Qu’est-ce qui passionne les créateur.rice.s d’internet ?

Il y a quelques temps, alors que je travaillais sur les obstacles de visibilité, de reconnaissance et de rémunérations auxquels se confrontent les créateur.rice.s du web, le vidéaste Alphi m’a fait une réflexion intéressante sur le plaisir de cette activité. Et je me suis demandé : qu’est ce qui les passionne et motive dans ce milieu très compétitif et trop rarement gratifiant ? J’ai posé la question à 11 créateur.rice.s de contenus très différent.e.s, et aux communautés allant de 1.000 à 14 millions d’abonné.e.s.

[Pour chaque personne interrogée, j’ai extrait une citation principale avec une mise en page différente, similaire à ce paragraphe, mais vous pouvez également lire juste en dessous les réponses complètes]

Emma Ebouaney, vidéaste sur YouTube et sur Instagram :

« Je n’ai pas forcément envie de devenir influenceuse, de lancer un talk-show sur Twitch parce que c’est à la mode. Ce que j’aimais, à la base, c’était faire de la fiction. Et pour garder la motivation, j’ai découvert pleins de choses, comme l’association Les Internettes, la Guilde des Vidéastes, des festivals comme Frames où l’on rencontre des gens avec qui l’on peut potentiellement collaborer, l’aide au financement du CNC Talents. J’ai pu participer par exemple à une résidence Frames ou à l’initiative Elles Font YouTube de YouTube, qui m’ont permis de voir que je n’étais pas seule. Et j’ai pu y rencontrer des producteurs pour réfléchir à des projets qui, s’ils prennent plus de temps, me rendront fière. »

Citation complète :

« Ce sujet tombe à pic car, en ce moment, je manque de motivation et de créativité sur tout ce qui est création de contenus. C’est un cycle qui se répète depuis des années.

J’ai des phases de grosse motivation, puis de gros doutes. Je pense que ma période la plus créative, c’était en 2016, quand je débutais, que les vidéos étaient un pur loisir. Je ne me souciais pas de ce qui se passait sur la plateforme. YouTube était un laboratoire pour moi, je m’en foutais d’être payée. Ne pas dépendre de l’argent, c’était même quelque chose qui boostait mes idées. Le côté kitsch, années 1990, de mes vidéos, c’est parce qu’on avait du matos de merde, donc on l’assumait totalement. Mais peu à peu, je commençais à voir en face des grosses productions, et je ne savais plus trop comment me situer, ni à suivre le rythme. Je postais de façon irrégulière, et l’algorithme n’aimait pas ça. Ca me soulait un peu, je perdais mon côté spontané.

J’ai migré sur Instagram, car je pensais que c’était moins prise de tête, qu’on avait juste à se filmer avec son téléphone, et que cela allait m’apporter de la visibilité. Sauf que, c’était encore pire. Mon entourage me disait de poster tous les jours, mais c’est devenu une contrainte, je n’étais pas toujours fière de ce que je faisais. Je ne sais pas si ce sont des obstacles ou si je me donne des excuses, mais ce côté surproduction a un peu bridé ma motivation et ma créativité. Même des gros créateurs, que j’avais vus lors d’une conférence à Frames, n’ont pas vraiment de réponse face à cette pression pour poster. Et puis maintenant, avec Tik Tok, ça déborde de contenus, j’ai l’impression que tout a été fait.

Je n’ai pas forcément envie de devenir influenceuse, de lancer un talk-show sur Twitch parce que c’est à la mode. Ce que j’aimais, à la base, c’était faire de la fiction. Et pour garder la motivation, j’ai découvert pleins de choses, comme l’association Les Internettes, la Guilde des Vidéastes, des festivals comme Frames où l’on rencontre des gens avec qui l’on peut potentiellement collaborer, l’aide au financement du CNC Talents. J’ai pu participer par exemple à une résidence Frames ou à l’initiative Elles Font YouTube de YouTube, qui m’ont permis de voir que je n’étais pas seule. Et j’ai pu y rencontrer des producteurs pour réfléchir à des projets qui, s’ils prennent plus de temps, me rendront fière.

Je me suis dit que je devais suivre plus mon instinct, écouter mon cœur, et me recentrer sur mes objectifs personnels, à savoir écrire et jouer. Je ne veux plus me battre contre l’algorithme et me forcer à faire des choses qui ne me ressemblent pas. »

La Manie Du Cinéma, vidéaste sur YouTube :

« Je garde la motivation en grande partie grâce aux commentaires adorables des gens. Savoir que mon but premier, celui de faire rêver les gens, est parfois atteint, ça me rebooste. Après, j’aime aussi travailler, je suis hyperactive et même si je suis déçue par les stats d’une vidéo, je me mets à la suivante parce que j’aime beaucoup trop me lancer dans des recherches, écrire et produire du contenu. J’ai aussi mon entourage qui m’aide, qui ne fait pas forcément de YouTube, et qui me soutient. Et je suis également suivie par une psychologue. Je participe à des projets en dehors de ma chaîne qui me redonnent aussi confiance en moi. Et puis, je ne vais pas mentir, mon métier fait que je dois regarder des films, des séries, et en parler avec plaisir, c’est une vie qui fait rêver ! »

Citation complète :

« J’avais surtout envie de partager ma passion, et envie de savoir que je serais utile, même pour peu de personnes. Je voulais faire rêver les gens au travers du cinéma comme moi je peux rêver face aux films.

Les vraies difficultés ont commencé à arriver il y a peu, quand j’ai commencé à gagner ma vie avec cette activité. Ça m’a mis une énorme pression. J’ai augmenté mon rythme de publication, ce qui faisait que je travaillais quasi 7j/7, avec seulement les soirs en repos, pour profiter un peu de ma vie perso. Sauf qu’à chaque nouvelle vidéo sortie, les vues ne suivaient pas, ça dégringolait de plus en plus, les partenariats n’étaient pas reconduits car pas de résultats à la hauteur. Et mon ego en a pris un énorme coup. Au moment où j’avais décidé de tout donner dans ma chaîne, j’ai fait les pires de stats depuis sa création. J’ai jamais vraiment pensé à arrêter, ou vite fait, mais j’ai eu de grosses pertes de confiance en moi. Je savais que mon travail était bien, les commentaires des abonnés me le répétaient, mais les chiffres me mettaient plus bas que terre. En plus, avec les petites phrases du YouTube Studio, en mode “Ta vidéo a été moins performante que d’habitude”, super pour la confiance en soi. On se remet continuellement en question : pourquoi est-ce que je n’ai pas plu cette fois ? C’est horrible comme sentiment.

Aujourd’hui, créer des vidéos est mon activité à plein temps. Mais mes vidéos YouTube ne me permettent pas à elles seules de vivre. J’ai fait des partenariats, mais je n’en ai pas tout le temps, c’est assez inconstant. Je vis de Pôle Emploi, étant intermittente du spectacle. Et je prends quelques petites piges d’intervenantes, soit sur des plateaux dédiés au ciné soit dans des écoles. Mais je m’en sors financièrement. Depuis peu, j’ai un agent qui m’a dit que je devrais sortir plus de vidéos, ce qui fait que mon rythme de sortie est passé à 2 vidéos par mois. Je suis arrivée à le tenir mais vu le peu de résultat que cela me donne (baisse drastique de mes vues et quasi aucune prise d’abonnés), je sens que ce n’est pas la bonne formule. Donc je vais peut-être encore changer de rythme. Je suis toujours sur le fil, je me dis tout le temps que la prochaine vidéo va peut-être changer les choses, mais je stagne énormément. J’ai développé d’autres styles de contenu sur d’autres plateformes, comme TikTok et Instagram, et c’est là que j’ai les meilleurs chiffres actuellement. Mais encore une fois, je suis dépendante de ces chiffres.

Je garde la motivation en grande partie grâce aux commentaires adorables des gens. Savoir que mon but premier, celui de faire rêver les gens, est parfois atteint, ça me rebooste. Après, j’aime aussi travailler, je suis hyperactive et même si je suis déçue par les stats d’une vidéo, je me mets à la suivante parce que j’aime beaucoup trop me lancer dans des recherches, écrire et produire du contenu. J’ai aussi mon entourage qui m’aide, qui ne fait pas forcément de YouTube, et qui me soutient. Et je suis également suivie par une psychologue. Je participe à des projets en dehors de ma chaîne qui me redonnent aussi confiance en moi. Et puis, je ne vais pas mentir, mon métier fait que je dois regarder des films, des séries, et en parler avec plaisir, c’est une vie qui fait rêver ! C’est juste cette pression de la réussite, cette concurrence constante qui est induite par ces chiffres, qui fait très mal. Il faut s’en détacher, mais c’est beaucoup plus dur qu’il n’y paraît et à faire comprendre aux gens. »

Pop Geography, vidéaste sur Tik Tok :

« Mon but n’est pas d’en vivre, en tout cas dans l’immédiat ni d’ici cinq ans, du coup je fais ce que j’aime et si ça plait tant mieux, sinon tant pis j’ai le temps d’expérimenter et de tenter des trucs. Et ce sera toujours quelque chose que je pourrais valoriser plus tard car j’aimerais travailler dans le domaine de la médiation scientifique, donc même si ça ne marche pas, je n’aurais rien perdu. »

Citation complète :

« Je n’ai rien eu qui m’ai donné envie d’arrêter, par contre oui il y a certaines vidéos ou j’ai pu recevoir des commentaires assez difficiles, notamment quand j’ai parlé des inégalités homme-femme en sciences, mais j’en reçois aussi des encourageants sur la plupart des vidéos. Je considère ce compte comme un projet personnel, à côté de mes études et d’un projet pro (une thèse). Donc mon but n’est pas d’en vivre, en tout cas dans l’immédiat ni d’ici cinq ans, du coup je fais ce que j’aime et si ça plait tant mieux, sinon tant pis j’ai le temps d’expérimenter et de tenter des trucs. Et ce sera toujours quelque chose que je pourrais valoriser plus tard car j’aimerais travailler dans le domaine de la médiation scientifique, donc même si ça ne marche pas, j’aurais rien perdu. »

Cyprien, vidéaste sur YouTube :

« Ce qui me sauve, c’est de ne pas avoir de régularité extrême. Je n’ai jamais promis une vidéo tous les quinze jours. Je peux me permettre de faire trois mois sans en publier, et c’est déjà arrivé. C’est quelque chose qui me soulage vraiment, c’est une vraie chance. Si je dure sur YouTube, c’est parce que je ne fais pas que YouTube. Si je n’avais fait que ça, j’aurais arrêté il y a longtemps. »

Citation complète :

« Aujourd’hui, techniquement, je peux créer à peu près tout ce que je veux, j’ai la direction artistique nécessaire pour faire des court-métrages différents, que mon public n’attend pas forcément. Après, comme ce que je préfère, c’est la fiction, et ce sont des projets qui coûtent cher, entre 20.000 euros pour une vidéo et 100.000 pour un court-métrage. Mon plus gros frein, c’est donc le budget et les financements.

Mais désormais, dans mon emploi du temps et à côté de ma chaîne YouTube, j’ai des projets assez longs, notamment un dessin animé et un long-métrage. Et ce sont ces projets qui me stimulent énormément, parce que je travaille avec de nouvelles personnes, parce qu’ils sont ambitieux, ont besoin d’être muris etc. Sur YouTube, c’est plus spontané, et il a fallu que je fasse des choix en décidant de ne plus m’y consacrer à 100%. Sur la plateforme les sketchs et la fiction n’existent presque plus face à des contenus moins écrits. On y regarde plutôt des vlogs, la fiction va ailleurs, sur Netflix par exemple. Sur YouTube donc, je me concentre sur les vidéos plus adaptés qui ne demandent pas plus d’un jour et demi de tournage en général, comme Le clash des plateformes ou Les Réunions. Cela me libère du temps à côté, mes activités sont plus claires.

Ce qui me sauve, c’est de ne pas avoir de régularité extrême. Je n’ai jamais promis une vidéo tous les quinze jours. Je peux me permettre de faire trois mois sans en publier, et c’est déjà arrivé. C’est quelque chose qui me soulage vraiment, c’est une vraie chance. Si je dure sur YouTube, c’est parce que je ne fais pas que YouTube. Si je n’avais fait que ça, j’aurais arrêté il y a longtemps.

Ce que j’aime avant tout, c’est l’écriture, la mise en scène, le casting, les repérages, le découpage, finaliser le montage. Je m’amuse beaucoup sur les tournages, mais je me sens plus légitime quand je dirige, quand j’écris. Par exemple, je sors une vidéo cette semaine, Le Patron de YouTube 2. C’est une parodie de vidéo d’entreprise, c’est un format que j’ai déjà fait. Mais ce qui m’a plu avec cette suite, c’était de donner de nouveaux enjeux pour le personnage, d’amener un fond, un sentiment supplémentaire. »

Alix Grousset, vidéaste sur YouTube :

« Mais ce qui me passionne encore et toujours, c’est vraiment la possibilité de créer, de lancer des gros projets, d’avoir les retours de mes abonnés, d’aller sur différentes plateformes, de travailler avec des marques. Avoir le soutien de centaines, de milliers de personnes, c’est quelque chose d’incroyable. Même au bout de dix ans, je ne réalise pas qu’il y a autant de gens bienveillants avec mon travail. Et j’ai envie de leur proposer du contenu de qualité, ça me motive énormément. »

Citation complète :

« Comme j’ai fait des études de communication avec un accent aussi sur le journalisme, je sais faire la partie rédactionnelle de la vidéo. Mais je peux rencontrer des problèmes plutôt sur le côté technique, qui nécessite que je m’entoure de professionnels lorsque je fais des interviews notamment. C’est dans le cadrage, la prise de vue et de son que je vais ressentir des difficultés parfois. Et encore, je ne les perçois pas forcément comme des problèmes. J’ai la chance d’avoir des formats bien installés et une super communauté.

Je n’ai jamais eu envie de grosse baisse de moral ou d’envie de tout arrêter. J’ai eu des petites baisses de motivations quand certains projets ne peuvent pas se faire, mais c’est très ponctuel et très court. Tous les matins, quand je me réveille, je suis très contente de me mettre devant mon ordi. C’est l’avantage du « métier passion ». Bien sûr, le travail empiète parfois sur la vie privée, il faut savoir trouver l’équilibre.

Mais ce qui me passionne encore et toujours, c’est vraiment la possibilité de créer, de lancer des gros projets, d’avoir les retours de mes abonnés, d’aller sur différentes plateformes, de travailler avec des marques. Avoir le soutien de centaines, de milliers de personnes, c’est quelque chose d’incroyable. Même au bout de dix ans, je ne réalise pas qu’il y a autant de gens bienveillants avec mon travail. Et j’ai envie de leur proposer du contenu de qualité, ça me motive énormément.

On parle beaucoup des côtés négatifs, et peut-être que je ne les ressens pas car j’ai encore une énorme audience, mais j’ai la chance de vivre de ce métier, d’être ma propre patronne. Et ça me pousse à continuer de travailler pour conserver cette liberté. »

Nat_Ali, streameuse sur Twitch :

« Je veux pouvoir profiter d’un divertissement sans avoir a subir du racisme ou du sexisme, ça devrait être la base, mais ça ne l’est pas. Des micro-agressions, on peut en subir tous les jours. Donc si ma chaîne peut être la garantie de suivre un jeu sans y voir de propos discriminants, avec quelqu’un à l’écoute, si je peux offrir ça aux gens, ça en vaut la peine. Pareil si je peux aider des femmes, leurs faire réaliser des trucs sur le féminisme, ça en vaut la peine. »

Citation complète :

« Quand je veux produire mon obstacle principal c’est ma santé, entre le trouble de l’attention et les dépressions saisonnières, des fois, c’est dur de se lever pour streamer. Surtout que niveau obstacles, j’en ai masse. Quand c’est pas le cyberharcèlement, c’est la mauvaise réputation. C’est me faire blacklister de certaines opé [partenariats rémunérés, NDLR]ou certains événements. C’est avoir d’autres streamers qui ne veulent pas s’afficher avec moi, (et vue mes nombreuses prises de paroles sur les défauts de Twitch, je ne serais pas mise en avant sur la page d’accueil de si tôt). Tout ça ça nique pas mal ma visibilité, et ça me fait me rappeler que, si j’avais fermé ma gueule niveau féminisme et que j’avais été moins virulente, sans critiquer un autre streamer publiquement, je serais probablement beaucoup plus haut. J’ai vu des potes commencer le stream a 50-100 viewers et qui en ont maintenant entre 1000 et 2000. Quand toi tu fais les même chiffres depuis deux-trois ans, ça nique un peu le moral et tu te remets beaucoup en question. Mais le succès sur Twitch, c’est aussi beaucoup des contacts, du hasard : il faut être au bon endroit au bon moment, donc j’essaye de ne pas trop me miner sur ces choses je ne peux pas contrôler. C’est clairement très dur de rester motivé. Je suis en pleine dépression saisonnière, donc c’est peut-être elle qui parle. Mais je me demande vraiment à quoi ça a servi de me faire blacklister et mal voir de partout pour défendre une cause qui m’était chère, surtout pour avoir du mal à réussir sur la plateforme où je voulais la défendre. Et on sait qu’il y a encore beaucoup de chemin à parcourir pour le féminisme sur Twitch.

Mais je pense que si je tiens, c’est parce que je vois d’autres gens me remercier pour mon taff et mes prises de paroles. Je sais que dans mes viewers, il y en a qui sont heureux de pouvoir profiter tranquillement chez moi de plein de jeux avec l’assurance que ne ferai pas de blagues dégueulasses. C’est et ça sera toujours mon objectif premier : quand j’étais plus jeune, je trouvais ça naze de devoir faire des compromis sur mon bien être. Je veux pouvoir profiter d’un divertissement sans avoir a subir du racisme ou du sexisme, ça devrait être la base, mais ça ne l’est pas. Des micro-agressions, on peut en subir tous les jours. Donc si ma chaîne peut être la garantie de suivre un jeu sans y voir de propos discriminants, avec quelqu’un à l’écoute, si je peux offrir ça aux gens, ça en vaut la peine. Pareil si je peux aider des femmes, leur faire réaliser des trucs sur le féminisme, ça en vaut la peine. »

Un Créatif, vidéaste sur YouTube :

« Si je lançais une chaine aujourd’hui, je ne ferais probablement pas ce contenu. Du coup, je me suis posé la question récemment : « Qu’est-ce que je ferais comme contenu si je n’avais pas encore de chaine et que j’en lançais une là maintenant ? » Et ça a débloqué plein d’idées, j’ai été rempli de passion, et là je prépare du nouveau contenu pour la chaine YouTube pour 2022. Ca va peut-être tuer la chaine et puis je devrai retrouver un vrai travail, mais au moins ça aura été marrant. Tout ça pour dire, ça tient à peu de choses de retrouver la motivation parfois. »

Citation complète :

« Selon moi, il y a deux étapes compliquées pour un créateur sur internet : d’abord sortir du total anonymat afin d’avoir un début de communauté et la faire grandir, et ensuite établir un modèle économique viable.
J’ai réussi à passer ces deux étapes, avec beaucoup de chance et d’aide. Récemment, j’ai découvert ce que je considère comme une 3ème étape compliquée pour un créateur sur internet : comment tenir sur la longueur ? On est obligé d’être passionné pour faire ce genre d’activité, et être passionné tous les jours, c’est pas forcément facile (quel problème nul). Je pense que chaque créateur a un « moteur » pour l’aider à continuer, ça peut être très concret, comme générer de plus en plus d’argent ou gagner de plus en plus d’abonnés.

De mon côté, je n’arrive pas à me concentrer là-dessus pour avoir envie de continuer et encore moins de me surpasser. En 2021, j’ai fait moins de vidéos, parce que j’ai un peu perdu le sens de pourquoi je faisais ce que je faisais sur YouTube. Du coup, je me suis davantage épanoui sur Twitch.

Sur Youtube, je sais ce que « Un Créatif » doit faire comme contenu en tant que « média » pour être fonctionnel, mais je ne suis plus sûr que ça correspond tout à fait à la personne que je suis maintenant. En gros, si je lançais une chaine aujourd’hui, je ne ferais probablement pas ce contenu.

Du coup, je me suis posé la question récemment : « Qu’est-ce que je ferais comme contenu si je n’avais pas encore de chaine et que j’en lançais une là maintenant ? » Et ça a débloqué plein d’idées, j’ai été rempli de passion, et là je prépare du nouveau contenu pour la chaine YouTube pour 2022. Ca va peut-être tuer la chaine et puis je devrai retrouver un vrai travail, mais au moins ça aura été marrant. Tout ça pour dire, ça tient à peu de choses de retrouver la motivation parfois. »

Clémentine Gallo, photographe et blogueuse culinaire :

J’ai toujours maintenu mon blog car c’est mon espace, il m’appartient et lorsqu’Instagram finira par disparaitre ou être déserté, il restera toujours là. La création culinaire, les challenges photographiques et le partage, les discussions avec des abonnés fidèles et amis Instagram me motivent toujours. En ce moment avec la période de Noël, c’est si chouette de voir toute la création qui peut émaner des réseaux. En revanche, il est très frustrant de voir son engagement baisser en permanence malgré un temps consacré en constante augmentation. Je me demande pourquoi nous restons tous sur Instagram qui traite si mal les créateurs de contenu qui font sa richesse.

Citation complète :
« A la base, je faisais de la photographie pour moi, et j’ai une amie qui a lancé son blog, et qui m’a poussée à lancer le mien : j’étais au chômage, je cuisinais beaucoup et je prenais tous mes plats en photo. J’ai donc mis en ligne mon blog un peu comme un carnet de recettes que je ne perdrais jamais, et j’ai commencé à avoir un peu de monde qui venait voir les recettes, mettre des commentaires, c’était grisant. J’ai retrouvé du travail et alors je passais chaque weekend à créer de nouvelles recettes. J’avais mon blog sur Hellocoton, et c’était la fête à chaque mise en avant « à la une ». Une époque où beaucoup de gens allaient sur les blogs, laissaient des commentaires… J’ai lancé mon Instagram en même temps mais il servait surtout de relais à mon blog. J’ai aussi reçu mes premiers produits gratuits et c’était un peu « la consécration » à l’époque où ce n’était pas encore le business que c’est aujourd’hui.

Et puis les blogs ont commencé à disparaitre, à migrer quasi exclusivement sur Instagram, et je me suis professionnalisée de mon côté, me laissant moins de temps pour la création personnelle. L’Instagram de certaines amies a explosé quand le mien est resté confidentiel.

En tant que photographe spécialisée dans le culinaire, ne pas avoir de visibilité sur Instagram m’a beaucoup pénalisée. Les gens avaient du mal à faire la différence entre la blogueuse et la photographe, me proposant des tarifs bas car j’avais peu d’abonnés et sans regarder la qualité de mon travail, ou embauchant plutôt des influenceuses que des photographes.
Je me suis retrouvée un peu entre deux métiers.

Je vis de mon activité de freelance mais pas de créatrice de contenus, qui ne m’apporte pas de revenus. En revanche, cette activité m’a permis de créer un réseau qui m’apporte des contrats photographiques. Je reçois quelques invitations à des évènements (souvent très sympas) et à l’occasion, on m’offre des fois des produits (contrairement à une idée reçue, tous les instagrameurs ne reçoivent pas des cadeaux en permanence).

J’ai toujours maintenu mon blog car c’est mon espace, il m’appartient et lorsqu’Instagram finira par disparaitre ou être déserté, il restera toujours là. La création culinaire, les challenges photographiques et le partage, les discussions avec des abonnés fidèles et amis Instagram me motivent toujours. En ce moment avec la période de Noël, c’est si chouette de voir toute la création qui peut émaner des réseaux. En revanche, il est très frustrant de voir son engagement baisser en permanence malgré un temps consacré en constante augmentation. Je me demande pourquoi nous restons tous sur Instagram qui traite si mal les créateurs de contenu qui font sa richesse.

J’appréhende l’accent poussé sur la vidéo, notamment car les clients vont demander les mêmes tarifs pour un travail deux à trois fois plus long en passant de la photographie à la vidéo. J’aimerais beaucoup trouver le temps de me lancer plutôt sur Twitch. La chaine est créée, maintenant il faut streamer. J’adore mon métier mais c’est sur que ce serait chouette d’être un peu plus valorisée (et aussi mieux payée !) »

Mousstery, « nagui fan account » sur Twitter, également streameur sur Twitch :

« Ce qui me pousse à continuer, c’est de voir que j’apporte de la joie aux gens qui me suivent. Je reçois des messages de gens qui me disent que mes blagues leur font du bien, et ayant moi-même des moments très difficiles dans la vie, cela me touche vraiment quand je lis ça. J’essaie vraiment de faire des blagues qui vont rassembler le plus de personnes, et d’être le plus moi-même. Tout en sachant que c’est très difficile d’en vivre, surtout sur Twitter, je ne compte pas m’arrêter de poster. »

Citation complète :

« Pendant des années, j’avais mille abonnés sur Twitter. Puis, en 2021, mon nombre d’abonnés a commencé à augmenter très vite. C’était en partie grâce aux blagues sur Nagui et les chevaux, mais pas seulement selon moi. Un mois j’ai gagné 7.000 abonnés d’un coup. Aujourd’hui, j’en ai 45.000 environ, et cela m’a permis de rencontrer des personnes géniales de Twitter, comme TheoBabac, Riadhbak, Haikatte, etc. Et comme je suis assez timide, avoir des abonnés sur Twitter et réussir à faire rire m’a permis de me motiver à me lancer sur Twitch aussi.

En revanche, il y a aussi beaucoup d’aspects négatifs. Je suis une personne assez sensible, et j’ai passé beaucoup de temps à lire les critiques contre mes tweets, de gens qui ne les trouvent pas drôles, qui disent que c’est de la merde… J’ai été accusé trois fois de plagiat, alors que je déteste ce genre de pratique, et ça m’a beaucoup touché car ce n’était évidemment pas volontaire et je me suis tout de suite excusé. J’ai aussi reçu des menaces en messages privés, des menaces de mort contre moi, contre ma famille, des insultes homophobes. On a tenté de trouver mon adresse, on m’a même suivi dans la rue une fois.

Et pourtant, ce qui me pousse à continuer, c’est de voir que j’apporte de la joie aux gens qui me suivent. Je reçois des messages de gens qui me disent que mes blagues leur font du bien, et ayant moi-même des moments très difficiles dans la vie, cela me touche vraiment quand je lis ça. J’essaie vraiment de faire des blagues qui vont rassembler le plus de personnes, et d’être le plus moi-même. Tout en sachant que c’est très difficile d’en vivre, surtout sur Twitter, je ne compte pas m’arrêter de poster. »

The Sciencoder, vidéaste sur YouTube :

« Je fais des vidéos que lorsque j’en ai envie. Je change souvent de concept ou d’émission chaque année pour être plus libre créativement. Je ne m’impose plus de limite sur le budget et la rentabilité d’une vidéo et donc je fais ce que je veux, ce dont j’ai envie. Ce sont les trois règles que j’ai pour continuer à être passionné dans mon métier, être constamment en dehors de sa zone de confort me force à être plus créatif et à être un peu plus curieux chaque jour. »

Citation complète :

« J’ai connu YouTube à l’époque de diablox9 (en 2010) et comme pour pas mal de créateurs à cette époque j’ai commencé à faire des vidéos pour combler mon manque de confiance en moi et ma solitude (à cette époque, on ne pouvait pas encore gagner d’argent sur la plateforme). La passion de la création vidéo et du montage est venue avec le temps.

Mais YouTube est un monde plutôt dur qui nous montre bien que la méritocratie n’est qu’une utopie et que la chance peut changer votre vie. C’est un peu comme au loto, alors bien entendu je suis passé par quasiment tous les problèmes possibles : personnes détestables et jalouses, algorithme YouTube à la con, soucis de matériel… Et financièrement c’était vraiment pas la joie. Je suis passé par tous les burnouts, page blanches, stress, déprime, syndrome de l’imposteur et j’en passe…

Aujourd’hui, je vis de cette activité et j’ai trouvé un équilibre qui fonctionne, celui de pouvoir créer quand bon me semble. Alors oui je suis légèrement à contre-courant de la plupart des créateurs de la plateforme qui préfèrent accumuler un maximum d’argent pour être à l’abri au cas où YouTube s’arrête. Et ils n’ont pas tord, c’est une plateforme instable, mais j’ai envie de garder cette activité comme un boulot passion est non un boulot contraignant. Même si je ne compte pas mes heures (heureusement) je me plais dans l’envie d’apprendre plus de trucs en montage, apprendre à réorganiser mes scripts, créer de nouvelles émissions et peut être même dans le futur produire des gens. Ce qui ressort de tout ça c’est qu’en apprenant le métier sur le tas durant des années, j’ai pu croiser certaines personnes qui ont bien plus de talent que moi, et cela ne me décourage pas, bien au contraire, puisque ça me donne la motivation d’essayer de les égaler un jour.

Je fais des vidéos que lorsque j’en ai envie. Je change souvent de concept ou d’émission chaque année pour être plus libre créativement. Je ne m’impose plus de limite sur le budget et la rentabilité d’une vidéo et donc je fais ce que je veux, ce dont j’ai envie. Ce sont les trois règles que j’ai pour continuer à être passionné dans mon métier, être constamment en dehors de sa zone de confort me force à être plus créatif et à être un peu plus curieux chaque jour. Bien évidemment je sais très bien que peu de personnes dans ce créneau peuvent se permettre de fonctionner comme cela (manque d’argent au bout d’un certain temps), mais j’ai la chance d’avoir un business model qui arrive à tenir le route et à me permettre de sortir du contenu quand j’en ai envie. »

Adam Bros, vidéaste sur YouTube :

« Je garde la motivation parce qu’aujourd’hui YouTube ça fait partie de ma vie et de mon quotidien depuis dix ans donc j’ai même du mal à l’imaginer sans. Et j’aime trop partager avec d’autres gens ce que je fais sachant qu’en plus les recherches pour les vidéos ou même la recherche de techniques pour augmenter ma visibilité me font apprendre énormément de choses qui me sont et/ou me seront utiles. »

Citation complète :

« J’ai commencé en 2012 avec des amis on était super fans du Palmashow et on avait envie de faire notre propre parodie. J’avais une « caméra » qui traînait chez moi du coup on s’est filmés j’ai monté la vidéo et je l’ai mise sur YouTube. Ce qui me plaisait c’était surtout de pouvoir partager mes créations avec d’autres gens et d’abord avec mes amis mais aussi de pouvoir créer librement. Le premier obstacle était technique parce que j’avais douze ans donc je ne maîtrisais absolument rien en vidéo donc j’ai du apprendre à monter, écrire, cadrer etc. Et ensuite en terme de visibilité c’était de passer de Youtubeur invisible (200 vues) à visible (plus de 3000-4000 vues). En dessous d’un certain seuil ça paraissait quasiment impossible d’émerger et sans le coup de boost d’un gros YouTubeur, je crois que je serais encore à ce niveau.

Je ne vis pas du tout de cette activité. Je vis de ma bourse d’étudiant et de la pension que me donnent mes parents pour vivre. Ça permet d’avoir un équilibre super serein sur les revenus puisque c’est du bonus et donc de pouvoir refuser les placements de produit par exemple et de ne pas dépendre des vues pour manger le soir. En termes de visibilité, je suis plutôt satisfait du niveau que j’ai atteint c’est juste parfois frustrant car plus ça avance plus j’ai l’impression que les vues d’une vidéo à l’autre sont un peu aléatoires mais globalement je m’en contente largement !

Je garde la motivation parce qu’aujourd’hui YouTube ça fait partie de ma vie et de mon quotidien depuis dix ans donc j’ai même du mal à l’imaginer sans. Et j’aime trop partager avec d’autres gens ce que je fais sachant qu’en plus les recherches pour les vidéos ou même la recherche de techniques pour augmenter ma visibilité me font apprendre énormément de choses qui me sont et/ou me seront utiles. »

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