Malgré ce qui peut être affirmé sur certains plateaux, les immigrés ne sont pas juste un coût pour notre économie. Nos économies ont besoin de main d’œuvre et nos politiques le savent, c’est pour cela que Darmanin prend en compte la problématique des “métiers en tensions” dans sa loi immigration de 2024, afin de faciliter la régularisation des travailleurs étrangers dans ces filières qui peinent à recruter. Mais comment expliquer que malgré cette volonté affichée de simplification, les démarches restent complexes et pleines de d’incohérences pour ces travailleurs et travailleuses ? A qui servent réellement ces politiques qui préconisent les étrangers ? Quelles sont les motivations réelles des partis d’extrême droite “anti-immigration”? C’est ce que nous allons voir dans ce nouvel épisode de Argent Magique avec @Heu7reka et @StupidEco
Article par @mathieu.burgalassi175 pour stup.media: https://stup.media/oqtf-histoire-dun-naufrage-politique-raciste-et-clienteliste/
Intro :
CNEWS – La Grande Interview (28/01/2025)
Patrick Stefanini – Représentant spécial du ministre de l’Intérieur
00:02 : “moi je pense que notre pays vit depuis la fin des années 90, et le début des années 2000 une vague migratoire sans précédent”
M – Oui, bon d’accord… mais c’est quoi le problème en soit ?
LCI – Interview événement de François Bayrou (27/01/2025)
François Bayrou – Premier ministre
35:57 : “dès l’instant que vous avez le sentiment d’une submersion de ne plus reconnaître votre pays de ne plus reconnaître les modes de vie ou la culture dès cet instant-l vous avez rejet”
G – Voilà, les immigrés c’est le rejet. Ce discours se répand dans plein de partis politiques, comme s’ il y avait une compétition nationale de l’anti-migration. Et toutes les raisons sont bonnes, quitte à les exagérer.
C à Vous – Déficit : réduire le coût de l’immigration, priorité du RN (27/03/2024)
Jordan Bardella – Président du Rassemblement national
10:20 : “le CEPII qui est rattaché à Matignon nous dit quoi nous dit que l’immigration nous coûte 40 milliards d’euros aux finances publiques donc il y a de l’argent à aller chercher”
M – Évidemment s’ils parlent migration, ils parlent argent ! Bon, vous nous connaissez nous, derrière nos tableurs excel se cachent en réalité des cœurs, et on sait bien que la question de la migration c’est pas que des gains et des coûts. Mais bon, pour la droite c’est pas si évident, donc bon bah on va expliquer pourquoi leur chiffres sont tous pétés. Mais pas que
C à Vous – Déficit : réduire le coût de l’immigration, priorité du RN (27/03/2024)
10:50 Journaliste : “L’immigration qui participe à la création de richesse hein.”
Bardella : “Ah bon ?”
M – Bah oui, ce « Ah-Bon ? » il est important ! Cette petite remarque narquoise là, elle en dit long. Elle révèle les mensonges des partis les plus anti-immigration ! Ont-ils vraiment oublié que les immigrés travaillent, qu’ils viennent dans ce but ? Mais du coup, le RN cherche-t-il réellement à stopper l’immigration ? Ou est-ce qu’il ne s’agirait pas plutôt d’une manœuvre politique encore plus cynique ? Une manœuvre pour exploiter les travailleurs qui sont nés ailleurs.
G – Ce serait pas la première fois que l’on voit ça en plus…
GENERIQUE
Les chiffres de l’immigration
G – Bon d’abord, il faut poser des bases. Quels sont les chiffres ? D’après l’INSEE il y a 7,3M d’immigrés en France et 5,6M d’étrangers. Tous les étrangers ne sont pas immigrés et tous les immigrés ne sont pas étrangers non plus.
M – Oui parce que la définition d’un immigré c’est “quelqu’un qui réside en France mais qui n’y ait pas né”. Alors qu’un étranger c’est “quelqu’un qui réside en France, mais qui n’a pas la nationalité française”.
G – Donc autant un étranger peut devenir français s’il obtient la nationalité, autant un immigré ne pourra jamais être un “natif”, il ne pourra jamais changer son pays de naissance.
M – A ces 7,3 millions il faut aussi rajouter 3 à 400 mille “immigrés” présents illégalement sur le territoire, de facon irrégulère, ceux qu’on appelle les “sans-papiers”. Et voilà le travail : sur 67 millions de personnes vivant en France, 7,7 millions sont des immigrés, 11% de la population. Et 95% sont là légalement, ils ont des papiers…
G – OK maintenant ! Combien ils nous “coûtent” ces immigrés ? Alors y a plein de Think Tank à la noix qui font des pseudo-études, genre l’institut Montaigne ou encore l’Observatoire de l’immigration. D’ailleurs en fait c’est cet observatoire la source de Bardella là, le coup des 40 milliards. Sauf que, pour l’institut Montaigne, le mec qui fait l’étude c’est Pierre Danon. Un entrepreneur / patron qui a fait partie de la campagne de Fillon en 2016. C’est clairement un mec de droite mais surtout c’est pas un chercheur, son étude n’est pas relue par les pairs… Et l’Observatoire de l’immigration c’est un Think Tank d’extrême droite qui a le soutien du milliardaire Pierre Edouard Stérin, c’est – à dire – je cite l’Obs “le saint patron des réac”…
M – Oui vous savez Stérin c’est le mec qui a mis sur pied le projet “pericles” dont l’objectif est de faire gagner les droites extrêmes en France.Autant vous dire qu’à l’Observatoire de l’immigration, la recherche scientifique, c’est pas l’idée !
G – Voilà ! Nous on préfère donc des papiers académiques publiés dans des revues scientifiques. Donc on est allé voir deux études, celle du CEPII, que mentionne Bardella, et celle de L’OCDE que Bardella ne mentionne pas mais qui – après réinterprétation malpropre et faisandée de son Observatoire de l’immigration là – est aussi une des sources de son chiffre de 40 milliards.
M – Bon, on va surtout s’attarder sur l’étude du CEPII parce que c’est elle qui va dans le détail de la situation française. Et donc, qu’est-ce que ça dit sur le “coût” de l’immigration en France ?
G – Alors, je suis désolé mais… Il faut commencer dire deux mots sur la méthodo. Parce que, “combien nous “coûtent” les immigrés ?”, c’est pas une question évidente. Évidemment, pour ceux qui ont des papiers, ils ont le droit aux aides sociales et vont bénéficier des services publics, MAIS… est-ce qu’on a une approche “individuelle” : genre on regarde ce que les personnes immigrées “coûtent” sur l’ensemble du temps qu’ils passent en France ou est-ce qu’on a une approche “populationnelle”, on regarde ce que “coûte” la population d’immigrés d’une année sur l’autre.
M – On peut expliquer les deux approches comme ça : vous cherchez à savoir combien d’enfants vous pouvez vous permettre d’avoir financièrement. Une première approche, ce serait de se demander combien ça va vous coûter l’année prochaine. Genre un bébé, ça coûte X€ la première année, ça c’est l’approche “populationnelle”. Mais une deuxième approche serait de voir un enfant comme un “projet” de long terme… Son “coût” change d’année en année en fonction de son âge. Donc on pourrait faire la somme des “coûts” totaux du gamin sur les années où il est dépendant de vous, et faire une moyenne annuelle, ca c’est l’approche “individuelle”.
G – J’adore quand on réduit tout à un “coût financier” comme ça… Ça fait vachement “scientifique” ! Bref, donc avec une approche “individuelle” on tombe sur un résultat assez évident : les immigrés coûtent moins cher que les natifs. Parce que comme ils arrivent adultes en France, ils coûtent 0 en éducation. Mais ce n’est pas l’approche du CEPII. Eux ils ont choisi de regarder les coûts de la population d’immigrés d’une année sur l’autre.
M – Leur étude date de 2018 et couvre une période très longue, de 1979 à 2011. Alors ça s’arrête en 2011 parce que pour creuser les détails, il faut des données très précises qu’on ne trouve que dans une enquête statistique appelée “Budget de Famille” qui n’est réalisée que tous les 5 ans par l’INSEE. Au moment où le CEPII bosse sur le sujet, la dernière étude de l’INSEE date de 2011. Bon et alors maintenant, le chiffre que vous attendez : combien coûtent les immigrés par rapport à ce qu’ils rapportent ?
G – Nan, désolé mais y a un autre point méthodo hyper important. Parce que, ce que coûtent les immigrés, ça c’est OK : ils coûtent des aides sociales et des services publics. Mais ce qu’ils rapportent ? Ben y a au moins deux mesures qu’on peut regarder : ils rapportent des impôts, taxes et cotisations pour le budget des administrations publiques. Mais ils rapportent aussi du PIB, càd des richesses pour l’ensemble de la population.
M – C’est là que l’on retrouve le petit « Ah bon » de Bardella, parce qu’il le sait bien que le Deliveroo qui livre les McDo … C’est souvent un immigré. Pareil pour celle qui fait le ménage du bureau à la Défense ou qui soigne des gens dans l’hôpital public.
G – Le CEPII a choisi de s’intéresser uniquement à la contribution des “immigrés” au budget de l’État, mais quand on regarde ce qu’ils contribuent au PIB, c’est toujours plus important que ce qu’ils coûtent. Essentiellement parce qu’ils sont statistiquement plus en âge-actif, alors que le français moyen il est un peu à l’école – donc il coûte de l’éducation mais ne rapporte rien – et beaucoup à la retraite – là aussi, niveau PIB, ça ne rapporte rien.
G – Allez un dernier mot sur les 40 milliards de Bardella là. D’où il tire ce chiffre ? En fait, dans les études du CEPII et de l’OCDE, ils font un calcul où ils intègrent au “coût” des immigrés, le coût de leurs enfants nés en France.
M – Leurs enfants qui ne sont pas “immigrés” puisqu’ils sont nés en France… Rappelez-vous, c’est la définition d’un immigré : “ne pas être né en France”.
G – Forcément, comme les enfants ne paient aucun impôts mais “consomment” des services publics d’éducation et de soins… Bon ben ça alourdit la facture. On passe d’une population d’immigré qui “coûtait” 0,5% du PIB à une population qui en coûte désormais 1,5%. MAIS ! Vous savez combien elle coûte la population “native” en %age du PIB ? Ben le reste du déficit public ! Donc n’importe quoi entre 1,5 et 2,5%.
M – Finalement, si on voulait vraiment économiser des sous, il faudrait p’tet plutôt virer les français en fait ! Mieux, il faudrait virer les boulets de la société que sont les enfants et les retraités !
G – Vous comprenez bien que ça n’a pas de sens. Une population, quelle qu’elle soit, ne peut pas simplement être résumée à un “coût” dont on pourrait se passer. Expulser 8 millions d’immigrés qui travaillent et vivent en France, et expulser aussi leurs enfants, je vous rappelle que niveau démographie, on est pas au top… non seulement ça coûterait un pognon de dingue… Parce qu’il est où le chiffrage d’une politique pareil ? C’est une sacré logistique de virer des gens… Mais en plus ça créerait un véritable vide dont la résultante serait inévitablement une crise économique majeure. On aurait tout simplement plus assez de bras !
M – Et le manque de bras c’est déjà une question d’actualité parce que ces derniers mois, même ces dernières années, en France, on a beaucoup parlé des “métiers en tension”, des boulots pour lesquels on ne trouve pas assez de main d’œuvre !
2 – Une tension économique
Les métiers en tensions
France Info – L’économie française a-t-elle besoin de main-d’œuvre immigrée ? (27/11/2023)
Marguerite Catton reçoit l’économiste Alexandra Roulet, qui a été conseillère macroéconomie et politique publique au cabinet du président de la République puis de la Première ministre.
1:42 : “alors pour moi il y a deux types de métiers en tension, il y a des métiers qui sont en tension où il y a des problèmes de recrutement et il y a des problèmes de rétention de la main d’œuvre c’est-à-dire que même quand les gens sont embauchés il y a un fort turnover les gens partent quittent ça c’est très c’est un signe que ces métiers ont des problèmes d’attractivité je pense par exemple à l’hôtellerie restauration ou à d’autres métiers on peut penser au secteur du soin et cetera il y a des secteurs où il y a un problème de d’embauche de recrutement mais il y a pas forcément de difficulté de rétention par exemple dans l’industrie vous pouvez avoir des métiers où c’est difficile de recruter mais une fois que les gens sont recrutés il restent ça ça veut dire que c’est pas un problème d’attractivité puisqu’il reste c’est que les conditions de travail ou le salaire sont sont convenables ça signifie que c’est c’est essentiellement un problème pour trouver les compétences requises”
M – Ces difficultés de recrutement, si rien n’est fait bah ça risque de créer des déséquilibres assez importants ! Le travail de France Stratégie permet d’avoir un premier ordre de grandeur. D’ici 2030, selon leur projection, on risque d’avoir un déficit de 300 000 agents d’entretiens, 200 000 aides à domiciles, 200 milles conducteurs de véhicules et de près de 100 milles aides soignants. Donc un déséquilibre qui tourne autour du million avec un M.
G – Ouais, mais c’est pas comme si tout le monde avait du boulot en France ? On est d’ailleurs à plus de 2 millions de personnes au chômage en 2024. Donc bon, là, en terme mathématique ça parait pas du tout un problème ! Suffit de faire bosser les chômeurs dans ces métiers là.
M – En fait si, il y a quand même un problème. Déjà, comme l’a dit l’économiste Alexandra Roulet juste avant, certains des métiers en tension le sont parce qu’on manque de personnes qualifiées pour les faire, et on ne peut pas former instantanément les chômeurs pour occuper ces postes. Ça prend du temps, la formation. Donc ça c’est pour les médecins, ou des ouvriers qualifiés par exemple. Mais en plus de ça, quand on regarde notre graph, on voit que le gros du manque en fait, c’est l’autre type de métier en tension, ceux qui ont un problème de “rétention de la main d’oeuvre”
Des métiers difficilement accessibles pour les chômeurs :
G – Ca c’est la manière académique de dire, ce sont des boulots « pourris ». Donc les gens font ça, dès qu’ils trouvent autre chose ou qu’ils n’en peuvent vraiment plus… bah ils arrêtent. Et il faut prendre un moment pour comprendre pourquoi : parce trop souvent les métiers de techniciens de surface, d’aide à domicile ou d’aide soignante sont vus comme des métiers non qualifiés, qu’on peut commencer du jour au lendemain sans trop de difficulté. Dans les faits, ça ne fonctionne pas comme ça.
M – Les personnes au chômage c’est surtout des moins de 24 ans et des plus de 50 ans, et ça c’est une information importante. Parce qu’une personne au chômage qui a plus de 50 ans, elle peut être relativement en bonne santé, mais si elle a les genoux fragiles ou qu’elle n’a aucune préparation physique, elle ne tiendra pas 2 semaines dans un boulot d’aide à domicile. C’est le type de boulot où vous êtes lâché pour faire des gestes qui demandent de la technique, de la force et qui peut vous amener très vite en arrêt maladie.
G – Alors on pourrait se dire que les jeunes, eux, peuvent plus facilement s’y mettre, niveau physique, ça ne devrait pas être trop un problème. Mais en fait, là aussi il y a de vrais freins. D’abord parce que :
1 – Les jeunes qui commencent ont besoin d’être accompagnés sur le terrain et formés pour développer les bons gestes qui éviteront qu’ils ne se blessent, or le rythme effréné et le manque de moyen dans le secteur empêche de bien mettre en place cet accompagnement.
2 – Ce sont des boulots qui, sans en avoir l’air, ont des préconditions très fortes : il faut avoir le permis, une voiture fiable, vivre proche de là ou il y a une demande d’aides à domicile, et c’est pas forcément là où vivent les jeunes de base.
3 – Et pour les personnes qui ont tout ça, faut savoir que c’est des horaires atypiques, avec des amplitudes horaires énormes genre commencer à 9h et finir à 21h, tout ça pour un SMIC à temps partiel. Donc faut pas avoir d’autres responsabilités.
M- Tiens Gilles, toi qui es « jeune parent ». Ça te dit un boulot payé au SMIC avec des horaires décalées ?
G – Bah la crèche c’est 10h par jour max j’ai 30min de trajet à chaque fois, ça coûte une blinde… donc euh… Je vais prendre le temps de réfléchir
M – Ouais bah voilà, ces métiers en tension on peut pas juste prendre n’importe quel chômeur et le mettre à bosser dedans comme si c’était les Sims. Dans la vraie vie, celles et ceux qui vont prendre ces jobs difficiles ce sont les personnes qui n’ont absolument pas le choix, qui n’ont pas de mécanismes de support local et qui ont du mal à faire respecter leurs droits pour améliorer leurs conditions de travail. Donc les personnes immigrés, et encore plus celles qui ne sont pas issue de l’Union Européenne.
Métier difficile, déjà occupé par des immigrés
G – C’est pour ça qu’on les retrouve dans les emplois que ce graph indique comme essentiels. Autour de 15% du personnel soignant, des conducteurs d’engins, des éboueurs et près d’un quart pour les employés de ménages, sont des travailleurs d’origines étrangères,.
France TV – Un économiste répond aux clichés sur l’immigration et le travail en France – Cash Investigation (14/11/2024)
1:18 : “qu’est-ce qui explique que ces secteurs en particulier euh emploi autant d’étrangers hors Union Européenne ces métiers-là dont on parle sont souvent des métiers euh contraignants avec avec un travail répétitif un travail difficile des heures fractionnées morcelé haché et donc et des salaires bas exactement et les immigrés à qualification égale ont davantage tendance justement à accepter des conditions d’emploi difficiles des conditions de travail éprouvantes “
G – Et donc non, les immigrés ne “volent pas le travail des français”, parce que les français ne veulent pas – à juste titre… c’est pas une critique – faire les boulots que les immigrés font.
France TV – Un économiste répond aux clichés sur l’immigration et le travail en France – Cash Investigation (14/11/2024)
Elise Lucet et Anthony Edo, économiste spécialiste des questions relatives aux migrations internationales.
2:48 “la concurrence ne s’exerce pas nécessairement entre les immigrés et les français né en France, la concurrence exerce surtout au sein de la population étrangère, au sein de la population immigrée. De telle sorte que par exemple une augmentation du nombre d’étrangers dans certains métiers du BTP va surtout réduire les opportunités économiques des travailleurs justement immigrés issu des vagues précédentes d’immigration”
Point de récap :
M – Donc, pour récapituler: dans nos discours politiques l’immigration est désignée comme le problème numéro 1, responsable de tous les maux de notre société : que ce soit par le vol des aides sociales, ou par le vol du travail. De l’autre côté, la réalité c’est plutôt que les immigrés – même s’ils sont plus touchés par le chômage que les natifs – apportent plus d’activité économique, plus de PIB qu’ils consomment en “service publics” puisqu’ils arrivent en France déjà prêts à travailler. En plus ils sont surreprésentés dans les métiers difficiles, qui peinent à recruter, mais qui sont pourtant pour la plupart essentiels.
G – Et malgré tout, ces métiers continuent d’être “en tension” au point d’avoir un manque d’un demi-million de travailleurs en France dans les 5 ans à venir.
3 – L’hypocrisie des réponses
M – Et c’est là qu’on arrive sur la réponse politique à tout ça !
G – Vous vous souvenez de la loi immigration de Darmanin en 2024 ? Bon clairement c’était une loi qui avait pour but d’être plus sévère avec les étrangers, et qui a profité de l’actualité pour toujours plus créer des amalgames entre “personnes migrantes” et “délinquance”. Concrètement cette loi a fait en sorte de :
- faciliter davantage l’expulsion des étrangers en situation irrégulière,
- rendre plus difficile le renouvellement des titres de séjours ou faciliter leur retrait avec des nouveaux critères à respecter,
- permettre une systématisation des obligations de quitter le territoire français (les fameux OQTF) pour les étrangers à qui on a refusé l’asile…
M – D’ailleurs sur les OQTF, Mathieu Burgalassi à fait un article à ce sujet sur stup.media pour expliquer leur instrumentalisation politique et autoritaire, on vous met le lien en description.
G – Bon vous avez compris, une loi bien sévère, bien appréciée de la droite et l’extrême droite, et à laquelle beaucoup d’associations et d’organisations continuent de s’opposer au vu des conséquences sociales qui se font déjà sentir.
M – Mais ce qui est relativement nouveau dans cette loi c’est la mention des “métiers en tensions”. Le but c’est de faciliter l’obtention d’un titre de séjour pour les travailleurs et travailleuses en situation irrégulière qui travaillent dans ces métiers en tension.
G – Ah oui, le mythe du sans papier qui profite des aides, c’est 100% une légende hein ! Essayez donc de chopper des aides sociales en France sans aucun papier et justificatifs de rien du tout… Ben bon courage ! Les sans papiers bossent de ouf. Les patrons les adorent d’ailleurs, parce qu’ils sont corvéables à merci et ils ne peuvent pas se plaindre.
M – Darmanin lui ça il aime bien aussi les migrants qui ne se plaigne pas. sa politique migratoire : « Il faut être méchant avec les méchants et gentil avec les gentils ! »
Une politique trop incohérente
G – Bah voilà, c’est une politique migratoire qu’on peut comprendre ça !
M – La question reste de savoir qui sont les gentils et qui sont les méchants. Et il semblerait que ce ne soit pas toujours clair, même pour eux. Fin janvier Retailleau, ministre de l’intérieur, a publié une nouvelle circulaire. En gros c’est un document adressé aux préfets, qui précise un peu la loi immigration, et qui donne des indications sur les critères à appliquer pour régulariser des étrangers en situation irrégulière.
G – Cette nouvelle circulaire, elle confirme ouvertement la volonté d’être plus sévère avec les sans papiers .
Retailleau qui présente sa circulaire
13:58 : “bien sûr que c’est une circulaire de fermeté je l’assume totalement il faut impérativement lutter contre l’immigration irrégulière”
M – Et donc lui aussi, sans employer directement le terme de “gentils et “méchants”, il fait une distinction entre les bons et les mauvais étrangers :
Retailleau qui présente sa circulaire
6:00 : “ moi ce que je ne veux pas c’est que obtenir des papiers en fraudant la loi française en passant illégalement nos frontières soit plus simple et plus rapide que obtenir des papiers légalement pour des étrangers qui vont s’inscrire dans un parcours pour obtenir un titre de séjour travail légalement on peut pas désavantager les seconds qui acceptent nos règles au mépris des premiers qui les violent c’est ça le fond et le sens euh de la circulaire”
G – Dans cette circulaire donc, pour les personnes en situation irrégulière qui ne travaillent pas dans des métiers “en tension”, donc les méchants illégaux, ça dit : “les étrangers « sans-papiers » doivent désormais être présents sur le territoire depuis au moins sept ans contre cinq ans auparavant pour obtenir une autorisation de séjour.”
M – Ah oui la vache c’est long 7 ans ! C’est le temps entre l’entrée au collège et le passage du bac, une éternité. Mais bon au moins ceux qui travaillent dans les métiers “en tension”, eux, ils vont ptetre avoir la vie un peu plus facile.
G – … Eh bah non. Pour le coup la circulaire reprend les critères de loi Darmanin de 2024 dont on parlait tout à l’heure (vous me direz, au moins il ne les durcit pas davantage), mais c’était déjà assez costaud : “la régularisation des travailleurs exige trois ans de présence en France, douze mois d’ancienneté dans l’exercice d’un métier fixé par décret”
M – Attend mais c’est pas censé être les gentils les travailleurs ? Si faut qu’ils soient là depuis 3 ans en ayant travaillé 1 an pour se régulariser, c’est bien qu’ils auront été là de manière illégale un moment donné. Vous imaginez bosser dans les métiers les plus difficiles dont les français ne veulent pas, certainement de manière illégale, donc sans protection sociale, peut-être même pas payé au SMIC… Tout ça avec la peur au ventre de se faire virer. J’ai comme l’impression qu’on n’est pas si “gentils” avec les “gentils” là !
G – Et oui, d’où certaines critiques ! On a par exemple la Commission nationale consultative des droits de l’homme qui déplore : “l’incohérence de l’exigence de preuves de douze mois de travail pour des personnes a priori non autorisées à travailler légalement.”
M – Ils critiquent aussi l’amplification d’un paradoxe qui empêche la régularisation : “Ainsi, le texte prévoit d’un côté des (nouvelles) mesures contre les employeurs faisant appel à des travailleurs en situation irrégulière et d’un autre côté rend ces mêmes travailleurs dépendant de leurs employeurs pour apporter les preuves de leur travail.”
G – Et là rappelons-nous que l’on parle que des travailleurs dans les métiers en tension ! Si vous travaillez dans un secteur qui ne nous intéresse pas, vous restez dans la version pour méchants “faut être là depuis 7 ans”. Et puis si la liste des métiers en tension est révisée, comme elle va l’être à priori tous les ans, et que votre métier disparaît de la liste, bah votre visa risque de disparaître aussi. Donc on crée clairement une hiérarchie entre les immigrés, selon leur utilité à notre économie. Et c’est pas la première fois qu’on fait ça.
M – Parce qu’on a tendance à vouloir l’oublier, mais la France c’est aussi un ancien empire coloniale, qui à hiérarchisé économiquement des peuples entiers pendant des centaines d’années. Donc on a gardé de vieux réflexes.
Les travailleurs algériens en France – Sudorama, mémoires du Sud de 1940 à nos jours
00:00 : “Marseille, La Joliette.A quai, l’avenir.Mais la compagnie de navigation mixte retardée de trois heures par le mistral.Débarquement d’immigrants algériens.Des hommes, quelques femmes avec leurs enfants.”
3:40 : “Commentant les accords, monsieur Masse, le directeur de la population et de l’immigration déclarait, le 31 décembre : » Les autorités françaises vont pouvoir adapter l’immigration aux besoins objectifs de l’économie « .On connaît ces images.Dans les travaux publics, la sidérurgie, la métallurgie et le bâtiment, le visage du travailleur algérien est familier.”
M – Bon la c’était un contexte particulier, on est en 1968, on vient de signer l’accord franco-algérien. Mais bon, dans l’idée, même si ce n’est pas les mêmes procédés administratifs, c’est le même principe aujourd’hui : à l’époque la France était en pleine période de croissance et avait besoin de mains pour faire tourner son économie, aujourd’hui on est en pénurie de bras pour occuper certains boulots essentiels qui sont en tension.
G – Et c’est marrant quand même ! c’est toujours ceux qui veulent réduire le droit des immigrés, qui semblent être les plus nostalgique du “temps béni des colonies”…
Bruno Retailleau, président du groupe LR au Sénat
2:35 “ La colonisation, c’est bien entendu des heures qui ont été noires, mais c’est aussi des heures qui ont été belles avec des mains tendues.”
G – En tout cas, vous comprenez bien que cette loi immigration, qui prétend apporter une solution à notre problème de métier en tension en nous faisant croire qu’une bonne immigration doit servir d’ajustement économique, en réalité, c’est du vent. Et de toute façon, la loi immigration de Darmanin, son but premier, c’était pas de trouver une solution à ce problème, c’était bel et bien de durcir les règles pour tous les immigrés hors Union Européenne.
Donc il faut améliorer
M – Si vraiment ils voulaient trouver une solution aux métiers en tension, ils pourraient, je sais pas moi, y améliorer la rémunération et les conditions de travail !
G – Ah bah… Tu crois pas si bien dire !
Medef – AUDITIONS LÉGISLATIVES 2024 | Jordan Bardella, Eric Ciotti – RN
Bardella
40:00 : “Et d’ailleurs lorsque il y a eu ce débat sur la loi immigration notamment sur l’article 3 qui était devenu 4 bis je me souviens d’un communiqué commun du MDEF de la CPME et de l’UDP qui disait avant le recours à l’immigration il faut tout faire en France pour pousser les les les les conditions en France de l’emploi sur le territoire national avec de la main d’œuvre nationale donc il y a un sujet de rémunération il y a un sujet de formation il y a bien souvent il faut pas le nier un sujet de logement”
(silence choqués)
M – Euh… Attend, on est sur le point d’être d’accord avec Bardella ?
G – Nan t’inquiète ! Lui il dit ça pour justifier sa politique raciste qui désignerait les immigrés comme le coupable de tous nos maux. Dans sa logique, on améliore les conditions de travail dans les métiers en tension, comme ça, on peut fermer les frontières et renvoyer les travailleurs étrangers “chez eux”. Mais même ça c’est un mensonge en fait, parce que jamais le RN n’a eu pour but de défendre les travailleurs qu’ils soient français ou d’ailleurs. C’est un parti fondamentalement anti-syndicaliste et dont les seules mesures supposément en faveur des petits salaires c’est de réduire les cotisations. Donc de réduire la possibilité de redistribution qui bénéficie surtout aux travailleurs les plus modestes. Quand ils parlent d’augmentation des salaires, c’est au détriment des cotisations patronales :
Medef – AUDITIONS LÉGISLATIVES 2024 | Jordan Bardella, Eric Ciotti – RN
Bardella
39:39 “ je pense qu’il y a plusieurs sujets il y a d’abord le sujet de la rémunération et c’est la raison pour laquelle on veut permettre aux chefs d’entreprise qui en ont la possibilité d’augmenter de 10 % sans cotisation patronale les salaires dans leur entreprise jusqu’à trois fois le SMIC”
G – Puis il suffit de regarder au UK ou aux US, il y a beaucoup moins de cotisations sur les salaires, ça n’empêche pas le phénomène des travailleurs pauvres, aux contraire !
M – D’ailleurs, quand il s’agit de trouver de la main d’œuvre à exploiter on peut être sûr que le RN n’est pas loin. Que ce soit à l’assemblée, où un député RN à déposer un amendement qui voulait affaiblir un peu les contrôles du travail dissimulé dans les vignes. Où quand, comme de par hasard, des travailleurs illégaux sont découverts, avec leur tentes, sur la propriété viticole d’un autre député RN ! Bien sûr, dans les deux cas, pas d’expulsion du parti, bah non parce que c’est pas tant un parti « anti-migrants »… qu’un parti « pro-exploitation ».
G – Eh oui… C’est pas le premier rodéo des partis qui se disent « anti-migrants ». L’Italie, le Royaume-Uni, les Etats-unis sont autant de pays qui ont, par des décisions politiques, fait chuter le nombre de nouveaux immigrants sur leur territoire, tous ont connu des problèmes de recrutement dans des secteurs clefs de leurs économies et ont rapidement dû créer de nouvelles filières de migrations pour y pallier.
M – C’est comme si les économies occidentales dépendaient d’une main d’œuvre immigrée. Comme si on avait besoin d’eux pour travailler dans des boulots qui sont rendus difficiles par des conditions de travail dégradées !
4 – A qui bénéficient ces politiques ?
M – Mais si les discours anti-migrants dominent autant, c’est bien que ça profite à certains ! Donc à qui au juste ? D’abord clairement ça profite aux partis politiques qui font des migrants leur bouc-émissaire, ça vous le savez. Ça fait vendre le racisme et le nationalisme.
G – Mais ça doit bien profiter aux patrons aussi ! Parce que bon Boris Johnson, Giorgia Meloni ou Donald Trump, ce ne sont pas des gens qui sont arrivés au pouvoir sans avoir un soutien assez large du monde économique ! En France aussi hein, notre Extrême Droite elle a le soutien de grands patrons comme Bolloré ou Stérin (que l’on a déjà mentionné à propos des chiffres bidonnés de Bardella).
M – Mais Bolloré, c’est notamment du transport et du vin et Stérin c’est la restauration et le tourisme… C’est des secteurs qui peuvent employer beaucoup d’immigrés non ? La restauration ça fait même partie de la liste des secteurs en tension qui a été transmise par le gouvernement, donc ils sont bêtes de soutenir des partis qui veulent limiter l’entrée de main d’œuvre !
G – Mais en vrai ils savent ce qu’ils font, ils savent que ce n’est pas dans leur intérêt de ne plus avoir d’immigrés en France pour occuper leurs emplois sous-payés et contraignants. Et ils savent que si, par malheur, une des politiques promise par l’Extrême Droite provoque effectivement une baisse sensible de l’immigration, ils pourront demander un retour en arrière. Ils pourront compter sur un grand ouin-ouin patronal de toutes celles et ceux qui auront voté pour le RN en pensant que ça allait virer les “méchants” immigrés, et qui vont découvrir que bah, en fait, leurs employés étaient des immigrés aussi !
M – Mais comment, personne n’est disponible pour ramasser mes fraises, faire la plonge dans mon restaurant sans clim, traverser l’Europe en camion sans voir sa famille pendant 3 semaines, venir s’occuper de ma mère matin et soir, nettoyer la gare à 5h du mat. Tout ça avec un contrat à temps partiel de 1 mois, un manager brutal, et un planning qui change aléatoirement? Qu’entend-je ?
G – En fait, en soutenant des politiques racistes, qui jouent sur la peur, qui sont soit disant “anti-migrants”, mais qui à tout moment peuvent rouvrir les valves pour laisser passer quelques travailleurs utiles, ils s’assurent d’avoir une main d’oeuvre précaire qui a le moins de protection juridique, prête à être employée à bas salaire et qui n’aura pas d’autre choix que d’accepter des conditions de travail impossibles.
L’immigration est une évidence, mais l’exploitation doit être combattue.
M – En Italie, au Royaume Unis ou en France, au vu de notre système économique, l’immigration n’est pas une chance, c’est une évidence ! Dans nos économies vieillissantes nous avons besoin de bras pour s’occuper de nos aînés, et si on veut une adaptation au changement climatique ça passera notamment par des aménagements qui nécessiteront des travailleurs de dizaines de secteurs qui sont déjà en tension aujourd’hui, comme le BTP ou l’agriculture. Et pour tout ça, nous auront besoin de bras. Et telles que sont les choses aujourd’hui, ca passera par de la main d’oeuvre importée, des immigrés. Et ça nos politiques en ont bien conscience.
G – La réelle question que posent nos politiques, c’est pas vraiment de se passer d’immigration ou pas, c’est comment continuer à les exploiter !
M – Finalement ce qu’on voit c’est bien une “délocalisation sur place” comme en parle le sociologue Daniel Veron dans son livre:
Citation : “Les secteurs du bâtiment et des travaux publics, du nettoyage, de la restauration, ou encore des services à la personne, sont par définition ceux dans lesquels la production ne peut être déplacée ; le travail doit nécessairement se faire « sur place ». Dès lors, une stratégie centrale visant à intensifier l’accumulation du capital repose sur un abaissement du prix du travail par le recours à une force de travail « importée », c’est-à-dire à du travail migrant.”
G – Permettre l’exploitation des travailleurs immigrés en réduisant leurs droits c’est créer une main d’œuvre moins chère, et puis progressivement ses pratiques se développent. Parce que, ne pensez pas que ça va s’arrêter aux métiers précaires. Si il y a de quoi exploiter, ça va exploiter !
M – Regardez aux Etats-Unis. Malgré une campagne “America First”, Trump et Musk se sont dit favorables à généraliser l’usage du visa H-1B, qui permet de recruter du personnel étrangers qualifié. La crainte, et c’est déjà arrivé par le passé dans certaines boîtes américaines, c’est que les travailleurs qualifiés américains soient remplacés par des travailleurs qualifiés immigrés qui se retrouvent dans une situation forcément précaire, puisque leur visa H1B est dans les mains de leur employeur… Donc être viré c’est aussi menacé d’être expulsé.
G – Eh c’est pas pour rien que c’est d’abord Musk et son ami Ramaswamy, tous deux businessman, qui ont lancé l’idée d’étendre ce visa !
M – Et c’est la même tendance en Italie, même si les discours anti-migrations illégales de Giorgia Meloni restent d’actualité, elle à en même temps, fait drastiquement augmenter l’immigration de travail pour ajouter un demi million de migrant à la main d’œuvre italienne ! Et tout ça sans mettre de mesure forte en place pour protéger ces travailleurs qui sont régulièrement la proie de systèmes d’exploitation particulièrement développés dans l’industrie agricole italienne.
G – Alors derrière ces discours anti-migrants on retrouve en fait la même logique d’exploitation qui veut s’en prendre aux droits sociaux des travailleurs, immigrés ou non. Rallongement de la durée de travail avec des réformes de retraite, incitation au retour à l’emploi grace à des durcissements de règles pour avoir son chômage, 15 heures d’activité obligatoires pour les personnes au RSA.
M – Et bien sûr en parallèle, aucun signe d’amélioration des conditions de travail, aucune mesure pour éviter le recours de plus en plus important aux contrats précaires, pas de discussion pour pousser une augmentation des rémunération, sans rogner sur les cotisations.
Conclusion
M – Bref, L’intérêt du travailleur français n’est pas celui de son patron. L’assaut idéologique contre l’immigration sert clairement les intérêts de celles et ceux qui veulent exploiter les travailleurs et travailleuses. Mais les politiques qui prétendent vouloir réduire toujours plus le nombre d’immigrés sont beaucoup trop loin des réalités économiques pour être tenables.
G – « Ah Bon » comme dirait Bardella qui fait semblant.
M – Et c’est ça le plus cynique dans tout ça. C’est que les discours anti-immigrations, bah ils préparent le terrain, ils cherchent à creuser un fossé toujours plus profond entre les travailleurs qui sont nés ici ou là bas.
G – Il ne faut pas croire que les extrêmes droites sont juste “des partis anti-immigrations ». Les politiques Italienne ou Américaine nous montrent surtout que ce sont des partis pro-exploitation et donc pro-patron. Des pratiques inhumaines pour les travailleurs qui la subissent et qui abîment irrémédiablement également le droit du travail.
M – C’est pour cela que les droits des immigrés nous concernent tous, c’est pour ça qu’il faut s’assurer qu’il n’y ai pas de hiérarchie non seulement parmi les immigrés selon leur secteur d’activité, mais aussi parmi les travailleurs en général ! Tous et toutes doivent avoir un accès réel à la justice pour connaître et faire valoir leurs droits.
G – Dans cette vidéo on s’est principalement concentré sur les aspects économiques du sujet de l’immigration, (c’est notre domaine et on est bien obligés de choisir un angle). Mais évidemment, ce n’est pas QUE une question économique.
M – C’est bien sûr aussi un sujet social et politique. Les débats sur l’immigration sont alimentés par des paniques morales. Ce sont rarement des discussions apaisées, auxquelles ont peut répondre de manière calme et factuelle, ce sont des débats qui se reposent sur l’émotionnel, en particulier la peur. On nous peint le portrait de l’immigré déshumanisé, pas intégré, criminel, qui est dangereux PARCE QUE étranger. Alors que ce n’est pas la réalité.
G – La réalité c’est par exemple qu’un des premiers facteurs qui mène à la délinquance, ce n’est pas la nationalité, c’est la précarité économique. Or les populations immigrées sont plus touchées par la précarité que les français natifs. Cette note du CEPII fait une petite synthèse sur la question, on vous la met en description si jamais vous voulez y jeter un oeil. Ils mentionnent également le rôle de la presse dans la surreprésentation des délits commis par les immigrés.
M – C’est le serpent qui se mord la queue. Les politiques nous agitent l’image de cet étranger dangereux, ils alimentent la peur des français, puis prétendent apporter des solutions (en limitant les régularisations, systématisant l’usage des OQTF, en créant parfois des conflits diplomatiques au passage). Et ça, ça fragilise toujours plus la situation des immigrés, en les stigmatisant et en les précarisant.
G – Et tous ces discours politiques déshumanisants finissent toujours par infuser dans la société, leurs impacts se retrouvent partout. Par exemple sur la manière dont on gère nos frontières ! Sur ce sujet, on vous conseille l’excellent sujet de Lumi pour “Off Investigation” qui nous raconte comment Frontex, l’agence de l’Union européenne chargée du contrôle et de la gestion des frontières de l’espace Schengen, utilise des méthodes illégales qui mettent en danger la vie des migrants, pour les repousser hors de nos territoires.
Off Investigation – Europe : les frontières de l’INHUMANITÉ – En OFF avec Lumi
4:08 : “des pushbacks connus de l’agence européenne Frontex qui auraient caché une vingtaine de rejets violents et illégaux de 957 migrants”
G – Bref, les politiques anti-migratoires, le contrôle de nos frontières, les métiers en tension dont on ne cherche pas vraiment à améliorer les conditions, la discrimination contre les migrants, tout ça c’est lié… Ca permet de justifier l’exploitation de certains travailleurs. Et si on laisse l’extrême droite nous laver le cerveau avec ses discours toujours plus menteurs et violents, et ben l’exploitation elle va s’intensifier… Et pas que pour les migrants.
M – C’est donc super important de pouvoir informer sur ces questions, comme on a tenté de le faire aujourd’hui. Donc n’hésitez pas à soutenir des médias indépendants comme Blast. Et nous, on se retrouve le mois prochain.
Journalistes : Marino et Heu?reka
Co-auteur : Arnaud Gantier (Stupid Economics)
Réalisation : Valentin Levetti
Montage : Ace Modey
Production : Stup.media
Son : Baptiste Veilhan
Graphisme : Morgane Sabouret
Directeur des programmes : Mathias Enthoven
Rédaction en chef : Soumaya Benaïssa
Directeur de la publication : Denis Robert