Le temps a toujours été à notre avantage, pour que nos sujets soient renforcés par la parole d’expert ou de travaux académiques. Mais la dissolution et l’organisation d’élections législatives en 3 semaines nous privent d’un temps démocratique essentiel.
Pour contribuer à votre droit d’être informé malgré cet agenda serré, nous avons condensé tout ce que nous avons pu prendre le temps d’analyser ces 8 dernières années.
Le RN, colère et peur de la France des propriétaires
Nous avons eu l’occasion d’analyser le logement et l’immobilier dans un autre article : Urbanisme : La fin de la maison individuelle 🏡. Nous avons pu y expliquer en quoi les rêves et les peurs qui y sont liés sont très importants.
Le mode de vie de la France périurbaine est sous pression, ce sont des modes de vie qui consomment plus d’énergie dont les épisodes d’inflations ont exposé la fragilité.
Ce que nous avions loupé dans cet épisode, c’est que le modèle de la France des propriétaires qui était en vogue depuis les années 60 était aussi une forme de politique industrielle. La sociologue Violaine Girard explique qu’il s’agit d’une réponse au syndicalisme des ouvriers des villes. Une entreprise dans une zone plus rurale bénéficie d’une main-d’œuvre d’employés fidèle parce que dépendante, d’autant plus quand ils sont immobilisés par un prêts immobiliers sur 20 ans. Une dépendance à sens unique comme le rappellent les fermetures d’entreprises actuelles.
Violaine Girard « il y a toutes les dynamiques concentrées un peu dans ce parc industriel, c’est d’un part un éclatement des conditions d »emploie, CDI, CDD interim, il y a un éclatement des statuts d’emplois, avec des activité différentes, des horaires différentes. […]Mais dans le reste des sites, voilà, il y avait cette stratégie pour rompre avec des implantations syndicales elle a bien marché. »
Quand l’emploi n’est pas une garantie, le capital immobilier est une protection importante. Dans un article sur l’héritage, nous rappelions que c’était la principale forme d’épargne des Français. Reste que ce capital est remis en question, comme nous l’avions évoqué dans notre article de prospective sur l’Habitat en 2050.
L’autre inquiétude sur la valeur immobilière, c’est que la crise du logement pousse des populations plus pauvres à s’éloigner des centres urbains, à s’installer dans des zones périurbaines. La peur c’est que la pauvreté soit contagieuse, qu’elle rendent les communes malades et infectent les prix immobiliers.
Bref, la France des propriétaires à contribué à populariser les idées défendues par la droite. Les trahisons, la peur, la colère ont fait le reste.
Le RN, tout un programme !
Depuis 1 ans pratiquement nous travaillons travaille sur un projet de prospective pour décrire un scénario possible de 2050, un gros projet qui va être très utile pour cette partie.
Il nous a permis d’identifier clairement trois tendances qui ont lieu en France et qu’aucun parti politique ne peut inverser :
- Le vieillissement de la population française.
- L’augmentation des impacts des changements environnementaux
- Et la combinaison des deux, le ralentissement de la croissance économique.
La vieille France
Nous avons évoqué à plusieurs reprise l’influence de la démographie sur le futur d’un pays. Nottament dans un article sur la réforme des retraites et sur l’Inde qui est devenu le pays le plus peuplé au monde.
Si la France n’est pas le pays le plus vieillissant d’Europe ce n’est pas un élément à prendre à la légère parce que les impacts se font sentir partout : sur l’électorat, sur l’économie, sur le marché du logement et au niveau de la part de population active.
Voici ce que nous avions écrit en 2022 : « Statistiquement la plupart des personnes de 80 ans peuvent compter sur plusieurs enfants pour les aider. Pour les personnes nées dans les années 80, issues de familles plus petites, la prise en charge de leurs parents ne va pas pouvoir être partagée entre autant d’enfants. Aujourd’hui une personne de 80 ans peut compter sur l’aide de 2,4 personnes de 55 ans, contre 1,3 en 2040. »
La solution des partis centristes, c’est le recul de la retraite , mais plus récemment, il y a eu la phrase d’Emmanuel Macron sur le réarmement démographique. Une idée présentée par le RN comme une solution au vieillissement de la population.
Il y a une différence entre une politique qui permet aux personnes d’avoir le nombre d’enfants qu’elles souhaitent et celle qui compte sur une hausse de natalité assez importante pour contrebalancer le vieillissement de la population. Les promesses du RN ressemblent à celles que l’on voit à l’œuvre en Hongrie. Et là bas, ils y mettent les moyens et les discours.
« nous aimerions que nos petites filles considèrent que le paroxysme de l’accomplissement de soi c’est de nous faire des petits enfants. »
Une politique nataliste qui va clairement à l’encontre du droit des femmes et qui pour tenter d’atteindre ses objectifs restreint l’accès à l’avortement. Si avec tout ça, le taux de fertilité à un peu augmenté, il est loin d’empêcher le vieillissement et chaque année, la Hongrie perd de la population.
C’est là qu’on arrive à la question de l’immigration et aux hypocrisie des partis d’extrême droite. Les exemples Allemand et surtout Italien nous montrent que l’immigration répond à un besoin dans des pays vieillissants.
« Derrière les discours anti-migrants en Italie, il y à un pays qui vieillit et voit sa population diminuer depuis 2022. Peu de discours mentionnent le nombre d’aidantes pour les personnes âgées qui vivent souvent dans les domiciles de celle-ci. Elles sont entre 400 et 800 000 de Badanti, la plupart des femmes immigrées, et c’est avec l’importation de ces bras que l’Italie prend en charge ses vieux. » CE QUE CACHE LA REFORME DES RETRAITES 👴
C’est bien le travail qui encourage et permet l’immigration, et du travail il y en a ! Que ce soit pour prendre soin de nos vieux , livrer des repas, pour travailler dans les champs, pour construire nos logements. L’immigration illégale c’est la possibilité pour les individus ou les entreprises d’exploiter et de contourner le droit du travail sans avoir besoin de délocaliser.
Malgré son engagement contre l’immigration, le Huffingtonpost raconte comment un député RN à été surpris en train de déposer un amendement visant à limiter les contrôles d’embauches illégales dans les entreprises agricoles. Outre le fait que l’esclavage est inacceptable, c’est aussi une manière de mettre les travailleurs français en compétition avec de l’esclavage moderne.
Les changements environnementaux
Les changements environnementaux produisent des effets très divers mais dont les impacts peuvent être réduit à un concept économique : l’inflation.
Les mauvaises récoltes, le coût de l’adaptation, mais aussi la hausse des coûts de l’extraction des énergies fossiles et les politiques anti-gaz à effet de serre. Tout ça on commence à le comprendre et à le subir, ça à un impact sur le pouvoir d’achat.
Ce problème est identifié par le RN notamment parce que ça touche très directement certains de leurs électorats. Les plus exposés vivent dans les zones les moins denses qui imposent de faire des kilomètres aux quotidiens et dont l’habitat est plus coûteux à chauffer et à entretenir.
Donc l’idée RN, pour l’instant, c’est de baisser fortement les coûts de l’énergie, une mesure coûteuse basée sur des idées reçues et qui met en péril l’économie française.
Les taxes sur les carburants rapportent autour de 40 milliards d’euros. Une sommes massives mais qui sert indirectement à financer des services utiles aux automobilistes eux-mêmes, comme les près de 40 milliards de prises en charge des accidents de la route par l’État ou les 15 milliards d’euros pour l’entretien des routes.
Cette proposition c’est aussi retarder la transition énergétique du pays. Si il est essentiel et difficile de doser la rapidité de cette transition, il apparaît logique de s’adapter avec avant de se retrouver avec une essence trop chère pour les français.
Une croissance économique atone
Bruno Lemaire avait pris l’habitude de surestimer les prévisions de croissance.
Pourtant, la croissance économique française par habitant tend depuis des décennies à s’approcher du 0. Cette tendance à plein d’explications, le vieillissement de la population et le changement climatique en font partie.
Ce que nous à montrer avec force le quinquennat précédent, c’est qu’il ne suffit pas de parler sans arrêt de croissance économique pour la créer par magie.
C’est la même magie qui était à l’œuvre en Allemagne avec leur tissu industriel incroyable qui faisait de la croissance comme jamais. En fait on se rend compte que c’était surtout une dépendance très forte au gaz russe peu cher et du sous investissement public.
Aujourd’hui on salive devant les Etats-unis et leur Silicon Valley et se demandant comment on pourrait leur ressembler. Ce qui n’est pas mentionné c’est que 8% de leur PIB et 10 millions d’emplois sont liés à l’extraction de pétrole en partie sur leur territoire ! Et on avait justement rappelé dans un épisode que la pire crise éco de 2008 à eu lieu justement au moment où leur production de pétrole était au plus bas.
La réalité académique, de ce que j’en comprend, c’est que la croissance économique c’est un truc que l’on peut tenter de favoriser avec des institutions et des politiques publiques mais qui est aussi très très dépendante de plein d’autres facteurs, notamment de la richesse du pays, de sa démographie, de la situation des pays voisins, de l’impact des innovations technologiques du moment et de la stabilité du climat.
Cette diminution de la croissance n’est pas une fin du monde, c’est pas le déclin de la France. Mais à court terme ça pose un problème de paix sociale, puisqu’il n’y a pas de richesse supplémentaire à répartir chaque année.
Pour le dire le plus simplement possible. Sans croissance, pour donner aux uns, il faut prendre aux autres.
La promesse des précédents gouvernements, c’était de distribuer une partie du budget de l’État pour aider les entreprises et de réduire le coût du travail par plusieurs mesures, souvent impopulaires. L’espoir, c’était de générer suffisamment de croissance pour que ces sacrifices budgétaires et sociaux soient compensés par de la richesse, ça n’a pas fonctionné.
Le programme du RN a-t-il besoin de croissance ?
Le RN est réceptif au discours des entreprises qui demande la continuation des subventions et ne présente aucune mesure concrète qui signale la fin de cette politique.
Mais le coeur de son programme n’est pas là, sa promesse principale c’est la préférence nationale, restreindre les droits à certaines populations, pour que la richesse de notre économie soit distribuée différemment.
Il n’y a pas besoin de croissance pour faire ça, mais par contre il faut hiérarchiser les individus en fonction de leur origine. En plus d’être contraire à l’art 1 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, les ordres de grandeur de cette proposition économiques ne fonctionnent pas.
Dans une interview à l’occasion de la présidentielle de 2022, nous avions montré qu’il y a autour de 5 millions d’étrangers en France, que c’est une population qui peut connaître des difficultés d’emploi, mais qui malgré cela ne représentent pas une ligne budgétaire très importante pour l’État. Les plus grosses dépenses budgétaires sont les premières et les dernières années de vie. C’est l’éducation et la retraite, la plupart des étrangers arrivent autours de 25 ans, ne coûtent rien en éducation, voir arrive déjà formé et le système de retraite à répartition n’est pas avantageux pour les carrières incomplètes.
Sans compter que les politiques anti-immigration ont un coût, un coût humain, avec des morts, des souffrances. C’est aussi une politique très coûteuse en construction de mur et en forces de police pour surveiller ses frontières.
Bref, la cagnotte de l’argent de l’imigration n’existe pas. Il ne représente pas une fraction assez importante du budget de l’État pour que ça puisse générer un enrichissement significatif pour le reste des Français. C’est pour ça que les mesures économiques du RN sont vagues, changeantes et évitent tout chiffrages.
Concentration des médias, concentrations des idées
Si nous prenons le temps de pointer le péril des théories économiques du RN c’est que l’analyse de leur programme point par point est impossible. Tout peut changer entre deux plateaux télé. Et c’est là qu’est leur avantage stratégique, ils n’ont pas besoin de programme puisque leurs idées sont déja programmées partout.
Parce que l’espace médiatique français est devenu de plus en plus concentré au point d’être contrôlé par quelques milliardaires qui peuvent mettre leurs médias au service des thèses de l’extrême droite.
En saturant l’espace médiatique de débat, en empêchant systématiquement la parole académique ou les exposés journalistiques. Cette stratégie empêche les nuances et les échanges nécessaires au débat démocratique.
La machine médiatique de Bolloré à imposer ses thèmes comme avec Le grand remplacement ou l’islamo-gauchiste, voire même, plus récemment, d’orchestrer le rapprochement des partis Les républicains et Rassemblement National.
Toutes ces stratégies médiatiques sont efficaces, insidieuses et polarisent nos sociétés. Les idées, même fondamentalement fausses, à force d’être répétées, peuvent s’imposer, on peut se surprendre à penser que, puisqu’elles sont omniprésentes, elles ont un fond de vérité.
Ces machines médiatiques ont été à l’œuvre dans d’autres pays et fonctionnent. Elles ont favorisé l’élection de Trump aux États-Unis, de Bolsonaro au Brésil et de Milei en Argentine. Partout, elles discréditent la mission d’information de la presse, déstabilisent profondément et durablement le fonctionnement de nos démocraties.