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Alors que le bilan du nombre de victimes du séisme qui a frappé la Syrie et la Turquie, ce 6 février, ne cesse d’augmenter, la politique s’invite au cœur de l’aide apportée aux populations civiles. Ce séisme a frappé une région particulièrement sensible et des frontières encore aujourd’hui mal départagées. En effet, en Syrie, trois zones, nées de la guerre civile, ont été sinistrées:
– Le littoral syrien et la région d’Alep contrôlé par le régime de Bachar El Assad et son allié russe.
– La zone d’Idlib contrôlée par des groupes djihadistes (Al Nosra) et par l’opposition au régime.
– Une zone allant du nord au nord-ouest aussi bien contrôlée par la Turquie et ses proxys que par de nombreuses milices kurdes, opposées à Erdogan.

Crédit: The Washington Institute for Near East Policy
Ces trois zones continuent à faire l’objet d’une guerre entre d’un côté l’opposition, les Kurdes et des mouvements djihadistes et de l’autre le régime de Bachar El Assad qui réclame toute la souveraineté sur la région, et la Turquie qui en Syrie essaie de limiter l’influence kurde à sa frontière. Ces rivalités expliquent, par conséquent, les difficultés d’acheminement de l’aide humanitaire en particulier vers la région d’Idlib. Autrefois, 4 points de passage, depuis la Turquie, permettaient à l’aide humanitaire d’alimenter la zone rebelle.
Mais le régime de Bachar El Assad, pour asphyxier la zone, les a fermés les uns après les autres. Aujourd’hui, il ne reste plus que le point de passage de Bab El Hawa contrôlé par la Turquie et dont l’accès, tous les ans, est renouvelé par le Conseil de sécurité des Nations Unies pour une durée de six mois.

Dans le contexte particulier du séisme, après une semaine de négociations avec le régime de Damas, un autre point de passage, Bab El Salamah, a finalement été ouvert à la suite d’une initiative des médecins Raphaël Pitti et Ziad Alissa qui ont appelé à prolonger ce couloir pour un an. Ce chantage humanitaire permet à Bachar El Assad de faire une pierre deux coups:
- – Tout d’abord, ce chantage lui permet d’étouffer encore un peu plus la région rebelle, qui le 7 février était encore frappée par des bombardements russes.
- – Ensuite, cela permet à la Russie et à la Syrie, dans le contexte particulier de la guerre en Ukraine, d’accuser les Occidentaux, qui sanctionnent aussi bien Moscou que Damas, d’être responsables, de par ses sanctions, de cette catastrophe humanitaire.
- – Enfin, cela permet à Bachar El Assad de négocier la levée des sanctions occidentales à l’encontre de son régime tout en réclamant le contrôle intégral des corridors.
Alors il faut bien sûr préciser que les sanctions occidentales à l’encontre de Damas ne concernent en aucun cas l’aide humanitaire, alimentaire ou médicale. De plus, le régime de Bachar est connu pour détourner l’aide à destination des zones qui lui sont restées fidèles. Néanmoins ce narratif anti-occidental lui permet de souder son opinion publique et de gagner, peu à peu, au prix de la vie de dizaines de milliers de personnes, une certaine légitimité dans la région.