POURQUOI ON NE VOIT JAMAIS DES VRAIS ÉCONOMISTES À LA TV ?

ERRATUM : Emmanuel Lechypre est titulaire d'un master en économie. Il fait partie des rares journalistes économiques du PAF à avoir un diplôme d'économie. Veuillez nous excuser pour cette erreur !

Qui sont les économistes de plateaux TV ? Comment ça ce fait qu’ils ne soient en réalité que très rarement économistes ? Alors que les questions économiques sont au cœur des débats politiques, qu'à chaque élection les citoyens sont amenés à se prononcer sur ces questions, la science économique est encore trop peu comprise.

G - Si vous avez un jour allumé une télé, vous avez dû tomber sur ce fameux monsieur chauve qui parle d’économie. Mais non pas moi ! Pis je suis pas à la télé en plus…

M - On parle de François Lenglet, c'est le monsieur économie du PAF. Vous avez peut-être aussi vu, Emmanuel Lechypre, Nicolas Doze, Alexandra Bensaïd, Dominiques Seux ou Stéphanie Antoine. 

G - Le point commun c’est qu’aucun d’entre eux n’a fait d’étude d’économie, ils viennent presque tous de Science Po avec une spécialisation dans une école de commerce. Donc ce ne sont pas des économistes, ce sont des journalistes. Leur rôle normalement c'est d'interviewer ou de relayer la parole de gens pertinents, que ce soit des acteurs de la vie économique - genre des professionnels de différentes industries - ou des observateurs experts que sont les économistes universitaires. 

M - Et en soit ce n’est pas hallucinant qu’ils n’aient pas eux même fait d’études en économie, puisque leur expertise à eux en fait c’est d'être des relais pour transmettre l’information. Donc voilà c’est facile, Francois Lenglet, c’est un journaliste.

G - Sauf que… Beh alors regardez ça… Il est économiste François Lenglet ?

Extrait sans son : 

BFM Business - G20: une rencontre utile ? (14/11/2022)

https://www.youtube.com/watch?v=wixynbVyPhQ&ab_channel=BFMBusiness (1:13)

M - Hein ? Il est économiste François Lenglet ? Non… C’est pas possible il est pas chercheur. Attend non… L’économie c’est pas une science.. Si ? J’suis perdu.

M - Hein ? Ah c’est p’tet parce qu’il est aussi un peu financier. Du coup… Financier… Economiste… 

G - Non il est pas financier. Et de toute manière un financier c’est pas un scientifique, donc c’est pas un économiste. 

M - Des scientifiques en économie ? Ah… J’aimerais bien voir ça.

G - Bah enfin…

M - Quoi l’économie serait une science ! 

[Générique]

b.Les semi-économistes

M - Alors c'est quoi en fait un économiste ? Parce que, François Lenglet, donc un journaliste qui devient économiste, c'est pas un cas isolé ! Ça pourrait presque devenir une discipline olympique que d'être présenté comme Économiste sans vraiment en être un, donc d'être présenté comme un expert, qui a une légitimité particulière sans en avoir une.

G - Par exemple, Charles Gaves c'est un mec qui à certes l’équivalent d’un master en économie, mais qui a surtout fait carrière et fortune dans la gestion d’actifs, donc dans le fait placer l’argent des autres. Charles Gave est donc avant tout un financier multi-millionaire. Il a aussi monté une boite qui fait de l’analyse financière, on peut rajouter que c’est un entrepreneur. Il est également “essayiste” puisqu’il a écrit un bouquin… sur Jesus… Comme quoi ça aurait été lui le pre mier capitaliste… Pas sûr que les historiens de l’économie valident… Mais voilà… Ce livre existe. Bref, financier multi-millionaire, entrepreneur et essayiste, aucun de ces qualificatifs n’est un synonyme de “économiste”. Pourtant ça n'empêche pas des médias de le présenter comme tel. Comme par exemple sur Thinkerview. 

Thinkerview - Effondrement économique, monétaire & civilisationnel ? Charles Gave & Olivier Delamarche (07/06/2022)

-> Entourer ou mettre en valeur le bandeau “charles gaves - économiste”

00:46 : “non mais maintenant je suis fils d'officier je suis allé dans la fpt dans l'économie et la finance absolument par hasard j'ai remarqué que les gens ne racontaient que les bêtises donc j'ai décidé de faire leur cherche moi même et puis au bout d'un certain temps il ya un certain nombre de gens qui arrêtent est d'accord pour me payer pour expliquer ce que je pensais ce que j'ai trouvé absolument miraculeux”

G - Sauf que voilà, un économiste c’est avant tout un chercheur. Ou alors c’est un expert qui peut travailler pour une entreprise ou une organisation mais qui s’appuie sur la recherche en économie pour analyser une situation ou une actualité donnée.

M - Ouais alors “recherche en économie”, comme si l'économie était une science ! Les vraies sciences c’est plutôt genre la physique. Tu connais la blague ? Si tu fais débattre deux économistes ensemble, tu auras trois avis différents.

G - Alors en fait, la vraie blague elle viendrait de Churchill qui aurait dit : “si vous mettez deux économistes dans une pièce, vous aurez deux avis différents, à moins que l’un d’entre eux ne soit Lord Keynes, auquel cas vous aurez trois avis différents”. Ce qui témoigne du fait que Churchill était le représentant d’une droite très conservatrice opposée à Keynes, qui lui - sans être non plus socialiste - défendait des idées de gauche.

M - Bah tu vois ! Non seulement les économistes ne sont pas d’accord entre eux mais en plus ils défendent des idées politiques ! Ils sont de droite ou de gauche. C’est pas scientifique ça ! Alors que les physiciens, si t’en mets deux dans une pièce, tu obtiens un seul avis, un seul résultat, celui de la vérité vraie qui n’est ni de droite, ni de gauche ! 

Partie 2 : L'économie c'est le bazare

a.La science économique 

G - OK alors, effectivement, on a quelques clichés à debunker. Démarrons par la base : oui, la science économique est une science, une discipline académique. Les chercheurs et chercheuses en économie publient leur travaux dans des revues spécialisées afin qu’ils soient révisés, répliqués, augmentés, critiqués par leurs pairs. Donc contrairement à l’édition par exemple, où n’importe qui peut écrire un livre et raconter n’importe quoi sans aucun contrôle - coucou Charles Gave - en science c’est pas pareil. Quand on écrit un article scientifique, il est d’abord relu par plusieurs chercheurs avant d’être publié. Et une fois que c’est fait, il est lu par plein d’autres chercheurs qui vont répondre, critiquer, proposer d’autres approches voire même parfois faire supprimer la publication initiale s’il y a des erreurs. Ainsi, grâce au fonctionnement de “l'institution scientifique”, la connaissance scientifique est une construction à la fois collective - le grand chercheur qui sait tout sur tout ça n’existe pas - et fiable. Ou en tout cas, disons le plus fiable possible.

M - Oui parce que, on sait bien que cette “institution scientifique” elle est totalement critiquable. Son fonctionnement n’est pas parfait. Ni en économie, ni en physique, ni en rien du tout. Cela dit, c’est pas parce que c’est pas “parfait” que c’est pas déjà “pas mal”... Et regardez autour de vous ce qu’on arrive à faire avec la science : c’est quand même pas mal !

b.De la bonne méthode scientifique ?

G - Bon maintenant la science économique est une science “sociale” comme la sociologie, l’anthropologie, l’histoire, la psychologie etc. Ce sont des sciences qui étudient les interactions entre les individus et leur environnement. Donc… Évidemment non, l’économie n’est pas la physique. Étudier les interactions entre des particules, des atomes, des quarks etc dont le fonctionnement est déterminé par les “lois de la nature” c’est pas la même choses qu’étudier des interactions entre des êtres humains dotés d’une conscience. 

M - Les êtres humains font des choix. Un jour ils choisissent comme ci, un autre comme ça… Et pis ils ne choisissent pas tous pareil et en même temps… Et puis leur environnement est fait de réglementations, d’institutions, d’éléments culturels qui changent en permanence… Bref, désolé pour les admirateurs de la physique et de leurs supers résultats très carrés, mais l’économie c’est autrement plus complexe que des histoires d’atomes !

G - C’est d’ailleurs en partie pour ça que les physiciens sont plus facilement d’accord entre eux. Ils ont fini par trouver un “modèle” qui fonctionne bien, qui donne des résultats. Les économistes, eux, cherchent encore LA bonne approche… Si tant est qu’elle existe. 

M -  C’est pas pour rien qu’il y a plein “d’écoles de pensée” en économie. Chaque école a sa méthode de recherche, sa manière de simplifier le réel et de mettre en évidence les causes et les conséquences. Est-ce que la hausse des salaires provoque une hausse de la consommation ? Ou est-ce qu’au contraire c’est la hausse de la consommation qui - parce qu’elle rapporte plus aux entreprises - leur permet de monter les salaires ? Mais comment financer la hausse des salaires sans qu’on ait déjà une hausse de la consommation ? Et si on choisissait l’autre côté… Comment financer la hausse de la consommation… Sans hausse des salaires ? Alors, on pourrait essayer l’un ici et l’autre là-bas et voir ce qui se passe mais évidemment selon le contexte politique et culturel, un résultat observé à un endroit ou à une période donnée n’aura pas forcément le même effet dans un autre pays et à une autre époque. Vous voyez le bordel ?

c.Descriptif, Prédictive, Prescriptive.

G - C’est en partie pour ça qu’on a l’impression qu’en économie on sait pas grand chose. Mais, si on y regarde de plus près, c’est peut être les questions qu’on pose aux économistes qui ne vont pas. 

M - D’abord on peut leur poser des questions d’ordre descriptives. Par exemple : comment fonctionne la banque centrale européenne, la BCE ? Bah là vous obtiendrez un consensus sans aucun souci, c'est-à-dire que peu importe le nombre d'économistes experts de la question que vous mettez dans la salle, vous obtiendrez une seule réponse. Parce que la banque centrale européenne fonctionne d’une manière que l’on peut tout à fait décrire objectivement. 

G - Mais, vous pouvez aussi leur demander comment “devrait” fonctionner la BCE, donc une question d’ordre prescriptive, sur ce qui “devrait être” plutôt que sur ce qui “est”. Alors là forcément, il va y avoir discussion. Chacun va argumenter selon ses références historiques, ses modèles d’institutions favorites et surtout selon les objectifs politiques qu’il ou elle estime prioritaire. Donc à la fois vous aurez un avi d’experts du sujet - ce qui est clairement utile - mais à la fois, vous leur posez une question très large et d’ordre politique donc… Ca semble logique que obteniez plusieurs sons de cloche. 

M - Et si vous commencez à leur demander, quels vont être les effets de l’action de la BCE sur l'économie française dans 6 mois. Alors là vous attendez une prédiction ! Et pour prédire il faut forcément modéliser le fonctionnement de l’économie. Et là, dès qu’il faut modéliser un truc aussi compliqué que toute l’économie française… Tout le monde n’est pas d’accord et il y a de bonnes raisons à ça. 

G - D'abord parce que - comme on l’a dit - l’économie est faite d’être humains qui font des choix, choix de consommation, de carrière, de vie, choix politiques etc. Modéliser l’économie toute entière revient à mettre en équation les êtres humains. Comme si une seule équation mathématique pouvait prédire le comportement de tous ces gens. Vous imaginez bien que ça ne va pas faire consensus.

M - Il y a ceux qui pensent que cette équation est nécessairement fausse ou trompeuse. Ceux qui pensent qu’il faudrait plusieurs équations pour plusieurs “types” de gens. Ceux qui ne sont pas d’accord sur les “types” de gens : est-ce qu’on les catégorise en fonction de leurs revenus, de leur genre, de leurs études, de leurs penchants politiques… Tout est possible !

G - Aujourd’hui par exemple, la théorie économique “standard” - dite néoclassique - a été construite sur l’hypothèse d’un être humain égoïste : Homo economicus. Il n’a qu’une seule idée en tête : s’enrichir. Et donc les modèles macroéconomiques les plus répandus portent en eux cette hypothèse d’un humain égoïste et avare. Mais on aurait pu chercher à construire des modèles conçus sur la base d’être humains de “type animaux sociaux”, altruistes, qui visent la collaboration plutôt que la concurrence.

M - Et là, vous allez peut-être vous dire : Pourquoi on ne choisit pas tout simplement le modèle qui prédit le mieux ? Celui qui donne les meilleurs résultats ? Si le modèle avec les gens altruistes prédit mieux que celui avec les gens égoïstes, et ben on dégage l’égoïsme et on base tout sur l’altruisme. Problème résolu !

G - Répondre à ça pourrait nous emmener très très loin. C’est tout l’enjeu d’une autre science, l’épistémologie, qui cherche à répondre à la question “Comment faire de la bonne science ?”. Pour essayer de vous faire comprendre à quel point on peut se prendre la tête sur ce sujet : prenons l’exemple de la corrélation qui n’est pas causalité. Vous avez un site internet qui s’appelle “Corrélations suspicieuses” qui recense tout un tas de trucs qui bougent ensemble alors qu’ils n’ont rien à voir. 

M - Par exemple, regardez moi ça. Deux belles courbes qui montent et descendent en même temps. On se dit qu’elles doivent être connectées d’une manière ou d’une autre. Que l’une doit entrainer l’autre. Sauf que… En noir c’est la populatirité du meme “y u no” sur Internet. Et en rouge, c’est le nombre d’employés de banques dans l’état du Nebraska aux états-unis… Quel rapport ?

G - Aucun rapport ! C’est pas parce que ça bouge pareil que c’est forcément connecté d’une quelconque manière. C’est pas parce qu’il y a “corrélation” qu’il y a forcément “causalité”. Et c’est pour ça qu’un modèle qui bouge pareil que le réel n’est pas forcément un bon modèle. Parce que peut-être qu’il bouge pareil par pur hasard !

M - Et là vous allez nous dire que depuis le temps qu’on utilise des modèles en économie, si c’était un hasard qu’ils bougeaient pareil que le réel, ce serait quand même un sacré hasard. A un moment donné, si ça fait des années que les deux sont corrélés, c’est bien qu’on a trouvé LE bon modèle qui décrit comment marche le réel.

G - Excellente remarque ! On voit que vous connaissez votre sujet… Sauf que, les modèles macro-économiques sont re-paramétrer en permanence pour continuer de coller au réel. En gros, la corrélation avec le réel disparaît très vite si on ne réajuste pas le poids des différentes variables. Si on ne réajuste pas les coefficients des différentes notes si vous voulez. Sauf que vous comprenez bien que si le modèle décrivait correctement le réel… Ben il n’y aurait pas besoin de changer tout le temps le poids des variables. En physique par exemple, la vitesse de la lumière dans un milieu donné, on la connaît, on a le chiffre et il ne change jamais.

M - Bah oui mais en économie c’est plus compliqué. Les gens changent, ils font des choix, ce ne sont pas des particules. Donc, s’il faut changer les paramètres des modèles macro-économiques en permanence, est-ce que c’est parce que les gens changent ? Que les cultures et les normes évoluent ? Ou est-ce que c’est parce qu’on a un modèle complètement bancale qui colle au réel par pur hasard ? Et auquel on s’accroche par simplicité, parce que c’est trop compliqué et couteux  de s’embêter à en trouver autre chose ?

G - Eh ben voilà ! On n’a pas la réponse. Donc les économistes ne sont pas tous d’accord sur les différents modèles, ce qu’ils veulent réellement dire et sur la bonne manière de les utiliser.

d. Consensus : 

M - Bon alors là on vous a sûrement donné l’impression qu’on ne sait rien en économie mais rappelez-vous de l’exemple de la Banque Centrale Européenne. Demandez à deux économistes comment elle fonctionne et vous aurez un consensus. 

G - Et parfois, même sur des sujets qui ont l'air plus périlleux, et bah en fait ils peuvent être globalement d'accord. 

M - Par exemple, sur le "marché de la drogue".

Lyon Capitale Live - Emmanuelle Auriol, économiste : "Il faut légaliser le cannabis" (JECO 2017) (08/11/2017)

Emmanuelle Auriol - Economiste, étude de la régulation

00:12 : 

ITW : “le débat du jour c'est l'économie du cannabis j'ai le sentiment qu'il ya un consensus chez les économistes c'est que il faut légaliser le cannabis”

Auriol : “oui alors en tout cas moi je n'en ai jamais rencontré ce jour qui était opposé à la légalisation et il ya de bonnes raisons économiques et sociales je pense à cela”

G - Voilà, là il y a un consensus assez large ! Notamment parce que la question est très précise. Après le comment exactement “légaliser”, ben là c'est une autre question, ça devient du prescriptif, ça devient plus politique ! 

M - Sur l'immigration aussi, il y a un consensus assez clair pour dire que les positions de l'extrême droite, en France ou aux Etats-Unis, qui voit les étrangers comme des personnes à virer pour récupérer de l'argent est faux.

France TV - Un économiste répond aux clichés sur l'immigration et le travail en France – Cash Investigation

Anthony Edo, économiste spécialiste des questions relatives aux migrations internationales

2:20 : “s'il y a un consensus c'est bien que globalement l'immigration n'est pas ne va pas déstabiliser le marché du travail ne va pas affecter ni l'emploi ni les salaires”

3:19 : “L'immigration zéro D'un point de vue purement économique, n'aurait aucun effet positif sur la croissance. A l'inverse, les études montrent que plus d'immigration, c'est plus de croissance économique.

G - Encore un exemple : le consensus au sein des économistes sur la nécessité de taxer davantage l’héritage en France pour corriger les inégalités est tel que même des journaux généralement “pro business” et donc plutôt “pas pro taxation” ne peuvent pas l’ignorer.  

M - Bon maintenant on est plus au clair sur la science économique :

  • déjà c’est bien une science, c’est une science sociale ;
  • parce qu’elle est sociale, elle est complexe: la réalité est parfois dure a observer, et il y a des désaccords sur comment construire des modèles fiables et utiles
  • Si vous parlez à un économiste, selon si vous lui posez des questions descriptives ou alors prescriptives, vous pouvez vous attendre à une réponse plus ou moins complexe et qui fait plus ou moins consensus, et ca ca peut donner l'impression que personne n’est d’accord ;
  • alors qu’en fait il y a bien des consensus en économie. 

M - Bon, mais maintenant qu’on a dit tout ça, la question qui se pose c’est : puisque  qu’on a des économistes experts de plein de sujets intéressants, alors pourquoi on a l’impression qu’on ne les voit jamais dans les médias ? C’est nous qui délirons où c’est hyper rare que la presse donne la parole à des chercheurs en économie ?

Partie 3 - Les économistes dans les médias.

a. Les logiques des médias

G - Pour répondre on peut s'appuyer sur les travaux de Michaël Lainé - un vrai économiste - qui a cherché à chiffrer précisément à qui les médias donnent la parole pour parler d’économie. Dans son livre “L’économie vue des médias. Anatomie d’une obsession morale”, il nous apprend que 1/ effectivement, les économistes ne sont pas les plus invités dans la presse papier mais aussi que 2/ les médias sont très mauvais pour éviter les “conflits d’intérêt”. 

M - “Entre 2014 et 2015 - sur un total de 1 966 occurrences, le journal Le Monde a cité 48,6 % d’experts salariés d’une banque, 17,2 % d’économistes à gages (cumulant titre universitaire et poste dans une entreprise ou un conseil d’administration) et 9,9 % d’experts/dirigeants d’une institution financière, ce qui donne près de 76 % de situations de conflits d’intérêt. Les économistes universitaires ne représentent que 24 % des citations dans les articles économiques ”(p. 16).

b. Les économistes académiques. 

G - OK donc c’est pas nous qui délirons, alors pourquoi est-ce qu'il y a si peu d'économistes invités ? 

M - A première vue, ça à l’air débile de s’en priver. Parce que bon nous on produit du contenu journalistique, on a même un média à nous, donc on voit comment ça marche. Inviter un expert ça permet au moins deux choses. 

1/ ça permet d'économiser vachement de taf de journalisme. A la télé si vous voyez autant d’interview et de plateaux partout, c'est que c'est relativement peu cher. Beaucoup moins cher que d’autres formats comme le reportage, le documentaire, ou n’importe quoi d’autre qui demanderait de de faire bosser quelqu'un pour l’écriture, la recherche d’info, sourcer tout ça. Ce que je veux dire Gilles, c'est que tu coûtes cher ! 

G - Eh ouais mais un journaliste de qualité ça a un prix !

M - 2/ L'autre intérêt c'est  la perception de légitimité par le public. Parce qu'un média ça fonctionne sur la confiance de son auditoire. Or avoir un "économiste" dans son sujet, ça fait tout de suite sérieux. Donc Gilles, désolé mais en fait t’es viré parce que tu coûtes cher alors que t’as zéro légitimité.

G - Nan mais la vraie question c’est “est-ce que j’ai l’air sérieux ?” Vas-y met mon nom avec “économiste” à côté… Hein… Rhooo tu te fous de moi ça s’écrit pas comme ça ! Bon mais de toute façon met le nom de ma chaîne plutôt… Voilà c’est mieux.

M - Donc les vrais économistes ils remplissent bien ces deux critères, on les met sur un plateau, c’est pas cher, et ca fait sérieux. Mais le problème, c’est qu’ils ne sont pas du tout formés au truc le plus important pour un média : capter l’attention et la conserver. Parce que le modèle économique des médias est basé sur l’audimat.

G - Tenez, prenez par exemple Agnès Benassy-Quéré, une économiste spécialisée dans les questions macro-économiques. En vrai elle s’exprime assez bien, elle peut être invitée en plateau sans trop de soucis. Et d’ailleurs, en 2021, a la sortie des différents confinements liés à la crise du Covid, elle est invitée sur BFM Business avec des questions piles dans sa spécialité. Tout est aligné pour que ça soit un grand moment de télévision ! 

BFM Business - Agnès Bénassy-Quéré (Trésor) : Les inconnues de la reprise économique dans l'Hexagone (24/05/2021)

0:32 : “est ce que c'est l'été je dirais de tous les possibles, on va se retrouver avec un espèce d'effet mécanique d'un net rebond, est ce que pour autant on aura du rattrapage ?

Alors, ça dépend ce qu’on appelle le rattrapage évidemment…” 

M -  "ça dépend ce qu’on appelle le rattrapage évidemment" Eh ouais, toujours a vouloir être précis. Faudrait pas non plus créer un grand moment de télé, avec un "OUI" ou un "NON!" grandiloquent ! Bah non, d'abord il faut définir les termes, pour être sûr d’informer correctement le public... 

G - Autre cas : Imaginez que vous avez une bête d’économiste en face de vous, elle à un Prix Nobel pour ses enquêtes de terrain dans des pays en développement, dans lesquels elle cherche des solutions concrètes, comme le déploiement de moustiquaires contre le pallu, l’accès à l’eau potable, tout ça dans le but de contribuer à éradiquer l'extrême pauvreté. C’est super vous allez pouvoir lui poser plein de questions genre….. Pourquoi y a de l'inflation en Europe ?

Thinkerview - Prix Nobel d'économie : face à la pauvreté ? Esther Duflo

24:01 : 

Sky : “est-ce que maintenant toutes ces liquidités injectées par les banques centrales c'est une des grosses causes de l'inflation qu'on est en train de vivre avant la guerre d'Ukraine ?”

Duflot : “alors là à nouveau moi j'ai pas la réponse à cette question euh et je ne pense pas qu'il y ait, je pense pas qu'il y a un consensus sur la réponse question alors moi je ne sais pas honnêtement je sais pas”

G - Ah voilà, une question pas trop dans son sujet, la meuf s'effondre ! Comment voulez-vous travailler. Faudrait qu’on prépare les interview aussi !? 

M - On rigole on rigole, mais en vrai ce type de format, mal préparé, où l’interviewer pose les questions qui lui passent par la tete, où il ne se soucis aucunement de l’expertise de l’économiste face, bah ça donne ça en commentaire :

  • "Je l'ai trouvée très imprécise."
  • "[Elle] n'est même pas capable de définir "guerre économique""
  • "très molle intellectuellement"
  • "Pénible à suivre, flou "

G - Alors d'un côté vous avez Charles Gave qui est décrit comme un géni d'une clarté folle dans les commentaires parce qu'il répond à tout en mode Yolo. Alors je vous assure qu’il raconte des énormités… N’écoutez pas Charles Gave ! Et de l'autre vous avez Esther Duflo qui bah… fait ce qu'elle peut de manière très honnête avec ce qu'on lui donne. 

FINANCIER 

M - La conclusion de tout ça, c'est qu' inviter des économistes c'est relou. Et du coup il vaut mieux inviter des gens qui "ressemblent" à des économistes, mais qui ont aussi un p’tit côté “commercial” sympa parce qu’ils arrivent bien à s’exprimer. Je parle bien-sûr des…

G - …Financiers ! Ca parle gros chiffres, c’est technique mais c’est fluide ! Vous pourriez avoir l’impression que… Allez… un financier c’est quand même un peu la même chose qu’un économiste universitaire. Et ben nan c’est pas du tout pareil ! Tenez, prenez mon cas : avant de me plonger corps et âme dans la lecture d’articles de recherche en économie, j’ai été financier à Wall Street.

M - Ah ouais carrément ! Genre 

(scène de musique wall street)

G - Alors c’était pas à ce point là non plus mais oui. Sauf qu’en fait j’peux vous dire qu’à cette époque, j’étais à des kilomètres de comprendre quoi que ce soit au fonctionnement de l’économie. Même pour la partie uniquement “plomberie financière”, j’étais à côté de mes pompes par rapport à un économiste spécialisé en finance. A cause de la division du travail, un financier c’est très souvent un expert de son petit pixel de spécialité. Seuls certains financiers ont des connaissances qui leur permettent de dézoomer un peu sans dire trop de conneries. Et c’est pas du tout évident de savoir lesquels… 

M - En plus de ça, quand vous faites intervenir un financier pour parler d’économie, vous donnez la parole à un représentant du capital. Un financier, son rôle, c’est de faire fructifier l'épargne de ses clients. Donc son but c’est : plus de profits pour les entreprises privées et plus de dividendes. Un financier à un intérêt professionnel à ce que l'état privatise. Ca fait plus d’activité pour le privé, plus de chiffre d’affaires et donc de dividendes. Quand l’état n’augmente pas le SMIC c’est génial aussi : ça fait moins de salaires à verser donc là encore, plus de dividendes pour les clients. 

G - Et puis attention à ne pas tout interpréter par le prisme de “la finance” et de ses codes. Certains financiers - ou mieux, des économistes académiques spécialistes de la finance - ont une bonne compréhension générale de ses arcanes. Et oui, c’est important de comprendre tout ça parce que la finance joue un rôle important dans le fonctionnement de l’économie. On peut la voir comme un genre de plomberie remplie d’argent qui irrigue tout. Cela dit, l’économie ne se réduit pas à la finance ! Loin de là ! Elle est d’abord la science de la coopération entre individus dans le but de produire des richesses. La coopération n’a pas toujours besoin de passer par l’argent et la richesse n’est jamais l’argent. La richesse c’est ce qui est produit dans les champs, les usines, les bureaux et les foyers. Attention à ne pas tout résumer à des ratios de rentabilité et à des milliards d’euros.

M - Donc les médias aiment les financiers et les banquiers pour parler d'économie, ça permet d'inviter des gens qui peuvent donner une esthétique d'expertise et qui souvent, si on prend des profils qui sont aussi un peu commerciaux, savent s’exprimer.

G - Bon, les financiers c’est pratique, mais ils ne passent pas pour tous les sujets et puis faut pas en abuser parce que ça pourrait finir par se voir. Mais dans ce cas pas de souci, il existe une autre astuce donner l’illusion de l’expertise. Il suffit de se "fabriquer" des économistes. 

LES FAUX ÉCONOMISTES

G - Cette fois, allons faire un tour du côté des échos. Ici Nicolas Bouzou est présenté comme économiste. 

M - Et plus récemment, sur C ce soir  : Il apparaît à côté d'Arnaud Orain et d'Alice Ekman, où il est là-aussi présenté comme "Économiste"

Version entiere : https://youtu.be/t4WQkcNabnk?t=151
C Ce Soir - Les Européens doivent-ils choisir entre Chine et Etats-Unis ? (14/04/2025)

G - Tout va bien, on a donc plusieurs économistes et chercheurs sur le plateau pour un beau débat à arme égales… Sur un beau sujet : “Droits de douane : est-ce la fin du libéralisme ?” Sauf que bah… Attends… Nicolas Bouzou, il est économiste de quoi lui déjà ?

M - Arnaud Orain, on a parlé de lui dans notre vidéo sur la fin du néolibéralisme, il a écrit un bouquin ultra sourcé sur le sujet. Il a fait des études d’économie, il a enseigné l’économie, il est spécialisé dans l'histoire économique. Donc il à une existence académique et dans cette émission de C à Vous on est carrément dans son sujet. Sur ce plateau on a aussi Frédéric Encel un géopolitologue qui n'est pas une référence totale, mais bon Dr en géopolitique, spécialiste des relations internationales, on est dans le sujet. Et enfin on a une "analyste de la Chine", Dr en relations internationales, qui a bossé à l’Ifri et dans des universités chinoise, coréenne et taiwanaise… Bref, expertise solide et avérée.

G - Et au milieu de tout ça, notre Nico Bouzou qui obtient le titre d’économiste… mais… C’est marrant j’arrive toujours pas à le replacer dans sa spécialité. T’sais quoi, on a qu’à vérifier sur google scholar… Alors… La Blockchain, L’innovation… des bouquins… Un truc sur le management… Humm c’est marrant je vois pas le lien avec le sujet de l’émission. Pis ça ressemble pas à des publications scientifiques tout ça.

M - Eh oui, c’est parce que Nicolas Bouzou est prof de management et également le fondateur d’un cabinet de conseil aux entreprises. Alors dis comme ça on pourrait croire que c’est du sérieux mais il faut savoir que ledit cabinet est connu pour avoir pondu une étude sur UBER, payée par "UBER", pour dire que "UBER" c’est vachement positif pour l’économie française. 

M - S'en est suivit un scandale : Le Monde avait titré "Universitaires ou lobbyistes ? Des économistes rattrapés par leurs contrats avec Uber". On est donc effectivement très loin de la rigueur académique ! 

G - Ah mince… Nan mon Nico

M - En tout, il y a trois personnes qui sont citées dans cet article. Augustin Landier et David Thesmar sont des économistes universitaires, donc des chercheurs qui publient dans des  revues scientifiques, mais dans cette affaire ils se sont fait 50 000€ chacun en 10 jours de travail pour une “étude” qui dit que UBER créer des emplois de qualité. 

G - 100 000€ pour 10 jours de travail, ça fait déjà 2 emplois de qualité créés par UBER finalement

M - Trois même si tu comptes la troisième personne - Nicolas bouzou.

G - Ah bah 3 emplois… Là… On a résolu le problème du chômage !

M - On est clairement face à un problème éthique. Peut-on à la fois être qualifié d’économiste universitaire - donc de chercheur - et être payé pour publier une étude dont la conclusion a été achetée d’avance ? Evidemment non !

G - Attend attend… Bouzou est p’tet pas chercheur mais il a bien employé des chercheurs ! Et puis qui te dit que la conclusion a été achetée d’avance… Regarde dans l’article du Monde, il le dit lui même : « Mon équipe travaille en totale indépendance […] garantie dans nos contrats. […] Nous ne nous engageons jamais sur un résultat au préalable ». Ca à l’air sérieux !

M - Sauf que, regarde le paragraphe juste en dessous, ils disent que Nicolas Bouzou a envoyé un mail à Uber le 1er avril 2015 : 

“ Après avoir « réfléchi au mode d’accompagnement qui pourrait être le plus efficace pour Uber France », M. Bouzou écrit à la multinationale que « le plus utile serait de publier une note synthétique qui démontrerait la contribution d’Uber à l’économie française ». Les seuls destinataires du courriel sont des lobbyistes du groupe.” 

Bref… c'est bien, pleinement, une démarche de lobbying. 

G - Ca a été envoyé le 1er avril… ca devait juste être une blague.

M - (marina me regarde de travers)

G - Bon, le problème de présenter un Nicolas Bouzou comme "économiste" sur un plateau rempli de “vrais” économistes, c'est qu’on le met au même niveau que des gens qui eux ont une véritable expertise et une véritable éthique de travail. Alors que lui c’est juste un prof de management et un patron de cabinet de conseil qu’il est visiblement possible d’acheter.

M - Charle Gave ou Nicolas Bouzou ont une certaine expertise du monde économique. C'est pas ça le problème. Charles Gave, si vous voulez lui poser des questions sur: comment placer son argent dans des paradis fiscaux et l'utiliser pour influencer les élections françaises, là vous avez le bon mec. 

G - Ce qui est abusif, c'est de leur donner un titre d'économiste. C'est un peu comme si on invitait… un serveur de bistrot en disant qu'il est sociologue, parce que bon c'est quelqu'un qui parle avec beaucoup de gens de dans la journée quand même ! Et je ne dis pas que la parole d’un serveur de bistrot n’est pas intéressante. C’est pas ça le sujet. En vrai, ce serait même pas mal d'avoir un peu plus de travailleurs dans les médias, mais ce serait bizarre d'inviter un serveur en lui attribuant une casquette de "Sociologue" en lui demandant comme si c’était un expert incontesté “comment la politique du gouvernement est perçue dans les classes populaires ?"

C. Les chroniqueurs

M - Donc, vous voulez une émission avec des phrases chocs et des avis tranchés, comme les vrais chercheurs c’est pas le meilleur plan, vous pouvez fabriquer des “économistes” à base de financiers ou de lobbyistes remplis de conflits d’intérêt. Mais, si jamais vous n’en avez pas sous le coude, ou que vous voulez juste un segment de 2 minutes pour expliquer un truc, bah vous pouvez compter sur vos journalistes économiques préférés pour faire des chroniques.

G - Ceux qui ont fait science po vous vous souvenez ? Le souci c’est que Michaël Lainé - dans son étude - a identifié dans la bouche des “journalistes” spécialisés des tas de clichés complètement faux répétés ad nauseam. Y a trop de dépenses publiques, les 35h c’est pas compétitif, et les chômeurs sont des feignants qui ne cherchent pas de boulot, y a trop de régulation, la banque centrale fait n’importe quoi, et le code du travail c’est l’enfer… Rien de tout ça n’est le résultat d’un consensus scientifique mais… Pourquoi se faire chier à lire des études compliquées ? De toute manière, les formats employés par les médias - trop courts, pas prévenus à l’avance, pas formés à l’exercice etc - font que les scientifiques n’aiment pas venir.

M - Effectivement, comme on l’apprend grâce au travail de Michaël Lainé

“l’analyse de ces différents thèmes révèle la présence d’un certain nombre de biais de la part des médias qui globalement adoptent, avec quelques nuances, un même positionnement : une idéologie anti-étatiste, qui fustige l’action de l’État toujours et partout comme si celui-ci était finalement responsable de tous les maux.”

G - Et également

“D’une part, ils érigent souvent ce qui relève d’un discours commun et dominant – une doxa – en discours « courageux » ou « de vérité », ce qui leur permet de disqualifier les opposants à ces idées. Ces derniers refuseraient de « voir la vérité en face » parce que celle-ci serait « taboue ». D’autre part, ils donnent peu la parole aux théories plus critiques, de sorte que certains sujets sont absents du traitement médiatique de l’actualité économique.”

LA LOGIQUE DES MÉDIAS 

M - Donc on avait bien dit déjà que l'économie était une discipline compliquée, où il n'est pas toujours évident de savoir ce que l'on sait vraiment. Mais si vous ajoutez à ça tout ce qu’on vient de décrire, avec de faux économistes ou soit disant experts dans tous les sens, bah alors là… ça devient ultra confusant quoi ! 

G - Ce qui n'empêche pas que de temps en temps, les planètes s’alignent, des économistes universitaires qui savent bien s’exprimer parviennent à percer le mur médiatique. Et ça donne des séquences qui vous foutent les poils ! 

M - C'était le cas pendant le débat des retraite, avec Michael Zemmour qui à crever l'écran en utilisant un savoir encyclopédique - normal puisqu’il était pile dans son sujet - ce qui a mis en difficulté la communication gouvernementale.

France Inter - Débat entre Michaël Zemmour et Anne-Sophie Alsif autour de la réforme des retraites (07/02/2023)

Michael Zemmour - économiste, spécialiste des services publics et de redistribution

14:44 : Il n’y a pas de pension minimale à 1200€ dans la réforme [...]
15:15 : Léa Salamé - c’est vrai ça ? Parce que c'est un des arguments les plus forts du gouvernement de dire 1200€ pour tous !

[...]

16:17 : c’est sur et certain

[...]

16:33 : Vous êtes sûrs de ça ? C’est vraiment pas ce que… [l’autre : ce qui est dit dans les papiers du gouvernement], oui voila

Ou encore plus récemment avec Gabriel Zucman, économiste, spécialiste de la taxation des hauts revenus, qui est à l'origine de la proposition de loi “Tax Zucman” visant à mettre en place une taxe minimum sur les ultra riches : 

France Inter - On n'arrête pas l'éco, avec l'économiste Gabriel Zucman

Gabriel Zucman - Économiste

3:03 : Journaliste - “Et vous dites il y a consensus, alors il y a consensus en effet, sur le fait que sans doute, ils paient moins de taxes que leurs chauffeurs. En revanche, il n'y a pas de consensus sur le fait que tout le monde veut y aller. C'était ça la réponse sur TF1 de E. Macron, il dit : est ce que vous pensez que si on fait seulement en France, les gens vont gentiment rester chez nous pour être taxés ? Vous, G. Zucman, vous pensez que oui, le chef de l’etat dit non, et le gestionnaire de fortune qu’on vient d'entrer dans le reportage il dit : “eh bah non ils vont partir”. 

Zucman : “Oui, alors la question de l’exil fiscal bien sûr il faut la prendre au sérieux, et la meilleure façon de la prendre au sérieux, ce n’est pas d’interroger les gestionnaires de fortune sur le sujet, mais c’est de se pencher sur les études universitaires, académiques sur la question. Toutes les études aboutissent à la même conclusion, qui est la suivante : l’exil fiscal n'est pas nul, mais il est rare. Quantitativement, c’est faible

G - N’hésitez pas à vous la repasser celle-là… Elle est jouissive

la meilleure façon de la prendre au sérieux, ce n’est pas d’interroger les gestionnaires de fortune sur le sujet

G - Les poils je vous dis

CONCLUSION : La logique médiatique et la fin des économistes médiatiques. 

M - Le risque actuel c'est que ce type d'échange n'est plus lieu. 

G - Bah oui, il est relativement facile de rendre les médias hostiles à la science et à la connaissance. Sur les plateaux par exemple, il suffit d'inviter 1 seul vrai spécialiste face à 2 faux et à 1 journaliste approximatif pour simplement rendre la parole de l'universitaire inaudible, tout en faisant genre on les invite ils vont pouvoir parler, mais en fait ils ne pourront pas vraiment pouvoir dire grand chose. Et c'est un format ultra classique ça ! 

M - Même chose sur internet, parce que si vous êtes économistes, l'interview de 2 heures de Thinkerview… bah c'est vachement dur en fait… 2 heures de questions aléatoires par un mec qui veut vous emmener sur tous les terrains, même hors de votre expertise…. Faut soit être super confiant et super bon pour rediriger les questions, soit avoir juste envie de vendre son bouquin ou ne pas avoir compris dans quoi on met les pieds. 

G - Et cette hostilité à la connaissance se déploie de partout. A la rigueur on pourrait se dire que c’est juste un problème de coût ou une forme de problème logistique du journalisme. Quand on invite une économiste universitaire, si on veut préparer un minimum l’interview il faut lire et comprendre ce qu'elle écrit. Non seulement c’est long mais en plus c’est balèze, faut être formé… Et ça demande des formats particuliers, faut lui laisser un minimum de temps pour vulgariser sinon ça devient vite trompeur. Et puis en plus, bonjour pour trouver “le” ou “la” bonne experte, dispo la veille pour le lendemain, pour venir parler de l'actu du moment sans être payée. Bref. Il y a des raisons “pratiques” à limiter le nombre d'économistes invités. 

M - Mais la problématique dépasse cet aspect “pratique”.  En plus du fait que les universitaires ne sont pas formés à la prise de parole, c’est aussi qu'ils disent des choses… bah qui plaisent pas à tout le monde. 

G - Et du coup c'est un peu le principe du consensus ignoré. C'est ce qu'on voit dans le film "Don't look up" ou un asteroid va clairement s'écraser sur la terre. Si vous invitez un expert indépendant, au bout d'un moment dans la conversation, il va dire que c’est bien joli ce qui est raconté sur ce plateau mais c’est de la grosse connerie. Ensuite il va pointer le ciel et dire… La comète là, c’est un consensus scientifique.

M - Et des comètes en économie, on l’a vue, il y en a ! On vous en a cité quelques unes : la répression contre le cannabis ça ne marche pas, il faut légaliser… L’immigration n’est pas un truc qui coûte un pognon de dingue, au contraire… Si on veut réduire les inégalités en France, il faut davantage taxer les successions si si si… Et non, Monsieur le président ancien gestionnaire de fortune, les études montrent que les ultra riches ne dégagent pas en masse quand on les taxe davantage… 

G - Sauf que toutes ces comètes là, ben ce sont des discours dangereux. Une population de fumeur de shit, des migrants de partout, une idéologie anti-riche primaire… Nan mais vous vous rendez compte ou s’en irait la France ! Attention là… Il faut pas se tromper de personne à détester ! Calmez vos hardeurs messieurs les “Robespierres de la recherche en économie” ! J’exagère à peine.

M - Bref il faut qu’on reste vigilants sur ce qui est présenté comme de “bon sens”, parce qu’on est de plus en plus amené à entendre tout et n’importe quoi. Tenez pas plus tard que fin juin, on regardait les articles et les tribunes du Monde et là on voit Jean Peyrelevade, soit disant économiste, qui nous explique que « La taxe Zucman n’a aucun sens ». Voilà, une tribune signée par un haut fonctionnaire, banquier et chef d’entreprises, proclamé économiste, qui vient balayer du revers de la main une proposition élaborée par plusieurs économistes experts reconnus mondialement parce que pour lui, c’est pas possible. Mais, c’est le même journal qui un mois avant, avait été pourri par l’homme le plus riche de France, propriétaire de journaux concurrents, parce qu’il avait pas aimé que Le Monde enquête sur les Panama Papers et du coup son argent bien placé.

Citation : 

Public Sénat - Un face à face sous tension au Sénat entre Bernard Arnault et le communiste Fabien Gay (21/05/2025)

Bernard Arnault, propriétaire Les Echos, Le Parisien

 www.youtube.com/watch?v=fMaEyOxWGjU 

- "Le Monde n'est pas marxiste, il est plutôt LFI"

M - A ce stade là c’est juste n’importe quoi en fait, si  Le Monde c'est LFI, alors, je suis candidate à la présidentielle pour 2027, l'argent magique ca existe pas, par conter il ruisselle de partout là, Nicolas  Bouzou est un économiste et tout ça va bien finir ! 

G - Haha ouais ça à l'air amusant de dire n'importe quoi ! “Les marchés sont efficients”

M - Ah bah là y a un prix Nobel qui dit que c’est le cas !

G - Ouais mais y en a un autre qui a dit l’inverse.

M - Ohlala l’économie…

M - En tout cas merci d’avoir suivi cette première saison d’argent Magique. 

G - Cette série vous a été proposée et produite par notre petit collectif Stup.Media et par Blast.

M - Un immense merci à toute l’équipe :

Arnaud Gantier (le mec de stupid economics là) qui a co-écrit avec nous tous les sujets. 

Ace Modey pour les supers montages,

Valentin Levetti pour la réalisation et la production

et les équipes de Blast pour le joli générique qui a ouvert tous nos épisodes et les miniatures qui allaient avec.

G - Et évidemment merci a vous d’avoir suivi cette saison et de l’avoir soutenu avec des dons et/ou des partages. Nous espérons sincèrement que cette première saison vous a plu. N’hésitez pas à nous dire en commentaire quels sujets vous aimeriez voir abordés dans une éventuelle saison 2.

M - Et nous on se retrouve à la rentrée, peut-être ??

Journalistes : Marino et Heu?reka
Co-auteur : Arnaud Gantier (Stupid Economics)
Réalisation : Valentin Levetti
Montage : Ace Modey
Production : Stup.media
Son : Baptiste Veilhan
Graphisme : Morgane Sabouret
Directeur des programmes : Mathias Enthoven
Rédaction en chef : Soumaya Benaïssa
Directeur de la publication : Denis Robert

Article précédent

La fin du libéralisme ? Entretien avec Arnaud Orain

Article suivant

Droit de réponse de TTC pour l'article : «Twitch : un événement caritatif au règlement controversé» 

Articles Similaires