Les critiques de l’éducation nationale sont nombreuses, elles se retrouvent dans les nombreux rapports PISA, de la DEPP (direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance) et de nombreux autres organismes. Ces critiques sont connues de l’éducation nationale puisqu’on le retrouve dans les grandes orientations du ministre de l’éducation en 2022.
“Méfions-nous à double titre, finalement d’une école qui, tout en la promettant, n’accordait pas l’égalité.
Pap Ndiaye – Discours de rentrée 2022
Pap Ndiaye dans son discours de la rentré 2022 reprend ce que les études démontre et mets en avant ses priorités. Il désire “une école de l’excellence, de l’égalité des chances et du bien-être”.
Si sa volonté semble effectivement répondre aux critiques du système éducatif français les plus fondées. Cela ne signifie pas que celle-ci seront aisée à mettre en place, surtout depuis le passage de Jean-Michel Blanquer.
Xavier Molénat, journaliste à Alternative économique, insiste sur la relation conflictuelle qui peut gêner la mise en place de réforme : “Les 5 années qui ont précédé, ont vraiment abîmé les liens avec la profession, ça a exacerbé un mal-être ancien. Les mesures prises pendant le dernier quinquennat comme le doublement des classes des écoles prioritaires et la réforme dans l’organisation des lycées menées par Jean-Michel Blanquer ne se sont pas attaquées au problème central : la ségrégation scolaire et ses effets sur les résultats des élèves.«
La lecture des rapports de l’OCDE permet pourtant de se rendre compte de l’importance de la mixité scolaire.
Les données montrent l’incidence négative, sur la performance des élèves, de la scolarisation dans un établissement accueillant de nombreux élèves de faible niveau scolaire, et à l’inverse, les effets bénéfiques de la fréquentation de camarades d’école très performants. OCDE— rapport PISA
Les réformes conduites par J.M. Blanquer, font partie de la liste à rallonge de mesures qui font bouger sans rien changer. Une tradition immuable dans l’éducation nationale comme le rappel F. Dubet et M. Duru-Bellat dans 10 propositions pour changer l’école : “Soutien scolaire, dispositifs périscolaires et culturels, cordées de la réussite et internat d’excellence, itinéraires spécifiques, dispositifs visant les élèves aux besoins particuliers, programmes de lutte contre les inégalités entre les sexes, lutte contre le décrochage. Il n’existe personne qui puisse être capable de décliner la liste des dispositifs et les sigles qui vont avec. ”
Ces réformes et expérimentation s’empilent, disparaissent et stressent le personnel chargé de leur mise en place. Des réformes avec de ambitions modestes qui ne parviennent jamais à rénover les pratiques et à corriger les travers les plus importants de l’institution.
Le dossier d’Alter-économique sur les réformes et la rentrée scolaire 2022 montres que celle issue du quinquennat de J.M. Blanquer vont exactement dans le même sens. Fondamentalement, elles ne produisent pas d’effet parce qu’elles ne répondent pas aux problèmes les plus criants.
Ainsi l’école française garde son élitisme, n’entreprend pas grand-chose pour limiter la ségrégation sociale. Elle conserve la même sélection par les notes, continue d’encourager le développement de collège et de lycée privés qui sélectionnent leurs élèves et n’améliore pas la formation de son personnel.

Emmanuel Macron dans son discours pour les recteurs de 2022 indique qu’il faut pourtant refuser la fatalité :
“Il faut être lucide, l’école de la République française n’est plus à la hauteur. Si nous voulons sortir de ce que certains voudraient sortir d’une fatalité et cela ne se règle pas simplement par plus de moyens. Plus de moyens, nous l’avons essayé plein de fois dans notre histoire, plus de moyen, trop de défiance, qu’il est perçu de combat de doctrine d’arrière-garde. Il faut donc essayer d’aller de l’avant.“
Par combat, Emmanuel Macron pense certainement aux oppositions très vives du personnel contre les différentes réformes des dernières années.
Il faut aussi considérer les volontés de l’opinion publique. Celle-ci est basée notamment sur le mythe de l’école “de la vieille école” qui veut que l’éducation, c’était quand même mieux avant.
Pourtant, seuls 3 % des adultes de 55 à 65 ans disposaient d’un niveaude compréhension de texte excellent en 2014, selon une étude de l’OCDE. Un chiffre très inférieur à d’autres pays européen.
Mais c’est ce mythe qui encourage peut-être la majorité des parents d’élèves interrogés dans les sondages d’opinion à souhaiter le “renforcement de l’autorité des enseignants” sans qu’une définition claire soit donnée.
Pourtant, l’éducation stricte et basée sur l’autorité du maître ne semble pas sans séquelle.
Les quelques pays qui connaissent un succès sur le PISA avec une éducation stricte sont principalement la Chine, la Corée du Sud, le Japon et Singapour. La Chine obtient des scores excellents en partie à cause de l’exclusion des enfants pauvres des systèmes scolaires dans les villes où est réalisé le PISA. Pour la Corée du Sud, le Japon et Singapour, l’école est accusée d’avoir un impact très négatif sur la santé mentale des élèves. Le nombre de suicide de très jeune, est suspect en Corée du Sud et le Japon connaît un fort pic des suicides de mineur le jour de la rentrée.
Heureusement, d’autres types de systèmes éducatifs sont performants. Au Canada, en Finlande, en Irlande, en Estonie. Les points communs de ces systèmes, c’est d’avoir des classes plus petites avec plus de mixité sociale. Ces classes sont dirigés part des enseignants qualifiés, de véritables experts pédagogiques et bénéficient d’une liberté éducative tout en ayant le soutien de leur établissement. Voilà ce qui est au centre de la performance scolaire, et c’est ce que rappellent les rapports PISA en long en large et en travers.
Toutefois, il est évident que disposer d’un corps d’enseignants nombreux et formé, pose une question budgétaire.
L’éducation nationale est immense, c’est le premier employeur de France et un poste de dépense majeur de l’état. Parce que les dépenses en milliard sont difficilement compréhensibles, le budget est généralement présenté sous forme du PIB alloué à l’éducation dans chaque pays. En 2018, c’était autour de 5 % pour la France. Un chiffre un peu supérieur à la moyenne des pays de l’OCDE qui semble donner raison à Emmanuel Macron quand il indique qu’il n’y a pas de problème de budget. Le chiffre est relativement proche de celui de la Finlande ou du Canada qui sont des pays avec un système éducatif plus performant.
Mais ce chiffre est imprécis. Beaucoup de pays ne font plus d’enfants, c’est le cas de la Finlande ou du Canada. Seul 15,5 % de leur population est composée de moins de 14 ans, contre 17,7 % en France.
Mécaniquement, ces pays font des économies à ce niveau, il reste toutefois un autre facteur important, l’allocation de ce budget. Le pourcentage du PIB dans l’éducation ne nous en dit pas si les dépenses sont efficaces.
Un chiffre permet de se rapprocher de ce dont témoigne de nombreux enseignants. Ils parlent du manque de moyens dans leurs professions et de la baisse de leur niveau de vie pendant les 20 dernières années.

Une réalité qui apparait dans la graphique ci-dessus tiré de « Regards sur l’éducation 2021 » Ce graphique présente le salaire annuel des enseignants divisé par le nombre d’élèves. Un chiffre qui explique le malaise de la profession.
En France, il faut compter 2 091 € de salaire de prof annuel par élève en primaire. C’est beaucoup moins que la Grèce, l’Italie, la Lituanie et c’est au même niveau que la Hongrie, un pays qui dispose de beaucoup moins de ressources. Un texte explicatif en dessous du graphique ajoute qu’en “France et en Hongrie par exemple, le coût salarial des enseignants par élève est similaire, mais le salaire […] plus élevé des enseignants français est compensé par le fait que l’on compte sept élèves de plus par classe en France.”
Il y a une impasse ici, rapporter au nombre d’élèves la masse salariale des profs est tellement faible qu’il y a bien un problème de budget quelque part. Ce qui est confirmé par d’autres graphiques puisque l’on peut voir dans ce graphique la baisse de moyen de l’enseignement secondaire en France de 1995 à aujourd’hui.
Combiner ces chiffres, la pénurie d’enseignants de la rentré 2022 et le besoin d’un choc d’attractivité montre que la question budgétaire est centrale. Il ne s’agit pas seulement d’accuser les enseignants pour les performances médiocres de cette institution.
Pour Xavier Molénat il apparait difficile de faire l’impasse sur la question budgétaire :“je pense qu’objectivement les enseignants ont de bonnes raisons de se sentir déclassés. Il reste que revaloriser 800 000 enseignants, 500 euros à tout le monde, plus les charges, ça doit faire une dizaine de milliards. Les attentes sont immenses, il y a tant à rattraper que ça ne se fera pas en 5 ans.”