gens-là ont plus de reconnaissance qu’avant, même si beaucoup de créateur·rices ne mettent toujours pas les crédits de leurs vidéos.”

William* - monteur

“Le plus gros point noir sur YouTube c'est qu'il n'y a pas de convention collective comme en télé qui impose un revenu minimal par tâche de travail. Chacun fait un peu ses tarifs, sans compter les monteur·euses qui n'ont pas vraiment conscience que leur travail a telle valeur.

Ca me rend un peu fou d'entendre des collègues du milieu qui sont payé·es 200 ou 300 euros la vidéo pour des jours de travail, quand tu sais que le ou la YouTubeur·euse a les moyens de sortir bien plus. Je pense qu'iels ne sont pas vraiment au courant des tarifs d'un monteur.euse de l'audiovisuel. Sans oublier que les YouTubeur·euses ont commencé en faisant leur montage eux-mêmes, donc iels doivent trouver ça facile à faire, ça ne leur paraît pas une tâche impossible en somme.”

Antonin* - monteur

“Les jeunes monteur·euses ne devraient pas avoir peur d’aller parler à des monteur·euses professionnel·les pour leur demander des conseils. Déjà parce qu’il y a assez de travail pour tout le monde. Et puis parce que le ou la monteur·euse n’a pas envie que tu casses les prix. C’est dans son intérêt d’aider celleux qui démarrent. Je répondrai toujours à ce genre de sollicitation. Y compris pour expliquer que, des fois, c’est bien d’avoir un flair, de baisser un peu ses prix pour un projet auquel on tient ou parce que cela pourra nous apporter de nouvelles opportunités.”

Thomas* - monteur

“Et je trouve qu’il y a moins de soutien entre monteur·euses qu’avant. Beaucoup d’ancien·nes sont parties travailler dans des boîtes de production. Et parmi celleux qui restent, on en voit beaucoup qui sont tombé·es dans une vraie stratégie de communication, qui deviennent des micro-célébrités et en profitent pour vendre des formations un peu opaques dans une forme d’opportunisme professionnel. Il n’y a plus vraiment d’entraide, mais beaucoup de paraître. On a tous une responsabilité à jouer pour améliorer nos conditions de travail.”

Léa* - monteuse

“C’est bien de célébrer les autoentrepreneurs, mais ce sont surtout des gens précaires. Et c’est difficile de se réunir, car tu manques déjà de temps pour essayer de gagner ta vie. Il faut continuer à parler de la réalité du métier. Tu ne peux pas gagner facilement de l’argent en travaillant quand tu veux. C’est faux. Il faut beaucoup de chance.

Et il faut que les YouTubeurs fassent attention à ça. Qu’ils arrêtent de travailler avec des boîtes comme OKAMedia. C’est leur responsabilité, ils doivent prendre conscience que si leur travail est vu, c’est aussi grâce aux monteur.euses. Il faut arrêter de les prendre pour des merdes.”

Antonin* - monteur

“Le montage, c’est comme une construction Lego. Chaque pièce est incroyable, mais si tu les assembles mal, le résultat sera raté. Le montage, c’est l’assemblage de toutes les choses qui vont faire de la vidéo un truc génial ; les acteur·rices, l’image, le son etc. C’est ce qui va donner tout son sens aux images.”

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