Une discussion avec Annarvr, créatrice de contenus et podcasteuse

Trois jours avant son passage sur la scène de l'Olympia le 28 octobre dernier, j'ai pu rencontrer et discuter un peu plus d'une heure avec AnnaRvr, dans le cadre d'un portrait pour Konbini. J'ai voulu vous proposer ici une retranscription de notre discussion.

-On est à quelques jours de l'Olympia. Tu disais dans ton podcast avoir du mal à dormir. Comment tu te sens ? Pas trop d’imprévus à gérer ?

Je me sens mieux qu'il y a deux semaines. J'y ai tellement pensé, j'ai tellement bossé dessus que je suis à l'aise avec le sujet, et que j'ai tout fait pour bien m'apaiser. Je pense que le jour J, mon état mental ça sera autre chose. Je me suis lancée dans ce projet comme dans chaque projet que je fais, sans trop anticiper tout ce que ça implique. Et bien sûr qu’il y a des imprévus, et qu’il y en aura jusqu’au dernier moment. Mais je suis bien entouré, je me fais aider d'un metteur en scène notamment, ça m'aide à me projeter. Car la scène, l'évènementiel, c'est un métier à part entière, et pour moi c'est un vrai challenge.

-Quand tu étais ado, tu avais un peu chanté devant un public il me semble. Tu avais déjà l'envie de faire de la scène plus jeune ?

J'ai eu une petite période chanteuse au collège, et j'ai simplement fait une scène à la salle des fêtes de mon village, mais ça m'est vite sorti de la tête ensuite. Après, au fond de moi, j'aime bien me donner en spectacle, donc il y a peut-être un peu de logique pour moi. Mais jamais je n'aurais pensé que ce serait le podcast qui me mènerait sur scène.

-Tu parles de te "donner en spectacle". C'est ça qui t'a donné envie de te filmer et de partager des vidéos sur YouTube ?

C'est difficile de me replonger dans la psychologie de mon moi d'il y a douze ans, mais je crois que j'ai toujours aimé m'exprimer. C'était la prise de parole plutôt que me mettre en avant qui m'intéressait. C'est pour ça que j'ai fait des études de communication plus tard. J'aimais le fait de parler, et le faire face à une caméra c'est plus facile que face à une audience. Et je ne me rendais surtout pas compte de l'impact que ça pouvait avoir en mettant ça sur YouTube. J'aimais l'échange, poster une vidéo et avoir des commentaires, de gens de mon âge, qui comprenaient ce que je racontais.

-Quelle a été ta première caméra ? Une webcam ? La caméra familiale ?

Les deux en fait. J'avais utilisé la webcam de l'ordinateur pour lancer ma toute première chaîne, avant MllePeachy03, mais c'était encore très approximatif.

Un Noël, j'ai demandé une caméra à mes parents et j'ai lancé ma chaîne actuelle. Mes parents pensaient vraiment que je ferais juste des petites vidéos dans mon coin, et ils étaient très regardants sur mon temps d'écran, je n'avais droit qu'à deux heures par week-end, rien en semaine. Je n'ai pas eu de téléphone avant le lycée, j'étais très bridée sur ça. Et donc je suis partie encore plus dedans.

Ecran de présentation de la première vidéo disponible sur la chaîne d'Anna.

-Mais donc ça ressemblait à quoi YouTube pour toi, au début des années 2010 ?

A l'époque, il y avait une vingtaine de filles, comme julielovesmac07, que j'adorais, ou titejuju16, qui parlaient de beauté. C'était très centré autour du maquillage, des vêtements, et moi j'avais 14 ans, donc je n’avais pas grand-chose à dire sur le sujet. Mais à l'époque, l'ouverture d'esprit ce n’était pas encore ça, les filles faisaient du make up, et les garçons du gaming ou de l'humour. Il n'y avait pas trop de place pour autre chose. Cela a changé aujourd'hui, même s'il y a toujours beaucoup de misogynie. Ce n'est qu'au bout de trois ou quatre ans sur YouTube que j’ai compris que ce qui me plaisait, c'était de parler, de faire de la vidéo et de la photo.

Mais ma carrière sur YouTube était un secret pour tout le monde, ma famille, mes amis de l'époque... C'était très mal vu car peu répandu. J'aurais été l'alien de l'établissement, et quand ça s'est su, j'ai été l'alien de l'établissement.

-C'est-à-dire ? Comment les gens ont réagi autour de toi ?

Ma meilleure amie, Liza, n'a découvert mes vidéos qu'au bout d'un an et demi. J'ai dû lui expliquer un matin au collège, et elle ne m'a jamais tourné le dos, car elle a compris que j'aimais vraiment ça. Mais avec les autres, au début, au collège puis au lycée, ça m'a plus isolé qu'autre chose. Car c'était une différence, une différence qui n'était pas flatteuse. J'ai un peu minimisé l'impact que ça a eu à l'époque sur moi, je crois, peut-être pour me protéger. Mais en étant convaincu de ce que je faisais, et en ayant une base d'amis très proches qui m'ont soutenu, c'est devenu une force pour moi.

Au bout d'un moment, au lycée, les gens voulaient participer à mes vidéos. Certains s'asseyaient dans le bus à côté de moi pour apparaître devant la caméra. C'est devenu un créateur de lien. Et aujourd'hui, mon métier m'aide à devenir à l'aise très vite, à toujours avoir un sujet de discussion avec les gens que je rencontre, à me sentir chez moi un peu partout.

La chaîne de Julie, anciennement julielovesmac07

-En parlant d'amitié, j'ai remarqué que tu sembles avoir gardé beaucoup d'amis d'enfance, là où beaucoup d'influenceurs semblent se fréquenter beaucoup entre eux. C'est important pour toi de garder ce contact avec des gens qui n'ont rien à voir avec ton milieu ?

C'est vrai que j'ai très peu d'amis dans l'influence, je fais d'ailleurs peu de collaboration, car je ne suis pas à l'aise à l'idée de mélanger les communautés pour gagner des abonnés. J'ai des copains, et je m'entends bien avec tout le monde. Mais j'en parlais avec des collègues influenceurs récemment : on se croise beaucoup lors d'événements, mais on ne se demande jamais vraiment comment on va, on n'a jamais de conversations vraiment profondes. On reste beaucoup en surface, on crée rarement de vrais liens. Je pense que ma seule vraie amie dans le milieu, c'est Styleto, Laure.

A côté de ça, j'ai fait cinq ans d'études, à Lyon et pas à Paris, et ça m'a permis de fréquenter des gens qui n'avaient rien à voir avec ce milieu, et qui me rappelaient la valeur du travail, de l'argent, de l'échange humain. C'est rassurant et primordial d'avoir ces amis dans ma vie, des gens que je connais depuis le collège ou le lycée, pour garder un regard réaliste et ancré sur mon travail. Je n'ai pas une vie amoureuse très passionnante, et mon socle dans la vie, ce sont mes amis.

-Tu mentionnais Laure, qui est aussi créatrice de contenus et chanteuse. C'est à la fois une amie, mais aussi une collègue. C'est difficile à gérer parfois ?

C'est un peu particulier avec Laure, car on s'est rencontré via les réseaux. En fait, elle me suivait, et elle est venue à un meet up où j’allais aussi. J'ai découvert qu'elle faisait des vidéos, car un de mes amis m'avait demandé de lui faire de la pub. On s'est envoyé des messages, on s'est bien entendu, et on a décidé de faire une vidéo ensemble. Elle a explosé sur les réseaux, elle m'a même dépassé. D'amies de YouTube, elle est devenue une amie dans la vraie vie, elle venait tout le temps chez moi. C'est elle d'ailleurs qui, quand j'étais en galère dans mes études de LEA, qui m'a donné envie de la suivre dans ses études en communication.

Désormais, j'oublie presque qu'on fait le même métier. Après, effectivement, il y a eu des moments où c'était parfois compliqué d'avoir la même ligne éditoriale, car on était toutes les deux sur YouTube et Instagram. On avait besoin de se différencier, d'exister en tant que personne toutes les deux. On a trouvé l'équilibre parfait depuis plusieurs années, on a des passions différentes, un style vestimentaire même différent. Et surtout elle a son projet musical et moi mon podcast. Cela me fait du bien d'avoir une amie comme elle dans le milieu, sur qui je peux compter, tout en ayant chacune notre domaine dans lequel on s'épanouit.

Vidéo réalisée sur la chaîne de Laure, en 2015

-Je repense à tes amis en dehors de l'influence. Car tu fais un Olympia, tu as un style de vie très différent d'eux. C'est difficile de garder un lien avec eux ?

J'ai de la chance, car je ne ressens jamais de jalousie de leur part, je ne ressens que de la fierté et des encouragements.
Mais il y a un décalage de vie, c'est évident. Mon amie Liza travaille dans un bureau, elle fait 9h-18h. D'autres amis, avec qui je parle tous les jours sur Snapchat, me parlent de leur N+1, de leur quotidien au travail que je ne comprends pas toujours car moi, je travaille souvent seule chez moi. Mais c'est ce qui fait la beauté de notre relation, on arrive à s'écouter, à avoir un regard extérieur, et à s'encourager.

Et parce que je gagne bien ma vie, j'aime pouvoir les inviter quand je peux le faire, à des événements ou autre, car j'ai envie de profiter avec eux.

-Tu travailles au quotidien avec Lisa, ta manager chez Follow. Et ce qui est intéressant, c'est que là aussi, il y a des liens d'amitié qui se sont noués entre vous. Elle a même fait une vidéo et un épisode de podcast avec toi. Comment garder le bon équilibre au quotidien ?

Comme on développe des nouveaux métiers, qu'il n'y a pas de livre écrit sur le sujet, on découvre aussi comment gérer ces relations. Il y a des moments où Lisa a envie de couper du travail car elle est fatiguée comme tout le monde peut l'être. Sauf que je fais partie de son travail et de sa vie, il y a donc parfois des situations un peu complexes.

[Lisa, manager d'Anna présente lors de l'interview, répond à son tour]

Maintenant, j'ai un numéro pro et un numéro perso. Selon le sujet, Anna va me parler sur l'un ou l'autre de ces numéros. Si je suis en vacances, elle va me parler sur le perso, car j'ai envie de déconnecter, mais pas de déconnecter d'elle. La distinction, avec ces deux numéros, nous a bien aidées.

-Cela m'amène à ta professionnalisation, car tu as décidé assez tard de te lancer vraiment comme créatrice de contenus non ?

Quand j'ai fini mon lycée en 2015, je me disais déjà que c'était un rêve d'être créatrice de contenus. Mais à l'époque on n'appelait pas ça de l'influence encore, impossible de savoir si ça allait durer plus de deux semaines. Je voulais faire mes études, avoir ce bagage-là, et mine de rien cela m'a beaucoup apporté pour m'améliorer dans la prise de parole. Je me suis dit que, si à la fin de mes études, j'avais encore des abonnés, je me lancerai. Pendant ces années-là, je faisais mes montages pendant mes cours pour publier une vidéo par semaine, mais je ne pensais pas trop à ma carrière, à ce que je pouvais faire. Je pense que les gens ont aimé que je partage mon quotidien d'étudiante, de soirées, de partiels, de façon naturelle, un peu en freestyle même.

Lorsque j'ai eu mon diplôme, je pouvais déjà vivre de mon activité, c'était fou.
Mais c'est ma rencontre en 2020 avec Lisa au sein de l'agence Follow qui m'a permis de voir l'activité de créatrice de contenus comme une vraie activité professionnelle et comme un vrai terrain de jeu où je peux créer des concepts. De considérer les placements de produits comme des occasions de développer des concepts créatifs. J'ai vraiment pris du plaisir à professionnaliser tout ça en grandissant, à avoir une idée, travailler dessus, et la voir se concrétiser.

Comment Follow se présente sur son site

-Il y a un vrai débat autour de l'authenticité des influenceurs, que certains jugent mis à mal par leur évolution justement, leur professionnalisation. Comment tu arrives à garder un lien avec tes abonnés, à rester relatable, accessible ?

Je comprends que cela soit contradictoire, car il y a le sujet de la déconnexion lié à ton train de vie. Pour moi, le podcast a vraiment permis quelque chose. En parlant de mes peines de cœur, de ma peur de la mort, de mes séances chez la psy, j'exprime mes angoisses, ce que toute personne ressent. Cela permet aux gens de ne pas se fier uniquement aux stories Instagram. Le fait d'être humaine et de l'exprimer pendant presque 40 minutes dans un micro, cela permet de rappeler qu'il y a une vraie personne derrière un train de vie qui peut paraître démesuré.

-Au tout début de ta chaîne, comment tu t'es senti face à ces personnes que tu ne connaissais pas mais qui ont commencé à te suivre, à te connaître dans ton quotidien et même te parler dans la rue ?

La génération de YouTubeurs, au début des années 2010, a banalisé ça. Le fait de faire des meet up notamment. C'est presque devenu une partie intégrante de ma vie, qu'une inconnue vienne me parler dans la rue comme si on avait été en maternelle ensemble. C'est devenu une normalité pour moi, d'avoir cette aisance. Surtout que les gens sont très bienveillants avec moi, je n'ai jamais eu de problème. Evidemment, il faut savoir mettre des limites. Quand je me sens épuisé, ou pas bien, je leur dis. C'est normal de répondre aux gens qui viennent nous voir, mais il ne faut pas attendre des créateurs de contenus qu'ils soient en permanence des soleils resplendissants et hilarants.

-D'autant plus qu'il y a tout un sujet autour des relations parasociales, cette idée que les abonnés pensent avoir des amis en face d'eux. Comment tu te positionnes sur cette question ?

Evidemment, c'est dans mon ADN d'être relatable, authentique et naturelle. Car c'est ce qui me demande le moins d'effort possible. J'exprime ce que je pense et ce que je suis sans mettre de masque. Donc je me dis que, si les gens aiment ce que je leur propose, ils apprécient qui je suis vraiment. Mais je ne leur dis jamais non plus qu'on est amis. Je ne leur dis jamais "Mes chéris", "Mes amours". Cela m'arrive souvent qu'on me dise dans la rue "J'ai tellement l'impression qu'on est copine", et moi de devoir répondre : "Je suis désolé, on peut discuter avec plaisir, mais on ne peut pas faire comme si on avait grandi ensemble."

Le podcast, parce que ça permet d'apporter vraiment du fond, m'a néanmoins donné envie de répondre encore plus aux gens sur Instagram, parce que j'ouvre mon cœur et ma tête sur les plateformes de streaming une fois par semaine. L'année dernière, à Noël, j'avais fait un épisode par jour, et j'avais leurs retours au quotidien par message. Quand on m'écrit, ça me touche, ça me parle, et ça crée des conversations avec les gens. Qu’elles s'identifient à moi, ça me fait m'identifier à elles. J'ai eu le sentiment d'avoir des centaines de nouvelles "potes" parce que je recevais des centaines de vécus et d'expérience en message qui m'ont fait sentir normale aussi. Et puis, j'ai découvert un nouveau public, de femmes de 30 ans et plus, ou qui n'est pas trop présent sur Instagram. Certaines me disent avoir découvert mon visage après six mois d'écoute.

C'est pour ça aussi que j'attends beaucoup l'Olympia, pour voir ce que c'est de parler avec des gens face à soi, d'avoir un vrai moment d'échange avec eux.

-Justement, ce podcast en live, c'est quelque chose d'assez différent dans la relation aux abonnés, si on repense aux meet-up, aux salons comme la Video City Paris. Tu penses que cet ère-là, cette manière d'interagir avec son audience, est finie ?

J'en ai parlé avec pleins de gens du milieu ces dernières années, et on s'est tous rendus compte que le concept de Get Beauty ou de Video City Paris, c'était démesuré. On rencontrait des centaines de personnes, on se faisait un câlin, on prenait une photo, mais on ne créait vraiment pas de lien. On a perdu tout ça par la suite. Mais je l'ai retrouvé un peu avec les dédicaces pour mon livre de recettes récemment. J'ai fait deux dates, à Paris et Lyon, où j'ai rencontré 200 personnes. C'était difficile, et peut être que je m'en rendais moins compte quand j'avais 14 ans, car c'est illogique pour moi aujourd'hui de me contenter d'un "salut ça va ?" et "au revoir". C'est pour ça que, lors de ces dédicaces, je passais au moins 4 minutes avec chaque personne, à pleurer parce que les gens sont trop touchants, mais ça prenait beaucoup de temps. A l'avenir, plutôt que des meet-up, je pense plutôt à des cadres plus intimistes avec quinze personnes au maximum. Car je pense que mes abonnés, qui ont entre 20 et 30 ans désormais, ont plus envie d'échanger avec moi que d'avoir une photo.

-A l'inverse des abonnés, qui soutiennent leur influenceur préféré, il y a des haters qui peuvent être très violents. On le voit malheureusement régulièrement avec Lena Situations. Est-ce que ces critiques qu'on trouve aussi sur les réseaux, c'est quelque chose que tu dois gérer au quotidien ?

Lena est dans une situation différente, elle n'est plus influenceuse, c'est une personnalité publique. Donc tu es forcément exposée à des gens auxquels je ne suis pas exposée. Tout le Twitter masculin toxique s'en donne à cœur joie au quotidien. Moi, je suis un peu épargné par ça. Mais l'inconvénient de ne pas avoir trop de filtre, c'est que quand les gens t'attaquent, ils s’attaquent vraiment à qui tu es vraiment. Et ça peut me blesser. J'ignore les insultes. Je me suis calmé récemment, mais des fois je réponds quand le message est plus long, pour expliquer qu'on ne peut pas converser avec un être humain. Je me souviens avoir partagé en story un message dramatique que j'avais reçu après avoir fait ma réduction mammaire. Ces commentaires sont infimes, mais c'est assez démoralisant comme constat sur les humains sur internet, qui reste un terrain dangereux, où certaines personnes attendent le moindre dérapage, le moindre faux pas de ta part. C'est pour ça que je fais attention à ce que je dis aussi, que j'expose beaucoup moins mes proches sur mes réseaux.

Tu as beau te connaître, et ce métier est génial, mais rien ne te prépare à tout ça, à recevoir autant d'informations et d'avis sur nous-même. C'est pour ça que je trouve que c'est essentiel de prendre soin de sa santé mentale, de consulter un psychologue si besoin.

-Dans ton podcast, néanmoins, tu te livres beaucoup sur toi et sur des personnes de ton entourage, notamment une ancienne relation toxique. Tu ne donnes jamais de nom, mais comment fixes-tu la bonne limite ?

Ma première limite, déjà, c'est que tant que je n'ai pas encore process l'information moi-même et que je ne me sens pas totalement à l'aise, je n'en parle pas. Cela fait douze ans que je fais ça, et je sais quels risques je prends quand j'évoque quelque chose en ligne. Je suis très à l'aise sur mon cheminement de pensée et mon vécu.

J'aime beaucoup certaines podcasteuses américaines, parce que si elles ont plein de défauts, elles sont moins dans le jugement et parlent très librement. Et j'aimerais pouvoir faire pareil avec ce qui m'arrive. Mais je sais que, avec internet, dès que je parle de quelqu'un, cette personne finit par l'apprendre et je reçois un message. Message que je n'ouvre pas, souvent, car j'ai peur, même si je comprends que ça soit difficile pour la personne d'avoir mon point de vue brutalement honnête. Mais à l'exception d'une personne qui m'a fait beaucoup de mal, je fais très attention à ne jamais dénigrer les gens dont je parle ou moi-même.

-Tu parles face caméra ou dans un micro à tes abonnés depuis plus de 12 ans. Tu en as 26 maintenant. Est-ce que tu as l'impression de grandir avec eux ?

Je me souviens de mon passage à l'âge adulte sur mes réseaux, car je crois que certains abonnés plus jeunes n'ont pas compris que je sortais moins. On m'a dit que j'étais moins fun. Mais depuis quelques années, quelques mois, et attention je ne me jette pas du tout des fleurs, je reçois beaucoup de messages de gens qui voient dans mes projets quelque chose qui les inspire dans leur propre vie. Beaucoup m'ont connu quand elles étaient au lycée et ont un travail aujourd'hui. C'est en ça que c'est cool de se voir évoluer avec quelqu'un, et que ça crée un lien spécial. Certains créateurs de contenus ne regardent jamais leurs DMs Instagram. Mais pour moi, c'est ma seule manière d'avoir des retours, de mieux comprendre sur quoi me concentrer. Même si ça m'arrive, certains matins, de faire l'erreur d'ouvrir Instagram et d'avoir un message très méchant. Douze ans après, je continue d'apprendre à avoir du recul sur tout ça.

-Quand est-ce que tu as compris, durant ces douze années, que tu avais une influence, et donc une responsabilité auprès de ta communauté ?

J'ai le sentiment, même quand j'avais 14 ans, que c'est la base de montrer un comportement correct, de tirer vers le positif. Et aujourd'hui, je fais toujours attention à ce que je partage.

Quand je parle de santé mentale, je précise immédiatement que je ne suis ni parfaite ni une professionnelle. Ma parole n'est pas d'or, mais j'ai conscience qu'elle a un impact sur les autres. Je me sens instruite et bien éduquée sur certains sujets, mais je réfléchis toujours à ce que je vais dire, tout en essayant de rediriger vers des professionnels.

Et sur la responsabilité, par exemple sur la transparence des partenariats, je me rappelle que ça pouvait me sortir de la tête par le passé, que je râlais quand on me prenait trop au sérieux. Aujourd'hui, avec la professionnalisation du milieu et de mon métier, j'ai compris que c'est essentiel de l'être, pour qu'on me prenne au sérieux, qu'on me respecte.

Même chose sur la consommation et l'écologie, c'est très compliqué, parce que les gens acceptent souvent un comportement irréprochable de la part des créateurs de contenus, ou en tout cas quelque chose de très cadré. Ce que je dis, c'est que je suis encore en apprentissage, je fais au maximum, sans faire de rapport tous les matins. Depuis deux ans, j'accepte beaucoup moins d'envois de colis presse, j'en reçois peut-être un toutes les deux semaines, alors qu'avant chez moi c'était un relais colis. Même chose pour les voyages de presse. Avant, ça faisait partie de mon quotidien. Aujourd'hui j'en fais peut-être un par an. J'apprends à définir ce que je veux pour mon futur, ce que je veux transmettre, mais je fais encore des bêtises, je n'ai pas un comportement parfait, et c'est difficile car on est attendu au tournant. Mais j'en ai parlé récemment sur mes réseaux, et mes abonnés m'ont répondu qu'ils n'attendent pas forcément qu'on soit parfait, mais qu'on montre au moins qu'on a conscience de ce qu'il se passe.

-J'ai travaillé sur la loi Evin, et la façon dont l'alcool est montré chez les influenceurs. Et toi-même, via des formats vidéo comme "Tu réponds ou tu sirotes" notamment, tu montrais l'alcool dans un cadre festif. Comment tu te positionnes vis-à-vis de cette responsabilité-là, sur la consommation d'alcool ?

Je pense qu'il y a beaucoup de créateurs de contenus qui sont moins relatable parce qu'ils ont caché cette vie-là, festive, qu'on est beaucoup à avoir, y compris chez les abonnés de mon âge, même si je sors beaucoup moins qu'avant. Je pense que, dans le cadre de ce qui est légal bien sûr, tu peux parler de tout, si tu sensibilises ton public, si tu fais de la prévention. Je ne pousserai jamais mes abonnés à boire dix shots, je précise qu'il faut faire attention, que c'est souvent dans le cadre de jeu pour mes vidéos. Je suis alignée avec ça, je suis dans la limite du raisonnable, et je ne pousse pas les gens à l'excès.

-Comment tu te positionnes par rapport à tes abonnés, quel rôle tu te donnes vis-à-vis d'eux ?
Je ne saurai pas mettre un terme dessus. J'aime bien avoir le regard et l'attitude de copine, pas d'amie attention, avec un relationnel d'égal à égal. Je ne veux pas qu'il y ait de supériorité parce que je suis influenceuse, cela n'a aucune valeur à ce niveau-là. J'aime aussi l'idée d'être, entre gros guillemets, une "grande sœur". Et tout en faisant attention à ne pas rentrer dans une proximité malsaine, j'aime l'idée d'avoir, avec mes abonnés, un vrai esprit de sororité.

Interview réalisée le 25 octobre 2023 à Paris.

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