FIN DU NÉOLIBÉRALISME : VERS UN NOUVEAU CAPITALISME ?


Comment expliquer que dans notre monde néolibéral, des puissances mondiales comme les États-Unis choisissent d’imposer des droits de douanes ? Que des porte-conteneurs remplis de marchandises se trouvent détruits en pleine mer ? Et si ces événements étaient les premiers signes que nous sortons du capitalisme néolibéral, pour entrer dans le capitalisme de la finitude ? Dans ce nouvel épisode de Argent Magique avec @arnaudgantier, @marina et @heureka nous explorons la thèse de Arnaud Orain (“Le monde confisqué: Essai sur le capitalisme de la finitude”) qui propose de changer de grille de lecture.

Intro : 

Le Monde – Les Etats-Unis bombardent le Yémen, visant les rebelles houthistes (16/03/2025)

0:00 : dans la nuit du 15 au 16 mars les États-Unis ont frappé le Yémen ciblant les rebelles houthistes au moins 31 personnes sont mortes et une centaine ont été blessés dans ces bombardements qui ont notamment visé la capitale Sana

0:15 : Donald Trump a ordonné ses frappes en réponse aux menaces houthistes contre Israël et la circulation maritime dans la région

Quelques heures plus tôt, aux Etats-Unis d’Amérique, une conversation secrète à lieu !  

[Mise en scène : split screen on s’envoit des sms ? Mettre des bandeaux de noms tout au long de la scène quand on parle en dessous de nos persos pour dire qui on est]

Hegseth – 15h36 : F-18, deuxième vague, top départ ! Que le Ciel protège nos Guerriers !

Vance : L’équipe, je décroche pour aujourd’hui… (…) Mais j’ai un mauvais pressentiment. On est en train de faire une grosse connerie ! Trois petits pourcents de notre commerce passent par Suez. Pour l’Europe, c’est 40 % ! Pourquoi la team USA doit faire le sale boulot ?!

Hegseth – Je crois que pour la com’, ça va être l’enfer de toute façon – personne sait qui c’est, ces maudits Houthis !

Vance – @Pete Hegseth si t’es sûr qu’il faut y aller, alors allons-y, bordel ! Mais ça me rend dingue de devoir encore sauver les miches de l’Europe !

Hegseth – Monsieur le Vice-Président : Je partage à 100% votre dégoût pour ces profiteurs d’Européens. C’est LAMENTABLE ! Mais Mike a raison, on est les seuls sur cette foutue planète qui aient les tripes et les moyens de faire ça.

G – Et là vous vous dites… “Mais qu’est-ce qu’on vient d’écouter là ?” D’abord il faut dire que ce petit dialogue est un extrait d’une conversation Signal sur laquelle des responsables américains – et notamment JD Vance, le vice-président – ont invité un journaliste par erreur. Qui a donc fait fuité la conversation. 

BFM – États-Unis: un journaliste reçoit par erreur des informations ultra confidentielles sur des opérations militaires américaines

0:12 : “ apparemment ce journaliste a été confondu avec un officiel américain qui a les mêmes initiales que lui, (et c’est de cette façon qu’il se retrouvé intégré à cette boucle de messages sur cette conversation signal)”

M – La boulette. Mais bon, si on a pris le temps de vous faire une petite mise en scène de ce leak, c’est pas juste pour nous moquer de l’amateurisme de l’administration Trump. C’est surtout parce que, en plus des questions de sécurité nationale que pose cette fuite, la conversation nous en apprend beaucoup sur les tensions géopolitiques avec nos “””alliés”””   

G – Et oui, la mer Rouge est une zone mega stratégique. Les bateaux marchands qui desservent l’Europe et l’Asie passent par et le canal de suez. C’est quand même beaucoup plus court que de contourner l’Afrique. Or depuis quelques années, des forces armées Houthis au Yemen, en solidarité avec la Palestine, cible les bateaux de commerce alliés à Israël. Donc principalement des bateaux européens qui passent devant chez eux.

M – Et quand il faut envoyer des avions de chasse pour assurer le passage, normalement ceux qui le font ce sont les américains. Sauf que comme vous l’avez entendu, ils en ont raz le bol de “sauver les miches de l’Europe”.

G – La thèse qu’on va essayer d’éclairer aujourd’hui c’est que ce “raz le bol” américain pourrait bien être un signal fort que… La forme actuelle du capitalisme, le néolibéralisme, serait en train de mourir pour laisser la place à un capitalisme beaucoup plus ancien et belliqueux : le mercantilisme. 

[Générique]

Partie 1 :  Capitalisme de l’infini. (Gilles)

G – Et si c’était la fin du néolibéralisme ?

M – Pas la fin du capitalisme hein ! Juste du néolibéralisme, donc du logiciel capitaliste du moment.

G – Pour bien comprendre toute cette histoire, il va nous falloir une analogie qui parle à tout le monde. Imaginez que le capitalisme soit comme un genre de centre commercial. Vous y trouvez plein de boutiques – qui se font concurrence – remplies de produits divers et variés.

M – En cours d’économie, quand on apprend l’histoire du centre commercial “capitalisme”, on nous parle souvent des différentes politiques économiques, des différentes tactiques ou méthodes de gestion qui ont été employées par les gouvernements pour faire tourner leur boutique efficacement. Au 19ème siècle, on pensait que les politiques n’avaient même pas besoin de méthode. Il suffisait de “laissez-faire” les entreprises, on parle aussi d’ultra-libéralisme. Des patrons qui se font concurrence et qui font advenir la loi du marché, c’est tout ce dont on aurait besoin. Le rôle des états se cantonnerait au régalien : Police, Justice, Armée et rien d’autre. Donc pas de protection sociale et pas de politique industrielle non plus.

G – Pas de politique industrielle ça veut dire que rien dans les boutiques ne devait être produit ou vendu par les États.

M – Voilà ! On pensait que le capitalisme se régulait par lui-même.

G – Mais ! A partir de 1945 – suite à la crise de 29 qui mène à la seconde guerre mondiale, l’idée qui domine chez les économistes et les politiques devient qu’en fait… Il semblerait bien que l’état ait un rôle à jouer pour faire fonctionner le système. La tactique de gestion à employer dans les boutiques passe du “laissez-faire” au “keynésianisme”. Les états doivent intervenir à la fois dans le social – école publique, santé publique, protection sociale – mais aussi dans la production de richesses – entreprises publiques, politiques industrielles et même carrément planification. Les patrons ne décident plus seuls de ce qu’il faut fabriquer dans la boutique, les politiques ont leurs mots à dire. A ce moment-là, l’objectif des états c’est la réduction du chômage. Parce que les taux de chômage records de la crise de 29 sont encore dans tous les esprits.

M – Mais finalement, la gestion “keynésienne” des boutiques entre en crise dans les années 70. Le chômage refait surface et il est accompagné d’inflation. Donc on change à nouveau de tactique. On passe du “keynésianisme” au “néolibéralisme”.

– On se met à penser que l’État ne doit intervenir QUE dans le social. Donc fini les politiques industrielles et la planification. Ce sont de nouveaux les patrons qui décident de ce qu’il faut produire.

– L’état prend un rôle d’arbitre des marchés : il doit s’assurer que la concurrence règne en brisant les monopoles (on ne voudrait pas qu’une seule entreprise vende tous les Jeans du centre commercial).

– Et puis les états doivent aussi s’entendre entre eux pour favoriser le libre-échange. Donc la mondialisation du commerce et des flux de capitaux. 

G – Ca veut dire que – dans le centre commercial “capitalisme” – on essaie de rendre les frontières entre boutiques, entre états, aussi invisibles que possible pour les consommateurs et les investisseurs. Donc pas de droits de douane et possibilité pour les financiers – quel que soit leur origine – d’investir dans n’importe quelle boutique.

M – Pour finir:  parce que la crise des années 70 était inflationniste, les états commencent à surveiller l’inflation en priorité, plutôt que le chômage. 

G – Donc “laissez-faire”, puis “keynésianisme”, puis – et c’est normalement la tactique  actuelle – “néolibéralisme”. Mais… depuis 2016, donc sous Trump, Biden, et à nouveau Trump, on a l’impression que les US ont encore changé de tactique. Déjà ils remettent en question le libre-échange (y a des droits de douanes qui sont apparus dans tous les sens), ils protègent leurs monopoles (est-ce qu’on les a vu essayer de sérieusement démanteler leurs GAFAM ?), ils mettent en place des politiques industrielles (ils cherchent à relocaliser des industries stratégiques : on peut penser aux micro-processeurs ou à la production d’énergie). Et puis le Trump de 2025 là, avec ses tarifs douaniers massifs, il n’est pas du tout en train de lutter contre l’inflation ! Au contraire !

M – OK donc les US n’utilisent apparemment plus la tactique “néolibérale” pour gérer leur boutique depuis au moins 2016. Mais en même temps, la Chine non plus n’utilise pas le néolibéralisme. On sait bien qu’elle intervient massivement dans son économie et favorise le développement de monopoles. Quant à l’Europe, même si toujours très néolibérale dans sa manière d’agir,  quand on regarde certaines recommandations qui sont faites pour son développement, on voit que ce ne sont pas forcément des méthodes “néolibérales” qui proposées. Le rapport Draghi par exemple – dont on a parlé dans une vidéo précédente – conseille plus de planification (donc d’intervention des états dans la production) et de champions européens (sous-entendus des monopoles ou des oligopoles). Conclusion : la tactique néolibérale de gestion des boutiques ne semble plus faire consensus dans le centre commerciale “capitalisme”. Mais qu’est ce qui pourrait la remplacer ?

G – Et c’est là qu’on a trouvé très intéressante la thèse développée par Arnaud Orain dans son livre : “Le Monde Confisqué”. D’après lui, non seulement le “néolibéralisme” est sur la fin. Mais ce qui le remplace n’est pas simplement une nouvelle “tactique” de gestion. C’est une nouvelle tactique + un changement des règles du jeu. Un peu comme si jusqu’ici on avait tous fait de la boxe, on se mettait des droites et des crochets pour essayer de gagner, les tactiques des participants avaient effectivement évolué, elles avaient changé de nom… OK… Mais aujourd’hui, on a commencé à se mettre en plus des coups de poings des coups de tibias dans les jambes… Bon ben il va falloir changer de tactique c’est sûr ! Mais c’est plus profond que les changements précédents. Parce qu’on ne fait plus de la boxe… Maintenant on fait de la boxe thaï. On a changé de règles.

M – Pour Orain, il y a deux types de capitalismes qui chacun vient avec ses règles tacites : le libéral et le mercantiliste. Jusqu’ici on a parlé de “tactique” de gestion dans les boutiques. Mais il y a aussi des “règles” non-écrites qui régissent les interactions entre les boutiques. Quand on joue au “capitalisme” avec les règles “libérales” – celles qui nous sont familières – les boutiques sont à entrée libres, les objets sont vendus à un prix affiché, qui varie selon la loi de l’offre et de la demande et qui est le même pour tous. Tous les clients sont traités de la même manière, y a pas de priorité d’accès aux stocks. Tant que tu peux payer, la boutique te vend avec le sourire.

G – Dans le capitalisme “mercantiliste”, les règles sont très différentes. Les boutiques s’associent, de manière plus ou moins égalitaire, pour commercer entre elles. Ils y a des gardes armés devant les portes et seuls certains clients sont autorisés à entrer. Les prix ne sont pas toujours les mêmes pour tous : il y a une notion de hiérarchie. Les clients de rang inférieur peuvent devoir payer plus cher, attendre que les clients du rang supérieur soient servis, où même être obligés – canon sur la tempe – d’acheter des marchandises dont ils ne veulent pas ! Voilà donc c’est toujours un centre commercial avec des boutiques qui vendent des trucs mais juste… bah l’ambiance est une chouille plus tendue !  

M – Pour sortir de notre image de “centre commercial”, Orain appelle ces alliances commerciales et militaires – parfois très inégalitaires – entre pays des « Silo impériaux ». Silos qui se font la guerre entre eux. Mais pas une guerre ouverte et généralisée façon guerre mondiale, plutot une guerre commerciale. On essait de s’approprier les ressources des autres, on met des barrières autour de ses entrepôts, on se tire dessus parfois… Tout est bon pour affaiblir l’adversaire et donc il faut pouvoir se défendre.

G – Pour Arnaud Orain, dans notre manière contemporaine d’analyser le capitalisme et ses évolutions, on a eu tendance à se focaliser sur les changements de tactiques utilisées dans la version libérale du capitalisme. C’est un peu normal, on a analysé le passé en partant du principe que nos règles actuelles – qu’on ne voit même plus tellement elles nous semblent évidentes – ont toujours été appliquées. Donc on fait comme si le marché libre avait toujours été une règle indépassable.

M – Mais pour Orain, si on veut raconter l’Histoire du capitalisme, il faut au moins remonter au 16ème siècle. Et entre le 16ème et le 19ème – pendant la première colonisation – le jeu du “capitalisme” se jouait avec les règles “mercantilistes” c’est-à-dire les règles des “marchands”, qui avaient un intérêt à coloniser, piller, exploiter. Les mêmes logiques ont refait surface à fin du 19ème et jusqu’au début de la seconde guerre mondiale – pendant la deuxième colonisation. Selon Orain, on a joué avec les règles “libérales” un tout petit peu au 19ème siècle, entre les deux colonisations, et surtout pendant toute la deuxième moitié du 20ème et le début du 21ème siècle. Mais aujourd’hui, c’est la thèse qu’il défend, le capitalisme “marchand”, le mercantilisme, serait à nouveau en train d’émerger.

Montrer l’animation pour montrer les deux vagues de colonisation : 

G – Ce qui nous fait passer d’un capitalisme “libéral” à “marchand” selon Orain c’est notre rapport aux “ressources”. Quand on imagine qu’elles sont infinies ou en tout cas, qu’il y en aura assez pour tout le monde, on est en mode “capitalisme libéral”. Les marchés sont libres (tout le monde peut commercer avec tout le monde), les prix sont libres aussi (c’est la rencontre de l’offre et de la demande qui les détermine et le prix est le même pour tous). La croyance qui domine c’est : tout le monde peut maximiser son PIB dans son coin. La croissance de l’un ne vient pas de la décroissance de l’autre. L’économie n’est pas un jeu à somme nulle. On se partage tous un gâteau certes mais sa taille augmente d’année en année. 

M – Mais et si, en fait, le gâteau ne pouvait pas grossir ? Et si, pour croître, il fallait prendre aux autres ? Que plus de PIB pour moi, ça voulait dire moins de PIB pour les voisins ? C’est ça l’idée qui justifie le changement de règles vers celles du capitalisme “marchand”. Plutôt que de garder le terme “mercantiliste” et pour être plus clair, Orain parle de “capitalisme de la finitude”.

Partie 2 : Le capitalisme de la finitude

M – Donc d’abord, il faut revenir aux logiques du mercantilisme, parce que même si certains l’ont peut être déjà vu passer dans des livres d’histoires, dans un cours d’économie ou par hasard : la plupart du temps ce que les gens savent du mercantilisme c’est un petit paragraphe qui nous dit que, dans les années 1600, les gens étaient un peu bébête, ils pensaient que ce qui rendait riche c’était de maximiser sa production intérieur et d’accumuler de l’or.

G – Plus loin dans le même livre on apprend généralement que ce n’est qu’en 1817 qu’on à enfin découvert les logiques un peu plus logiques de l’économie libérale avec David Ricardo et ses “avantages comparatifs”. David a pondu une jolie démonstration chiffrée – une histoire de vin et de draps – permettant d’affirmer que le libre commerce sans droit de douanes est toujours bénéfique pour le plus grand nombre. 

M – Mais bon… les gens des années 1600 et 1700, avant Ricardo là, ils étaient pas plus bêtes que vous et moi, ils faisaient ce qui était pertinent dans leur environnement à eux. La démonstration de Ricardo – déjà en fait elle démontre pas grand chose, on vous renvoie vers la vidéo Gilles Raveaud qui en a parlé – mais ce n’est pas tout. Ricardo partait du principe que l’objectif du commerce devait être d’enrichir tout le monde. Mais, si on est dans un contexte de rivalité permanente et de guerre, est-ce qu’on ne veut pas plutôt être en tout point plus riche, plus puissant, plus fort que l’autre ?

G – Et c’est là que c’est p’tet pas mal de se plonger au cœur du monde mercantiliste, histoire de comprendre ses logiques, de comprendre pourquoi les gens faisaient ce qu’ils faisaient, et pourquoi bah généralement, c’était pas si bête. 

M – Donc nous revoilà en 1600, on est en pré-révolution industrielle, les économies se spécialisent de plus en plus. On peut notamment citer l’exemple du Royaume Unis qui se couvre de moutons au point de produire plus de laine que sa population ne peut en utiliser. Cette spécialisation est très efficace, elle permet de produire vite mais elle rend aussi les producteurs dépendant de ceux qui peuvent transporter leur production pour la vendre ailleurs, sinon bah ils ont juste trop de moutons. Donc il faut avoir des bateaux, des caravanes, des routes, des entrepôts etc… Bref toutes ces choses qui font qu’une marchandise peut aller en masse d’un point A à un point B, afin de transformer ce trop plein de moutons en importation de thé, de sucre, d’épice, de vin et de tout ce qu’il faut pour rendre la vie tolérable dans cette contrée hostile qu’est le Royaume-Unis.

G – Les marchands deviennent essentiels et ils commencent à s’enrichir sérieusement. Mais leurs entreprises commerciales sont en train de changer avec l’extension de route maritime entre l’Afrique, l’Asie et l’Europe. Cela les oblige à créer des comptoirs sur les côtes Africaines et Indiennes. Ces comptoirs sont des entrepôts, pour ravitailler les navires et les équipages. Ils sont rarement établis avec le consentement éclairé de la population locale. Donc il faut imaginer des port-forteresses armées, d’abord pour se protéger des autochtones, puis pour les dominer et les faire travailler dans des industries pour ravitailler les navires ou pour produire des marchandises comme du sucre, du thé ou des épices. On peut ici mentionner par exemple la compagnie française de l’Orient qui – depuis le Fort-Dauphin – exploite l’île de Madagascar ainsi que celle de la Réunion. Mais les armes des marchands ne sont pas uniquement dirigées vers les populations locales. 

M – Bah oui parce que tout le monde est un petit peu en guerre avec son voisin. Prenons la France par exemple, en guerre contre les anglais. Elle doit forcément mettre des canons et des soldats sur ses navires marchands pour les protéger. Et pour y arriver, plutôt que d’intervenir directement, elle peut faire passer une loi qui dit que le marchand français qui capture un bateau britannique a le droit de revendre la marchandise en France légalement. Conséquence : intercepter les navires anglais devient une source de profit, les marines marchandes s’arment d’elles-même. Et là on voit bien que le mercantilisme est un capitalisme où il est logique que les marchands soient puissants et armés.  

G – Mais du coup, dans un monde où on peut se faire intercepter ses bateaux de commerce, les compagnies marchandes – et les états qui sont derrière – ont tout intérêt à en faire des monopoles géants et tout puissant. Si je suis une petite PME avec 5 bateaux et que j’en perds 1… Je fais faillite. Et puis de toute façon j’ai pas les moyens de me payer les gros canons et les mercenaires pour me protéger ou attaquer. Mais si je deviens une méga entreprise géante… Ben là c’est bon… Je peux me permettre de perdre un bateau de temps en temps et d’armer ma flotte.

M – C’est la période des compagnies des Indes orientales. Chaque État-nation colonial va lancer son entreprise, qui est un monopole voulu par l’Etat, pour commercer avec l’Inde ou d’autres territoires. Les Pays-Bas, l’Espagne, la France, le Danemark, la Suède ont chacun une entreprise, chacune à un monopole national et cherche à dominer les autres. 

G – Mais qui dit marchands en position de monopole, dit industriels, producteurs, agriculteurs et aussi consommateurs qui leurs sont soumis. Donc prix bas pour les fournisseurs, élevés pour les consommateurs et marges déraisonnables pour les marchands… Mais ce n’est pas un problème pour les gouvernements, puisque le but c’est de gagner la compétition international, donc… bah c’est la vie. 

M – Et cette période de mercantilisme là, Arnaud Orain nous dit qu’elle s’arrête dans les années 1820, quand le Royaume-Unis va finir par gagner la guerre commerciale. Ce qu’il s’est passé c’est que sa compagnie des Inde Orientales – dont les comptoirs se sont transformés en un état-entreprise qui contrôle et exploite l’Inde, qui la force à produire de l’Opium qui est ensuite vendue en Chine – cette compagnie là est devenue hégémonique. Elle a tellement de thune que plus personne ne peut plus rivaliser et n’à intérérêt à avoir de bateau trop armés sinon c’est toute la puissance de la navy britannique qui sort ses drapeaux et vous fonce dessus tel un… gros pigeon.

G – Mais bon aujourd’hui on n’est plus à l’époque du commerce de l’épice, de l’opium, de la soie et de personnes esclavagisées par millions. Donc l’idée c’est pas de dire qu’on s’en va vers un mercantilisme tout pareil qu’à l’époque, qu’il faut achetez un bateau en bois, des canons, se mettre un couteau entre les dents et lancer sa strat-up de corsaires !   

L’idée c’est plutôt de retenir les grandes logiques du capitalisme mercantiliste, du capitalisme de la finitude comme dirait Orain :

1ère logique : les pays ne cherchent pas l’enrichissement du plus grand nombre comme dans la version libérale du capitalisme, au contraire, ils cherchent l’enrichissement relativement aux autres pour gagner la guerre commerciale et s’approprier des ressources perçues comme insuffisantes. 

2ème logique : la concurrence au sein même d’un pays – pour protéger les consommateurs –  n’est plus pertinente. Au contraire, on veut des monopoles puissants pour se bagarrer avec ceux des voisins.

Enfin 3ème logique : puisqu’il n’y a pas de force militaire suprême pour assurer la police des mers, il faut armer ses navires marchands pour ne pas se les faire intercepter. 

M – Et c’est en comprenant ces différentes logiques, et en regardant comment elles s’articulent aujourd’hui, que l’on peut mieux ajuster notre grille de lecture, celle qui va nous permettre de voir la transition que décrit Arnaud Orain. 

Logique de s’enrichir plus vite que les autres. 

G – La première logique du mercantilisme à l’œuvre aujourd’hui crève l’écran « America First » Est-ce qu’il faut en dire plus ? 

M – Bah possiblement Oui ? 

G  – Bah, les idées très libérales de l’enrichissement global, du recul de la pauvreté dans le monde. Ça fait un moment qu’on n’en entend plus parler. Aux Etats-Unis, on voit bien que la priorité c’est leur enrichissement personnel, pas international. En Europe aussi, le COVID et la Guerre en Ukraine ont montré que les chaines de production mondialisées et le libre marché ne permettent pas toujours d’avoir autant de masques, de médicaments ou de pétrole que l’on veut, et donc qu’il y a quand même des limites à l’efficacité du libre-échange et de la mondialisation. On l’a entendu de partout : “il faut relocaliser la production”.

M – C’est peut-être un signe que la première logique se renforce : on veut produire chez nous en priorité. On n’a plus autant confiance en les autres. On ne dit pas encore qu’on veut ou qu’on doit s’enrichir plus vite qu’eux, ni même à leurs dépends, mais les formulations vont peut-être évoluer. A surveiller de prêt. 

Logique du monopole – on la voit aujourd’hui. 

G – La deuxième logique, on en à déjà largement parlé en début de vidéo, c’est de se désintéresser de la concurrence des marchés. D’abord, on peut mentionner les taxes douanières américaines mises en place sous le premier mandat de Trump, maintenues sous Biden et qui changent tous les 2 jours depuis la réélection du premier. Comme tout ce qui est fabriqué à l’étranger coûte plus cher à acheter à cause des droits de douane (ce qui peut rendre les consommateurs furieux), ben tout ce qui est fabriqué localement devient moins cher. Donc ça protège les industries nationales et ça incite – modulo la possibilité le faire et le temps que ça prend – à en créer. 

M – La Chine, elle, est en avance là-dessus, son capitalisme n’a jamais été libéral et favorise ouvertement les monopoles de groupes commerciaux très proches de l’État. La technique chinoise c’est : l’état aide au financement de plein de start-up dans un secteur donné. Elles se battent entre elles à coup d’innovations pour survivre sur le marché chinois. Celle qui sort victorieuse devient un monopole ultra-balèze soutenu par le régime qui peut désormais aller se frotter aux multinationales américaines ou européennes. C’est comme ça que la Chine a fait émerger ses champions dans les domaines des panneaux solaires ou des voitures électriques. Mais on peut aussi citer l’exemple de COFCO – géant chinois céréalier – qui possède des exploitations au Brésil et qui – plutôt que de vendre sa production au plus offrant sur le marché mondial – rapatrie le tout en Chine pour le vendre exclusivement là-bas. Voilà l’exemple d’un monopole national qui – plutôt que de chercher le profit maximal – travaille à réduire la dépendance de la Chine aux céréaliers américains.

G – L’Union Européenne, elle aussi s’y met. Ce que pointe Arnaud Orain, c’est qu’il y a chez nous une fascination pour le modèle Airbus : une entreprise monopolistique de l’aéronautique à l’échelle de l’UE qui s’impose de plus en plus par rapport à un Boeing qui galère un peu en ce moment. Les appels à faire des airbus du ferroviaire, des batterie , de l’IA ou d’autre chose deviennent omniprésentes. Donc même en Europe, temple du néolibéralisme et de la concurrence, il y a bien une volonté affichée de créer des monopoles.

M – Bref, personne n’y résiste, chacun des gros blocs commerciaux ont, ou veulent créer leurs monopoles chez eux. Dur à expliquer avec une idéologie libéral, mais par contre, c’est tout pile dans la logique du mercantilisme. 

2 – Militarisation des marines marchandes quand il n’y pas de suprématie

G – L’autre logique bien visible, c’est la militarisation des marines marchandes qui à commencé d’abord en réponse à une augmentation assez sensible de la piraterie avant 2008 mais qui continue depuis. 

Par exemple, la Chine utilise de plus en plus des « bateaux de pêche » de manière assez… bah offensive. Par exemple, une centaine de ces navires vont venir entourer une ilôt Phillipin, un allié américain. Pas de filet de pêche, pas d’émission de signal anti-collision et du coup parfois, quelques malheureuses collisions avec des navires de ravitaillement ! Ah mince c’est pas de chance !

M – La Russie a aussi utilisé des navires marchands de manière offensive. Il suffit de lâcher l’ancre au-dessus d’un câble sous-marin, de laisser bien racler au fond… Et puis, oh mince, on a accidentellement coupé un câble.

G – Pour finir, vous avez l’invention et des discussions de plus en plus fréquentes sur l’usage de missiles conteneurisés. C’est tout bête. Vous avez un navire marchand avec 3000 conteneurs dessus, il a l’air d’être tout normal. Il navigue pénard… 

M – Et puis tout d’un coup, (bruit de transformer, *tchiw tchiw bupr*) En bah en fait, tous les conteneurs du devant sont des gros missiles et bam sur les côtés c’est des tourelles. « Touché coulé moussaillon ! »

G – C’est pas très libéral tout ça dit donc ?  

3. Fin de la suprématie américaine. 

M – C’est là qu’on en revient à notre dernier point : d’après Orain, tout ça émerge quand la suprématie navale de la police des mers est affaiblie. Les Etats-Unis ont depuis 1946 la suprématie maritime, c’est eux la police des mers. Pour rétablir la sécurité des flux commerciaux menacés en 2023 par des attaques Houthis qui visent des navires de commerce, les USA répondent avec une opération militaire. Jusque-là c’est du classique. Comme le décrit Arnaud Orain, c’est une opération de « fluidification du commerce global ». Le nom de l’opération militaire lui donne raison : « gardien de la prospérité ». Cela dit, l’opération ne suffit pas et se pose la question d’en relancer une début 2025.

G – Et c’est là qu’on arrive à la conversation ultra pas secrète du tout de l’intro. On se rend compte que le gouvernement américain, par la voix de son vice-président JD, a considéré ne pas renouveler cette opération puisque, selon lui, seul 3% du commerce américain est impacté ! Ça veut dire que le Vice-président des Etats-Unis, le numéro 2, ne veut pas faire la police des mers. Donc certes, ils ont quand même lancé l’opération, ils ont envoyé leurs missiles, ils ont tué au moins une cinquantaine de personnes. Alors déjà, pas sur que ce soit la meilleure méthode pour régler le problème. Cela dit, les mots du vice-président américain peuvent tout à fait être interprétés comme un signal que demain, l’armée américaine ne protégera peut-être plus une route commerciale essentielle aux européens.

M – Et il faut bien comprendre que la France est dans la même situation que l’Angleterre des années 1600 qui à plus de moutons qu’elle n’en a besoin et qui est donc “obligée” d’exporter ! Autant j’aime bien le vin, mais si pour maintenir l’économie française à flot on compte uniquement sur les français pour acheter et boire les 100 bouteilles produites par an et par personne, on risque d’être quand même sacrément bourré ! Après l’avantage, c’est que ce sera pas un problème sur la route, puisqu’il y a aura plus d’essence.

G – Par contre niveau cirrhose du foie… Pour maintenir le commerce au-delà des frontières et éviter ce risque d’effondrement économique, il faut donc avoir une confiance absolue dans le rôle de police des mers des américains, mais vraiment absolue ! Ou alors il faut être capable de protéger ses routes commerciales soit même. On retrouve d’ailleurs ces considérations dans le sous-texte de différent rapports produit par l’UE, notamment dans le rapport Niinistö en 2024 ou Preparedness 2030, qui évoque le besoin de coopération militaire entre les pays de l’UE sans forcément passer par le cadre de l’alliance de l’OTAN dirigé de fait, par les Etats-Unis.

M – Et puis à ça il faut ajouter aussi que la suprématie navale militaire américaine est quand même remise en question puisque : 

1/ On a vu que les bateaux de commerce peuvent devenir des armes offensives. Or les US ont deux fois moins de navires que la Chine.

2/ Ils ont quasiment 0 capacité de production. Les principaux chantiers navals spécialisés dans les bateaux de commerce sont en Asie : Chine, Corée du Sud, Japon, Vietnam et Philippine. Et 3/ c’est désormais la Chine qui compte plus de navires militaires que les États-Unis : 234 contre 219. 

G – Finalement avec tout ça, on retrouve plein de logiques mercantilistes du passé. On voit :

  • Que les discours libéraux de l’enrichissement de tous ne sont plus très présents.  
  • Qu’il y a un regain d’intérêt pour les monopoles proches de l’État pour lutter contre ceux des autres nations.
  • Que le flou grandit entre les marines marchandes et les marines militaires
  • Que le parti au pouvoir aux états-unis – ancien champion du capitalisme libéral – ne semble pas complètement convaincu qu’il faille utiliser son armée pour faire la police des mers, et que de toute manière sa suprématie maritime est de moins en moins évidente. 

M – Donc vous voyez bien pourquoi le livre de Arnaud Orain nous a intéressé. Parce qu’il permet de comprendre comment, tout en restant dans le capitalisme, on transiterait vers des règles du jeu où il n’est plus question de libre marchés. On irait vers un capitalisme de la finitude où les prix ne sont pas les mêmes pour tous, où l’accès aux ressources peut être bloqué par des murs ou des missiles, où on commerce surtout avec ses amis, ses vassaux voire carrément ses colonies. Ce sont les fameux “silos impériaux”… La logique dominante serait tournée vers “l’accaparement des ressources rares”, que ce soit du pétrole, des produits agricoles, des minerais ou du travail humain. 

G – Encore une fois, on serait toujours dans le capitalisme : on garde des entreprises détenues par des capitaux privés dont l’un des buts principaux est de faire du profit. Mais avec un rapport au commerce belliqueux, agressif et armé. Et une concurrence qui s’exercerait davantage entre les alliances commerciales, plutôt qu’entre les entreprises au sein des pays.

Partie 3 : Risque pour la démocratie et Solution ?

Risque pour la démocratie parce que lien entre le pouvoir politique et économique qui se mélange d’avantage.

M – Mais… et alors ? Ok, peut-être qu’on bascule vers un monde qui joue au capitalisme avec les règles mercantilistes plutôt que libérales. C’est intéressant de comprendre ça parce que si c’est vrai, décrypter le monde va nécessiter de s’intéresser à des indicateurs différents. Les stratégies de développement économiques vont être différentes. Mais concrètement, qu’est-ce que ça risque de changer pour le commun des mortels ?

G – La première chose c’est qu’historiquement, Arnaud Orain décrit un capitalisme de la finitude qui vient avec un système d’exploitation encore plus véner que le capitalisme libéral. Puisqu’on passe en mode “on est persuadé qu’il n’y aura pas assez de ressources pour tout le monde” et ben ça devient beaucoup plus facile de justifier des discours du type : “Oui on exploite, oui on appauvrit les autres… Mais que voulez-vous, on ne fait que défendre nos acquis. Après tout, notre mode de vie n’est pas négociable”.

M – Eh oui, le capitalisme de la finitude, historiquement, ça coïncide avec l’exploitation coloniale. Les “Silos impériaux” – donc les alliances entre pays en période de guerre commerciales – ce sont essentiellement des empires qui s’approprient les ressources de leurs colonies à grand coups d’esclavagisme et de pillage. Et même si un retour du colonialisme au 21ème siècle prendra certainement une forme différente, il faut craindre des retours en arrière importants dans des domaines comme la “sécurité au travail”, le “droit du travail” ou la “protection sociale”.

G – C’est ce qu’explique l’historien Quinn Slobodian dans une interview pour Eurozine quand il parle de Trump et de ses menaces d’annexion. 

“Quand il y a des discussions sur le fait de s’emparer du Groenland ou du Panama, les gens s’imaginent que ces pays deviendraient les 51eme et 52eme états. Mais l’Histoire nous enseigne qu’il y de nombreuses autres possibilités […].”

“Je prédis qu’un compromis (de ce genre) sera trouvé au Groenland et peut-être aussi au Canada, où des traités inégaux permettront des accords avantageux pour des opérateurs américains de stations de réception satellite ou des entreprises d’extraction de terres rares dans le nord du Groenland, ce qui, une fois ces intérêts satisfaits, fera disparaître le besoin d’une colonisation pure et simple.”

M – Vous voyez l’idée ? Pas besoin d’occuper le territoire qui intéresse la super-puissance. Elle signerait juste un accord totalement inégal qui lui permettrait de récupérer le contrôle de la zone géographique ou de l’infrastructure dont elle a besoin.

G – On peut de nouveau citer Quinn Slobodian qui cette fois fait référence au deal que Trump veut passer avec Zelenski :

“L’accord sur les minéraux en Ukraine rappelle l’Angleterre et l’Égypte en 1882, où, à la suite d’un conflit ou d’une mauvaise gestion, une grande puissance intervient non seulement pour prendre en main un rôle de tutelle, en obtenant au passage des concessions extrêmes, mais se décharge aussi d’un grand nombre d’obligations fondamentales de protection des citoyens, leur prise en charge, voire même leur sécurité. C’est de la pure “diplomatie de la canonnière” façon XIXe siècle : de l’intimidation.”

M – L’autre souci du potentiel retour de ce capitalisme de la finitude, c’est la mise au second plan des enjeux liés aux libertés ou au bien-être des individus, par rapport à ceux liés au succès de la Nation dans la guerre commerciale. La grandeur de la Nation deviendrait un objectif bien plus important que le bien-être des citoyens.

M – C’est d’ailleurs pour ça que quand on étudie l’économie, les professeurs nous expliquent – à tort – que le mercantilisme n’avait à l’époque rien compris. Ils nous disent : à quoi bon chercher à tout fabriquer dans son son “silo impérial” ? Chercher à faire des excédents commerciaux ? Donc chercher à produire plus que ce qu’on consomme, vendre ce surplus à l’étranger et accumuler de l’or en échange. L’or ne se mange pas ! Pour satisfaire sa population, mieux vaut plutôt monter les salaires, lui permettre de consommer ce qu’elle produit et donc réduire l’excédent commercial. 

G – L’erreur c’est de croire que le capitalisme de la finitude aurait pour objectif le “bien-être” de sa population ! Non ! Il a pour objectif la grandeur de son “silo impérial”, la domination commerciale de son “pré-carré” sur ceux des autres. De ce point de vue, l’excédent commercial, le fait que les autres dépendent davantage de ce qu’on produit NOUS plutôt que l’inverse, est un excellent objectif. On leur vend notre surplus, non pas pour accumuler de l’or ou des dollars, mais pour pouvoir les menacer de ne plus les approvisionner.

M – Bon et puis j’imagine que vous commencez à sentir venir le truc. Si l’objectif c’est la grandeur de “La Nation”, ben tout ce qui pourrait venir menacer cette perception de grandeur va avoir tendance à être réprimée. Pensez à la liberté de la presse par exemple ! Le journalisme d’investigation : dénicher les scandales d’état, les mauvaises pratiques de certaines grandes entreprises… Hop hop hop… ca dégage ! Les opposants politiques deviennent anti-patriotiques, les secrets industriels deviennent des secrets d’état inviolables, la police et la justice finissent par plier devant les intérêts stratégiques et supérieurs des entreprises nationales… La pente devient vite super glissante !

G – On peut donc s’inquiéter de la “survie” de notre cher et tendre état de droit. Notre collègue Philoxime a fait une super vidéo sur cette notion qui est employée partout mais dont la définition reste nébuleuse pour certains. 

M – Genre toi, la définition de l’état de droit ? 0 nébulosité, tu maitrises parfaitement !

G – Euuuh oui… Enfin j’ai vu la vidéo de Philoxime quoi, je crois que j’ai compris des trucs.

M – Pour aller vite, l’état de droit s’appuie sur des notions comme “le gouvernement gouverne par la loi” et pas par décrets ou par caprices… Il propose des lois générales et abstraites qui – si elles sont votées – permettent une action. Il en découle que  “la loi doit être la même pour tous”, “elle doit être comprise par tous”, “la justice doit être indépendante”, “les pouvoirs doivent être séparés dans des institutions distinctes” etc etc.

G – Sauf que quand c’est la guerre… Et ben faut aller vite ! Donc l’état de droit… pffff… Y a pas le temps… Trump l’a très bien résumé dans un twit : “he who saves his country does not violate any laws” c’est une citation de Napoléon – héro de la démocratie et de la liberté des peuples comme chacun sait – et donc en français dans le texte ça donne : “Celui qui sauve sa patrie ne viole aucune loi”… Tout est dit !

CONCLUSION 

M – Alors, tout est dit mais… on rappelle que tout ce que nous avons développé là, c’est basé sur un livre, qui est certe très intéressant, très travaillé, mais ça reste un essai proposé par un intellectuel qui cherche à comprendre ce qui se passe dans le monde depuis quelques années. Notre but ici n’est pas d’annoncer l’inévitable montée en puissance d’un capitalisme mercantiliste, mais plutôt de prévenir. Il ne faut plus tout analyser par le simple prisme du “néolibéralisme”, on a besoin d’autres grilles de lecture pour comprendre ce qui se passe. On vous en a présenté une aujourd’hui. 

G – Et on a besoin de ces grilles de lectures pour résister aux bons endroits, pour se “sentir en désaccord ou se sentir révolté par les bonnes informations”. Par exemple : perso moi, avant la lecture du livre de Orain, si on m’avait parlé de lances missiles sur des portes conteneurs j’aurais dit “oui bon… OK mais on n’a p’tet d’autres priorités que de s’inquiéter de ça”. Maintenant que je comprends ce que ce genre d’information peut potentiellement annoncer… Bah sa fé réfléchir koi

M – Et ça fait réfléchir notamment à ce qu’on pourrait proposer comme alternative politique progressiste si on a effectivement affaire à un capitalisme mondial qui dérive vers le “mercantilisme”. S’il faut s’associer pour former un “silo impérial”, il faut faire attention à la hiérarchisation des pays au sein de cette alliance. Pas question de refaire le coup des colonies ! Pas question de faire valoir une “préférence nationale”. Il faut qu’on puisse s’allier entre égaux, harmoniser les droits des travailleurs autant que possible, travailler activement à réduire les inégalités entre pays alliés. Vous voyez l’idée ? Si on à une idée de ce qui vient, on peut mieux s’y préparer.

G – Après peut-être que les règles “mercantilistes” – si c’est bien ce vers quoi on se dirige – peut nous aider à faire la transition écologique. Parce que l’enjeu de la transition – comme il faut se passer des ressources fossiles – c’est l’autonomie énergétique. Or ça c’est un objectif central dans le capitalisme “mercantiliste” : il ne faut surtout pas dépendre d’importations régulières et systématiques de gaz russe et de pétrole américain. Il faut pouvoir produire sa propre énergie. Et là boum : l’installation d’éoliennes et de panneaux solaires devient un enjeu stratégique majeur…. Bon… C’est vrai que l’autre enjeu majeur c’est de foutre des missiles un peu partout… Ce qui est certe moins écologique, mais bon…  

M – Autre élément qui se marie bien avec les règles “mercantilistes” : la sobriété. Si on doit commercer avant-tout avec nos alliés et que certaines ressources sont appropriées par d’autres alliances… Alors il faudra faire avec ce qu’on a. Ça pourrait nous contraindre à avoir un usage raisonné des ressources, à se demander enfin, plutôt qu’à être obsédé par la croissance du PIB, ce dont on à réellement besoin.

G – Après si le gouvernement qui décide de ça est autoritaire, non-démocratique, raciste et s’intéresse avant tout à la grandeur de la nation. Ca pourrait ressembler à une sobriété très inégalitaire, avec des nantis qui vivent leur meilleure vie au sommet et un paquet de gens qui triment en dessous. Bref ça pourrait ressembler au 19ème siècle quoi ! Donc attention.

M – Et en même temps, c’est d’ailleurs une hypothèse d’Arnaud Orain, le XIXème siècle c’est la naissance du socialisme et du mouvement ouvrier. Quand les plus riches oppressent fortement les masses, que ça devient trop visible et insupportable, et ben les masses contre-attaquent.

G – Bon quoi qu’il en soit, n’hésitez pas à suivre nos chaines respectives pour plus de contenu économique, et si vous voulez qu’on continue à vous fournir des “grilles de lectures” n’hésitez pas à soutenir des médias indépendants comme Blast.

M – Et nous on se retrouve dans un mois.

Journalistes : Marino et Heu?reka
Co-auteur : Arnaud Gantier (Stupid Economics)
Réalisation : Valentin Levetti
Montage : Ace Modey
Production : Stup.media
Son : Baptiste Veilhan
Graphisme : Morgane Sabouret
Directeur des programmes : Mathias Enthoven
Rédaction en chef : Soumaya Benaïssa
Directeur de la publication : Denis Robert

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