1 800 000 € pour mieux penser : L’Esprit Critique à l’épreuve de ses ambiguïtés

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Edité le 12/06/2025 (cf. « Faits complémentaires »)

Portée par une image léchée et présentée comme une réponse citoyenne à la désinformation, la chaîne Esprit Critique a su fédérer un large public autour de ses vidéos et de son projet de formation Cogito. Mais derrière la cravate rouge, c’est un projet dont les orientations idéologiques et la structuration économique manquent de lisibilité pour une partie du public qui s’interroge sur la crédibilité de la chaîne

« Dans ma tête, leur parcours COGITO pouvait réellement faire changer les choses (…) j’avoue que je suis en colère, j’ai l’impression d’avoir été sous emprise » 

Daniel*, ancien abonné de l’Esprit Critique

Voilà comment un ancien follower de la page Esprit Critique [EC] confie sa déception. Certains disent avoir pris « une énorme claque » parce que « ça semblait sérieux ». D’autres, comme Damien* ayant versé 60 euros à la cagnotte Cogito, regrettent désormais avoir découvert ce qui lui paraît être des « influences nauséabondes » de la page EC. Et puis il y a les influenceurs / vulgarisateurs que nous avons interrogés, comme Religare (histoire des religions) dénonçant « les contre-vérités historiques flagrantes » ou Odec (alertant sur les dérives de l’ostéopathie), qui regrette quant à lui le « business autour de l’esprit critique » et « la commercialisation du savoir » tout en racontant avoir été refroidi suite à la vidéo de l’EC sur « la mort de Jean-Marie Le Pen » qui a été pour lui « le plus gros Red Flag ».

La chaîne Esprit Critique, c’est près de 200 vidéos, essentiellement de format court (1m30) diffusées depuis deux ans et demi, sur Instagram, Youtube et Tiktok, cumulant près de 2 millions d’abonnés pour 200 millions de vues au total. La chaîne y parle politique et analyse divers discours, de toutes colorations partisanes.

Alexis Bellas présentateur et créateur de L’Esprit Critique

Alexis Bellas, son présentateur, a su imposer un ton et une image parfaitement maîtrisée. Âgé de 38 ans, cravate rouge sur chemise bleue, barbe parfaitement taillée, tout concorde pour appuyer et transmettre l’image d’un homme sûr de lui et spécialiste de son domaine d’intervention : l’esprit critique. À force de décryptage de l’actualité, frappant un coup à droite et un coup à gauche de l’échiquier politique, il est rapidement considéré comme un expert de l’analyse politique par ses spectateurs. « Vous êtes d’utilité publique », « Vous méritez une médaille », « C’est ce contenu que j’aimerais avoir de la part des journalistes » peut-on lire parmi les commentaires des followers, « Alexis Président! » propose même l’un de ses abonnés. 

Et l’influence de ce projet se mesure aussi financièrement. En s’appuyant sur des cagnottes participatives, en plus d’une page Tipeee récoltant plus de 6000€/mois à cette periode, l’EC réussit en janvier 2025 à lever la somme record de 1,8 millions d’euros sur KissKissBankBank pour construire Cogito. Un parcours de formation à l’esprit critique de trois fois 18 heures, à destination des collèges, lycées, universités, entreprises, administrations et particuliers. Un montant impressionnant pour un financement participatif, propulsant Cogito parmi les plus gros succès de KissKissBankBank.

À la clé de ce parcours : la promesse d’une certification d’esprit critique de « référence », aussi bien pour les jeunes que les adultes, à la manière d’un TOEIC. D’après Alexis Bellas, elle attestera que « notre cyclotron, il sait analyser, remettre en cause, prendre du recul par rapport à ses opinions ».

Un montant dépassant largement les ambitions initiales. Les promesses s’enchaînent allant jusqu’à même annoncer que EC s’invitera « sérieusement dans la présidentielle de 2027 ». Et pour les followers, c’est un espoir immense. Un outil citoyen accessible, censé permettre de lutter contre les manipulations politiciennes. À tel point qu’un grand nombre de personnes influentes de tous bords confondus, d’Oussama Ammar (entrepreneur) à Edgar Yves (humoriste), ont participé à diffuser son contenu auprès de leur public. Comme David* nous le confirme, « le soutien de nombreux créateurs a peut-être contribué » à l’image de respectabilité de la page EC.

« Si j’avais su qu’Alexis était un vendeur de formations, je me serais méfié »

Marc*, donateur de la cagnotte COGITO 

Si à première vue le projet semble être parfaitement louable, certains détails poussent Mathieu Burgalassi, journaliste chez Stup.media, à émettre quelques critiques sur les dessous économiques du projet Cogito :

VIDEO YOUTUBE : UNE CAGNOTE À 2 MILIONS € ? LE PROBLÈME AVEC L’ESPRIT CRITIQUE @mathieu-burgalassi

Parmi ces critiques, on apprend qu’Alexis Bellas a monté un tunnel de vente de formation et de coaching personnalisé auprès d’étudiants via ses différentes entreprises.

Une information que de nombreux internautes découvrent, l’Esprit Critique étant souvent perçu et présenté comme un outil d’éducation populaire. C’est « un truc que je n’aurais pas remarqué tout seul (…) c’est une notion que je n’avais pas, vu que je ne me suis jamais intéressé au marketing », nous confie David. « Si j’avais su qu’Alexis était un vendeur de formations, je me serais méfié », ajoute-t-il.

Dans les faits, rien de répréhensible évidemment et pourtant une partie du public ne cache pas sa surprise. En apprenant l’existence de ces formations, le projet EC n’est plus, pour certains, un outil d’émancipation, mais un projet lucratif n’ayant pas formulé assez clairement ses ambitions. On ne joue plus du tout dans le même registre.

Et le contenu diffusé sur la page EC aborde des sujets polarisants qui stimule l’engagement sur ses différents réseaux : On hait Macron ? On commente. On déteste Mélenchon ? On partage. On abhorre Hanouna ? On like. Cette stratégie éditoriale, provoquant nombre d’interactions avec leur contenu, explique en partie le succès de l’EC.

Capture d’écran Social Blade

Et l’apogée de cette stratégie s’est jouée en juin 2024. Grâce à un sens du storytelling maîtrisé, Alexis Bellas élève cet exercice d’équilibriste apartisan au rang d’art, et surfe sur la vague de la dissolution de l’Assemblée Nationale en multipliant les vidéos sur le sujet.

Le moment est grave. Devant la tétanie que provoque l’arrivée éventuelle de l’extrême-droite au pouvoir, il parvient à imposer l’image d’une figure éclairée et rassurante, en qui avoir confiance dans la tourmente. Nombre de militants et sympathisants de gauche y voient un projet antifasciste solide, « il semblait très critique vis-à-vis de l’extrême droite » dit David. Pourtant, la réalité est plus complexe.

« Le truc qui m’a mis la plus grande claque, c’est “Le pouvoir du moment présent” d’Eckhart Tolle »

Alexis Bellas – L’Esprit Critique, FAQ – 24 sept. 2024

Pour essayer de mieux cerner la ligne éditoriale de l’Esprit Critique je me suis attardé à réaliser, sur ma chaine youtube Hydre Aux mille têtes, une analyse du discours du fondateur de L’EC.

VIDEO YOUTUBE : Ce que cache vraiment L’ESPRIT CRITIQUE @Hydre Aux mille têtes

Parmi les personnalités régulièrement traitées dans ses vidéos, on retrouve des figures très clivantes ou médiatiques comme Hanouna, Trump, Mélenchon ou Zemmour. Ces cibles polarisantes permettent à Alexis Bellas de proposer une lecture critique en s’élevant au-dessus de la mêlée sans pour autant prendre de positions tranchées.

Mais Alexis Bellas, c’est aussi des références à des auteurs régulièrement critiqués dans les milieux académiques pour leur manque de rigueur scientifique ou à des personnalités controversées. 

Notamment l’écrivain Eckhart Tolle, considéré comme un gourou du développement personnel. Alexis Bellas en a repris le propos dans un TEDx en 2016 et le cite dans sa vidéo “On répond à vos questions”, en septembre 2024. Eckhart Tolle participe à la diffusion du New Age, tout en faisant la promotion de pseudo-science dans le livre Le pouvoir du moment présent qui a « mis la plus grande claque » à Alexis Bellas. Tolle y valorise le “taux vibratoire”, le chi” ou le “saut quantique dans l’évolution de la conscience”, des concepts régulièrement dénoncés par la communauté scientifique et contraire à ce qu’on associe généralement à l’esprit critique. 

Ensuite, le confusionnisme de Charles Robin (animateur de la chaîne Youtube de philosophie : “Le Précepteur”) est lui aussi mis en avant dans la FAQ de l’Esprit Critique. Il a pourtant participé au mouvement complotiste et antisémite Égalité & Réconciliation du négationniste condamné Alain Soral. Sur ses différents sites, le fondateur de la page Esprit Critique met aussi en avant Etienne Chouard, dont les propos négationnistes ont été largement commentés. Si Alexis Bellas n’a jamais tenu lui-même ce genre de discours, on peut tout de même s’interroger sur la pertinence pour une chaîne se revendiquant de l’esprit critique, de mettre en avant des figures médiatiques aux positions controversées, associées à des mouvements complotistes ou d’extrême droite. Une position qui a pu surprendre ses abonnés. Notamment lorsque Alexis Bellas donne de l’importance à Etienne Chouard sur ses sites, à propos de la réécriture de la constitution, des bienfaits du tirage au sort, ou en le présentant comme « humble », qui « essaie d’expliquer, de faire comprendre, d’apporter de nouvelles idées ».

Capture d’écran du site lerepairedesetudiants.fr, appartenant à Alexis Bellas

« J’ai une maîtrise de philo et je suis malgré tout tombé dans le panneau, je me sens tellement bête »

En découvrant ces influences, Damien* tombe des nues

Dans la même logique, on observe l’habile exercice d’éviter de nommer « extrême droite » le parti de Marine Le Pen dans les contenus d’Alexis Bellas. À l’Esprit Critique, on préfère parler de « pensée très à droite » parce que le qualificatif « extrême » ne leur paraît « pas très honnête intellectuellement », lit-on sur le site « Le repaire des étudiants ». Une manie toujours actuelle, puisque le dernier long format réalisé sur Youtube (L’inéligibilité – Analyse, 26 minutes, 4 avril 2025) ne mentionne qu’une seule fois cette qualification d’extrême droite, uniquement lorsque Alexis Bellas lit un communiqué du Syndicat de la Magistrature.

Puis, d’autres éléments ont attiré notre attention. Nous avons eu accès à la première formation payante de l’EC, créée à la fin de l’année 2023, elle aussi financée par une cagnotte Tipeee s’élevant à 42 000 euros.

Elle a été co-créée par Alexis Bellas et Fabien Lasalle-Humez, un journaliste indépendant. Affiché en tant que membre de l’équipe sur le site lespritcritique.fr, Fabien Lasalle-Humez a été recruté directement par Alexis Bellas pour rédiger cette formation à l’esprit critique. Il est régulièrement intervenu sur RT France, chaîne financée par la Russie et suspendue depuis le début de l’invasion de l’Ukraine.

Captures d’écran des miniatures d’émissions RT France dans lesquelles Fabien Lassalle-Humez est intervenu (Source : Odyssee.com)

Contacté, Fabien Lassalle-Humez assume sa collaboration avec RT France : « j’ai condamné dès le premier jour l’invasion de l’Ukraine par la Russie et, sur RT comme ailleurs, j’ai gardé ma liberté de parole [en] parlant « d’agression russe » sur [leur] plateau en plateau en 2023 ». Le 28 février 2022, au lendemain de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, alors que l’Union européenne venait d’annoncer l’interdiction de diffusion des médias d’État russes Sputnik et RT (Russia Today), il qualifiait encore « la censure de RT France » de « scandale démocratique » sur X (ex twitter).

On retrouve cette influence questionnable dans la formation à l’esprit critique de 2023 qui fait la promotion de chaînes ayant déjà montré un point de vue proche des intérêts russes telle que Thinkerview, qui invitent régulièrement des figures controversées comme Michel Collon, Kémi Séba, Étienne Chouard ou Juan Branco. Son interviewer, « Sky », a quant à lui participé en 2019 à une rencontre avec le ministre russe des Affaires étrangères, aux côtés notamment de collaborateurs de RT. De la même manière, l’influence de la sphère du développement personnel est présente avec la mention de Fabrice Midal, fondateur de la plus grande école de méditation de France “Reso” et adepte du New Age.

Toujours dans cette formation de 2023, parmi les exemples politiques cités à des buts critiques, Jean-Marie Le Pen est quant à lui accompagné du commentaire « Là, on voit la très droite pointer le bout de son nez », euphémisant encore une fois le mouvement d’extrême droite. 

Sur le plan pédagogique, on est loin d’un programme approfondi ou original. De larges passages sont repris mot pour mot dans son contenu grand public. Plus problématique encore : les internautes, qui ont financé, en 2023, ce programme à hauteur de plusieurs dizaines de milliers d’euros en pensant accéder à du contenu inédit, se retrouvent sans le savoir en partie face à un simple copier-coller d’une formation déjà mise en ligne trois ans plus tôt.

En effet, Alexis Bellas a largement recyclé ses anciens textes, issus de ses sites de coaching, publiés bien avant d’acquérir sa notoriété actuelle. Ayant déjà rédigé une première formation gratuite en 2020, il en a recopié mot pour mot des paragraphes entiers pour les intégrer dans cette nouvelle formation de 2023 et certains chapitres sont davantage des mises à jour de la précédente formation qu’une formation originale. « La formation de 2023 s’appuie en partie sur celle de 2020, même si elle est bien plus exhaustive » nous précise sobrement Fabien Lassalle-Humez.


Formation de 2020 à gauche / Formation de 2023 à droite

Sur le fond de la formation, seules sont abordées des bases de rhétorique ou de fact checking, rapidement évacuées sans mentionner aucune source académique mise à part un article traitant du biais de confirmation datant de 1979.

À la vue de tous ces éléments, difficile de ne pas s’interroger sur Cogito, cette formation en ligne payante financée par les internautes sur KissKissBankBank à hauteur de 1,8 million d’euros, prédisant « un solide parcours de formation à l’esprit critique et une certification pour le valoriser sur notre CV ».

Un programme aux promesses ambitieuses annoncées dès novembre 2024 sur la page de la cagnotte participative : Formation pour les élèves et les adultes, certification type TOEIC, trois différents niveaux de complexité, version pour les collégiens, version anglaise, conférence/atelier pour « les écoles, les entreprises, les administrations » et la garantie que l’Esprit Critique s’invitera « sérieusement dans la présidentielle de 2027 ».

Ce projet est porté par l’entreprise SAS August, dont les actionnaires sont Alexis Bellas et son associé François Morin, un entrepreneur et investisseur ayant lui aussi une expérience de coaching auprès d’étudiants et chargé de vendre le parcours aux écoles et entreprises.

En échange de leur contribution, les 24 000 donateurs peuvent recevoir des contreparties, dont la valeur varie selon le montant versé entre 10 € et plusieurs milliers d’euros. Par exemple, un don de 200 € donne accès aux parcours Cogito niveaux 1 et 2 , ainsi qu’à la fameuse certification. Quant à la « contrepartie star » proposée à 250 €, elle permet d’offrir « le parcours Cogito Niveau 1 à une classe de Terminale du lycée de votre choix », sans toutefois préciser le mécanisme permettant de sélectionner cette classe de « votre ancien lycée, celui de vos enfants ou [d’]un lycée défavorisé ».

Pour comprendre comment sera produit le contenu de la formation, nous avons contacté l’équipe de Cogito. L’occasion pour nous de revenir sur les différentes promesses formulées lors de la campagne de financement participatif.

Nous nous sommes entretenus avec Elsa Grimberg (directrice exécutive) et Charlotte Barbier (responsable pédagogique), qui ont précisé que la construction du projet était distincte de la page Esprit Critique.

Le parcours Cogito est « une conception collective », rédigé par plus d’une trentaine de personnes, employées ou indépendantes, sous la supervision de plusieurs responsables pédagogiques et du conseiller scientifique principal Florent Coste (maître de conférences en langue et littérature médiévales). Selon nos échanges avec Elsa Grimberg, on peut s’attendre à une formation exigeante, respectant l’état de la science et mise à jour en fonction d’éventuelles nouvelles recherches. 

Alexis Bellas, quant à lui, n’intervient pas dans la rédaction en elle-même mais dans les orientations initiales du contenu, puis en relecture et en vulgarisation

Recrutés en début d’année 2025, soit plusieurs mois après le lancement de la cagnotte sur KissKissBankBank, Elsa Grimberg et son équipe ont mis en œuvre le projet alors que l’ensemble des promesses avait déjà été engagées. Concernant la certification promise sur la page du KissKissBankBank, les deux responsables admettent qu’elle peut interroger, mais elles l’assument et pensent que « la valorisation d’un effort de formation et de l’acquisition de savoir et de savoirs-faire est juste et centrale » tout en étant conscientes de sa qualité « très complexe dans sa conception ». Un obstacle rendu « très visible au fil de la conception de la formation ». Aucune décision n’a été prise quant au format, et il n’est plus question, à ce stade, d’en faire « le tampon d’esprit critique reconnu » en l’alignant sur des tests internationaux type TOEFL ou TOEIC, ou de la faire valider par une simple série de 40 questions, contrairement à ce qui avait été annoncé sur la page KissKissBankBank par l’équipe de direction de l’Esprit Critique, Alexis Bellas et son associé François Morin.

Le parcours « Initial » sera structuré en quatre modules totalisant entre 20 et 24 heures de formation, contrairement aux 18 heures annoncées, à ajouter au temps scolaire pour les élèves qui le suivraient. À terme, trois parcours autonomes sont prévus, correspondant à différents niveaux d’exigence. Si les préventes à 35 € sont déjà ouvertes sur le site de Cogito, le tarif définitif n’est pas encore fixé. Il devrait rester inférieur à 40 € par parcours, avec des offres différenciées pour les publics précaires, les associations et les étudiants. 

La somme d’1,8 millions d’euros, à laquelle « il faut soustraire (…) les 20% de TVA reversés à l’Etat » précise Elsa Grimberg, « correspond exactement » à la masse salariale de l’équipe de Cogito pendant 12 à 18 mois, à l’achat d’un serveur sécurisé et à quelques frais logistiques.

Enfin, si le premier parcours, initialement annoncé pour avril 2025, a pris du retard et est désormais prévu pour l’été, « une partie du fond produit » sera intégré au parcours « Avancé ». L’équipe Cogito a « commencé à travailler sur certains aspects » des déclinaisons à destination des collégiens et de la version en anglais. Nous n’avons pas eu de retour sur la conférence/atelier promise. La certification, quant à elle, n’a plus de date de sortie prévue et son prix ne nous a pas été communiqué.

Sans y avoir accès, il est difficile de savoir si la formation Cogito sera à la hauteur des 1,8 million d’euros investis dans sa création, ni si elle parviendra à s’imposer comme une “référence” en matière d’esprit critique. Mais au-delà du contenu du programme, c’est surtout le décalage entre l’espoir citoyen suscité par la chaîne Esprit Critique, et la réalité d’une logique entrepreneuriale promettant peut-être un peu vite et un peu trop, associée à une proximité avec des références confusionnistes, qui fragilise la figure d’autorité de la chaîne Esprit Critique.

Elodie* une contributrice nous confie : « J’ai cru participer à un élan de résistance contre la désinformation et le fascisme. J’ai sincèrement cru à un petit projet non financé donc j’y ai mis 60€ par solidarité. Aujourd’hui je me sens désabusée, déçue, presque honteuse (…) J’aurais pu donner à une autre initiative, plus proche de mes valeurs ».

Reste à savoir si l’Esprit Critique saura prendre en compte ces retours et faire évoluer son contenu vers davantage de rigueur, en s’éloignant de certaines références difficilement conciliables avec les exigences d’une véritable démarche de pensée critique.

« Pensons à remettre en cause tout ce qui se dit sur cette chaîne » : telle est la recommandation de la page Esprit Critique. Cette invitation prend aujourd’hui un relief particulier.

*Prénoms modifiés

Faits complémentaires

Dans le cadre de cette enquête, nous avons sollicité les personnes et structures mentionnées afin de recueillir leurs réactions, nous publions ici certains éléments utiles à la contextualisation du sujet.

Réponse d’Alexis Bellas

Nous avons adressé un ensemble de questions détaillées à Alexis Bellas, portant sur la structuration du projet Cogito et la ligne éditoriale de sa chaîne. Il a décliné notre proposition d’y répondre, mais nous a adressé la réponse suivante, qu’il nous a demandé d’inclure dans son intégralité, la voici : 

Accessibilité de certaines sources

Pour garantir la vérifiabilité de nos sources, nous avons archivé certains contenus mentionnés dans cet article via le service Wayback Machine, notamment des articles du site « lespritcritique.fr » et « lerepairedesetudiants.fr » dont l’accès a été interrompu à plusieurs reprises au cours de notre enquête.

Modification du 12/06/2025

À la suite de la publication de cet article, Fabien Lassalle-Humez a exprimé une vive contestation concernant certains passages, en soulignant qu’ils pouvaient lui prêter des positions qu’il n’a jamais défendues. En réponse à cette demande et en reconnaissance d’un droit à l’oubli que nous estimons légitime, les passages concernés ont été retirés ou modifiés, afin d’éviter toute ambiguïté quant à ses convictions personnelles.

Droit de regard accordé à l’équipe Cogito

Avant la publication de l’article nous avons permis à Elsa Grimberg (directrice exécutive de Cogito) et Charlotte Barbier (responsable pédagogique de Cogito) de valider les paragraphes les concernant, elles ont souligné plusieurs éléments à corriger ou nuancer avant la publication de l’article. Suite à cet échange, le paragraphe a été partiellement réécrit pour intégrer leurs observations, que nous listons ici pour assurer une complète transparence :

Travail collectif : la première version donnait l’impression que le projet avait été “repris en main” uniquement par deux personnes, avant le recrutement d’autre collaborateur. Cela a été corrigé pour refléter le fait que plus de 30 personnes ont été recrutées dès début 2025 pour mettre en œuvre le programme dans un cadre d’écriture collective.

Rôle d’Alexis Bellas : nous avions écrit qu’il intervenait “à la marge”. Il est en réalité impliqué dans les orientations initiales et la vulgarisation finale, bien qu’il ne rédige pas lui-même les leçons.

Découpage pédagogique : la première version parlait de “trois parties” du parcours, alors qu’il s’agit en fait de trois parcours distincts, chacun structuré en plusieurs modules. Le premier parcours comprend quatre modules, pour un total de 20 à 24 heures de formation.

Tarification : nous avions indiqué un prix fixe de 35 € (en prenant en compte le tarif affiché sur le site : https://www.cogito.fr/ ), or d’après leur retour le tarif n’est pas encore arrêté. Il devrait rester sous 40 € et inclura des offres adaptées aux publics précaires et associatifs.

Utilisation du budget : la formulation initiale laissait entendre une estimation floue (“censée couvrir les salaires”). Nous précisons désormais que 20 % du montant a été reversé en TVA comme spécifié dans leur retour, et que le reste correspond précisément à la masse salariale, l’infrastructure technique (serveur), et quelques frais logistiques.

Calendrier et déclinaisons : il était écrit que “rien n’avait commencé” pour les parcours collégiens, anglais ou avancés. Cela a été corrigé pour indiquer que plusieurs éléments sont en cours de conception, bien que la priorité soit actuellement donnée au premier parcours.

Certification : la précédente formulation pouvait laisser penser que la promesse initiale était abandonnée. Elle a été revue pour indiquer qu’elle fait l’objet d’une réflexion approfondie, sans décision arrêtée sur son format.

Divers : Dans la première version, nous avons essentiellement mis en avant les propos d’Elsa Grimberg, puis après relecture, les modifications ont été demandées par Elsa Grimberg ainsi que Charlotte Barbier. Nous avons donc modifié le texte en ce sens.


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